{"id":4519,"date":"2016-07-11T18:19:25","date_gmt":"2016-07-11T18:19:25","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=4519"},"modified":"2026-02-08T22:35:57","modified_gmt":"2026-02-08T22:35:57","slug":"lire-et-relire-leloge-de-la-folie-derasme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=4519","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE L&rsquo;\u00c9loge de la Folie d&rsquo;\u00c9rasme"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai cherch\u00e9 plut\u00f4t \u00e0 faire rire qu\u2019\u00e0 mordre&nbsp;\u00bb. <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-4521\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"231\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/683dc30f15ad423279cd6899b7a81e15.png?resize=231%2C300\" alt=\"Hans HOLBEIN dit le Jeune (Augsbourg, 1497 - Londres, 1543) Erasme\" class=\"wp-image-4521\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/683dc30f15ad423279cd6899b7a81e15.png?resize=231%2C300&amp;ssl=1 231w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/683dc30f15ad423279cd6899b7a81e15.png?resize=560%2C728&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/683dc30f15ad423279cd6899b7a81e15.png?resize=260%2C338&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/683dc30f15ad423279cd6899b7a81e15.png?resize=160%2C208&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/683dc30f15ad423279cd6899b7a81e15.png?w=592&amp;ssl=1 592w\" sizes=\"(max-width: 231px) 100vw, 231px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.1<\/strong> Hans Holbein dit le Jeune (1497-1543)<em><strong> Portrait d&rsquo;\u00c9rasme,<\/strong><\/em> huile sur bois \u00a9mus\u00e9e du Louvre<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>C\u2019est avec un \u00e9clat de rire que l\u2019on ouvre et que l\u2019on referme l\u2019<em>\u00c9loge de la Folie <\/em>d\u2019\u00c9rasme, d\u00e9licieuse satire qui n\u2019a pas pris une ride depuis sa publication en 1511 et ses innombrables traductions jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9dition luxueuse de <a href=\"http:\/\/editionsdianedeselliers.com\/fr\/livres\/eloge-de-la-folie-derasme\">Diane de Selliers<\/a>&nbsp;illustr\u00e9e par les peintres de la Renaissance du Nord. On comprend ais\u00e9ment pourquoi il s\u2019agit de l\u2019ouvrage le plus lu de cet auteur, burlesque philosophe qui joue avec les mots, fait des cabrioles avec les concepts et tourne la farce de l\u2019<em>\u00ab humaine fourmili\u00e8re \u00bb<\/em> en d\u00e9rision. Luther n\u2019a pas encore publi\u00e9 les 95 th\u00e8ses de Wittenberg (31 octobre 1517) mais on devine<strong> l\u2019effervescence intellectuelle et philosophique qui agite l\u2019Europe<\/strong>. La concision de la satire \u00e9gale sa densit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Rotterdam en 1467, \u00c9rasme (Desiderius Erasmus Roterodamus) a pass\u00e9 une grande partie de sa vie \u00e0 parcourir l\u2019Europe, entre le dioc\u00e8se d\u2019Utrecht, Paris, Londres, Oxford, Bruxelles, Bologne, Venise, Fribourg, Rome, avant de revenir mourir \u00e0 B\u00e2le en&nbsp;1536. <strong>Ses exp\u00e9riences sont nombreuses&nbsp;<\/strong>: il a fait son noviciat au couvent des chanoines r\u00e9guliers de Stein (dioc\u00e8se d\u2019Utrecht). \u00c0 Paris, il est nomm\u00e9 secr\u00e9taire d\u2019Henri de Berghes, \u00e9v\u00eaque de Cambrai. En 1506 il devient docteur en th\u00e9ologie \u00e0 Bologne. Il passe par Venise o\u00f9 il est correcteur dans l\u2019imprimerie d\u2019Alde Manuce. Il \u00e9crit des ouvrages th\u00e9ologiques, des trait\u00e9s de morale, il correspond avec les intellectuels de toutes les ob\u00e9diences, enseigne le grec \u00e0 Oxford\u2026 <strong>Il y a quelque chose de picaresque, d\u2019unique, d\u2019original chez cet auteur dont l\u2019esprit semble cousiner avec celui du pantagru\u00e9lique Rabelais et du bizarre J\u00e9r\u00f4me Bosch, auteur de la <em>Nef des fous<\/em><\/strong> (<strong>fig.2<\/strong>, <strong>fig.3<\/strong>).<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Son premier voyage en Angleterre date de 1497. C\u2019est dans ce pays qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire vers 1509&nbsp;<em>L\u2019\u00c9loge de la folie<\/em>. Il noue une amiti\u00e9 avec Thomas More qu\u2019il surnomme l\u2019<em>\u00ab homme de toutes les heures \u00bb<\/em>&nbsp;et \u00e0 qui il d\u00e9die son ouvrage. En 1526 il lui&nbsp;recommande le peintre Holbein qui l&rsquo;avait portraitur\u00e9 (<strong>fig.1<\/strong>).&nbsp;<strong>Il se lie aussi avec l\u2019\u00e9v\u00eaque John Fischer, Thomas Cranmer, William&nbsp;Warham et Henry VIII<\/strong>. Sensible \u00e0 la question de la R\u00e9forme, il \u00e9coute les avis des catholiques comme des protestants en discutant avec les uns et les autres. En esprit libre et ind\u00e9pendant, il joue sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 en rendant son opinion insaisissable. D\u2019une part, il se m\u00e9fie du protestantisme instaur\u00e9 progressivement par Luther, en lui reprochant de remplacer une orthodoxie par une autre orthodoxie. D\u2019autre part, il critique l\u2019\u00c9glise catholique avec une libert\u00e9 effront\u00e9e parce qu\u2019\u00c9rasme est adonn\u00e9 au bon sens avant tout autre pr\u00e9cepte&nbsp;: l<em>\u2019\u00c9loge de la folie<\/em> le montre de fa\u00e7on coruscante. Si le livre est fort mal re\u00e7u par les th\u00e9ologiens et le clerg\u00e9, le pape L\u00e9on X en aurait rit&nbsp;et dit fort \u00e0 propos: <em>\u00ab&nbsp;<strong>Notre&nbsp;\u00c9rasme aussi a son grain de folie&nbsp;<\/strong>\u00bb.