{"id":1284,"date":"2014-01-22T01:30:51","date_gmt":"2014-01-22T01:30:51","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=1284"},"modified":"2026-02-08T23:58:13","modified_gmt":"2026-02-08T23:58:13","slug":"a-lombre-de-newman-la-lumiere-du-monde-de-william-holman-hunt-article","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1284","title":{"rendered":"\u00c0 l&rsquo;ombre de Newman, La Lumi\u00e8re du Monde de William Holman Hunt"},"content":{"rendered":"\n<p><em>\u00c0 l&rsquo;instar de John Henry Newman (1801-1890) le peintre William Holman Hunt (1827-1910) a laiss\u00e9 percevoir \u00e0 travers son oeuvre c\u00e9l\u00e8bre <strong>La Lumi\u00e8re du Monde<\/strong> la qu\u00eate religieuse du XIXe si\u00e8cle finissant, offrant un &laquo;&nbsp;tableau-m\u00e9ditation&nbsp;&raquo;, exemple du service \u00e9minent que l&rsquo;art peut apporter \u00e0 la foi. Comme le rappelait Beno\u00eet XVI, la beaut\u00e9 a pour caract\u00e9ristique &laquo;&nbsp;d&rsquo;ouvrir et d&rsquo;\u00e9largir les horizons de la conscience humaine, de la renvoyer au-del\u00e0 d&rsquo;elle-m\u00eame, de se pencher sur l&rsquo;ab\u00eeme de l&rsquo;Infini&nbsp;&raquo; pour &laquo;&nbsp;devenir une voie vers le transcendant, vers le Myst\u00e8re ultime de Dieu&nbsp;&raquo; (21 novembre 2009). Dans un monde qui banalise la laideur et le mal, nous avons opt\u00e9 derri\u00e8re Beno\u00eet XVI pour une pause et cette m\u00e9ditation, ouverture sur la vraie Lumi\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-8405 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"564\" height=\"1119\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/626eefccf14857aac8abe7f2360c48a5.jpg?resize=564%2C1119\" alt=\"\" class=\"wp-image-8405\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/626eefccf14857aac8abe7f2360c48a5.jpg?w=564&amp;ssl=1 564w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/626eefccf14857aac8abe7f2360c48a5.jpg?resize=151%2C300&amp;ssl=1 151w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/626eefccf14857aac8abe7f2360c48a5.jpg?resize=516%2C1024&amp;ssl=1 516w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/626eefccf14857aac8abe7f2360c48a5.jpg?resize=504%2C999&amp;ssl=1 504w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/626eefccf14857aac8abe7f2360c48a5.jpg?resize=160%2C317&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 564px) 100vw, 564px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.1<\/strong> William Holman Hunt (1827-1910)<strong><em> La Lumi\u00e8re du Monde<\/em><\/strong> (<em>The Light of the World<\/em>) 1854,huile sur toile \u00a9 Chapelle de Keble College (Oxford)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;ic\u00f4ne de l&rsquo;art victorien<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Achev\u00e9 en 1853, le tableau intitul\u00e9 <em>La Lumi\u00e8re du monde <\/em>de William Holman Hunt connut une destin\u00e9e unique. Analyse de son histoire et de son influence au cours des ann\u00e9es qui suivirent.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"line-height: 1.5em;\">Ic\u00f4ne de l\u2019art victorien,<em> La Lumi\u00e8re du Monde <\/em>(<strong>fig.1<\/strong>)&nbsp;fut commenc\u00e9 en 1851, achev\u00e9 en 1853, et expos\u00e9 \u00e0 l\u2019exposition de la <em>Royal Academy<\/em> de Londres en 1854 par le peintre pr\u00e9rapha\u00e9lite William Holman Hunt (1827-1910). Ce dernier a choisi de donner un format arqu\u00e9 \u00e0 sa peinture dont l\u2019effet sacr\u00e9 est renforc\u00e9 par le cadre dor\u00e9. Il est int\u00e9ressant de souligner que ce tableau fut achet\u00e9 par Thomas Combe (1796-1872), le patron des&nbsp;<em>Clarendon Press<\/em> d\u2019Oxford, qui \u00e9tait connu pour ses accointances avec le milieu <em>High Church<\/em>&nbsp;[1] de la ville. Il avait lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 \u00e0 Martha Edwards (1806-1896) par John Henry Newman le 3 septembre 1840 \u00e0 Oxford. On sait que ce dernier se convertit au catholicisme romain en 1845.