{"id":556,"date":"2011-12-04T16:52:02","date_gmt":"2011-12-04T16:52:02","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=556"},"modified":"2023-03-16T22:26:07","modified_gmt":"2023-03-16T22:26:07","slug":"conference-sur-anna-de-noailles-donnee-au-cercle-anna-de-noailles-4-decembre-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=556","title":{"rendered":"Conf\u00e9rence de Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s sur Anna de Noailles donn\u00e9e au Cercle Anna de Noailles le 4 d\u00e9cembre 2011"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image wp-image-7776\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" width=\"190\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/porterait-noailles.jpg?resize=190%2C300\" alt=\"\" class=\"wp-image-7776\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/porterait-noailles.jpg?resize=190%2C300&amp;ssl=1 190w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/porterait-noailles.jpg?resize=768%2C1213&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/porterait-noailles.jpg?resize=648%2C1024&amp;ssl=1 648w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/porterait-noailles.jpg?resize=560%2C885&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/porterait-noailles.jpg?resize=160%2C253&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/porterait-noailles.jpg?w=897&amp;ssl=1 897w\" sizes=\"(max-width: 190px) 100vw, 190px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.1 Photographie de la po\u00e9tesse Anna de Noailles<\/strong><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong><em>&laquo;&nbsp;Au lieu d\u2019\u00eatre pendu chez leurs mod\u00e8les, les portraits devraient aider leur propagande et porter leur image \u00e0 la connaissance de ceux qui ne pourraient les approcher*&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Anna de Noailles<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quel honneur de pouvoir aujourd\u2019hui, dans le salon du Pr\u00e9sident du <a href=\"http:\/\/annadenoailles.free.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Cercle Anna de Noailles<\/a>, Monsieur Alexandre d&rsquo;Oriano, bient\u00f4t cent ans apr\u00e8s la mort de la po\u00e9tesse, \u00e9voquer cette figure connue et m\u00e9connue de notre \u00e9poque, bien qu\u2019il semble qu\u2019elle revienne sur le devant de la sc\u00e8ne gr\u00e2ce \u00e0 plusieurs et r\u00e9centes r\u00e9\u00e9ditions ou expositions. Je pense notamment \u00e0 l\u2019exposition du peintre Kees Van Dongen au mus\u00e9e d\u2019Art Moderne de la Ville de Paris ou encore \u00e0 l\u2019exposition sur la peinture espagnole au mus\u00e9e de l\u2019Orangerie : <strong>deux de ses portraits furent parmi les \u0153uvres les plus remarquables propos\u00e9es au public<\/strong>. Saluons aussi l&rsquo;effort g\u00e9n\u00e9reux d&rsquo;Alexandre d&rsquo;Oriano qui a r\u00e9ussi le tour de force de faire publier les <em>Oeuvres Compl\u00e8tes<\/em> d&rsquo;Anna de Noailles aux <a href=\"http:\/\/annadenoailles.free.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9ditions du Sandre<\/a>, en esp\u00e9rant qu&rsquo;un jour Anna entrera dans une des Pl\u00e9iades de Gallimard comme une \u00e9toile de choix (Il est m\u00eame d\u00e9solant qu&rsquo;elle n&rsquo;y soit point encore).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qui conna\u00eet Anna ?<\/p>\n\n\n\n<p>Qui conna\u00eet vraiment cette po\u00e9tesse (<strong>fig.1<\/strong>) si ch\u00e8re \u00e0 nos c\u0153urs, du moins \u00e0 celui de Monsieur d\u2019Oriano, qui a l\u2019amabilit\u00e9 de nous accueillir ici pour l\u2019inauguration de l\u2019Oiseau-Lyre dont il est un des instigateurs ?<\/p>\n\n\n\n<p>Une seule expression suffirait \u00e0 qualifier cet auteur, et si vous repartez d\u00e9\u00e7u et ennuy\u00e9 par cette apr\u00e8s-midi en jurant que vous ne reviendrez pas, souvenez-vous au moins de cette expression capable de d\u00e9finir Anna : <strong>Anna \u00e9tait une <em>&laquo;&nbsp;Lyre \u2013vivante&nbsp;&raquo;<\/em>.<\/strong> Vous saurez quoi r\u00e9pondre, et sans timidit\u00e9, aux \u00eatres qui vous interrogeraient \u00e0 son sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Une &laquo;&nbsp;Lyre vivante&nbsp;&raquo; ! Expression juste qui nous parle peut-\u00eatre peu aujourd\u2019hui o\u00f9 nous pr\u00e9f\u00e9rons jouer du piano synth\u00e9tique apr\u00e8s avoir suspendu les lyres des po\u00e8tes aux arbres de l\u2019oubli.