<\/em> Tout est question de ce que nous nommons vulgairement aujourd\u2019hui \u00ab premier et second degr\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4520 size-medium\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"168\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/louvre-nef-des-fous.jpg?resize=168%2C300\" alt=\"J\u00e9r\u00f4me van Aken, dit Bosch (vers 1450 - 1516) La Nef des fous, mus\u00e9e du Louvre \" class=\"wp-image-4520\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/louvre-nef-des-fous.jpg?resize=168%2C300&amp;ssl=1 168w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/louvre-nef-des-fous.jpg?resize=260%2C463&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/louvre-nef-des-fous.jpg?resize=160%2C285&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/louvre-nef-des-fous.jpg?w=431&amp;ssl=1 431w\" sizes=\"(max-width: 168px) 100vw, 168px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.2<\/strong> J\u00e9r\u00f4me van Aken, dit Bosch (vers 1450 &#8211; 1516) <strong><em>La Nef des fous<\/em><\/strong>, huile sur bois \u00a9mus\u00e9e du Louvre<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c9rasme reconna\u00eet avec sinc\u00e9rit\u00e9 son objectif:&nbsp;<strong><em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai cherch\u00e9 plut\u00f4t \u00e0 faire rire qu\u2019\u00e0 mordre&nbsp;\u00bb <\/em><\/strong>mais il&nbsp;pr\u00e9voit aussi&nbsp;que cet ouvrage ne plaira pas aux tristes pr\u00e9lats, comme il le dit dans sa pr\u00e9face o\u00f9 il anticipe les critiques qui pleuvront: <em>\u00ab Comme il n\u2019y a rien de plus pu\u00e9ril que de traiter pu\u00e9rilement les choses graves, il n\u2019y a rien de plus ridicule que de traiter s\u00e9rieusement des plaisanteries. Il n\u2019appartient qu\u2019au public de juger mon ouvrage&nbsp;; <strong>cependant, si l\u2019amour-propre ne m\u2019aveugle, je n\u2019\u00e9tais pas tout \u00e0 fait fou en faisant l\u2019\u00c9loge de la Folie.&nbsp;<\/strong>\u00bb <\/em>En v\u00e9rit\u00e9, il faut comprendre \u00e0 quel point l\u2019auteur est impr\u00e9gn\u00e9 des auteurs grecs et latins. Sa satire se veut un exercice fac\u00e9tieux inspir\u00e9 par Ovide, Lucien, Virgile, et autres auteurs antiques qui s&rsquo;\u00e9taient illustr\u00e9s dans ce genre litt\u00e9raire&nbsp;<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>C\u2019est la Folie qui parle&nbsp;!<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Moi qui vous parle, la Folie, j\u2019ai plus d\u2019un d\u00e9tracteur ici-bas, m\u00eame parmi les plus fous.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est la Folie qui parle&nbsp;<\/em>\u00bb comme le pr\u00e9cise \u00c9rasme en exergue avec un humour tout humaniste. Tout l\u2019ouvrage se pr\u00e9sente sous forme d\u2019un long monologue d\u00e9clam\u00e9&nbsp;(<strong><em>S<span class=\"lang-la\" lang=\"la\" xml:lang=\"la\">tultitiae laus<\/span><\/em><\/strong>) o\u00f9 la Folie &nbsp;personnifi\u00e9e s\u2019adresse au lecteur en lui vantant ses bienfaits et son utilit\u00e9, tout en d\u00e9nigrant dieux et humains. <strong>Il s\u2019agit d\u2019une satire de l\u2019humanit\u00e9 mais aussi de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque.<\/strong> Le discours direct la rend famili\u00e8re. Elle se dresse comme une all\u00e9gorie espi\u00e8gle et impertinente: <em>\u00abJe porte ma personnalit\u00e9 \u00e9crite en toutes lettres sur mon front. Si quelqu\u2019un s\u2019avisait de me prendre pour Minerve ou la Sagesse, mon seul aspect le d\u00e9tromperait bien vite, sans m\u00eame qu\u2019il me f\u00fbt n\u00e9cessaire de faire usage de la parole, ce miroir si menteur des mouvements de l\u2019\u00e2me. <strong>Pas de fard sur ma figure, elle ne dit rien qui ne soit dans mon coeur<\/strong>. Partout et toujours on me trouve identique \u00e0 moi-m\u00eame&nbsp;; personne ne parvient \u00e0 me dissimuler, pas m\u00eame ceux qui mettent toute leur ambition \u00e0 passer pour des sages. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4526 size-medium\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"225\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?resize=300%2C225\" alt=\"Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des\" class=\"wp-image-4526\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?resize=560%2C420&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?resize=260%2C195&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?resize=160%2C120&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?w=860&amp;ssl=1 860w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.3<\/strong> copie d&rsquo;apr\u00e8s J\u00e9r\u00f4me van Aken, dit Bosch (vers 1450 &#8211; 1516)<em><strong> Le concert dans l&rsquo;oeuf<\/strong><\/em>, huile sur toile \u00a9Palais des Beaux-Arts de Lille<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Non sans une certaine misogynie, appel\u00e9e \u00e0 \u00eatre re-contextualis\u00e9e dans la pens\u00e9e d\u2019alors, <strong>\u00c9rasme souligne le f\u00e9minin de la Folie (symbole de passion) par opposition \u00e0 l\u2019homme (symbole de raison)<\/strong><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. La Folie se dit fille de Plutus, n\u00e9e dans les Iles fortun\u00e9es, nourrie au sein de deux nymphes l\u2019Ivresse, fille de Bacchus et l\u2019Ignorance, fille de Pan. Elle compte dans ses suivantes l\u2019Amour-propre (Philautie), la Flatterie, l\u2019Oubli, la Paresse, la Volupt\u00e9, la D\u00e9mence, la Bonne Ch\u00e8re. Deux dieux les accompagnent, Comus et Morph\u00e9e. La Folie pr\u00e9side au banquet des dieux et montre sa puissance sur la terre comme au ciel en clamant sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur Jupiter, Cupidon, Priape, Mercure, V\u00e9nus, Vulcain&nbsp;et tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par la Folie, ou qui ont besoin de ses services pour en venir \u00e0 leur fin. Sur terre, m\u00eame la Nature <em>\u00ab&nbsp;en m\u00e8re pr\u00e9voyante a pris soin que tout ici-bas f\u00fbt assaisonn\u00e9 d\u2019un grain de folie.