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un tableau li\u00e9 au couple Combe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"line-height: 1.5em;\">Le tableau est l\u00e9gu\u00e9 par Martha Combe apr\u00e8s la mort de son \u00e9poux au <em>Keble College<\/em> construit en 1870 par Edward Pusey (1800-1882) et d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire du grand tractarien John Keble (1792-1866). William Holman Hunt resta intimement li\u00e9 au couple m\u00e9c\u00e8ne puisqu\u2019il est l\u2019un des hommes qui porte le cercueil de Thomas Combe le jour de son enterrement. L\u2019\u0153uvre est encore conserv\u00e9e dans une petite chapelle de la grande \u00e9glise victorienne de<em>&nbsp;Keble College<\/em> construite par l\u2019architecte n\u00e9o-gothique William Butterfield (1814-1900), lui aussi proche des milieux <em>High Church<\/em>.&nbsp;<strong>Le tableau eut un succ\u00e8s exceptionnel, devenant un fleuron de l\u2019art protestant et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019art anglican, \u00e0 tel point qu\u2019une seconde version plus grande fut command\u00e9e \u00e0 William Holman Hunt pour la Cath\u00e9drale Saint Paul de Londres en 1857-1858<\/strong>. Il inspira l&rsquo;oratorio <em>The Light of the World<\/em> compos\u00e9 par Arthur Sullivan (1842-1900) en 1873 et fut m\u00eame pr\u00e9sent\u00e9 dans les colonies avec succ\u00e8s lors d\u2019une exposition itin\u00e9rante entre 1905 et 1907. William Holman Hunt gagna une certaine fortune gr\u00e2ce aux droits de reproduction, aux gravures et aux photographies qui furent faites d\u2019apr\u00e8s l\u2019original. En effet, l\u2019image fut l\u2019objet d\u2019une s\u00e9rie incalculable de r\u00e9interpr\u00e9tations sous forme de gravures ou de vitraux, inspirant probablement m\u00eame la jeune Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux en 1892 dont la peinture <em>J\u00e9sus frappe \u00e0 la porte<\/em>&nbsp;(<strong>fig.2<\/strong>) t\u00e9moigne indirectement de la fortune iconographique de <em>La Lumi\u00e8re du Monde<\/em>.<\/span><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-4552\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"242\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/travaux040.jpg?resize=242%2C300\" alt=\"Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux (1873-1897) J\u00e9sus frappe \u00e0 la porte, 1892, Archives du Carmel de Lisieux\" class=\"wp-image-4552\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/travaux040.jpg?resize=242%2C300&amp;ssl=1 242w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/travaux040.jpg?resize=260%2C322&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/travaux040.jpg?resize=160%2C198&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/travaux040.jpg?w=484&amp;ssl=1 484w\" sizes=\"(max-width: 242px) 100vw, 242px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.2 T<\/strong>h\u00e9r\u00e8se de Lisieux (1873-1897)&nbsp;<strong><em>J\u00e9sus frappe \u00e0 la porte<\/em><\/strong>, 1892, \u00a9Archives du Carmel de Lisieux<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong style=\"line-height: 1.5em;\">V\u00e9rit\u00e9 de la Nature et V\u00e9rit\u00e9 des \u00c9critures<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le tableau de William Holman Hunt est le reflet de sa conversion int\u00e9rieure. Plus qu&rsquo;une simple peinture, c&rsquo;est \u00e0 une r\u00e9elle visite du monde que le peintre invite, alliant nature et foi. Il voit dans le langage de la Cr\u00e9ation le symbole vivant et compl\u00e9mentaire du langage des \u00c9critures.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De culture anglicane mais agnostique, Hunt raconte sa conversion au protestantisme en 1851 lorsqu\u2019il se retrouve face-\u00e0-face avec la phrase de l\u2019Apocalypse: <em>\u00abVoici, je me tiens \u00e0 la porte, et je frappe. Si quelqu\u2019un entend ma voix et ouvre la porte, j\u2019entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.