{"id":16913,"date":"2026-02-09T01:01:43","date_gmt":"2026-02-09T01:01:43","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=16913"},"modified":"2026-02-09T01:02:23","modified_gmt":"2026-02-09T01:02:23","slug":"la-poesie-selon-cristina-campo-1923-1977","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=16913","title":{"rendered":"La po\u00e9sie selon Cristina Campo (1923-1977)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"385\" height=\"425\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Cristina-Campo-1.jpg?resize=385%2C425&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-17158\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Cristina-Campo-1.jpg?w=385&amp;ssl=1 385w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Cristina-Campo-1.jpg?resize=272%2C300&amp;ssl=1 272w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Cristina-Campo-1.jpg?resize=160%2C177&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 385px) 100vw, 385px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>L&rsquo;\u00e9crivaine, po\u00e9tesse et traductrice  italienne Cristina Campo (1923-1977)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>&laquo;&nbsp;(&#8230;) \u00c0 son plus haut degr\u00e9 d&rsquo;excellence, la po\u00e9sie saisit parfois cet instant o\u00f9 les plateaux de la balance s&rsquo;\u00e9quilibrent, o\u00f9 sur le fil de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e comme \u00e0 la pointe de la rame les contraires se concilient. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle le reproduit avec une tonalit\u00e9 incomparable, celle d&rsquo;une tr\u00e8s ancienne sagesse \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de laquelle s&rsquo;\u00e9panche et jaillit la jubilation enfantine. Le sentiment de la peur y manifeste sa pr\u00e9sence, celui de la certitude aussi, et l&rsquo;interrogation et la m\u00e9moire dialoguent ensemble tandis que le vif, au centre de ses trois \u00e2ges, peut s&rsquo;entretenir en paix avec les morts. Il est devenu semblable \u00e0 Janus aux deux visages, ou encore, comme certains arachnides, il se trouve dot\u00e9 de multiples yeux qui lui r\u00e9v\u00e8lent simultan\u00e9ment tous les aspects de la route. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les oeuvres de po\u00e9sie qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent ainsi au-dessus du temps humain ne furent jamais nombreuses, et rares sont celles qui datent d&rsquo;une \u00e9poque r\u00e9cente<\/strong>. La r\u00e9v\u00e9lation la plus pure des mondes pluriels &#8211; traduite non en parabole mais en geste &#8211; survit sans doute dans les nobles drames japonais : paravents de paysages dispers\u00e9s, qui ne se recoupent ni dans l&rsquo;espace ni dans le temps, \u00e9tablis les uns et les autres en leur plus haute solitude, mais composant toutefois un ordre \u00e9gal aux constellations. Ce sont tous, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, des oeuvres de la m\u00e9moire et des drames de la mort. Ils ne cherchent pas les voies de l&rsquo;inexprimable mais, proches en cela du r\u00eave, ils produisent l&rsquo;inexprimable en tant que seule pr\u00e9sence : c&rsquo;est le geste qui d\u00e9signe un pin au bord du sentier, c&rsquo;est une manche sur laquelle la neige est tomb\u00e9e. <strong>Yeats remarqua la singuli\u00e8re v\u00e9n\u00e9ration de ces antiques dramaturges (et de leur public) pour la fontaine, le bois, la demeure inconnue, le sanctuaire abandonn\u00e9. <\/strong>\u00c0 chaque sc\u00e8ne font retour, mutil\u00e9es mais \u00f4 combien \u00e9loquentes, les images qui frapp\u00e8rent notre enfance de stupeur, que le r\u00eave rel\u00e8ve toujours en ses rets, que le conte propose en guise d&rsquo;\u00e9nigme et que les \u00c9critures exhaussent dans les cieux : <em>locus absconditus<\/em>,<em> hortus conclusus<\/em>, <em>fons signatus<\/em>. Et, comme dans la m\u00e9moire, comme dans le r\u00eave, c&rsquo;est un seul et m\u00eame th\u00e8me que nous retrouvons sans cesse dans les oeuvres qui participent du myst\u00e8re, depuis la fragile semence initiale jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arbre o\u00f9 les oiseaux font leur nid par milliers : de la <em>Vita Nova<\/em>, \u00e0 la <em>Divine Com\u00e9die<\/em>, des premiers aux derniers \u00e9crits de Hofmafnnsthal ou de Proust. <\/p>\n\n\n\n<p>De ce long et insatiable rendez-vous amoureux avec les quatre sphinges &#8211; <strong>la m\u00e9moire, le r\u00eave, le paysage, la tradition<\/strong> -, de ce dialogue toujours incomplet et jamais suffisamment renou\u00e9, la po\u00e9sie se nourrit. Elle est la grande sphinge au visage de lumi\u00e8re, plus intangible encore que les quatre s\u0153urs \u00e0 la face obscure. <\/p>\n\n\n\n<p>Au terme du drame japonais, le destin s&rsquo;est accompli, les noces des amants d\u00e9funts ont \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9es, la nacelle est pass\u00e9e sur le lac et les ombres des courtisanes ont chant\u00e9 le chant non-pareil. Comme l&rsquo;eau se d\u00e9verse dans l&rsquo;eau, l&rsquo;apparition dispara\u00eet. Ce n&rsquo;est pas elle qui percera le dernier voile. Mais \u00e0 l&rsquo;enfant qui \u00e9coute un conte, \u00e0 l&rsquo;homme qui termine un po\u00e8me, au dormeur qui juste avant le r\u00e9veil a franchi le seuil interdit, l&rsquo;\u00e9ternel conc\u00e8de pourtant une mesure de lui-m\u00eame. Rien qu&rsquo;une mesure, bien entendu. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Repousse l&rsquo;heure de ton r\u00e9veil,                                                                               nous te le demandons :                                                                                           les lieux sont d\u00e9serts et nous ne voyons rien                                                           hormis cette haie au milieu d&rsquo;un pr\u00e9.                                                                      La brise du matin se berce entre les branches.                                                       Une haie sauvage, obscure et vide. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><span class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\">Cristina Campo, extrait du chapitre <em>In Medio Coeli <\/em>de l&rsquo;ouvrage <em>Les Impardonnables<\/em>, L&rsquo;Imaginaire Gallimard <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;&nbsp;(&#8230;) \u00c0 son plus haut degr\u00e9 d&rsquo;excellence, la po\u00e9sie saisit parfois cet instant o\u00f9 les plateaux de la balance s&rsquo;\u00e9quilibrent, o\u00f9 sur le fil de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e comme \u00e0 la pointe de la rame les contraires se concilient. 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