{"id":1715,"date":"2014-02-24T14:31:28","date_gmt":"2014-02-24T14:31:28","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=1472"},"modified":"2024-11-28T19:34:41","modified_gmt":"2024-11-28T19:34:41","slug":"lire-et-relire-chronique-n-24-corona-et-coronilla-par-paul-valery-1938-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1715","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE Corona et Coronilla de Paul Val\u00e9ry (1938-1945)"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1479\" style=\"width: 798px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/photo.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1479\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1479\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/photo.jpg?resize=788%2C1050\" alt=\"Corona &amp; Coronilla par Paul Val\u00e9ry, Editions de Fallois, 2008\" width=\"788\" height=\"1050\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1479\" class=\"wp-caption-text\"><strong><em>Corona &amp; Coronilla<\/em>\u00a0de Paul Val\u00e9ry<\/strong>, \u00c9ditions de Fallois, 2008<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i><\/i><strong><em style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\">\u00a0\u00ab\u00a0Et toi, personne ne t&rsquo;aura aim\u00e9e d&rsquo;un amour de cette profondeur et de cette qualit\u00e9. Le son de mon amour, je t&rsquo;assure, tu ne l&rsquo;entendras jamais d&rsquo;un autre, jamais.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i style=\"line-height: 1.5em;\"><\/i><em><strong>\u00c0\u00a0<\/strong><\/em><b><i>l\u2019origine de Corona et Coronilla, Po\u00e8mes \u00e0 Jean Voilier.<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne int\u00e9resserons pas au <i>Cimeti\u00e8re Marin, <\/i>ni aux <i>Charmes, <\/i>ni \u00e0<i> La Soir\u00e9e avec M.Teste<\/i>, ni \u00e0 <i>L\u2019\u00c2me et la Danse, <\/i>ni \u00e0<i> Eupalinos ou l\u2019Architecte<\/i>, ni \u00e0 <i>Narcisse<\/i>, ni \u00e0 toutes les productions \u00e9minentes de Monsieur Paul Val\u00e9ry (1871-1945). Nous nous pencherons sur son ultime recueil, <i>Corona et Coronilla,\u00a0<\/i>achev\u00e9 dans &laquo;&nbsp;l\u2019inach\u00e8vement&nbsp;&raquo; de sa liaison de sept ans avec Jeanne Loviton (1903-1996), plus connue sous son nom de plume Jean Voilier.\u00a0En 1979, l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9e vend le manuscrit de <i>Corona<\/i>\u00a0\u00e0 l\u2019H\u00f4tel Drouot,<i>\u00a0 <\/i>celui de<i> Coronilla<\/i> \u00e0 Monte Carlo en 1982, avant que les\u00a0\u00e9ditions de Fallois\u00a0 ne les publient\u00a0<i>post mortem<\/i>, en 2008. <strong>Avocate, romanci\u00e8re, \u00e9ditrice, Jeanne compta de nombreux amants dans le milieu litt\u00e9raire parmi lesquels Saint-John Perse, Robert Deno\u00ebl, Jean Giraudoux. Avec Paul Val\u00e9ry elle entretint une liaison malgr\u00e9 leurs trente-deux ann\u00e9es d\u2019\u00e9cart. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi <i>Corona et Coronilla\u00a0<\/i>? Pour l\u2019amant-po\u00e8te aucune guirlande de po\u00e8me n\u2019est trop belle pour sa bien-aim\u00e9e : <strong>il y a donc la Couronne (<i>Corona<\/i>) et la Petite Couronne (<em>Coronilla<\/em>)<\/strong> qui rassemblent les vers de cette p\u00e9riode. Prolixe, Val\u00e9ry lui \u00e9crivit plus de mille lettres et au\u00a0moins cent-cinquante po\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>&laquo;&nbsp;(\u2026) La gloire ne m\u2019est plus qu\u2019un \u00e9trange malheur.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong> <em> Je laisse \u00e9vanouir mes\u00a0 volont\u00e9s savantes\u00a0:<\/em><\/strong><br \/>\n<strong> <em> Mon vrai tr\u00e9sor me luit dans les \u00e9clairs soyeux <\/em><\/strong><br \/>\n<strong> <em> De tes riches regards aux lumi\u00e8res vivantes\u00a0!&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre curiosit\u00e9 intellectuelle est bien vive\u00a0! Comment le g\u00e9nie de la perfection formelle en est arriv\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des vers sublimes dignes d\u2019un premier amour ? Comment le po\u00e8te-math\u00e9maticien a laiss\u00e9 soudain s\u2019\u00e9vanouir ses \u00a0&laquo;&nbsp;<i>volont\u00e9s savantes&nbsp;&raquo;<\/i>\u00a0pour trouver son tr\u00e9sor dans les regards de &laquo;&nbsp;<i>lumi\u00e8res vivantes&nbsp;&raquo;<\/i>\u00a0de la bien-aim\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<div id=\"attachment_1478\" style=\"width: 330px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/paulvalery30082012.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1478\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1478\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/paulvalery30082012.jpg?resize=320%2C176\" alt=\"Paul Val\u00e9ry \" width=\"320\" height=\"176\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1478\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Paul Val\u00e9ry (1871-1945)<\/strong><\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9 \u00e0 S\u00e8te en 1871, Paul Val\u00e9ry est connu pour sa c\u00e9l\u00e8bre &laquo;&nbsp;Nuit de G\u00eanes&nbsp;&raquo; entre le 4 et le 5 octobre 1892, durant laquelle il fait le v\u0153u d\u00e9sillusionn\u00e9 d\u2019abandonner Dieu et l\u2019Amour pour se consacrer au culte de l\u2019Esprit. <strong>Install\u00e9\u00a0 \u00e0 Paris en 1894, il r\u00e9dige tous les matins pendant vingt ans ses <i>Cahiers<\/i> qui ne seront publi\u00e9s qu\u2019apr\u00e8s sa mort, dans lesquels il consigne et note ses intuitions et ses recherches intellectuelles.