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour beaucoup Anna de Noailles est morte. Elle fait partie de ces \u00eatres qui semblent enterr\u00e9s dans le pass\u00e9 des livres d\u2019histoire ou dans les vieux recueils poussi\u00e9reux de brocante, comme s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre d\u00e9sormais silencieux et \u00e0 n\u2019avoir plus rien \u00e0 dire \u00e0 notre temps. B\u00e2illonn\u00e9s par l\u2019indiff\u00e9rence du pr\u00e9sent, ils se taisent sous les pages corn\u00e9es de ces vieux livres impr\u00e9gn\u00e9s de leurs larmes d\u2019humidit\u00e9 que vous sentez lorsque vous les feuilletez par hasard. Ils somnolent, attendant comme la Belle au Bois Dormant qu\u2019on les r\u00e9veille et qu\u2019un baiser de nos yeux lecteurs les ranime et les sorte de leur torpeur litt\u00e9raire. <strong>Le livre, cette chose qui semble la plus inerte mais qui est la plus vivante! Le livre, cette compagnie la plus silencieuse et la plus bavarde ! Le livre, cet amas de papier qui pense tout bas ce que certains ne pensent pas tout haut !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aimons les vieux livres, justement parce qu\u2019ils sont \u00e2g\u00e9s !<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 ces auteurs dignes d\u2019int\u00e9r\u00eat ! Soyons critiques et exigeants avec notre temps ! Oublions les mauvais romans policiers, les litt\u00e9ratures de gare, les journaux faciles qui \u00f4tent \u00e0 l\u2019esprit sa noblesse et la perdent dans les caniveaux de l\u2019ab\u00eatissement et des pens\u00e9es congel\u00e9es. C\u2019est \u00e0 sa culture que l\u2019on juge une \u00e9poque. <strong>Mais que restera-t-il de notre \u00e9poque ?<\/strong> Des amas de b\u00e9ton ? Des n\u00e9ons ? Des panneaux publicitaires, \u00e0 l\u2019image de nos cerveaux bloqu\u00e9s par les pens\u00e9es uniques, incapables de se r\u00e9jouir de la lumi\u00e8re du soleil et envahis par le marketing qui d\u00e9figure les paysages urbains \u00e0 tel point que la laideur devient une habitude et ne nous r\u00e9volte plus?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi aimons-nous Anna ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sommes-nous pass\u00e9istes ?<br>Sommes-nous nostalgiques ?<br>Sommes-nous r\u00e9trogrades ?<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que cette Comtesse n\u00e9e en 1876 et morte en 1933 peut bien nous apporter ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nous aimons Anna parce qu\u2019elle nous r\u00e9jouit, parce qu\u2019elle nous \u00e9meut, et parce qu\u2019elle fait surgir en nous ces \u00e9motions que seule la po\u00e9sie est capable de faire affleurer.<\/strong> Anna sait parler \u00e0 nos c\u0153urs et nous fait comprendre qu\u2019ils ne vieillissent pas. Nous faisons n\u00f4tres les sentiments d\u2019Anna ! Nous faisons n\u00f4tres ses exaltations ! Nous faisons n\u00f4tres ses aspirations ! Voil\u00e0 la seule raison qui nous fait la d\u00e9fendre et qui explique que tant d\u2019artistes (sculpteurs, peintres, photographes, dessinateurs, \u00e9crivains) aient cherch\u00e9 \u00e0 saisir les traits de cette \u00ab lyre vivante \u00bb qui savait tirer de son c\u0153ur les chants les plus joyeux comme les plus m\u00e9lancoliques.<strong> Si sa po\u00e9sie n\u2019eut \u00e9t\u00e9 qu\u2019artifices et superficialit\u00e9, elle n\u2019aurait point inspir\u00e9 Auguste Rodin, Foujita, Antonio de la Gandara, Laszlo, Cocteau, Proust, Jacques-Emile Blanche, Kees Van Dongen, l\u2019abb\u00e9 Mugnier et tant d\u2019autres.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019ayant point le temps d\u2019aborder toutes les repr\u00e9sentations de notre po\u00e9tesse, nous avons choisi cet apr\u00e8s-midi de nous attarder, que dis-je, de nous laisser guider par quatre visages d\u2019Anna qui nous ont sembl\u00e9 la caract\u00e9riser le mieux. Des interm\u00e8des musicaux et la lecture de po\u00e8mes choisis nous accompagneront dans ce voyage en pays Noaillien.<\/p>\n\n\n\n<p>Suivez-nous ! Entrons dans son intimit\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Premier tableau : la mondaine sensible par&nbsp;Philip Alexius de Laszlo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-557 size-medium\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" width=\"229\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/laszlo_-_anna_de_noailles.jpg?resize=229%2C300\" alt=\"\" class=\"wp-image-557\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/laszlo_-_anna_de_noailles.jpg?resize=229%2C300&amp;ssl=1 229w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/laszlo_-_anna_de_noailles.jpg?w=382&amp;ssl=1 382w\" sizes=\"(max-width: 229px) 100vw, 229px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.2 Philip Alexius de Laszlo (1869-1937) <em>Portrait d\u2019Anna de Noailles<\/em><\/strong>,1913, huile sur carton \u00a9Paris, Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le premier pr\u00e9jug\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre d\u2019Anna de Noailles est de faire d\u2019elle une simple mondaine, une aristocrate neurasth\u00e9nique et une oisive de salon. C\u2019est peut-\u00eatre la raison pour laquelle Anna n\u2019aimait pas ce portrait peint par le peintre hongrois Laszlo (<strong>fig.2<\/strong>), c\u00e9l\u00e8bre portraitiste mondain de la Belle-Epoque.