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Toute l\u2019humaine condition passe entre les doigts de la Folie qui d\u00e9nonce les ennuyeux, les ennemis du plaisir et la n\u00e9cessit\u00e9 de son \u00ab&nbsp;grain de sel&nbsp;\u00bb.<strong> Vices et vertus sont soumis \u00e0 ses lois<\/strong>: <em>\u00ab En d\u00e9finitive, sans moi pas de soci\u00e9t\u00e9 possible, par de rapports solides et agr\u00e9ables dans la vie&nbsp;; sans moi, le sujet serait bient\u00f4t las de son prince, le valet de son ma\u00eetre, la servante de sa ma\u00eetresse, le disciple de son pr\u00e9cepteur, l\u2019ami de son ami, le mari de sa femme, l\u2019h\u00f4te de son h\u00f4te, le camarade de son camarade. Il est donc n\u00e9cessaire que tout cela se trompe, se flatte, use de complaisance&nbsp;; en r\u00e9sume, qu\u2019ils se frottent r\u00e9ciproquement du miel de la folie. \u00bb <\/em>On rit, on jubile avec les comparaisons saugrenues choisies par \u00c9rasme, les effets burlesques, les figures de style, l\u2019ironie mani\u00e9e habilement, le comique de situation, le sens du ridicule et du grotesque.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4524 size-medium\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"164\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/H-ME-M81-300.jpg?resize=300%2C164\" alt=\"Hans Holbein Le Jeune, illustration pour l'\u00c9loge de la Folie d'\u00c9rasme, 1515, planche 81.\" class=\"wp-image-4524\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/H-ME-M81-300.jpg?resize=300%2C164&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/H-ME-M81-300.jpg?resize=260%2C142&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/H-ME-M81-300.jpg?resize=160%2C87&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/H-ME-M81-300.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.4<\/strong>&nbsp;Hans Holbein Le Jeune, &laquo;&nbsp;Adieu donc, applaudissez, vivez en joie, et buvez sec, illustres adeptes de la Folie&nbsp;!&nbsp;&raquo;,&nbsp;<strong>illustration pour l&rsquo;<em>\u00c9loge de la Folie<\/em> d&rsquo;\u00c9rasme<\/strong>, 1515, planche 81<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>M\u00eame si \u00c9rasme se moque de son travail qu\u2019il qualifie de \u00ab pot-pourri \u00bb, l\u2019ouvrage se caract\u00e9rise par sa structure logique qui respecte la progression rh\u00e9torique du discours. <strong>Gr\u00e2ce \u00e0 la finesse pleine d\u2019intelligence de l\u2019\u00e9crivain, l\u2019<em>\u00c9loge de la folie <\/em>devient implicitement un \u00ab\u00c9loge du bon sens\u00bb par l\u2019emploi de l\u2019ironie, de la litote, de la prolepse, des m\u00e9taphores et comparaisons.<\/strong> Le rire aurait-il des vertus moralisatrices ou une fonction de \u00ab&nbsp;ma\u00efeutique&nbsp;\u00bb&nbsp;? \u00c9rasme, docteur en th\u00e9ologie, n\u2019\u00e9tait pas si fou en se risquant \u00e0 faire l\u2019\u00e9loge de la folie sur un ton caustique et moqueur. Il voyait plus loin que ses contemporains puisque nous le lisons encore aujourd\u2019hui et que son humour <em>cum grano salis <\/em>reste universel. En t\u00e9moigne sa conclusion, illustr\u00e9e par Holbein (<strong>fig.4<\/strong>) : &nbsp;<em>\u00ab Vous vous attendez \u00e0 une conclusion, je le vois bien. Triples fous que vous \u00eates&nbsp;! Croyez-vous donc que je me souviens d\u2019un seul mot du pot-pourri que je viens de d\u00e9biter&nbsp;? \u2013 Les anciens disaient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je hais un convive qui a trop bonne m\u00e9moire.&nbsp;\u00bb Et moi, je vous dis&nbsp;: je hais un auditeur qui se souvient de tout. Adieu donc, applaudissez, vivez en joie, et buvez sec, illustres adeptes de la Folie&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelques citations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<\/strong>\u00c9rasme passe en revue toute la soci\u00e9t\u00e9 civile et religieuse, en analysant aussi bien les ivrognes, les amoureux, les fain\u00e9ants, les gloutons, les avares, les marchands, les courtisans, le pape, les cardinaux, les \u00e9v\u00eaques, etc. que l\u2019orgueil des nations (Anglais, Fran\u00e7ais, Ecossais, Romains, Parisiens, Juifs, Espagnols, Allemand). Il termine son opuscule par un commentaire de la Folie dans la Bible.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les vieillards<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Bref, je me montre si lib\u00e9rale que, bien loin de vouloir quitter la vie, lorsque la Parque arrive au bout de son fil et que la vie les quitte, presque tous invoquent, pour se rattacher \u00e0 elle de toute leur \u00e9nergie, les raisons m\u00eames qui devraient les engager \u00e0 la quitter. <strong>Gr\u00e2ce \u00e0 moi, on voit ces vieux Nestors, qui ont \u00e0 peine encore forme humaine, b\u00e9gayant, radotant, br\u00e8che-dents, blanchis ou chauves, et, pour emprunter le reste de ma description \u00e0 Aristophane, sordides, cass\u00e9s, rid\u00e9s, glabres et impuissants&nbsp;; gr\u00e2ce \u00e0 moi, dis-je, on les voit encore prendre plaisir \u00e0 la vie et vouloir para\u00eetre jeunes<\/strong>. L\u2019un fait changer en \u00e9b\u00e8ne les neiges de son chef, l\u2019autre cache son cr\u00e2ne pel\u00e9 sous des cheveux d\u2019emprunt. Celui-ci se garnit la bouche avec les dents d\u2019autrui&nbsp;; celui-l\u00e0 meurt d\u2019amour pour une jouvencelle, et lui marque plus d\u2019extravagance que n\u2019importe quel jeune fils. Qu\u2019un vieillard \u00e9pouse sur le bord de la tombe une p\u00e9ronnelle sans sou ni maille, qui fera le bonheur des autres, c\u2019est chose si commune de nos jours, qu\u2019on s\u2019en vante pour ainsi dire.