<\/strong> Il travaille alors comme r\u00e9dacteur au Minist\u00e8re de la Guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Val\u00e9ry devient un intime d\u2019Andr\u00e9 Gide et de Pierre Lou\u00ffs qui lui pr\u00e9sente Mallarm\u00e9, cet ing\u00e9nieur de la pens\u00e9e pour qui les mots sont des mat\u00e9riaux. Il a trouv\u00e9 son mentor. D\u00e8s ce moment, comme le remarque Auguste Valensin, professeur qui connut Val\u00e9ry : &laquo;&nbsp;<i>L\u2019artiste trie, il ordonne, il tire parti. Surtout il rejette, il rejette, il rejette. <strong>C\u2019est l\u2019homme du refus.<\/strong> S\u2019il se r\u00e8gle sur un mod\u00e8le, du moins ce n\u2019est pas sur un mod\u00e8le pr\u00e9alablement form\u00e9. C\u2019est celui que les produits fournis par l\u2019inconscient lui sugg\u00e8rent, au fur et \u00e0 mesure, de se former.\u00a0(\u2026) La valeur d\u2019un artiste se mesure au nombre de ses refus.&nbsp;&raquo;<\/i>\u00a0(1) En 1900, il fait un mariage bourgeois en \u00e9pousant Jeannie Gobillard qui lui donne trois enfants. <strong>En 1917, il revient \u00e0 la po\u00e9sie avec les cinq-cent douze vers de <i>La Jeune Parque<\/i>\u00a0publi\u00e9s par Gaston Gallimard.<\/strong> En 1924, il est \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise. C\u2019est un po\u00e8te connu, un &laquo;&nbsp;officiel&nbsp;&raquo;. En 1931, il est d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur et une chaire de Po\u00e9tique est cr\u00e9\u00e9e pour lui\u00a0au Coll\u00e8ge de France en 1937. D\u2019une immense sensibilit\u00e9 intellectuelle, il se d\u00e9voue inlassablement \u00e0 la perfection formelle en refusant la transe de l\u2019inspiration.\u00a0<strong>Mais avec l\u2019apparition de Jean Voilier, celui qui voulait tout ma\u00eetriser, tout contr\u00f4ler, ressemble soudain \u00e0 un petit enfant amoureux<\/strong> : &laquo;&nbsp;<i>Que me fait de cr\u00e9er ce que je ne puis te faire entendre\u00a0?&nbsp;&raquo;\u00a0<\/i>\u00a0On assiste \u00e0 la naissance invers\u00e9e d\u2019un adulte qui redevient adolescent\u00a0: le vieillard se fait Cupidon.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>&laquo;&nbsp;O jour premier, silence m\u00e9morable<\/em><br \/>\n<em> Quand nos regards pour la premi\u00e8re fois<\/em><br \/>\n<em> Nous firent taire et craindre notre voix<\/em><br \/>\n<em> Car nous sentions dans l\u2019heure inexorable<\/em><br \/>\n<em> De notre c\u0153ur tout le poids adorable<\/em><br \/>\n<em> D\u2019amour enfant qui va na\u00eetre, \u00f4 doux poids<\/em><br \/>\n<em> Na\u00eetre de nous qui nous tenions les doigts\u2026(\u2026)&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00a0 (<em>XLVI, O Jour Premier<\/em> in\u00a0<em>Po\u00e8mes sans date<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa po\u00e9sie qui avait besoin d\u2019\u00eatre expliqu\u00e9e devient pure, limpide. Ce qui \u00e9tait beau mais souvent herm\u00e9tique conserve un myst\u00e8re soudain accessible. <strong>Le po\u00e8te-Titan qui ordonnait le chaos de l\u2019existence comme un d\u00e9miurge de l\u2019esprit devient un Icare aux ailes br\u00fbl\u00e9es par le soleil trop vif de l\u2019intelligence.<\/strong> Lass\u00e9e de l\u2019\u00e9blouir, cette derni\u00e8re d\u00e9cida de le renvoyer sur la terre \u00f4 combien charnelle de sa Jeanne, si vivante et si palpable\u00a0! L&rsquo;amoureux du travail d\u00e9couvre que l&rsquo;amour arrive \u00e0 se loger avec puissance dans ce qui n&rsquo;est justement pas travail, en transformant l\u2019amante en inspiration (mot que Val\u00e9ry d\u00e9testait) f\u00e9conde malgr\u00e9 lui :<i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>&laquo;&nbsp;\u00d4 Jeanne, enchantement du travail suspendu<\/i>.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le c\u0153ur mis en sourdine pendant tant d\u2019ann\u00e9es se met \u00e0 battre. L\u2019intellectuel couvert d\u2019honneurs, le philosophe qui traversait doctement les couloirs des institutions, le po\u00e8te r\u00e9cit\u00e9 dans les \u00e9coles du monde entier, ne se releva pas du coup de foudre qui poignarda alors sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>&laquo;&nbsp;(\u2026) Que m\u2019importent les dons, les extases, la gloire,<\/em><br \/>\n<em> Le souci de laisser quelque illustre m\u00e9moire,<\/em><br \/>\n<em> D\u2019avoir le col charg\u00e9 d\u2019honorables colliers<\/em><br \/>\n<em> Et de l\u00e9guer du \u00ab\u00a0texte\u00a0\u00bb aux p\u00e2les \u00e9coliers,<\/em><br \/>\n<em> Quand, journ\u00e9e \u00e0 l\u2019amour, h\u00e9las, d\u00e9j\u00e0 ravie,<\/em><br \/>\n<em> Tu fus avant de poindre, \u00f4 dimanche de vie\u00a0!