<strong> Anna a 37 ans lorsqu\u2019elle pose dans tout l\u2019\u00e9clat de sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9<\/strong>. Nous sommes en 1913.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e \u00e0 Paris en 1876, d\u2019un p\u00e8re de grande noblesse roumaine et d\u2019une m\u00e8re de l\u2019aristocratie grecque tr\u00e8s cultiv\u00e9e, elle passe son enfance entre Paris et Amphion-les-Bains, pr\u00e8s de Gen\u00e8ve. <strong>Elle se met \u00e0 \u00e9crire tr\u00e8s t\u00f4t de la po\u00e9sie, sensible \u00e0 la Nature qu\u2019elle ne cessera d\u2019exalter toute sa vie et grande observatrice du monde qui l\u2019entoure.<\/strong> En 1897, elle \u00e9pouse le Comte Mathieu de Noailles, descendant d\u2019une des plus grandes familles de France. Elle a 19 ans. Ils auront un fils unique, Anne-Jules en 1900. Ce mariage ne fut ni heureux ni malheureux mais surtout union de convenance sociale. Elle publie son premier recueil \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 25 ans, <em>Le C\u0153ur Innombrable<\/em>, et devient rapidement la po\u00e9tesse du Paris mondain et litt\u00e9raire de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle. Son salon de l\u2019Avenue Hoche attire une foule de personnalit\u00e9s : Edmond Rostand, Francis Jammes, Paul Claudel, Colette, Jean Cocteau, Pierre Loti, Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral, Robert de Montesquiou, et d\u2019autres, notamment Maurice Barr\u00e8s qui eut une grande influence sur elle. Voici un t\u00e9moignage de Boni de Castellane \u00e0 son sujet : <strong>&laquo;&nbsp;<em>La Comtesse de Noailles\u2026fut d\u2019une \u00e9loquence g\u00e9niale. Elle est une des personnes les plus remarquables de notre \u00e9poque. Son talent et le feu de sa conversation font d\u2019elle un \u00eatre extraordinaire, qui remplit d\u2019admiration tous ses interlocuteurs. Elle ressemble \u00e0 un oiseau des iles, au bec pointu et au verbe d\u00e9li\u00e9. Elle a le cerveau aussi rempli que le bazar de Stamboul, et l\u2019on y d\u00e9couvre des perles d\u2019un Orient merveilleux.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque du portrait de Laszlo, Anna a d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 plusieurs ouvrages :<br>&#x25aa; <em>Le C\u0153ur innombrabl<\/em>e, 1901<br>&#x25aa; <em>L&rsquo;Ombre des jours<\/em>, 1902<br>&#x25aa; <em>La Nouvelle Esp\u00e9rance<\/em>, 1903<br>&#x25aa; <em>Le Visage \u00e9merveill\u00e9<\/em>, 1904<br>&#x25aa; <em>La Domination<\/em>, 1905<br>&#x25aa; <em>Les \u00c9blouissements<\/em>, 1907<br>&#x25aa; L<em>es Vivants et les morts<\/em>, 1913<\/p>\n\n\n\n<p>Le tableau de Philip Alexius de Laszlo&nbsp;est expos\u00e9 au Salon des Beaux-Arts de 1913, \u00e0 Paris, au Grand-Palais. Comme je l\u2019ai dit auparavant, Anna n\u2019en fut gu\u00e8re satisfaite. Peut-\u00eatre esp\u00e9rait-elle que le peintre capture son \u00e2me, ce qu\u2019il n\u2019a pas vraiment fait dans ce portrait mondain, en buste, o\u00f9 elle appara\u00eet comme une femme posant dans l\u2019orgueil de sa beaut\u00e9, de sa noblesse et certaine de son talent. <strong>Laszlo semble d\u00e9crire en elle plus la femme du monde que la po\u00e9tesse, en reprenant les conventions classiques des portraits f\u00e9minins de la Belle-\u00c9poque<\/strong> : visage de face, buste de trois-quarts, sautoir de perles nonchalantes, grand d\u00e9collet\u00e9. Sa personnalit\u00e9 est rendue par des touches brouill\u00e9es et des traits estomp\u00e9s, ou seulement \u00e9bauch\u00e9s, afin de sugg\u00e9rer le mouvement, mais l\u2019ensemble demeure froid et distant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Anna n\u2019aimait pas beaucoup poser.<\/strong> Extr\u00eamement sensible au comportement des artistes, elle n\u2019\u00e9tait pas un mod\u00e8le facile : elle parlait, r\u00e9clamait de la musique, quittait la pose. Posant pour Helleu dans les ann\u00e9es 1900, elle \u00e9crit non sans humour \u00e0 Foch : &laquo;&nbsp;<em>Le temps de Monsieur Ingres, cela devait \u00eatre quelque chose de si parfait, de si glac\u00e9, de si poli. Helleu quand je pose chez lui m\u2019appelle \u00ab Coco \u00bb ou \u00ab ma jolie \u00bb. Il le faut supporter.