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-4535\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"228\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?resize=228%2C300\" alt=\"Quentin Metsys, Vieille femme grotesque, 1513, huile sur bois \u00a9National Gallery, Londres\" class=\"wp-image-4535\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?resize=228%2C300&amp;ssl=1 228w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?resize=768%2C1011&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?resize=778%2C1024&amp;ssl=1 778w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?resize=560%2C737&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?resize=260%2C342&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?resize=160%2C211&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Quentin_Matsys_-_A_Grotesque_old_woman.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Quentin Metsys (1466-1530)&nbsp;<strong><em>Vieille femme grotesque<\/em><\/strong>, 1513, huile sur bois \u00a9National Gallery, Londres<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les vieilles femmes<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Mais ce qui, \u00e0 tout prendre, est bien plus divertissant, c\u2019est de voir ces vieilles<\/em> <em>que leur long\u00e9vit\u00e9 semble avoir retranch\u00e9es depuis longtemps du nombre des humains, ces faces cadav\u00e9riques qu\u2019on dirait \u00e9chapp\u00e9es des enfers, vanter sans cesse les douceurs de la vie&nbsp;! Elles br\u00fblent, et, lascives comme des ch\u00e8vres, elles en arrivent \u00e0 payer quelque nouveau Phaon qui apaise leurs ardeurs. <strong>Se pl\u00e2trer le visage, passer des journ\u00e9es enti\u00e8res devant leur miroir, et chercher \u00e0 r\u00e9parer les outrages que les ann\u00e9es ont faits \u00e0 leurs appas <\/strong><\/em><strong>(sic)<em> les plus secrets, c\u2019est l\u00e0 toute leur vie.<\/em><\/strong><em> Elles n\u2019\u00e9pargnent rien pour r\u00e9veiller la vigueur de leurs amants. Elles \u00e9talent complaisamment leurs antiques mamelles dans toute leur flaccidit\u00e9, chevrottent de leur voix cass\u00e9e quelque ballade \u00e0 la mode, banquettent et dansent comme les jeunes filles, et, comme elles, envoient des poulets \u00e0 leurs soupirants. Tout le monde se moque de ces vieilles amoureuses comme de folles insignes, et tout le monde a raison. Mais que leur importe, elles n\u2019en nagent pas moins dans les plaisirs et s\u2019enivrent \u00e0 longs traits de l\u2019ivresse que je leur verse. Que ceux qui leurs jettent la pierre me disent s\u2019il ne vaut pas mieux jouir ainsi de sa folie que d\u2019\u00eatre sans cesse occup\u00e9 \u00e0 chercher une poutre o\u00f9 se pendre.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les chasseurs<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp; Au rang de mes f\u00e9aux, il faut mettre encore ces chasseurs intr\u00e9pides, pour qui courir les fauves dans les bois est le plaisir supr\u00eame. Ils se p\u00e2ment aux sons rauques du cor et aux aboiements de leur meute&nbsp;; et je ne doute pas qu\u2019ils ne flairent comme baume la fiente de leurs chiens. Quel bonheur de d\u00e9chirer la proie&nbsp;! <strong>D\u00e9pecer un taureau ou un mouton, c\u2019est bon pour un manant&nbsp;; mais un cerf, on ne saurait \u00eatre trop bon gentilhomme pour l\u2019\u00e9ventrer. <\/strong>\u00c0 genoux, la t\u00eate nue, le victimaire, arm\u00e9 d\u2019un couteau r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 cet usage (ce serait un sacril\u00e8ge d\u2019en employer un autre) d\u00e9membre la b\u00eate, selon un c\u00e9r\u00e9monial et des rites sacr\u00e9s. Autour de lui, la foule silencieuse suit toujours avec le m\u00eame int\u00e9r\u00eat, comme s\u2019il \u00e9tait nouveau, ce spectacle auquel elle a assist\u00e9 cent fois. Heureux qui peut go\u00fbter \u00e0 pareille venaison, c\u2019est pour lui un titre de noblesse&nbsp;! Tant de courses et de ripailles finissent bien par faire de nos chasseurs des esp\u00e8ces de b\u00eates sauvages, mais \u00e0 les en croire, cette existence n\u2019en est pas moins la seule digne des rois.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les b\u00e2tisseurs<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;On peut ranger dans la m\u00eame classe de fous ces b\u00e2tisseurs \u00e9ternels qui passent leur vie \u00e0 changer les carr\u00e9s en ronds et les ronds en carr\u00e9s ; <strong>ils \u00e9difient sans tr\u00eave ni cesse, si bien qu&rsquo;un beau jour, ruin\u00e9s de fond en comble, il ne leur reste ni g\u00eete ni pain<\/strong>.- Qu&rsquo;importe, au moins ils ont pass\u00e9 agr\u00e9ablement quelques bonnes ann\u00e9es.