&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(<em>Regarde. Aimes-tu pas cet amas d\u00e9testable<\/em>\u2026in <em>Po\u00e8mes sans date<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Tout vacillera pour le meilleur et pour le pire\u00a0: une femme amoureuse qui deviendra une femme infid\u00e8le<\/strong>. On veut pr\u00eater \u00e0 Jean Voilier la responsabilit\u00e9 de la mort de Val\u00e9ry lorsqu\u2019elle lui annon\u00e7a sa rupture le jour de P\u00e2que d\u2019avril 1945, pour suivre Robert Deno\u00ebl, son amant depuis deux ans. Jour de malheur pour le po\u00e8te qui \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Ma Bien-Aim\u00e9e,<\/i><br \/>\n<i>Un jour si beau<\/i><br \/>\n<i>Le malheur vint <\/i><br \/>\n<i>D\u2019entre tes l\u00e8vres\u2026<\/i><br \/>\n(\u2026)<br \/>\n<i>Ma bien aim\u00e9e<\/i><br \/>\n<i>Ta bouche tendre <\/i><br \/>\n<i>Fit un poison <\/i><br \/>\n<i>De tout mon sang\u2026<\/i><br \/>\n(\u2026)<br \/>\n<i>Ma bien aim\u00e9e<\/i><br \/>\n<i>Trois mots suffirent\u00a0: <\/i><br \/>\n<i>Ce fut pour dire\u00a0: <\/i><br \/>\n<i>Tu dois mourir\u2026<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>La vie exige <\/i><br \/>\n<i>Qu\u2019un autre obtienne<\/i><br \/>\n<i>Celle qui fut <\/i><br \/>\n<i>La seule Tienne\u00a0; (\u2026)<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(<i>Ma Bien-Aim\u00e9 <\/i>in<i> Corona<\/i>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0 malade, Paul Val\u00e9ry \u00e9tait en train de mourir. Peut-\u00eatre que la tristesse a pr\u00e9cipit\u00e9 le funeste jour du 20 juillet 1945. Pour la premi\u00e8re fois de sa vie, on pleure en lisant du Paul Val\u00e9ry\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>&laquo;&nbsp;(\u2026) Amour est le secret de cette forme triste,<\/em><br \/>\n<em> L\u2019absence habite l\u2019ombre o\u00f9 je n\u2019attends plus rien<\/em><br \/>\n<em> Que l\u2019ample effacement des choses par le mien.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(<em>\u00c0\u00a0la vitre d&rsquo;hiver que voile mon haleine<\/em> in <em>Corona<\/em>)<\/p>\n<p><b>L\u2019Adieu aux Vers<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9crivain semblait avoir oubli\u00e9 la gr\u00e2ce douloureusement ch\u00e8re, tant d\u00e9sir\u00e9e et tant redout\u00e9e par l\u2019artiste\u00a0: celle de l\u2019Amour absolu. Sans crier gare, Jeanne Voilier, son &laquo;&nbsp;Polydore&nbsp;&raquo;, sa ch\u00e8re &laquo;&nbsp;T\u00eate ch\u00e2taine&nbsp;&raquo; entra dans son c\u0153ur en ouvrant des portes closes depuis longtemps et l\u2019orgueil capitula\u00a0:\u00a0<strong><i>&nbsp;&raquo; Pourquoi as-tu fait que je t\u2019aime tant\u00a0? &laquo;&nbsp;<\/i><\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1480\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/6a00e54ef0bfc488330162ff573bba970d-350wi.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1480\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1480\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/6a00e54ef0bfc488330162ff573bba970d-350wi.jpg?resize=300%2C399\" alt=\"Paul Val\u00e9ry et Jeanne Loviton dite Jean Voilier (coll. Mireille Fellous-Loviton)\" width=\"300\" height=\"399\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1480\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Paul Val\u00e9ry et Jeanne Loviton dite Jean Voilier<\/strong> (\u00a9coll. Mireille Fellous-Loviton)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, Val\u00e9ry n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par les blessures ni par l\u2019amour (Catherine Pozzi, Ren\u00e9e Vauthier, \u00c9milie Noulet*), mais celle de Jean Voilier sera peut-\u00eatre la plus douloureuse et la plus profonde\u00a0en naissant dans la b\u00e9n\u00e9diction et la mal\u00e9diction\u00a0du renoncement. Le recueil est poignant. Une lettre retranscrite au d\u00e9but du recueil est d\u00e9chirante \u00e0 faire piti\u00e9, <i>L\u2019Adieu aux Vers<\/i>. \u00a0<strong>Seul apr\u00e8s le d\u00e9part d\u00e9finitif de son amante, Paul Val\u00e9ry relit ses po\u00e8mes qu&rsquo;il comptait \u00e9diter mais d\u00e9sormais \u00e0 quoi bon\u00a0?<\/strong> Son ironie ne parvient pas \u00e0 dissimuler son amertume glac\u00e9e de tristesse dans cette page \u00e9crite le 22 avril 1945, qui ne fut jamais envoy\u00e9e :\u00a0<i>\u00ab\u00a0(&#8230;) Et mes vers, mes pauvres vers, faits de tout mon art et de tout mon c\u0153ur, il faut p\u00e9rir. \u00c0 pr\u00e9sent, vous me rendriez ridicule. J&rsquo;ai cess\u00e9 de pouvoir dire ces choses, mon orgueil, ma tendresse doivent ne pas laisse de trace. Vous ne serez pas pieusement imprim\u00e9s, dans un petit volume que je voyais, et qui, lui, n&rsquo;avait pas&#8230;d&rsquo;\u00c9diteur&#8230;\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><b><i>Corona<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8re couronne, le recueil <i>Corona <\/i>est compos\u00e9 de 23 po\u00e8mes dont voici une s\u00e9lection.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Sonnet \u00e0 Narcissa<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00d4 de tes mains saisi, fra\u00eeches comme des fleurs,<\/em><br \/>\n<em> Mon front ne songe plus de toute autre couronne\u00a0;<\/em><br \/>\n<em> Cette lucidit\u00e9 que l\u2019Amour environne<\/em><br \/>\n<em> Se trouble d\u2019ombre tendre \u00e0 la source des pleurs.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em> Respirant de ton sein la profonde chaleur,<\/em><br \/>\n<em> Tant de bonheur abonde au c\u0153ur qui s\u2019abandonne,<\/em><br \/>\n<em> Qu\u2019au prix du doux destin que ton regard m\u2019ordonne<\/em><br \/>\n<em> La gloire ne m\u2019est plus qu\u2019un \u00e9trange malheur.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Je laisse \u00e9vanouir mes volont\u00e9s savantes ;<\/em><br \/>\n<em> Mon vrai tr\u00e9sor me luit dans les \u00e9clairs soyeux<\/em><br \/>\n<em> De tes riches regards aux lumi\u00e8res vivantes !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Ce que tu sens pour moi je l&rsquo;adore en tes yeux.