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;Elle se plaint de Rodin qui lui apporte une chaise et laisse sa main sur le coussin tandis qu\u2019elle s\u2019y assied\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Deuxi\u00e8me tableau&nbsp;: la po\u00e9tesse m\u00e9lancolique par Jean-Louis Forain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-7781\"><figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" width=\"237\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/xir128607_1024x1024.jpeg?resize=237%2C300\" alt=\"\" class=\"wp-image-7781\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/xir128607_1024x1024.jpeg?resize=237%2C300&amp;ssl=1 237w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/xir128607_1024x1024.jpeg?resize=768%2C972&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/xir128607_1024x1024.jpeg?w=809&amp;ssl=1 809w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/xir128607_1024x1024.jpeg?resize=560%2C709&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/xir128607_1024x1024.jpeg?resize=160%2C203&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 237px) 100vw, 237px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.3 Jean-Louis Forain (1852-1931)<em>&nbsp;Portrait d\u2019Anna de Noailles<\/em><\/strong>, 1913, huile sur toile \u00a9Paris, Mus\u00e9e Carnavalet &#8211; Legs Anne-Jules de Noailles (1980)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e que Laszlo, Jean-Louis Forain (1852-1931) peint un portrait d\u2019Anna de Noailles (<strong>fig.3<\/strong>). Peintre, illustrateur, graveur et caricaturiste, mais aussi portraitiste, il est l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Jean-L\u00e9on G\u00e9r\u00f4me aux Beaux-Arts et ami de Carpeaux et des impressionnistes aux expositions desquels il participa. Il fr\u00e9quente les salons litt\u00e9raires et artistiques parisiens de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle ; monde qu\u2019il surnommait &laquo;&nbsp;La Com\u00e9die Parisienne&nbsp;&raquo;.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il r\u00e9ussit ici l\u2019un de ses chefs d\u2019\u0153uvres. Ce fut l\u2019un des rares portraits qu\u2019Anna de Noailles acheta et qu\u2019elle exposa chez elle.<\/strong> Son grand ami et amant, Maurice Barr\u00e8s, y voyait une caricature, mais c\u2019\u00e9tait l\u00e0 son portrait favori : <strong>la po\u00e9tesse&nbsp;disait que s\u2019il fallait qu\u2019il ne reste qu\u2019une seule image d\u2019elle ce serait ce tableau.<\/strong> Et Dieu sait si Anna \u00e9tait inqui\u00e8te de l\u2019image qu\u2019elle laisserait au monde, comme l\u2019\u00e9crivit Cocteau : <em>&laquo;&nbsp;Toute image laiss\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame importait aux yeux d\u2019Anna. D\u2019innombrables photos emplissaient un meuble : elle les \u00e9liminait ou retouchait avec une inqui\u00e8te exigence le profil ou nez trop busqu\u00e9&nbsp;&raquo;. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En effet, il est ais\u00e9 de comprendre qu\u2019Anna de Noailles se soit davantage reconnue dans ce portrait plus aust\u00e8re que celui de Laszlo, mais plus en accord avec sa personnalit\u00e9 m\u00e9lancolique et fougueuse<\/strong>. Tout concourt \u00e0 faire appara\u00eetre \u00e0 la fois sa fragilit\u00e9 et sa force : les tons sombres, ses yeux perdus dans l\u2019espace, la houle de la mer au loin et la pose dans le vent marin qui semble courber la po\u00e9tesse. La pose la fatigua. Elle \u00e9crit dans une de ses lettres :<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Demain apr\u00e8s de p\u00e9nibles instants chez Forain&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;(1er Mars 1904). \u00c9voquons aussi la mort de tuberculose en 1912, \u00e0 24 ans du jeune po\u00e8te Henry Franck, ami de Barr\u00e8s, avec qui elle eut une liaison. On ne peut dire que ce portrait d\u2019Anna soit un \u00e9cho de son deuil, mais il est certain qu\u2019elle dut y retrouver avec fid\u00e9lit\u00e9 les sentiments de m\u00e9lancolie et de tristesse qui l\u2019habit\u00e8rent alors. Il fait froid dans ce tableau ! Colette remarquait d\u00e9j\u00e0 la m\u00e9lancolie qui caract\u00e9risait Anna de Noailles :<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;\u00c0 cette \u00e9poque o\u00f9 sa beaut\u00e9 \u00e9tait celle d\u2019une adolescente, le monde accourait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 elle : elle accueillait l\u2019hommage avec la majest\u00e9 et la gravit\u00e9 des enfants, et ne semblait ni profond\u00e9ment heureuse, ni enivr\u00e9e, <strong>car rien d\u2019humain ne gu\u00e9rit la m\u00e9lancolie des \u00e9lus<\/strong>&laquo;&nbsp;.