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-4536\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"229\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?resize=229%2C300\" alt=\"Jan Steen (1625\/1626\u20131679) Un alchimiste \u00a9Wellcome Library \" class=\"wp-image-4536\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?resize=229%2C300&amp;ssl=1 229w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?resize=768%2C1005&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?resize=783%2C1024&amp;ssl=1 783w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?resize=560%2C733&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?resize=260%2C340&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?resize=160%2C209&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/CDN_WELL_V_17674.jpg?w=917&amp;ssl=1 917w\" sizes=\"(max-width: 229px) 100vw, 229px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Jan Steen (1625\/1626\u20131679) <strong><em>Un alchimiste<\/em><\/strong> \u00a9Wellcome Library<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les alchimistes<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Pr\u00e8s d\u2019eux se placent ces autres maniaques qui s\u2019imaginent, au moyen des myst\u00e8res de la science nouvelle, changer la nature des choses, et poursuivent par terre et par mer je ne sais quelle quintessence chim\u00e9rique. J\u2019ai nomm\u00e9 les alchimistes. <strong>L\u2019esp\u00e9rance les all\u00e8che si bien que rien ne les rebute, ni travaux ni d\u00e9penses&nbsp;; sans rel\u00e2che, ils cherchent quelque invention qui les aide \u00e0 se duper eux-m\u00eames, et cela dure jusqu\u2019\u00e0 ce que, leur fortune ayant fondu dans leurs creusets, ils n\u2019ont plus m\u00eame de quoi \u00e9tablir un seul fourneau.<\/strong> Leur d\u00e9sastre ne les emp\u00eache pas de nourrir de doux r\u00eaves&nbsp;: ils tournent alors toute leur \u00e9nergie \u00e0 encourager les autres \u00e0 rechercher pareille f\u00e9licit\u00e9. Cette ressource vient-elle aussi \u00e0 leur manquer, ils se consolent en disant avec le po\u00e8te que, dans les grandes choses, il suffit d\u2019avoir os\u00e9. Si mieux n\u2019aiment encore s\u2019en prendre \u00e0 la bri\u00e8vet\u00e9 de la vie, qui ne leur a pas permis de mener \u00e0 bien une si grande affaire.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les superstitieux<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Mais il en est d\u2019autres qui sont incontestablement de mon bord. Ce sont ceux-l\u00e0 qui se d\u00e9lectent \u00e0 \u00e9couter ou \u00e0 raconter les miracles et prodiges les plus incroyables. Ils ne peuvent se rassasier de ces fables, pourvu qu\u2019elles soient bien grossi\u00e8res, et qu\u2019il y soit question de spectres, de lutins, de revenants, d\u2019enfer et d\u2019autres choses de la m\u00eame farine<strong>. Plus elles s\u2019\u00e9loignent de la v\u00e9rit\u00e9, plus elles sont accept\u00e9es facilement par nos gens&nbsp;; plus elles leur chatouillent agr\u00e9ablement l\u2019oreille<\/strong>. (\u2026) Dans la m\u00eame classe, on ne doit pas omettre et ces nigauds qui s\u2019imaginent, follement peut-\u00eatre, mais non sans agr\u00e9ment selon moi, qu\u2019ils ne pourront p\u00e9rir dans le jour o\u00f9 ils ont entrevu quelque statue ou tableau de saint Christophe, ce Polyph\u00e8me chr\u00e9tien&nbsp;; et ces soudards superstitieux, qui se croient invuln\u00e9rables parce qu\u2019ils ont salu\u00e9 sainte Barbe des paroles prescrites&nbsp;; et encore ces na\u00effs qui, pour avoir \u00e0 certains jours gratifi\u00e9 saint \u00c9rasme de petits cierges et de petites pri\u00e8res, esp\u00e8rent que bient\u00f4t ils deviendront fort riches.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les nobles<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Bien que le temps me presse, je ne puis cependant refuser une mention \u00e0 ces autres fous qui, avec une \u00e2me de boue, se placent au-dessus des humains, gr\u00e2ce \u00e0 quelques vain titre nobiliaire&nbsp;: \u00e0 les en croire, ils descendent, qui d\u2019\u00c9n\u00e9e, qui de Bacchus, qui du roi Arthus. Chez eux, dans tous les coins, s\u2019\u00e9talent les statues de leurs anc\u00eatres. <strong>Sans cesse, ils ont \u00e0 la bouche leur g\u00e9n\u00e9alogie et les titres antiques de chacun<\/strong>. Quant \u00e0 eux, plus stupides que les statues qu\u2019ils exposent, ils n\u2019en m\u00e8nent pas moins dans leur gloriole une vie pleine de charmes, car il se trouve des gens assez fous pour r\u00e9v\u00e9rer ces imb\u00e9ciles \u00e0 l\u2019\u00e9gal des dieux.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur ceux qui cultivent les beaux-arts<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;O\u00f9 il fait surtout bon observer l\u2019amour-propre, c\u2019est pr\u00e8s de ceux qui cultivent les beaux-arts&nbsp;; plut\u00f4t que de douter de leur g\u00e9nie, ils renonceraient volontiers \u00e0 leur patrimoine. <strong>Chez eux tous, mais surtout chez les com\u00e9diens, les musiciens, les orateurs et les po\u00e8tes, l\u2019orgueil, la jactance et la morgue sont en raison directe de l\u2019ignorance<\/strong>. Ce qui ne les emp\u00eache pas de trouver chaussure \u00e0 leurs pieds, car il ne faut jamais l\u2019oublier, une chose a d\u2019autant plus d\u2019admirateurs qu\u2019elle est plus inepte&nbsp;; par l\u2019excellente raison que la majorit\u00e9 des hommes se compose de fous. Donc, si l\u2019ignorance jouit du double privil\u00e8ge de plaire \u00e0 chacun en particulier et d\u2019attirer, en outre, l\u2019admiration g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 quoi bon viser au vrai savoir&nbsp;; ce savoir qui co\u00fbte tant \u00e0 acqu\u00e9rir, qui rend p\u00e9dant et timide, et rencontre si peu d\u2019appr\u00e9ciateurs&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les po\u00e8tes<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp; Les po\u00e8tes sont peut-\u00eatre moins mes oblig\u00e9s, bien qu&rsquo;ils rel\u00e8vent jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point de moi. Enfants de la libert\u00e9, comme dit un vieil adage, toute leur affaire est d&rsquo;amuser les oreilles des fous avec de pures bagatelles et des contes en l&rsquo;air. <strong>Il ne leur en faut pas davantage, non-seulement pour se croire des droits \u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9, mais m\u00eame pour la promettre aux h\u00e9ros de leurs chants. <\/strong>L&rsquo;amour-propre et la flatterie ont fort \u00e0 faire avec eux, et personne ne me rend de ce c\u00f4t\u00e9 un culte plus vrai et plus constant.