\u00bb<\/em> (3,20). Il d\u00e9crit pr\u00e9cis\u00e9ment le tableau dans ses m\u00e9moires, avec le Christ couronn\u00e9, debout dans la nuit, illumin\u00e9 par l&rsquo;\u00e9clat de la lampe qu&rsquo;il tient. D\u2019ailleurs, cette phrase est cit\u00e9e dans le catalogue de la <em>Royal Academy<\/em> de 1854 et sur le cadre du tableau. <strong>Il s\u2019agit donc d\u2019une \u0153uvre qui r\u00e9sulte d\u2019une vision int\u00e9rieure, d\u2019une \u00ab illumination \u00bb au sens protestant, et non d\u2019un simple artefact issu d\u2019une inspiration conventionnelle<\/strong>. Cela contribue \u00e0 rendre l\u2019\u0153uvre fascinante car Hunt parvient \u00e0 hisser son exp\u00e9rience personnelle de conversion au rang de l\u2019universel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une phrase vivante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais, chaque spectateur est confront\u00e9 \u00e0 la phrase du Christ qui n\u2019est plus seulement \u00e9crite mais \u00ab vue \u00bb car Hunt propose un face-\u00e0-face direct avec le Sauveur, digne des visions catholiques les plus mystiques. Il inverse avec audace la phrase \u00e9vang\u00e9lique: <em>\u00ab Heureux ceux qui croient sans avoir vu \u00bb<\/em> (Jn, 20,19-31) en affirmant que l\u2019art permet de donner \u00e0 \u00ab voir \u00bb l\u2019Invisible, en l\u2019occurrence le Dieu fait chair, crucifi\u00e9, mort et ressuscit\u00e9. Car Hunt choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un Christ ressuscit\u00e9 qui porte les stigmates de la Passion mais qui est d\u00e9j\u00e0 roi de gloire comme le montre la couronne pr\u00e9cieuse entrelac\u00e9e \u00e0 la couronne d\u2019\u00e9pines. <strong>Perles, brocards, orfroi, velours rouge brod\u00e9 recouvrent son manteau \u00e0 l\u2019image d\u2019un Christ \u00ab roi et grand-pr\u00eatre \u00bb proche de celui du <em>Retable de l\u2019Agneau Mystique<\/em> de Van Eyck (fig.3) que William Holman Hunt avait eu l\u2019occasion de voir et d\u2019admirer \u00e0 Gand.<\/strong> On sait l\u2019influence de Van Eyck sur les Pr\u00e9rapha\u00e9lites qui s\u2019inspir\u00e8rent souvent du tableau des <em>\u00c9poux Arnolfini<\/em> conserv\u00e9 \u00e0 la <em>National Gallery<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-8407 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"784\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/OVH-Peinture-Van-Eyck02-784x1024.jpg?resize=784%2C1024\" alt=\"\" class=\"wp-image-8407\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/OVH-Peinture-Van-Eyck02-784x1024.jpg?resize=784%2C1024&amp;ssl=1 784w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/OVH-Peinture-Van-Eyck02-784x1024.jpg?resize=230%2C300&amp;ssl=1 230w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/OVH-Peinture-Van-Eyck02-784x1024.jpg?resize=768%2C1003&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/OVH-Peinture-Van-Eyck02-784x1024.jpg?resize=560%2C731&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/OVH-Peinture-Van-Eyck02-784x1024.jpg?resize=160%2C209&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 784px) 100vw, 784px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.3<\/strong> Jan Van Eyck (v.1390-1441) <strong><em>Retable de l\u2019Agneau Mystique<\/em><\/strong> (d\u00e9tail du Christ en gloire), 1432, huile sur bois \u00a9Cath\u00e9drale Saint-Bavond (Gand)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Un nouveau type de Christ<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Hunt \u00e9labora un nouveau type de Christ qualifi\u00e9 de \u00abprotestant\u00bb mais il convient de nuancer le protestantisme attribu\u00e9 \u00e0 cette image. V\u00eatu de blanc, il est habill\u00e9 d\u2019une splendide cape d\u2019une richesse incomparable tr\u00e8s <em>High Church<\/em> et le visage frontal est encadr\u00e9 d\u2019une aur\u00e9ole des plus canoniques. Le d\u00e9saccord de Thomas Carlyle face \u00e0 cette image trop \u00ab<em>papiste<\/em>\u00bb \u00e0 son go\u00fbt est significatif de la r\u00e9ception de l\u2019image de Hunt dans le contexte des d\u00e9bats sur l\u2019image catholique et l\u2019image protestante. Pourtant la premi\u00e8re esquisse \u00e9tait plus sobre puisque le peintre n\u2019avait pas le projet de mettre un manteau au Christ dont la figure se dressait dans une simple robe blanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Hunt, qui se disait \u00able peintre du Christ\u00bb, peignit la sc\u00e8ne dans une remarquable mise en abyme: <strong>l\u2019unique \u00e9clairage provient de la lampe tenue par le Christ, de m\u00eame que le peintre s\u2019adapta \u00e0 la seule lueur d\u2019une lampe dans l\u2019obscurit\u00e9, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait abrit\u00e9 dans la cabane d\u2019un verger de <em>Worcester Park Farm<\/em> (Ewell, Surrey) de 21 h \u00e0 5 h du matin pendant l\u2019hiver 1851.