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Troisi\u00e8me tableau&nbsp;: la femme fantaisiste et amoureuse d&rsquo;Ignacio Zuloaga&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-7782\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"232\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/countess_mathieu_de_noailles_by_ignacio_zuloaga.jpg?resize=300%2C232\" alt=\"\" class=\"wp-image-7782\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/countess_mathieu_de_noailles_by_ignacio_zuloaga.jpg?resize=300%2C232&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/countess_mathieu_de_noailles_by_ignacio_zuloaga.jpg?resize=560%2C432&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/countess_mathieu_de_noailles_by_ignacio_zuloaga.jpg?resize=160%2C124&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/countess_mathieu_de_noailles_by_ignacio_zuloaga.jpg?w=676&amp;ssl=1 676w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.4 Ignacio Zuloaga (1870-1945) <em>Portrait d\u2019Anna de Noailles<\/em><\/strong>, 1913, huile sur toile \u00a9Mus\u00e9e de Bilbao<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Peintre basque et s&rsquo;inscrivant dans la tradition du si\u00e8cle d\u2019or espagnol comme Le Greco et Velasquez, Zuloaga ne flatte pas ses mod\u00e8les, mais il adoucit sa touche dans les portraits mondains. Il est s\u00e9duit par les grands yeux d\u2019Anna, qu&rsquo;il rencontre chez Mme Bulteau le 27 Janvier 1912.&nbsp;<span style=\"line-height: 1.5em;\">Dans cette oeuvre peinte entre les mois de juin et de juillet 1913, la po\u00e9tesse prend la pose invers\u00e9e de la <\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Courtisane au Perroquet Bleu <\/em>(<strong>fig.4<\/strong>) Elle repose,&nbsp;<span style=\"line-height: 1.5em;\">plus d\u00e9cente, sur un lit de velours vert, v\u00eatue de voiles roses et jaunes, &nbsp;une vraie <em>&laquo;&nbsp;<\/em><\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Diane aux cheveux en casque&nbsp;&raquo;<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois qu&rsquo;un peintre la pr\u00e9sente de fa\u00e7on libre, sur un lit de parade, le corps de profil dans un amas de mousseline rose et de tulle orang\u00e9, le visage de face, une main enserrant son genou, l&rsquo;\u00e9paule d\u00e9nud\u00e9e, les cheveux d\u00e9ploy\u00e9s, dans la splendeur de ses trente-six ans. Anna a rev\u00eatu avec l&rsquo;enthousiasme d&rsquo;une sultane une&nbsp;robe color\u00e9e. <strong>C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque des tuniques de Paul Poiret, qui avait aboli le corset en 1910, et qui triomphait alors<\/strong>. Cette mode convenait parfaitement \u00e0 celle qui avait toujours souhait\u00e9 &laquo;&nbsp;<\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Vivre dans un fantasque et large v\u00eatement&nbsp;&raquo;<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">. Vite lasse des colifichets \u00e0 la mode, elle marquait d\u2019un cachet personnel (souvent excentrique aux yeux des \u00e9l\u00e9gantes) les cr\u00e9ations des couturiers :<strong> &laquo;&nbsp;<\/strong><\/span><strong><em style=\"line-height: 1.5em;\">Il faut se parer, non s\u2019habiller&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><span style=\"line-height: 1.5em;\"><strong>&nbsp;avait coutume de dire la po\u00e9tesse<\/strong>. La femme de lettres roumaine H\u00e9l\u00e8ne Vacaresco disait \u00e0 son sujet : &laquo;&nbsp;<\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Sa gaiet\u00e9, sa joie dans le d\u00e9tail enfantin de la vie\u2026Il est vrai qu\u2019on pouvait la voir successivement, et m\u00eame en robe de ville, \u00eatre une imp\u00e9ratrice byzantine, Madame R\u00e9camier, un petit matelot grec embarqu\u00e9 \u00e0 Corinthe, Sh\u00e9h\u00e9razade, et tous les Lawrence, Reynolds amenuis\u00e9s, les Velasquez en miniature que par son seul vouloir elle savait devenir en ayant l\u2019air d\u2019avoir compos\u00e9 ses toilettes \u00e0 la diable !&nbsp;&raquo;<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">&nbsp;<strong>\u00c0 son chevet, on observe une sorte de nature-morte comme une Vanit\u00e9, avec des roses, des livres, ses livres de po\u00e8me, ses perles, son collier d\u2019ambre.