<\/em><br \/>\n<em>\u00d4 baise entre tes mains, fermant mon diad\u00e8me<\/em><br \/>\n<em> Du rubis d&rsquo;un baiser, baiser le front qui t&rsquo;aime !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Science et intelligence abdiquent devant l&rsquo;amour. Voici le coeur qui s&rsquo;ouvre sur le th\u00e8me de la couronne. L\u2019homme m\u00fbr amoureux a oubli\u00e9 la diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge et la gloire qui l\u2019environne.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Ode au Jasmin<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(\u2026) Toi qu&rsquo;environne toute une rive si douce<\/em><br \/>\n<em> Qu&rsquo;un jour sans toi v\u00e9cu ne m&rsquo;est qu&rsquo;un jour de fer,<\/em><br \/>\n<em> Qui m&rsquo;accable d&rsquo;un poids que mon soupir repousse<\/em><br \/>\n<em> Et qui s&rsquo;ach\u00e8ve en si\u00e8cle accompli dans l&rsquo;enfer. (\u2026)<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Il ne s\u2019agit pas de la fleur mais de l\u2019indicatif du t\u00e9l\u00e9phone de Jeanne qui habite \u00e0 Auteuil. Voil\u00e0 l\u2019\u00e9blouissement d&rsquo;un dernier amour qui semblait pour lui le premier. Il \u00e9crit ce po\u00e8me comme un jeune amoureux doit faire face \u00e0 l\u2019absence douloureuse.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le Saule<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\"><em>Tremble, Tombe l\u00e9g\u00e8re\u2026Un souffle t&rsquo;aime, Saule,<\/em><br \/>\n<em> Qui fait sur toi fr\u00e9mir le songe d&rsquo;une \u00e9paule&#8230;<\/em><br \/>\n<em> Brise ?\u2026 ou mon seul soupir si simple et si soudain<\/em><br \/>\n<em> Que j&rsquo;exhale d&rsquo;amour pour ce flottant jardin.<\/em><br \/>\n<em> Sur ses fleurs, mon regard trompe le mal d&rsquo;attendre<\/em><br \/>\n<em> Le pas, la voix, la main, et puis, tout l&rsquo;\u00eatre tendre,<\/em><br \/>\n<em> Cette Toi toute \u00e0 moi que je sens devenir,<\/em><br \/>\n<em> \u00c0 qui l&rsquo;heure qui meurt peut tout \u00e0 coup m&rsquo;unir<\/em><br \/>\n<em> Et qui vient!&#8230;Je le sens&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\"><em>Ma bouche enfin t&rsquo;accueille !<\/em><br \/>\n<em> L&rsquo;approche met dans l&rsquo;\u00e2me un tremblement de feuille<\/em><br \/>\n<em> Et mes yeux, quoique pleins de feuillage et de jour,<\/em><br \/>\n<em> Te voient derri\u00e8re moi, toute rose d&rsquo;amour\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\"><em>Tremble, Tombe l\u00e9g\u00e8re ! Un souffle t&rsquo;aime, Saule\u2026<\/em><br \/>\n<em> Mais je n&rsquo;ai plus besoin de songer d&rsquo;une \u00e9paule,<\/em><br \/>\n<em> Et ce souffle n&rsquo;est plus le souffle d&rsquo;un seul coeur\u2026<\/em><br \/>\n<em> Le temps vaincu succombe, et le baiser vainqueur<\/em><br \/>\n<em> De l&rsquo;absence sans nom dont un nom me d\u00e9livre,<\/em><br \/>\n<em> Boit dans l&rsquo;ombre \u00e0 longs traits le feu qui nous fait vivre !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(La tournure de ce po\u00e8me est tr\u00e8s belle.\u00a0On retrouve souvent le th\u00e8me du saule dans\u00a0<i>Corona et Coronilla<\/i>. Il s\u2019agissait de l\u2019arbre du jardin de la maison de Jeanne \u00e0 Auteuil, t\u00e9moin muet de leur liaison. Val\u00e9ry y voit un arbre proph\u00e8te qui avait devin\u00e9 la future trahison\u00a0: &laquo;&nbsp;<i>Le saule est mort. Il avait devin\u00e9, lui. Il n\u2019a pas voulu voir ce qui se verra dans la fen\u00eatre\u2026 Pauvre saule, pauvre frisson de tendresse et de po\u00e9sie que nous partagions avec toi, le soir tombait&nbsp;&raquo;\u00a0<\/i>\u00a0in<i> L&rsquo;Adieu aux vers<\/i>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em> Parfois je pense \u00e0 ton enfance et j&rsquo;aime<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>\u00a0Parfois, je pense \u00e0 ton enfance, et j\u2019aime\u2026<br \/>\nCe que tu m\u2019as cont\u00e9 chante tr\u00e8s loin, dans l\u2019ombre ant\u00e9rieure. <\/i><br \/>\n<i>Et j\u2019aime\u2026<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Ensuite, ensuite\u2026oh non, je n\u2019aime pas tout ce qui vint\u2026<\/em><br \/>\n<i>Cette fleur cueillie, cette premi\u00e8re atteinte\u2026<\/i><br \/>\n<i>Ta jeunesse, ton c\u0153ur\u2026<\/i><br \/>\n<i>\u00d4 j\u2019ai horreur des dieux, du hasard, et de tout<\/i><br \/>\n<i>Ce qui fit que ne fut ce qui aurait d\u00fb \u00eatre<\/i><br \/>\n<i>Que tu sois toujours toute \u00e0 moi.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Je me d\u00e9chire en me disant le pass\u00e9 qui ne fut pas<\/i><br \/>\n<i>Comme les pythonisses pr\u00e9disent l\u2019avenir.<\/i><br \/>\n<i>Je proph\u00e9tise \u00e0 reculons.<\/i><br \/>\n<i>Et mon amour est d\u2019une telle clairvoyance<\/i><br \/>\n<i>Que je nous vois vivant une vie<\/i><br \/>\n<i>Si lumineuse<\/i><br \/>\n<i>Si puret\u00e9 et volupt\u00e9<\/i><br \/>\n<i>Si tendre et si volontaire<\/i><br \/>\n<i>Si intelligente, si douce<\/i><br \/>\n<i>Oh quels jours et quelles nuits<\/i><br \/>\n<i>Et quels sommeils m\u00eal\u00e9s et quels \u00e9veils chantants\u2026<\/i><br \/>\n<i>On se serait connus, trouv\u00e9s au temps<\/i><br \/>\n<i>Que j\u2019\u00e9tais vif, me croyant ange<\/i><br \/>\n<i>L\u2019esprit dur, l\u2019\u00e2me assez \u00e9trange<\/i><br \/>\n<i>Et je voulais plonger mon \u0153il<\/i><br \/>\n<i>Dans toute profondeur au monde<\/i><br \/>\n<i>Et je t\u2019aurais prise profonde<\/i><br \/>\n<i>Pour t\u2019aimer de tout mon orgueil.