<\/strong> Hunt cite et file d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la m\u00e9taphore du psaume 119: <em>\u00ab Ta parole est une lampe sur mes pas, une lumi\u00e8re sur ma route \u00bb<\/em>. Il reprend le processus cher au t\u00e9n\u00e9brisme d\u2019un Rembrandt, d\u2019un Caravage ou d\u2019un George de La Tour, mais ce qui le diff\u00e9rencie de ces peintres c\u2019est que Hunt unit la clart\u00e9 du feu de la lampe avec celle de la lune en m\u00ealant une lumi\u00e8re \u00ab chaude \u00bb et une lumi\u00e8re \u00ab froide \u00bb, ce qui donne un aspect surexpos\u00e9 (voire artificiel) \u00e0 l\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La&nbsp;surprise des Fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une luminosit\u00e9 phosphorescente glisse sur la robe blanche du Christ, semblable \u00e0 une aube, qui par les lois de l\u2019optique diffuse plus amplement sa clart\u00e9. Cela plut aux Anglais mais les Fran\u00e7ais demeur\u00e8rent dubitatifs quand il fut expos\u00e9 en France en 1855. Le critique Del\u00e9cluze admire la lumi\u00e8re qui <em>\u00ab parle \u00e0 l\u2019imagination et va \u00e0 l\u2019\u00e2me \u00bb<\/em>, la t\u00eate de Christ est <em>\u00ab pleine d\u2019onction \u00bb<\/em> mais il demeure surpris: <em>\u00ab l\u2019ensemble du tableau est remarquable autant par son harmonie que par son originalit\u00e9 ; d\u2019autres diront peut-\u00eatre par sa bizarrerie \u00bb<\/em>. <strong>Edmond About s\u2019\u00e9tonne et \u00e9crit de mani\u00e8re acerbe<\/strong> <em>\u00ab(\u2026) Cette peinture savamment hideuse devrait avoir une place \u00e0 part. On aurait d\u00fb cr\u00e9er pour elle un cabinet des horreurs, comme on a fait au bout des galeries de cire de Mme Tussaud \u00bb<\/em>. Il y avait dans cette \u0153uvre le paradoxe d\u2019une exp\u00e9rience authentique mais la repr\u00e9sentation du <em>pathos<\/em> r\u00e9sultait plus de l\u2019artifice que de l\u2019art dans le regard Outre-Manche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Christ de William Hunt est un roi glorieux mais un souverain souffrant: la couronne d\u2019\u00e9pine se m\u00eale \u00e0 la couronne d\u2019or. La cha\u00eene de la lampe est \u00e9troitement attach\u00e9e \u00e0 son poignet comme si celui-ci \u00e9tait sci\u00e9 par le m\u00e9tal grenu. Christ de douleur, son front est froiss\u00e9 par une ride tandis que son regard triste interroge le spectateur. Hunt se souvient de s\u2019\u00eatre inspir\u00e9 de Christina Rossetti pour la figure de ce Christ androgyne et de la chevelure d\u2019Elizabeth Siddal pour la couleur rousse. <strong>Il insiste sur la solidit\u00e9 de l\u2019Incarnation et de la R\u00e9surrection en pr\u00e9sentant un Sauveur barbu, aux cheveux boucl\u00e9s et \u00e0 l\u2019\u0153il brillant m\u00e9lancolique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-4555\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"291\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Cardinal-John-Henry-Newman.jpg?resize=291%2C300\" alt=\"John Everett Millais, Portrait de John Henry Newman, 1881, National Portrait Gallery (Londres) huile sur toile\" class=\"wp-image-4555\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Cardinal-John-Henry-Newman.jpg?resize=291%2C300&amp;ssl=1 291w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Cardinal-John-Henry-Newman.jpg?resize=260%2C268&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Cardinal-John-Henry-Newman.jpg?resize=160%2C165&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Cardinal-John-Henry-Newman.jpg?w=300&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 291px) 100vw, 291px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.4<\/strong> John Everett Millais, <strong><em>Portrait de John Henry Newman<\/em><\/strong>, 1881, huile sur toile \u00a9National Portrait Gallery (Londres)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9nie de Hunt est de parvenir \u00e0 capter un instant extr\u00eamement pr\u00e9cis en impliquant la conscience du spectateur dans l\u2019\u0153uvre et en cr\u00e9ant une tension entre le \u00ab regard\u00e9 \u00bb et le \u00ab regardant \u00bb :<strong> nul ne sait si la porte va s\u2019ouvrir<\/strong>. La main du Christ vient de frapper doucement \u00e0 la porte close. Il semble presque retenir sa respiration. D\u2019une sc\u00e8ne anodine en apparence, Hunt a r\u00e9ussi \u00e0 repr\u00e9senter le paroxysme de la conscience de l\u2019homme face \u00e0 la pr\u00e9sence de Dieu, un th\u00e8me qui lui \u00e9tait particuli\u00e8rement cher. <strong>Le spectateur est confront\u00e9 \u00e0 la vision de telle sorte qu\u2019il ne peut qu\u2019adh\u00e9rer ou refuser cette image mais il ne peut d\u00e9sormais plus dire qu\u2019il ne l\u2019avait pas vue.