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les philosophes<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em><em>\u00ab&nbsp;Regardez ces visages blafards, ils ont p\u00e2li sur la philosophie, au milieu d\u2019\u00e9tudes profondes et ardues&nbsp;; <strong>tout jeunes encore, ils sont d\u00e9j\u00e0 vieux&nbsp;<\/strong>; le travail, une tension incessante du cerveau, a dess\u00e9ch\u00e9 chez eux la s\u00e8ve de la vie.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les rh\u00e9teurs<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les rh\u00e9teurs ont raison de compter sur la folie comme moyen oratoire.<strong> Souvent, ce que nul argument, n&rsquo;aurait pu \u00e9branler se trouve renvers\u00e9 par un \u00e9clat de rire excit\u00e9 \u00e0 propos <\/strong>; et l&rsquo;art de faire rire est bien \u00e0 moi, personne ne peut le contester.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les \u00e9crivains<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ils sont bien encore de la m\u00eame farine, <strong>ces \u00e9crivassiers qui comptent arriver \u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9 en faisant des livres<\/strong>. Tous sont mes justiciables, et particuli\u00e8rement ceux qui n&rsquo;\u00e9crivent que des sottises.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4539 size-medium\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"170\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/f5dd2a6a66e972abb51698de8b95b1ee.jpg?resize=300%2C170\" alt=\"Peter Brueghel (1526\/1530\u20131569) La parabole des aveugles, \u00a9mus\u00e9e de Capodimonte, Naples\" class=\"wp-image-4539\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/f5dd2a6a66e972abb51698de8b95b1ee.jpg?resize=300%2C170&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/f5dd2a6a66e972abb51698de8b95b1ee.jpg?resize=768%2C436&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/f5dd2a6a66e972abb51698de8b95b1ee.jpg?w=1024&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/f5dd2a6a66e972abb51698de8b95b1ee.jpg?resize=560%2C318&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/f5dd2a6a66e972abb51698de8b95b1ee.jpg?resize=260%2C148&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/f5dd2a6a66e972abb51698de8b95b1ee.jpg?resize=160%2C91&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Peter Brueghel (1526\/1530\u20131569) <strong><em>La parabole des aveugle<\/em><\/strong>s, 1568, d\u00e9trempe sur toile \u00a9mus\u00e9e de Capodimonte, Naples<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les savants<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Quant \u00e0 ces savants qui ne destinent leurs ouvrages qu&rsquo;\u00e0 un petit nombre d&rsquo;\u00e9rudits et redoutent l&rsquo;\u0153il per\u00e7ant de la critique, je les trouve beaucoup plus \u00e0 plaindre qu&rsquo;\u00e0 admirer. <strong>Leur vie n&rsquo;est qu&rsquo;une longue torture ; toujours ajouter, changer,&nbsp;retrancher, remettre, forger et reforger, travailler dix ans une oeuvre pour n&rsquo;en n&rsquo;\u00eatre pas satisfait, est-ce vivre ? Et qu\u2019obtiennent-ils en retour ? L&rsquo;approbation de deux ou trois connaisseurs ?<\/strong> Ils le paient bien cher au prix de leur sommeil, ce baume de la vie ; au prix de labeurs et de tourments infinis. Ils &nbsp;la paient bien cher car ces labeurs d\u00e9labrent leur sant\u00e9, fl\u00e9trissent leur visage, affaiblissent la vue quand ils ne la d\u00e9truisent pas. Ce ne serait rien encore si l&rsquo;envie ne les poursuivait, si les privations et la mis\u00e8re ne les accablaient, amenant apr\u00e8s elles une vieillesse pr\u00e9matur\u00e9e et bient\u00f4t la mort. Et tout cela en d\u00e9finitive, pourquoi, s&rsquo;il vous pla\u00eet ? pour \u00eatre lu par deux ou trois chassieux !&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les grammairiens<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je parlerai d&rsquo;abord des p\u00e9dants qui enseignent la grammaire. De tous les hommes, ce serait sans contredit la classe la plus ch\u00e9tive, la plus \u00e0 plaindre, la plus disgraci\u00e9e des dieux, si je ne venais mitiger les mis\u00e8res de leur triste profession par des acc\u00e8s d&rsquo;une agr\u00e9able folie. (&#8230;) Toujours affam\u00e9s, toujours dans la poussi\u00e8re de leurs \u00e9coles, que dis-je, de leurs prisons ou mieux encore de leurs \u00e9tables, ces pauvres sires vieillissant avant l&rsquo;\u00e2ge, au milieu d&rsquo;un troupeau d&rsquo;enfants, assourdis par leurs cris et asphyxi\u00e9s par leurs exhalaisons. Ce qui ne les emp\u00eache pas, gr\u00e2ce \u00e0 moi, de s&rsquo;estimer les premiers des hommes. (&#8230;) Involontairement on pense \u00e0 l&rsquo;\u00e2ne rev\u00eatu de le peau du lion.