{"id":5021,"date":"2017-02-26T15:59:36","date_gmt":"2017-02-26T15:59:36","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=5021"},"modified":"2026-02-08T20:26:25","modified_gmt":"2026-02-08T20:26:25","slug":"des-eglises-gothiques-par-chateaubriand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=5021","title":{"rendered":"Des \u00e9glises gothiques par Chateaubriand"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image wp-image-5029\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"212\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Caspar_David_Friedrich_051.jpg?resize=300%2C212\" alt=\"\" class=\"wp-image-5029\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Caspar_David_Friedrich_051.jpg?resize=300%2C212&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Caspar_David_Friedrich_051.jpg?resize=560%2C396&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Caspar_David_Friedrich_051.jpg?resize=260%2C184&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Caspar_David_Friedrich_051.jpg?resize=160%2C113&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Caspar_David_Friedrich_051.jpg?w=650&amp;ssl=1 650w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>Caspar David Friedrich (1774-1840)&nbsp;<em>Les ruines du monast\u00e8re d&rsquo;Eldena, pr\u00e8s de Greifswald<\/em><\/strong>, 1824-1825, huile sur toile \u00a9 Berlin, Nationalgalerie<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>&laquo;&nbsp;Chaque chose doit \u00eatre mise en son lieu, v\u00e9rit\u00e9 triviale \u00e0 force d\u2019\u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, mais sans laquelle, apr\u00e8s tout, il ne peut y avoir rien de parfait. Les Grecs n\u2019auraient pas plus aim\u00e9 un temple \u00e9gyptien \u00e0 Ath\u00e8nes que les Egyptiens un temple grec \u00e0 Memphis. Ces deux monuments chang\u00e9s de place auraient perdu leur principale beaut\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire leurs rapports avec les institutions et les habitudes des peuples. Cette r\u00e9flexion s\u2019applique pour nous aux anciens monuments du christianisme.<strong> Il est m\u00eame curieux de remarquer que dans ce si\u00e8cle incr\u00e9dule les po\u00e8tes et les romanciers, par un retour naturel vers les m\u0153urs de nos a\u00efeux, se plaisent \u00e0 introduire dans leurs fictions des souterrains, des fant\u00f4mes, des ch\u00e2teaux, des temples gothiques : tant ont de charmes les souvenirs qui se lient \u00e0 la religion et \u00e0 l\u2019histoire de la patrie !<\/strong> Les nations ne jettent pas \u00e0 l\u2019\u00e9cart leurs antiques m\u0153urs comme on se d\u00e9pouille d\u2019un vieil habit. On leur en peut arracher quelques parties, mais il en reste des lambeaux, qui forment avec les nouveaux v\u00eatements une effroyable bigarrure.<\/p>\n\n\n\n<p>On aura beau b\u00e2tir des temples grecs bien \u00e9l\u00e9gants, bien \u00e9clair\u00e9s, pour rassembler le bon peuple de saint Louis et lui faire adorer un Dieu m\u00e9taphysique, il regrettera toujours ces Notre-Dame de Reims et de Paris, ces basiliques toutes moussues, toutes remplies des g\u00e9n\u00e9rations des d\u00e9c\u00e9d\u00e9s et des \u00e2mes de ses p\u00e8res ; il regrettera toujours la tombe de quelques messieurs de Montmorency, sur laquelle il soulait se mettre \u00e0 genoux durant la messe, sans oublier les sacr\u00e9es fontaines o\u00f9 il fut port\u00e9 \u00e0 sa naissance. <strong>C\u2019est que tout cela est essentiellement li\u00e9 \u00e0 nos m\u0153urs ; c\u2019est qu\u2019un monument n\u2019est v\u00e9n\u00e9rable qu\u2019autant qu\u2019une longue histoire du pass\u00e9 est pour ainsi dire empreinte sous ses vo\u00fbtes toutes noires de si\u00e8cles<\/strong>. Voil\u00e0 pourquoi il n\u2019y a rien de merveilleux dans un temple qu\u2019on a vu b\u00e2tir et dont les \u00e9chos et les d\u00f4mes se sont form\u00e9s sous nos yeux. Dieu est la loi \u00e9ternelle ; son origine et tout ce qui tient \u00e0 son culte doit se perdre dans la nuit des temps.