<\/strong><\/span><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-7784\"><figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"245\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/zuloaga_Portrait-de-Maurice-Barr\u00e8s-devant-Tol\u00e8de.-1913.jpg?resize=300%2C245\" alt=\"\" class=\"wp-image-7784\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/zuloaga_Portrait-de-Maurice-Barr\u00e8s-devant-Tol\u00e8de.-1913.jpg?resize=300%2C245&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/zuloaga_Portrait-de-Maurice-Barr\u00e8s-devant-Tol\u00e8de.-1913.jpg?resize=768%2C626&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/zuloaga_Portrait-de-Maurice-Barr\u00e8s-devant-Tol\u00e8de.-1913.jpg?resize=1024%2C835&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/zuloaga_Portrait-de-Maurice-Barr\u00e8s-devant-Tol\u00e8de.-1913.jpg?resize=560%2C457&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/zuloaga_Portrait-de-Maurice-Barr\u00e8s-devant-Tol\u00e8de.-1913.jpg?resize=160%2C131&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/zuloaga_Portrait-de-Maurice-Barr\u00e8s-devant-Tol\u00e8de.-1913.jpg?w=1400&amp;ssl=1 1400w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.5 Ignacio Zuloaga (1870-1945)&nbsp;<em>Maurice Barr\u00e8s devant Tol\u00e8de<\/em><\/strong>, 1912, huile sur toile \u00a9Nancy, Mus\u00e9e Lorrain<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Anna aimait beaucoup ce tableau. Il rappelle aussi qu&rsquo;elle avait l&rsquo;habitude &nbsp;de recevoir dans son lit, comme le note l&rsquo;abb\u00e9 Mugnier : &laquo;&nbsp;<em>Le po\u00e8te des <\/em>\u00c9blouissements<em> \u00e9tait au lit, dans une chambre sans luxe (&#8230;) Une volubilit\u00e9 d&rsquo;esprit et de paroles qui ne me permettait pas toujours de la suivre (&#8230;) Elle m&rsquo;a dit combien elle aimait Michelet, l&rsquo;idole pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, admire Victor Hugo, aime moins Lamartine, admire Voltaire, Rousseau, pr\u00e9f\u00e8re George Sand \u00e0 Musset (&#8230;) <strong>Aujourd&rsquo;hui, elle n&rsquo;a plus de vanit\u00e9 (&#8230;) M\u00eame ses vers les plus lyriques sur le soleil, elle les \u00e9crivait avec le d\u00e9sir de la mort. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas joyeuse&#8230;<\/strong> Tr\u00e8s amusantes anecdotes sur la belle-m\u00e8re, \u00e0 Champl\u00e2treux, cont\u00e9es avec un esprit voltairien (&#8230;) Elle avait pens\u00e9 \u00e0 cette chapelle en \u00e9crivant le Visage \u00e9merveill\u00e9. Elle a \u00e9crit sur la Sicile des vers encore in\u00e9dits (&#8230;) \u00e0 l&rsquo;intelligence, elle pr\u00e9f\u00e8re encore la bont\u00e9&nbsp;&raquo;. &nbsp;&raquo; <\/em>(1)<\/p>\n\n\n\n<p>Le portrait d&rsquo;Anna, dans lequel Zuloaga incarna si bien l&rsquo;esprit qui l\u2019habitait, succ\u00e8de au portrait grandeur nature <em>Barr\u00e8s devant Tol\u00e8de<\/em>&nbsp;(<strong>fig.5<\/strong>) repr\u00e9sentant l&rsquo;\u00e9crivain et homme politique Maurice Barr\u00e8s (1862-1923), figure de proue du nationalisme fran\u00e7ais. L\u2019auteur tient dans sa main <em>Le Greco ou le secret de Tol\u00e8de<\/em>, ouvrage paru deux ans plus t\u00f4t dans lequel il \u00e9voquait la red\u00e9couverte du Greco.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quatri\u00e8me tableau&nbsp;: la gloire et son ombre par Kees Van Dongen&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-7785\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" width=\"197\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/1224379d1c2f9ed60b1d8dfa891ae993.jpg?resize=197%2C300\" alt=\"\" class=\"wp-image-7785\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/1224379d1c2f9ed60b1d8dfa891ae993.jpg?resize=197%2C300&amp;ssl=1 197w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/1224379d1c2f9ed60b1d8dfa891ae993.jpg?resize=560%2C853&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/1224379d1c2f9ed60b1d8dfa891ae993.jpg?resize=160%2C244&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/1224379d1c2f9ed60b1d8dfa891ae993.jpg?w=564&amp;ssl=1 564w\" sizes=\"(max-width: 197px) 100vw, 197px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><br><strong>fig.6 Kees Van Dongen (1877-1968) <em>Portrait d\u2019Anna de Noailles<\/em><\/strong>, 1931, huile sur toile \u00a9Amsterdam, Stedelijk Museum<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Ce grand portrait en pied (<strong>fig.6<\/strong>) est peint deux ans avant la mort de la po\u00e9tesse par Kees van Dongen, peintre n\u00e9\u00e9rlandais qui expose au Salon des Ind\u00e9pendants aux c\u00f4t\u00e9s de Matisse et de Derain. <strong>Elle est la premi\u00e8re femme re\u00e7ue \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie royale de langue et de litt\u00e9rature fran\u00e7aise de Belgique (lui succ\u00e9deront Colette et Cocteau), mais elle est surtout la premi\u00e8re femme commandeur de la L\u00e9gion d\u2019Honneur, d\u00e9coration re\u00e7ue des mains de son ami philosophe Henri Bergson le 15 f\u00e9vrier 1931<\/strong>. Le peintre l&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9e sur ce portrait.