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(M\u00e9ditation sur les confidences de l\u2019amante, ces vers sublimes t\u00e9moignent du regret que Jeanne ne fut pas toute \u00e0 lui. L\u2019\u00e2ge et l\u2019exp\u00e9rience les s\u00e9parent malgr\u00e9 eux. Pour Val\u00e9ry, comment poss\u00e9der pleinement un \u00eatre qui fut poss\u00e9d\u00e9 par d\u2019autres, sinon en laissant l\u2019imagination po\u00e9tique le faire proph\u00e8te<i>\u00a0&laquo;&nbsp;\u00e0 reculons&nbsp;&raquo;\u00a0<\/i>?)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>\u00d4 PROUE en or de la plus noble nef<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00d4 PROUE en or de la plus noble nef,<\/em><br \/>\n<em> Qui hautement sursautes d\u2019onde en onde,<\/em><br \/>\n<em> T\u00eate aux yeux pers offrant le plus beau chef<\/em><br \/>\n<em> Qui vit jamais voguer la mer du monde,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Et toi, car\u00e8ne ch\u00e8re aux flancs si doux,<\/i><br \/>\n<i>Tout caress\u00e9s de soleil et d\u2019\u00e9cume,<\/i><br \/>\n<i>Brisant ton ombre et foulant le remous<\/i><br \/>\n<i>De l\u2019eau splendide aux gouffres d\u2019amertume,<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Va, ma Navire, et ne trouve de port\u00a0<\/i><br \/>\n<i>Que dans ce c\u0153ur qui ne cesse d&rsquo;attendre\u00a0<\/i><br \/>\n<i>Le plein d&rsquo;amour que tu portes \u00e0 bord<\/i><br \/>\n<i>Sous ta grand voile heureuse de se tendre.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Le po\u00e8me de trois strophes qui se termine en proue est tout entier une superbe m\u00e9taphore de la femme-navire, o\u00f9 Val\u00e9ry f\u00e9minise volontairement son bateau qui devient avec audace &laquo;&nbsp;Ma&nbsp;&raquo; navire. L\u2019amour ose tous les jeux de mots en abolissant les lois de la grammaire.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Couronne des dimanches\u00a0<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i><em>\u00a0<\/em>Grande Beaut\u00e9, Rose spirituelle,<\/i><br \/>\n<i>Vous dont je veux l\u2019amour perp\u00e9tuelle, <\/i><br \/>\n<i>Le don suave et la profonde foi,<\/i><br \/>\n<i>Toute Beaut\u00e9, triomphez de mes ombre<br \/>\n<i>Illuminez un bonheur d\u2019\u00eatre moi<\/i><br \/>\n<i>Car d\u2019\u00eatre moi, ce n\u2019est que r\u00eaves sombres. <\/i><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Cr\u00e9ez le rythme et dissipez le nombre<\/i><br \/>\n<i>De tous ces ans dont mon \u00e2me s\u2019encombre,<\/i><br \/>\n<i>Faites un peu du temps que j\u2019ai v\u00e9cu,<\/i><br \/>\n<i>Jusques \u00e0 toi, ni passions, ni gloire<\/i><br \/>\n<i>N\u2019ont fait de moi ni vainqueur ni vaincu<\/i><br \/>\n<i>Car j\u2019attendais une plus belle histoire. <\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Rose spirituelle et Beaut\u00e9 grande<\/i><br \/>\n<i>Accueillez-moi cette secr\u00e8te offrande<\/i><br \/>\n<i>Que je me chante \u00e0 d\u00e9faut de vous voir\u00a0; <\/i><br \/>\n<i>Faute de vous la tendresse me ronge<\/i><br \/>\n<i>Et je me trouve, au lieu de vous avoir, <\/i><br \/>\n<i>Faire un travail qui m\u2019aide \u00e0 faire un songe<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Encore une couronne, et non des moindres puisqu\u2019elle est de roses po\u00e9tiques.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Sans toi, pensant \u00e0 toi, quand j\u2019ai perdu le jour<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Sans toi, pensant \u00e0 toi, quand j\u2019ai perdu le jour, <\/i><br \/>\n<i>Tu me viens dans la nuit, \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 toi-m\u00eame,<\/i><br \/>\n<i>Tu t\u2019\u00e9vades en moi, ch\u00e8re \u00c2me de l\u2019amour,<\/i><br \/>\n<i>Ombre toute fid\u00e8le au seul songe que j\u2019aime.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Quand l\u2019\u00e9veil me rel\u00e8ve, \u00f4 mon premier \u00e9moi,<\/i><br \/>\n<i>Je te forme et te vois, je prends ce noble torse,<\/i><br \/>\n<i>Temple o\u00f9 j\u2019adore un c\u0153ur qui serait tout \u00e0 moi<\/i><br \/>\n<i>S\u2019il pouvait dans le mien puiser toute sa force.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Oh\u2026Veuille, ma Beaut\u00e9, veuille ce que je veux\u00a0:<br \/>\n<i>Ce que je te redis en flattant tes cheveux<br \/>\n<i>Par le simple retour d\u2019une m\u00eame caresse\u00a0:<\/i><\/i><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Nulle voix ne saurait te faire entendre mieux<\/em><br \/>\n<em> Le myst\u00e8re et le sens toute ma tendresse\u00a0:<\/em><br \/>\n<em> Un \u00e9change sans fin des \u00e2mes de nos yeux.\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(La po\u00e9sie intellectuelle se m\u00e9tamorphose en femme. Au matin le po\u00e8te ne se pr\u00e9occupe plus comme autrefois de la syntaxe comme un \u00e9l\u00e9ment constitutif de l\u2019esprit humain mais il s\u2019inqui\u00e8te de la femme comme r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019appel de l\u2019\u00e2me. \u00c0 force de refuser l\u2019inspiration et le myst\u00e8re, ces deux amis chass\u00e9s reviennent par la fen\u00eatre\u00a0!)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><b>Absence\u00a0<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Amie, quand la nuit vient, tu m\u2019es insupportable par l\u2019absence.