Quand je te verrai plonger au gouffre de nuit
Et que nos corps éteints ne s’enlaceront plus,
Souviens-toi de tout ce qui nous a réunis,
Souviens-toi de l’astre avant qu’il ne soit déchu.
Rappelle-toi des jardins joyeux de l’enfance,
De notre pensive jeunesse d’illusions,
Rappelle-toi de notre vie de fulgurances
Et des promesses saintes que nous nous jurions !
Souviens-toi des cieux mille fois envisagés,
Yeux dans les yeux, mains dans les mains, vers l’idéale
Mesure du temps qui brisait les sabliers,
À chaque battement de nos âmes féales.
Regarde les chemins des saisons parcourues,
Chaque pierre frappée par nos pieds misérables,
Les ruisseaux taris et les fleuves entrevus,
Les feux soudains levés des aurores de sable !
Vois l’horizon qui recouvrit nos destinées,
L’étonnement d’être et l’émoi de nous connaître,
La grave conscience de notre liberté
Tels deux enfants surpris de devoir un jour naître.
Souviens-toi de cette forêt qui fut plantée
À chacune de nos paroles sous les chênes
Et qui tressaille encore quand nous arpentons
Les sentes d’or que forment les clairières reines !
Sens-tu donc les souvenirs palpiter ici,
L’odeur de nos chairs, la chevelure du vent,
L’apaisement des sources bleues où se blottit
Notre ultime aveu, notre grand désir d’amants ?
Sens-tu l’horizon se couvrir, nos corps périr ?
Mais non, mon amour, tu ne sens plus rien du tout :
Te voilà mort, enseveli, sans avenir
Et moi je demeure toute seule, debout.
©GLSG, 2023