<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Oui, je suis assez contente de porter cette glorieuse mercerie&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;disait-elle \u00e0 ce propos ! Apr\u00e8s l&rsquo;avoir contempl\u00e9e sur le tableau de Van Dongen, Jean Cocteau lui confie avec humour : <em>&laquo;&nbsp;Vous avez l\u2019air d\u2019une colombe poignard\u00e9e&nbsp;&raquo;<\/em>. <strong>Elle porte une robe de satin blanc dans une&nbsp;lumi\u00e8re particuli\u00e8rement crue, rappelant que Kees Van Dongen avait l&rsquo;habitude de faire poser ses mod\u00e8les sous des lumi\u00e8res fortes afin de cr\u00e9er des contrastes puissants de couleurs.<\/strong> Mais cela fatigua tant Anna de Noailles qu\u2019Arletty dut prendre sa place. La po\u00e9tesse de promit d&rsquo;acheter le portrait qui lui plut beaucoup. Par son&nbsp;audace absolue, il devint le portrait-phare du salon de 1931&nbsp;:&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;Le p\u00e9tard, le scandale&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>&nbsp;selon un chroniqueur. En effet, l\u2019\u00e9paule, tr\u00e8s d\u00e9v\u00eatue, laissait presque apercevoir le sein de le po\u00e9tesse, ce &nbsp;qui contrastait scandaleusement avec la d\u00e9coration honorifique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9minemment symbolique, cette oeuvre appara\u00eet comme un reflet de la cassure qui s\u2019est op\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle. <strong>Au Paris mondain des salons aristocratiques se substitue le courant moderniste, la peinture cubiste, l\u2019apparition du jazz.<\/strong> La guerre a caus\u00e9 une fracture immense : \u00e0 la Belle Epoque, maintenant r\u00e9volue, se succ\u00e8dent les Ann\u00e9es Folles. Anna de Noailles devient malgr\u00e9 elle le symbole d\u2019un acad\u00e9misme po\u00e9tique de plus en plus d\u00e9suet. Toutefois, elle croule sous les lauriers, les hommages et la reconnaissance. Sa personnalit\u00e9 continue de fasciner. Elle a fait para\u00eetre une s\u00e9rie d\u2019ouvrages, \u00e9crit trois romans, une autobiographie et neuf recueils.<\/p>\n\n\n\n<p>&#x25aa; <em>De la rive d&rsquo;Europe \u00e0 la rive d&rsquo;Asie<\/em>, 1913<br>&#x25aa; <em>Les Forces \u00e9ternelles<\/em>, 1920<br>&#x25aa; <em>\u00c0 Rudyard Kipling<\/em>, 1921<br>&#x25aa; <em>Discours \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie belge<\/em>, 1922<br>&#x25aa; <em>Les Innocentes, ou la Sagesse des femmes<\/em>, 1923<br>&#x25aa; <em>Po\u00e8me de l&rsquo;amour<\/em>, 1924<br>&#x25aa; <em>Passions et vanit\u00e9s<\/em>, 1926<br>&#x25aa; <em>L&rsquo;Honneur de souffrir<\/em>, 1927<br>&#x25aa; <em>Po\u00e8mes d&rsquo;enfance<\/em>, 1929<br>&#x25aa; <em>Choix de po\u00e9sies<\/em>, 1930<br>&#x25aa;<em> Le Livre de ma vie<\/em>, 1932<br>&#x25aa; <em>Derniers Vers<\/em>, 1933<br>&#x25aa; <em>Derniers Vers et Po\u00e8mes d&rsquo;enfance<\/em>, 1934<\/p>\n\n\n\n<p>Anna de Noailles meurt dans son appartement de la rue Scheffer \u00e0 Paris en 1933. Son corps repose au P\u00e8re Lachaise mais son c\u0153ur est \u00e0 Amphion-les-Bains dans un monument con\u00e7u par l&rsquo;architecte et d\u00e9corateur Emilio Terry (1890-1969).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette femme de lettres fran\u00e7aise sut chanter le th\u00e8me de la fuite du temps, des adieux \u00e0 la jeunesse, de l&rsquo;amour, de la solitude, de la nature, de l\u2019\u00e9l\u00e9gie et de la mort in\u00e9luctable, en retenant l\u2019h\u00e9ritage du lyrisme fran\u00e7ais, l\u2019impr\u00e9gnant de sa grande sensibilit\u00e9 reconnaissable entre toutes.<\/strong> Rappelons aussi qu\u2019Anna de Noailles est \u00e0 l\u2019origine du prix <em>Vie Heureuse<\/em>, anc\u00eatre du prix <em>Femina <\/em>qui r\u00e9compense la meilleure \u0153uvre fran\u00e7aise \u00e9crite en prose ou en po\u00e9sie, qu&rsquo;elle cr\u00e9a aux c\u00f4t\u00e9s de Judith Gautier (la fille de Th\u00e9ophile Gautier) et de Madame Daudet.