<\/em><br \/>\n<i>Mon souffle tant\u00f4t se fait trop profond et trop p\u00e9nible \u00e0 reprendre\u00a0;<br \/>\n<i>Tant\u00f4t presque pr\u00e9cipit\u00e9, comme pour presser le temps qu\u2019il mesure.<\/i><br \/>\n<i>Chacune de mes pens\u00e9es retombe vers celle qui est toi.<br \/>\nIl ne m\u2019est pas d\u2019id\u00e9e que tu n\u2019extermines.<br \/>\nQue me fait de cr\u00e9er ce que je ne puis te faire entendre\u00a0?<br \/>\nTu m\u2019es sourde, \u00e0 pr\u00e9sent, et insaisissable.<br \/>\nJe ne te manque point, mais voici que la nuit vient et le sentiment de la chaleur de ton corps m\u2019envahit avec la tristesse.<br \/>\nJe sais que je m\u2019\u00e9veillerai avant le jour, devant la solitude des heures sans tendresse, ni timbre cher de voix, de l\u00e8vres, ni regards.<br \/>\n<i>Tout ce que je sens se d\u00e9pense dans le vide.<\/i><br \/>\n<i>Tout ce que je dis se dit \u00e0 mon silence.<\/i><br \/>\n<i>Pourquoi as-tu fait que je t\u2019aime tant\u00a0?<\/i><\/i><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Le th\u00e8me de l\u2019absence est fr\u00e9quent dans le recueil. C\u2019est dans le silence de la solitude apr\u00e8s le d\u00e9part de l&rsquo;aim\u00e9e que le po\u00e8te \u00e9crit ce qui le tourmente et le pr\u00e9occupe. Ce po\u00e8me est un des sommets du recueil, avec une forme ch\u00e8re \u00e0 Val\u00e9ry, celle du questionnement final\u00a0qui porte en lui l\u2019explication du po\u00e8me et sa propre r\u00e9ponse :\u00a0\u00a0<em>Pourquoi as-tu fait que je t&rsquo;aime tant ?<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i><\/i><strong><i>Sonnet &laquo;&nbsp;A la vitre d\u2019hiver que voile mon haleine&nbsp;&raquo;<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i style=\"line-height: 1.5em;\">\u00c0 la vitre d&rsquo;hiver que voile mon haleine<\/i><br \/>\n<i>Mon front br\u00fblant demande un glacial appui<\/i><br \/>\n<i>Et tout mon corps pensif aux paresses de laine<\/i><br \/>\n<i>S&rsquo;abandonne au ciel vide o\u00f9 vivre n&rsquo;est qu&rsquo;ennui.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Sous son faible soleil, je vois fondre aujourd&rsquo;hui <\/i><br \/>\n<i>D\u00e9j\u00e0 dans la p\u00e2leur d&rsquo;une \u00e9poque lointaine<\/i><br \/>\n<i>Tant je sens que je suis vers ma perte certaine<\/i><br \/>\n<i>Le Temps, le sang des jours, qui de mon \u00e2me fuit.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Passez, tout ce qui soit&#8230;Seul, mon silence existe ;<\/i><br \/>\n<i>Jusqu&rsquo;au fond de mon coeur je le veux soutenir,<\/i><br \/>\n<i>Et muet, peindre en moi la mort d&rsquo;un souvenir.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Amour est le secret de cette forme triste,<\/i><br \/>\n<i>L&rsquo;absence habite l&rsquo;ombre o\u00f9 je n&rsquo;attends plus rien<br \/>\n<i>Que l&rsquo;ample effacement des choses par le mien.<\/i><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Le dernier po\u00e8me de<em> Corona<\/em> n\u2019a plus rien de ce qui fait la r\u00e9putation de Val\u00e9ry, \u00e0 savoir l\u2019artificiel archi-ma\u00eetris\u00e9 et la froideur intouchable. Bien plus humain que la litt\u00e9rature ne le fait, il se d\u00e9voile pleinement dans ces vers du renoncement et du supr\u00eame adieu \u00e0 l\u2019amour. Val\u00e9ry devient le fr\u00e8re de Goethe, lui aussi\u00a0en proie \u00e0 l\u2019amour impossible d\u2019un vieillard lorsqu\u2019il rencontra \u00e0 soixante-douze ans la jeune Ulrike von Levetzow \u00e2g\u00e9e de dix-sept ans, \u00e0 Marienbad. Voir notamment le\u00a0po\u00e8me sur le th\u00e8me du dernier baiser\u00a0dans les<em> \u00c9<\/em><i>l\u00e9gies de Marienbad\u00a0<\/i>(2).)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b style=\"line-height: 1.5em;\"><i>Coronilla<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La liaison passionnelle de Val\u00e9ry et de Jeanne Loviton s\u2019incarne pleinement dans <i>Coronilla,<\/i> constitu\u00e9 des<i> Sonnets \u00e0 Jean Voilier, <\/i>d\u2019un choix de<i> Po\u00e8mes dat\u00e9s <\/i>(1938-1943), de <i>Po\u00e8mes sans date<\/i> et des <i>Derniers vers <\/i>(1945). De la sensation \u00e0 l\u2019\u00e9motion puis \u00e0 l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur de cr\u00e9ation, il n\u2019y a qu\u2019un pas. La muse sensuelle devient le Daim\u00f4n \u00e9rotique (<em>\u00c0<\/em><i>\u00a0la profonde rose<\/i>, &laquo;&nbsp;<i>En acte&nbsp;&raquo;,<\/i> <em>L<\/em><i>e cher Daim\u00f4n<\/i>, <i>Diurne\u2026Quatre, ou Cinq, ou Six, Canzone, Go\u00fbter de vitamines, Autre chanson, Ode tactile, La S\u00e9r\u00e9nade, Ode vivante<\/i>). C\u2019est aussi un Val\u00e9ry que l\u2019on d\u00e9couvre plein d\u2019humour \u00a0et d\u2019auto-d\u00e9rision dans la vie priv\u00e9e (<i>Chanson malgache<\/i>, <i>Lettre \u00e0 Johnny du 24 juin 1938<\/i>, <i>Titus<\/i>, <i>La ronde du jour de Jeanne<\/i>, <i>Bonjour mon Amie<\/i>, <i>Pour le poudrier<\/i>). Supervielle parlait d\u2019&nbsp;&raquo;<em>\u00e9lixir de sonorit\u00e9s&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0\u00e0 propos de Val\u00e9ry. C\u2019est ici un \u00e9lixir de jouvence\u00a0!