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4533 size-medium\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"282\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/800px-Quentin_Massys_001.jpg?resize=300%2C282\" alt=\"Quentin Metsys, Le Pr\u00eateur et sa femme, 1514, huile sur bois \u00a9mus\u00e9e du Louvre\" class=\"wp-image-4533\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/800px-Quentin_Massys_001.jpg?resize=300%2C282&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/800px-Quentin_Massys_001.jpg?resize=768%2C723&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/800px-Quentin_Massys_001.jpg?resize=560%2C527&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/800px-Quentin_Massys_001.jpg?resize=260%2C245&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/800px-Quentin_Massys_001.jpg?resize=160%2C151&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/800px-Quentin_Massys_001.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Quentin Metsys (1466-1530)&nbsp;<em><strong>Le Pr\u00eateur et sa femme<\/strong><\/em>, 1514, huile sur bois \u00a9mus\u00e9e du Louvre<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les jurisconsultes<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Parmi les savants, les jurisconsultes pr\u00e9tendent tenir le haut bout, et nuls au monde ne s\u2019en font plus lib\u00e9ralement accro\u00eetre. Vrais Sysiphes, qui roulent sans rel\u00e2che leur rocher, ils torturent quelques milliers de lois sans s\u2019inqui\u00e9ter si elles ont quelque rapport avec leur affaire, et \u00e0 grands renforts de gloses et de citations, ils parviennent \u00e0 prouver au vulgaire que rien n\u2019est plus difficile que leur science. Pour eux, ils en mesurent le m\u00e9rite au mal qu\u2019elle leur donne.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les proc\u00e9duriers<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Combien n&rsquo;en voyons-nous pas se lancer dans des proc\u00e8s qui doivent s&rsquo;\u00e9terniser et batailler de ci et de l\u00e0 tout le long de leur route, sans autres r\u00e9sultats que d&rsquo;enrichir un juge trop ami des remises et un avocat qui les gruge.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les ambitieux et sur les indolents<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;L&rsquo;ambitieux se donne du mal pour arriver aux honneurs ; tandis que l&rsquo;indolent s&rsquo;\u00e9baudit au coin de son feu.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les p\u00e8lerins<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Puis, c&rsquo;est l&rsquo;amour de la nouveaut\u00e9, les grandes entreprises ; par exemple ces d\u00e9vots personnages qui quittent femmes et enfants pour aller \u00e0 J\u00e9rusalem, \u00e0 Rome ou \u00e0 Saint-Jacques, o\u00f9 ils n&rsquo;ont que faire.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-4537\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"243\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/durer-christ-doctors-thyssen.jpg?resize=300%2C243\" alt=\"Albrecht D\u00fcrer , Le Christ parmi les docteurs, 1506 huile sur bois \u00a9Madrid Mus\u00e9e Thyssen-Bornemisza Make Money Online : http:\/\/ow.ly\/KNICZ\" class=\"wp-image-4537\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/durer-christ-doctors-thyssen.jpg?resize=300%2C243&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/durer-christ-doctors-thyssen.jpg?resize=768%2C623&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/durer-christ-doctors-thyssen.jpg?resize=560%2C454&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/durer-christ-doctors-thyssen.jpg?resize=260%2C211&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/durer-christ-doctors-thyssen.jpg?resize=160%2C130&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/durer-christ-doctors-thyssen.jpg?w=1013&amp;ssl=1 1013w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Albrecht D\u00fcrer (1471-1528)&nbsp;<strong><em>Le Christ parmi les docteurs<\/em><\/strong>, 1506, huile sur bois \u00a9Madrid Mus\u00e9e Thyssen-Bornemisza<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les th\u00e9ologiens<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp; Nous ferions peut-\u00eatre bien de passer sous silence les th\u00e9ologiens&nbsp;; il est imprudent de remuer ce ruisseau et de manier cette plante f\u00e9tide. <strong>C\u2019est une race irritable et qui n\u2019entend pas raillerie.<\/strong> Il est \u00e0 craindre qu\u2019elle ne nous accable de mille conclusions, et qu\u2019elle ne nous am\u00e8ne \u00e0 chanter palinodie sous peine d\u2019\u00eatre tax\u00e9s d\u2019h\u00e9r\u00e9sie&nbsp;; car ce n\u2019est rien moins que la foudre que ces aimables gens lancent contre ceux qui ne les admirent pas. De tous les mortels, aucuns ne ressentent plus vivement mes bienfaits, et je n\u2019en connais pas cependant qui consentent moins \u00e0 l\u2019avouer.(\u2026) <strong>Selon moi, les chr\u00e9tiens feraient bien, au lieu de ces lourds bataillons qui, dans les derni\u00e8res croisades, n\u2019ont pas fait merveilles, d\u2019envoyer, contre les Turcs et les Sarrasins, les Scottistes bavards, les Ockamistes opini\u00e2tres, les Albertistes indomptables, avec tout le reste de la milice sophistique<\/strong>. Le combat serait curieux et la victoire bien extraordinaire. Quel soldat pourrait regimber contre l\u2019\u00e9peron de tels g\u00e9n\u00e9raux&nbsp;? Quel aiguillon pour r\u00e9veiller les plus engourdis&nbsp;! Quels ennemis auraient d\u2019assez bons yeux pour y voir au milieu des t\u00e9n\u00e8bres \u00e9paisses qu\u2019ils r\u00e9pandraient autour d\u2019eux&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>Sur les m\u00e9decins et la po\u00e9sie<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<strong> Vous n\u2019\u00eates pas sans avoir vu deux mulets se gratter r\u00e9ciproquement. <\/strong>Que de complaisance dans cette simple action&nbsp;! Semblable r\u00e9ciprocit\u00e9 fait merveille entre honorables orateurs. La m\u00e9decine, mais surtout la po\u00e9sie, se pr\u00eatent divinement \u00e0 cette pratique, qui contribue plus que tout autre \u00e0 r\u00e9pandre quelque piquant et quelque douceur sur la vie.