<\/p>\n\n\n\n<p>Anna \u00e9crit \u00e0 Jacques-\u00c9mile Blanche le 12 Avril 1914, que <strong>les portraits sont destin\u00e9s \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 le peintre a su rendre la pr\u00e9sence amicale du mod\u00e8le<\/strong> : <em>&laquo;&nbsp;Si La Tour ne s\u2019\u00e9tait appliqu\u00e9 \u00e0 rendre Mme de Warrens, d\u00e9licieuse, toute en regard et en vapeurs, lirions-nous si souvent Rousseau ? Le portrait donne un t\u00e9moignage ; s\u2019il n\u2019inspire pas confiance, ou s\u2019il \u00e9tonne sans captiver, il n\u2019est plus qu\u2019un paysage o\u00f9 l\u2019on ne voudrait peut-\u00eatre pas aller !&nbsp;&raquo;.<\/em> Puissiez-vous d\u00e9sormais \u00eatre inspir\u00e9s par les portraits de celle qui avait un &laquo;&nbsp;<em>c\u0153ur innombrable&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;et que les paysages vari\u00e9s de ses po\u00e8mes et de son \u00e9criture-qui ressemblait \u00e0 des rameaux de ch\u00e8vrefeuille selon Proust-, ne cessent de vous \u00e9tonner.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s,&nbsp;le 4 d\u00e9cembre 2011<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>JEUNESSE (po\u00e8me d&rsquo;Anna de Noailles)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant tu t&rsquo;en iras un jour de moi, Jeunesse,<br>Tu t&rsquo;en iras, tenant l&rsquo;Amour entre tes bras,<br>Je souffrirai, je pleurerai, tu t&rsquo;en iras,<br>Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que plus rien de toi ne m&rsquo;apparaisse !<\/p>\n\n\n\n<p>La bouche pleine d&rsquo;ombre et les yeux pleins de cris,<br>Je te rappellerai d&rsquo;une clameur si forte,<br>Que, pour ne plus m&rsquo;entendre appeler de la sorte,<br>La Mort entre ses mains prendra mon c\u0153ur meurtri.<\/p>\n\n\n\n<p>Pauvre Amour, triste et beau, serait-ce bien possible<br>Que vous ayant aim\u00e9 d&rsquo;un si profond souci<br>On p\u00fbt encor marcher sur le chemin durci<br>O\u00f9 l&rsquo;ombre de nos pieds ne sera plus visible ?<\/p>\n\n\n\n<p>Revoir sans vous l&rsquo;\u00e9veil douloureux du printemps,<br>Les dimanches de mars, l&rsquo;orgue de Barbarie,<br>La foule heureuse, l&rsquo;air dor\u00e9, le jour qui crie,<br>La musique d&rsquo;ardeur qu&rsquo; Yseult dit \u00e0 Tristan !<\/p>\n\n\n\n<p>Sans vous, conna\u00eetre encor le bruit sourd des voyages,<br>Le sifflement des trains, leur h\u00e2te et leur arr\u00eat,<br>Comme au temps juv\u00e9nile, abondant et secret<br>O\u00f9 dans vos yeux clign\u00e9s riaient des paysages.[&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p>Et quand l&rsquo;automne roux effeuille les charmilles<br>O\u00f9 s&rsquo;asseyait le soir l&rsquo;amante de Rousseau,<br>\u00catre une vieille, avec sa laine et son fuseau,<br>Qui s&rsquo;irrite et qui jette un sort aux jeunes filles&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah ! Jeunesse, qu&rsquo;un jour vous ne soyez plus l\u00e0,<br>Vous, vos r\u00eaves, vos pleurs, vos rires et vos roses,<br>Les Plaisirs et l&rsquo;Amour vous tenant, &#8211; quelle chose,<br>Pour ceux qui n&rsquo;ont vraiment d\u00e9sir\u00e9 que cela ! &#8230;&#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;Ombre des Jours<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>* Anna de Noailles \u00e0 Maurice \u00e0 Barr\u00e8s. Entendu par Flament.<\/p>\n\n\n\n<p>(1)&nbsp;Abb\u00e9 Mugnier, <em>Journal<\/em>, 2 d\u00e9cembre 1910, Mercure de France, coll. Le Temps retrouv\u00e9, 1985, pp. 198 et 199.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;&nbsp;Au lieu d\u2019\u00eatre pendu chez leurs mod\u00e8les, les portraits devraient aider leur propagande et porter leur image \u00e0 la connaissance de ceux qui ne pourraient les approcher*&nbsp;&raquo;\u00a0 Anna de Noailles Introduction Quel honneur de pouvoir aujourd\u2019hui, dans le salon du&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=556\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1831,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[691],"tags":[1591,24,2292,6595,6594,201,5084,3174,499,5818,4787,205],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/anna-de-noailles-zuloaga.jpg?fit=300%2C233&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-8Y","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/556"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=556"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/556\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14376,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/556\/revisions\/14376"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=556"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=556"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=556"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}