\u00a0 Val\u00e9ry se fait P\u00e9trarque (&laquo;&nbsp;<i>Suave Toi, LAURE de mon tourment&nbsp;&raquo;<\/i>). C\u2019est Maurice Sc\u00e8ve et sa D\u00e9lie, Ronsard et sa Mignonne (<i>Ode \u00e0 la Font<\/i>), Racine et sa B\u00e9r\u00e9nice (<i>Polydore<\/i>, Acte I, Sc\u00e8ne IV) quand il ne se prend pas \u00e0 Baudelairiser sur un ton mi-doux\/mi-amer\u00a0: &laquo;&nbsp;<i>\u00a0Mon enfant, ma s\u0153ur \/Songe \u00e0 l\u2019amertume d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s (\u2026)&nbsp;&raquo;<\/i>. Il red\u00e9couvre et joue avec les formes anciennes\u00a0: rondeaux, sonnets,\u00a0 po\u00e8mes-blasons, psaumes, lais, th\u00e9\u00e2tre et amusements po\u00e9tiques pleins d\u2019une nouvelle tendresse : <em>\u00d4\u00a0pour ma soif de toi seule et d\u2019esprit \/\u00a0<\/em><em>Est-il au monde une autre r\u00e9compense\/\u00a0<\/em><em>Qu\u2019\u00eatre \u00e0 nous deux la tendresse qui pense.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Fleur de mon soir<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em> N\u2019est-ce point de mon sort un infernal outrage<br \/>\nQue toute la douceur de votre don charmant ;<br \/>\nCes l\u00e8vres, leur silence et ton consentement<br \/>\nViennent si pr\u00e8s du p\u00e2le et supr\u00eame ombrage,<br \/>\nMe tendre, avec tes yeux, la rose et le nectar,<br \/>\nQuand toute vie en moi g\u00e9mit qu\u2019il est trop tard<br \/>\nEt que ma chair vers l\u2019ombre affreusement recule\u00a0? (\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">(Mais toujours la tristesse de l\u2019\u00e2ge revient avec m\u00e9lancolie.)<\/p>\n<p>Ou encore\u00a0il \u00e9crit \u00e0 4h du matin au 20 avril 1938 :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>(\u2026) Non. Pendant que je songe et contemple un lit tendre;<br \/>\n<i>Qui porte jusqu\u2019au jour votre enti\u00e8re langueur,<\/i><br \/>\n<i>Absente, dont j\u2019entends battre le calme c\u0153ur<\/i><br \/>\n<i>Parmi tant de beaut\u00e9s que je voudrais surprendre, <\/i><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>H\u00e9las, le Soleil vient qui me r\u00e9duit en cendre,<\/i><br \/>\n<i>Illuminant d\u2019aurore un vieillard sans vigueur.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Improviatta<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Je trouve dur de me retrouver seul&#8230;<\/em><br \/>\n<em> Salmson s\u2019envole, et toute bonnes choses\u00a0;<\/em><br \/>\n<em> Dur\u2026Mais plus dur encore, et bien plus seul<\/em><br \/>\n<em> Qui br\u00fble encor de maintes marques roses.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Un cher m\u00e9lange et de chair et d\u2019esprit,<\/i><br \/>\n<i>Un \u0153il perdu dans les nattes du saule, <\/i><br \/>\n<i>Une main douce et fr\u00f4lant tel abri,<\/i><br \/>\n<i>Et l\u2019ample appui de cette tendre \u00e9paule,<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>C\u2019est dur \u00e0 perdre, et de retrouver Soi<\/i><br \/>\n<i>Le vieil enfant las de se reconna\u00eetre<\/i><br \/>\n<i>Quand ce jour tombe et le laisse \u00e0 l\u2019effroi<\/i><br \/>\n<i>D\u2019\u00eatre soi seul, et d\u2019y songer, et d\u2019\u00eatre.<\/i><\/p>\n<p>(Le th\u00e8me de la solitude et du &laquo;&nbsp;vieil enfant&nbsp;&raquo; revient.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Po\u00e9sie\u00a0 (11 juillet 1943)<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Ce ciel gris, moins d\u2019\u00e9t\u00e9 que d\u2019hiver atti\u00e9di,<\/em><br \/>\n<i>Ce jardin, tout \u00e9mu de si l\u00e9g\u00e8res larmes,<\/i><br \/>\n<i>Et ce tendre sommeil d\u2019intime apr\u00e8s-midi<\/i><br \/>\n<i>De qui les songes furent charmes,<\/i><br \/>\n<i>Quoi de plus simplement orn\u00e9 d\u2019\u00e2me et d\u2019amour<\/i><br \/>\n<i>Que ce temple secret \u00e9lev\u00e9 dans ce jour<\/i><br \/>\n<i>Par nos v\u0153ux, par nos c\u0153urs, par les dons de notre \u00eatre,<\/i><br \/>\n<i>\u00c0 la divinit\u00e9 qui nous fit nous conna\u00eetre,<\/i><br \/>\n<i>Nous aimer et subir cette adorable loi<\/i><br \/>\n<i>Qui t\u2019ayant faite belle, et moi, m\u2019ayant fait moi,<\/i><br \/>\n<i>Il fallait qu\u2019en d\u00e9pit du monde et des ann\u00e9es,<\/i><br \/>\n<i>Fussent dans l\u2019ombre en fleur jointes nos destin\u00e9es.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(La notion de destin n\u2019a jamais aussi clairement ressentie par un Val\u00e9ry pleinement lucide de son &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo;.)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Absence<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>\u00d4 que c\u2019est long d\u2019aimer sans voir ce que l\u2019on aime\u2026<\/i><br \/>\n<i>De caresser une ombre et de sourire au mur<\/i><br \/>\n<i>Et de s\u2019interroger si l\u2019Autre fait de m\u00eame<\/i><br \/>\n<i>Et se sent dans le c\u0153ur je ne sais quel fruit m\u00fbr<\/i><br \/>\n<i>Qui cr\u00e8ve de tristesse et d\u2019esp\u00e9rance extr\u00eame.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Ce po\u00e8me fait penser aux vers du\u00a0<i>Cimeti\u00e8re Marin<\/i>\u00a0(1920)\u00a0: &laquo;&nbsp;<i>Comme le fruit se fond en jouissance\u2026 Dans une bouche o\u00f9 sa forme se meurt.&nbsp;&raquo;<\/i>\u00a0L\u2019absence est-elle f\u00e9conde ou st\u00e9rile\u00a0pour les amoureux ?)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Tous les poisons que ta voix m\u2019a vers\u00e9s<\/i><\/strong> in<strong><i>\u00a0<\/i><\/strong><i>Derniers vers<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Tous les poisons que ta voix m\u2019a vers\u00e9s,<\/i><br \/>\n<i>Nos souvenirs d\u2019un souffle dispers\u00e9s<\/i><br \/>\n<i>L\u2019\u00e2me et le c\u0153ur soudainement perc\u00e9s<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Ruinent tout dans l\u2019\u00eatre de cet homme<\/i><br \/>\n<i>Que ta main frappe et l\u2019abandonne comme<\/i><br \/>\n<i>Un grand bless\u00e9 dont la mort se consomme.