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne pouvait entrer dans une \u00e9glise gothique sans \u00e9prouver une sorte de frissonnement et un sentiment vague de la Divinit\u00e9. On se trouvait tout \u00e0 coup report\u00e9 \u00e0 ces temps o\u00f9 les c\u00e9nobites, apr\u00e8s avoir m\u00e9dit\u00e9 dans les bois de leurs monast\u00e8res se venaient prosterner \u00e0 l\u2019autel et chanter les louanges du Seigneur dans le calme et le silence de la nuit. L\u2019ancienne France semblait revivre : on croyait voir ces costumes singuliers, ce peuple si diff\u00e9rent de ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui ; on se rappelait et les r\u00e9volutions de ce peuple, et ses travaux et ses arts. <strong>Plus ces temps \u00e9taient \u00e9loign\u00e9s de nous, plus ils nous paraissaient magiques, plus ils nous remplissaient de ces pens\u00e9es qui finissent toujours par une r\u00e9flexion sur le n\u00e9ant de l\u2019homme et la rapidit\u00e9 de la vie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ordre gothique, au milieu de ces proportions barbares, a toutefois une beaut\u00e9 qui lui est particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les for\u00eats ont \u00e9t\u00e9 les premiers temples de la Divinit\u00e9, et les hommes ont pris dans les for\u00eats la premi\u00e8re id\u00e9e de l\u2019architecture.<\/strong> Cet art a donc d\u00fb varier selon les climats. Les Grecs ont tourn\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9gante colonne corinthienne avec son chapiteau de feuilles sur le mod\u00e8le du palmier. Les \u00e9normes piliers du vieux style \u00e9gyptien repr\u00e9sentent le sycomore, le figuier oriental, le bananier et la plupart des arbres gigantesques de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-5031\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"237\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Ahauntofpeace.jpg?resize=300%2C237\" alt=\"\" class=\"wp-image-5031\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Ahauntofpeace.jpg?resize=300%2C237&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Ahauntofpeace.jpg?resize=560%2C443&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Ahauntofpeace.jpg?resize=260%2C206&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Ahauntofpeace.jpg?resize=160%2C127&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Ahauntofpeace.jpg?w=607&amp;ssl=1 607w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>Frederick Appleyard (1874-1963) <em>A Haunt of Ancient Peace<\/em><\/strong>, collection particuli\u00e8re, huile sur toile \u00a9Artnet<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Les for\u00eats des Gaules ont pass\u00e9 \u00e0 leur tour dans les temples de nos p\u00e8res, et nos bois de ch\u00eanes ont ainsi maintenu leur origine sacr\u00e9e.<strong> Ces vo\u00fbtes cisel\u00e9es en feuillages, ces jambages qui appuient les murs et finissent brusquement comme des troncs bris\u00e9s, la fra\u00eecheur des vo\u00fbtes, les t\u00e9n\u00e8bres du sanctuaire, les ailes obscures, les passages secrets, les portes abaiss\u00e9es, tout retrace les labyrinthes des bois dans l\u2019\u00e9glise gothique, tout en fait sentir la religieuse horreur, les myst\u00e8res et la divinit\u00e9<\/strong>. Les deux tours hautaines plant\u00e9es \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9difice surmontent les ormes et les ifs du cimeti\u00e8re et font un effet pittoresque sur l\u2019azur du ciel. Tant\u00f4t le jour naissant illumine leurs t\u00eates jumelles ; tant\u00f4t elles paraissent couronn\u00e9es d\u2019un chapiteau de nuages ou grossies dans une atmosph\u00e8re vaporeuse. Les oiseaux eux-m\u00eames semblent s\u2019y m\u00e9prendre et les adopter pour les arbres de leurs for\u00eats : des corneilles voltigent autour de leurs fa\u00eetes et se perchent sur leurs galeries. Mais tout \u00e0 coup des rumeurs confuses s\u2019\u00e9chappent de la cime de ces tours et en chassent les oiseaux effray\u00e9s. <strong>L\u2019architecte chr\u00e9tien, non content de b\u00e2tir des for\u00eats, a voulu, pour ainsi dire, en imiter les murmures, et au moyen de l\u2019orgue et du bronze suspendu il a attach\u00e9 au temple gothique jusqu\u2019au bruit des vents et des tonnerres, qui roulent dans la profondeur des bois.<\/strong> Les si\u00e8cles, \u00e9voqu\u00e9s par ces sons religieux, font sortir leurs antiques voix du sein des pierres et soupirent dans la vaste basilique : le sanctuaire mugit comme l\u2019antre de l\u2019ancienne Sibylle, et tandis que l\u2019airain se balance avec fracas sur votre t\u00eate, les souterrains vo\u00fbt\u00e9s de la mort se taisent profond\u00e9ment sous vos pieds.&nbsp;&raquo;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 de Chateaubriand,<em> Le G\u00e9nie du Christianisme<\/em>, livre 1, 3e&nbsp;partie, chapitre VIII<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;&nbsp;Chaque chose doit \u00eatre mise en son lieu, v\u00e9rit\u00e9 triviale \u00e0 force d\u2019\u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, mais sans laquelle, apr\u00e8s tout, il ne peut y avoir rien de parfait. 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