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9GLSG, le 10 juillet 2016<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Note&nbsp;<\/strong>: toutes les citations sont issues de l\u2019<em>\u00c9loge de la Folie<\/em>, traduction par G. Lejeal Paris, Libraire de la Biblioth\u00e8que nationale, 1902.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em> \u00ab&nbsp;Contre elle, je le pr\u00e9vois, la critique ira jusqu\u2019\u00e0 la calomnie. On criera que de pareilles plaisanteries sont indignes de ma gravit\u00e9 th\u00e9ologique, et que la charit\u00e9 chr\u00e9tienne ne doit pas mordre ainsi. On ne manquera pas de dire que je me suis essay\u00e9 \u00e0 faire revivre la mani\u00e8re de Lucien et les licences de la com\u00e9die antique&nbsp;; bref, que je prends plaisir \u00e0 d\u00e9chirer tout le monde \u00e0 belles dents. Je prie cependant ceux que la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de mon \u0153uvre pourrait offenser de se rappeler que je ne fais que suivre l\u2019exemple de beaucoup d\u2019auteurs anciens qui ont donn\u00e9 les mod\u00e8les du genre. Combien y-a-t-il de si\u00e8cles qu\u2019Hom\u00e8re a chant\u00e9 le combat des rats et des grenouilles&nbsp;; Virgile le moucheron et je ne sais quels mets bizarre de la cuisine romaine&nbsp;; et Ovide l\u2019excellence du noyer, etc.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>\u00ab&nbsp;Cependant, comme l\u2019homme \u00e9tait destin\u00e9 aux affaires, il \u00e9tait n\u00e9cessaire qu\u2019il e\u00fbt au moins une once de raison pour s\u2019en tirer \u00e0 peu pr\u00e8s&nbsp;; le Cr\u00e9ateur, bien embarrass\u00e9, prit mon avis, selon sa coutume&nbsp;; le conseil que je lui donnai pour parer aux dangers de cet exc\u00e9dant de raison fut digne de moi&nbsp;: c\u2019\u00e9tait de donner une femme \u00e0 l\u2019homme&nbsp;! La femme est, il faut l\u2019avouer, un animal inepte et fou, mais au demeurant plaisant et gracieux&nbsp;; de sorte que sa soci\u00e9t\u00e9 temp\u00e8re et adoucit dans l\u2019intimit\u00e9 ce que le g\u00e9nie de l\u2019homme a forc\u00e9ment de triste. Platon, en mettant en doute dans quelle classe il devait ranger la femme, des animaux raisonnables ou des autres, n\u2019a voulu faire autre chose qu\u2019indiquer par l\u00e0 l\u2019insigne folie du sexe. Si, par hasard, une femme voulait poser pour la sagesse, elle ne parviendrait certainement qu\u2019\u00e0 mettre sa folie plus en relief&nbsp;; c\u2019est comme si elle envoyait un b\u0153uf aux courses du cirque. En g\u00e9n\u00e9ral, on ne fait que rendre plus saillant un vice lorsqu\u2019on cherche \u00e0 lui donner les apparences de la vertu et qu\u2019on change son naturel. Le singe est toujours singe, a dit avec justesse le proverbe grec, m\u00eame sous la pourpre. La femme est toujours femme, c\u2019est-\u00e0-dire folle, quelque masque qu\u2019elle prenne d\u2019ailleurs.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai cherch\u00e9 plut\u00f4t \u00e0 faire rire qu\u2019\u00e0 mordre&nbsp;\u00bb. C\u2019est avec un \u00e9clat de rire que l\u2019on ouvre et que l\u2019on referme l\u2019\u00c9loge de la Folie d\u2019\u00c9rasme, d\u00e9licieuse satire qui n\u2019a pas pris une ride depuis sa publication en 1511 et&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=4519\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4526,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[3291,3365,3305,3185,119,3275,3281,3243,22,1070,3331,3260,3326,3249,3349,2033,3239,3277,3327,3263,3247,973,3338,3182,3240,689,863,3289,3181,3201,3179,3175,3266,3238,3301,3297,3343,3287,3111,3307,3359,3322,3367,3333,3234,3225,3290,3265,3300,3310,3232,3360,3194,3221,3369,3354,3173,3227,3270,3256,3253,3193,3208,3169,3311,3355,3339,414,1722,3345,3274,1326,3191,3184,3267,3315,3261,786,3288,2164,3341,3285,3308,3302,3309,3269,3180,481,3328,488,3298,3330,3262,3196,3195,3241,3348,3230,3197,3183,1726,3358,3189,3218,3340,3186,3244,3228,3217,3259,3336,3187,3245,3282,3199,3248,3273,3350,3215,3214,3210,3212,3213,3346,3192,2714,3235,578,3352,3178,3279,3202,3176,3317,667,3209,3211,3233,3296,3264,3368,3223,2994,3292,3203,3313,497,3231,3206,913,3337,3226,163,3295,3334,3306,379,3188,450,3216,3364,3335,3252,1733,3268,559,769,293,3219,1771,226,3272,3276,3207,1521,3332,3242,3174,1239,1240,3280,3342,3286,3250,3222,3323,3347,3353,3246,3314,3293,3236,1029,1739,3190,469,3318,3251,3344,3324,3229,3171,3304,3271,730,3237,3177,3204,3320,3356,3321,2163,3362,3172,3255,2301,3363,2107,3257,3258,778,3366,3254,3283,3316,3325,3205,3312,3351,3294,1266,3357,3200,1742,3329,3361,3220,3303,333,1977,634,3299,349,2236,3284,3278,429,3224,3198],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Jerome-Bosch-Le-Concert-dans-loeuf-entre-1453-et-1516-Huile-sur-toile-108-x-126-cm-Palais-des.jpg?fit=860%2C645&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-1aT","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4519"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4519"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4519\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17040,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4519\/revisions\/17040"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4526"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4519"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4519"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4519"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}