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Car ton bonheur vaut sa perte pour prix,<\/i><br \/>\n<i>Ton esp\u00e9rance exige le m\u00e9pris<\/i><br \/>\n<i>D\u2019un tel amour que tu n\u2019as pas compris.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Amie extr\u00eame, \u00f4 supr\u00eame ennemie<\/i><\/strong><i>\u00a0<\/i><i>in\u00a0<em>Derniers vers<\/em><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Douce d\u2019hier, qui ne m\u2019\u00e9pargne mie,<\/i><br \/>\n<i>C\u0153ur qui fut mien, chair qui sera d\u2019autrui,<\/i><br \/>\n<i>Voix qui m\u2019a dit la tendresse \u00e9ternelle,<\/i><br \/>\n<i>\u00d4 voix si tendre, et m\u00eame voix cruelle,<\/i><br \/>\n<i>\u00d4 toute Toi, par qui je suis d\u00e9truit.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Ces belles mains que j\u2019ai tant caress\u00e9es<\/i><br \/>\n<i>\u00c0 d\u2019autres jeux se feront empress\u00e9es,<\/i><br \/>\n<i>Et dans l\u2019oubli d\u2019inoubliables jours<\/i><br \/>\n<i>Tu livreras ta secr\u00e8te statue<\/i><br \/>\n<i>En te disant, sachant ce qui me tue\u00a0: <\/i><br \/>\n<i>\u00ab\u00a0On n\u2019a qu\u2019un corps pour diverses amours.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>Peut-\u00eatre aux bras dont tu te feras ceindre<\/i><br \/>\n<i>Dans le moment que l\u2019on te viendra joindre,<\/i><br \/>\n<i>Pour t\u2019imposer le poids de ton bonheur<\/i><br \/>\n<i>Sentiras-tu quelque pr\u00e9sence sombre\u00a0: <\/i><br \/>\n<i>Un rien de peine et mon ombre dans l\u2019ombre<\/i><br \/>\n<i>Traverseront tes noces sans honneur.\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>Longueur d\u2019un jour<\/i> (22 mai 1945)<\/strong> in\u00a0<em>Derniers vers<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i>\u00a0(\u2026) Il d\u00e9pend de ton c\u0153ur que je vive ou que je meure<\/i><br \/>\n<i>Tu le sais \u00e0 pr\u00e9sent, si tu doutas jamais<\/i><br \/>\n<i>Que je puisse mourir par celle que j\u2019aimais,<\/i><br \/>\n<i>Car tu fis de mon \u00e2me une feuille qui tremble<\/i><br \/>\n<i>Comme celle du saule, h\u00e9las, qu\u2019hier ensemble<\/i><br \/>\n<i>Nous regardions flotter devant nos jeux d\u2019amour,<\/i><br \/>\n<i>Dans la tendresse d\u2019or de la chute du jour\u2026\u00a0<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Homme du <i>\u00a0Lux et Nox<\/i>, de l\u2019aube, et du soir, Val\u00e9ry devint pleinement l\u2019homme de Midi lors sa liaison avec Jeanne Loviton. Lui qui avait \u00e9crit auparavant &laquo;&nbsp;<i>Mais rendre la lumi\u00e8re\/Suppose d\u2019ombre une morne moiti\u00e9&nbsp;&raquo;, <\/i>connut la lumi\u00e8re emplie de t\u00e9n\u00e8bres d\u2019un dernier amour tragique. <strong>C\u2019est un soleil fracass\u00e9, un c\u0153ur meurtri qui jette un anath\u00e8me en guise de testament amoureux :<i>\u00a0&laquo;&nbsp;Mais il ne faut croire \u00e0 personne, et ne fonder sur aucun c\u0153ur.&nbsp;&raquo;<\/i><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a9Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s, le 21 f\u00e9vrier 2014<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Auguste Valensin, <i>Regards sur Paul Val\u00e9ry<\/i> (extraits du Cours public au Centre Universitaire M\u00e9diterran\u00e9en, au cours de l\u2019ann\u00e9e scolaire 1943-44), in <i>Regards<\/i>,\u00a0 Aubier, 1955,\u00a0 pp.31-32.<br \/>\n(2) Goethe, <em>\u00c9<\/em><i>l\u00e9gies de Marienbad,<\/i> Gallimard, (trad.fran\u00e7.Jean Tardieu), (1821-1823) 2003, pp.26-29.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Der Ku\u00df, der letzte, grausam s\u00fc\u00df, zerschneidend<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Der Ku\u00df, der letzte, grausam s\u00fc\u00df, zerschneidend<br \/>\nEin herrliches Geflecht verschlungner Minnen.<br \/>\nNun eilt, nun stockt der Fu\u00df, die Schwelle meidend,<br \/>\nAls trieb\u2019 ein Cherub flammend ihn von hinnen;<br \/>\nDas Auge starrt auf d\u00fcstrem Pfad verdrossen,<br \/>\nEs blickt zur\u00fcck, die Pforte steht verschlossen.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(trad.fran\u00e7.)<em> Et ce dernier baiser, douceur cruelle<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Et ce dernier baiser, douceur cruelle<\/em><br \/>\n<em> Tout un r\u00e9seau de d\u00e9lices brisant<\/em><br \/>\n<em> Et puis le pas qui fuit le seuil, chancelle,<\/em><br \/>\n<em> Chass\u00e9 par un archange flamboyant.<\/em><br \/>\n<em> Et l&rsquo;oeil, laissant la route ent\u00e9n\u00e9br\u00e9e<\/em><br \/>\n<em> Regarde et voit la porte referm\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">* Voir \u00e0 ce sujet Fran\u00e7ois-Bernard Michel, <i>Prenez garde \u00e0 l&rsquo;amour. Les muses et les<\/i> f<i>emmes de Paul Val\u00e9ry, <\/i>Grasset, 2003.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00ab\u00a0Et toi, personne ne t&rsquo;aura aim\u00e9e d&rsquo;un amour de cette profondeur et de cette qualit\u00e9. Le son de mon amour, je t&rsquo;assure, tu ne l&rsquo;entendras jamais d&rsquo;un autre, jamais.\u00a0\u00bb \u00c0\u00a0l\u2019origine de Corona et Coronilla, Po\u00e8mes \u00e0 Jean Voilier. 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