<\/strong> Car ce que les yeux ont contempl\u00e9, l\u2019esprit ne peut le r\u00e9futer sans commettre un mensonge. Le Dieu de Hunt, peintre p\u00e9tri par l\u2019\u00e9vang\u00e9lisme, est aussi le roi qui vient <em>\u00ab comme un voleur \u00bb<\/em> (Ap. 16, 15), comme l\u2019\u00e9poux attendu par les vierges sages et oubli\u00e9 par les vierges folles, qui arrive durant la nuit: <em>\u00ab Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l\u2019heure \u00bb<\/em> (Mt 25,13). Ici il s\u2019agit d\u2019un drame car l\u2019\u00e9poux arrive, la porte est ferm\u00e9e et rien ne prouve que la porte s\u2019ouvrira ! Hunt pr\u00e9cise lui m\u00eame que la porte repr\u00e9sente&nbsp;l\u2019<em>\u00ab esprit obstin\u00e9ment ferm\u00e9 \u00bb<\/em>. <strong>John Ruskin admira beaucoup le tableau qu\u2019il consid\u00e9rait comme une des plus nobles peintures \u00e0 sujet sacr\u00e9, et d\u00e9fendit Hunt dans un article du <em>Times<\/em>.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Hunt rejoint indirectement la personnalit\u00e9 de John Henry Newman &nbsp;(<strong>fig.4<\/strong>) au sein du si\u00e8cle de Victoria hant\u00e9 par le th\u00e8me de la conscience entre lumi\u00e8res et t\u00e9n\u00e8bres. Ce dernier ne cessa de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce principe qui guidait et dictait sa vie: <em>\u00ab J&rsquo;ai toujours soutenu qu&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 sa conscience, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9gare, est le moyen d&rsquo;arriver \u00e0 la lumi\u00e8re et qu&rsquo;il importe peu par o\u00f9 l&rsquo;on commence pourvu que l&rsquo;on commence par ce qui s&rsquo;offre \u00e0 notre port\u00e9e et en esprit de foi (\u2026) \u00bb<\/em>&nbsp;[2]. C\u2019est ici que le peintre cherche \u00e0 unir le concept de<em> Truth to Natur<\/em>e (la v\u00e9rit\u00e9 de la nature) apprit de John Ruskin et le concept de<em> Truth to Scripture <\/em>(la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;Ecriture).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Cr\u00e9ation, un symbole vivant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4557 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"273\" height=\"220\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/34ee14fe4b53d3334198ba75cdca975c.png?resize=273%2C220\" alt=\"Capture d\u2019\u00e9cran 2016-07-18 \u00e0 23.57.03\" class=\"wp-image-4557\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/34ee14fe4b53d3334198ba75cdca975c.png?w=273&amp;ssl=1 273w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/34ee14fe4b53d3334198ba75cdca975c.png?resize=260%2C210&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/34ee14fe4b53d3334198ba75cdca975c.png?resize=160%2C129&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 273px) 100vw, 273px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.5<\/strong> William Holman Hunt (1827-1910) d\u00e9tail de&nbsp;<strong><em>La Lumi\u00e8re du Monde <\/em>(<em>The Light of the World<\/em>)<\/strong> 1854 \u00a9 Chapelle de Keble College (Oxford)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Nature et foi sont tout \u00e0 fait compatibles dans l\u2019esprit de ce converti qui voit le langage de la Cr\u00e9ation comme un symbole vivant qui compl\u00e8te le langage de l\u2019\u00c9criture : les mauvaises herbes sont symboles de la n\u00e9gligence de l\u2019\u00e2me, la chauve-souris est le reflet de l\u2019ignorance \u00e0 l\u2019image de cet animal qui craint la lumi\u00e8re (mais aussi de la malfaisance comme le diable qui est repr\u00e9sent\u00e9 avec des ailes de chauve-souris). &nbsp;Le langage botanique est tr\u00e8s pr\u00e9cis (<strong>fig.5<\/strong>). On distingue des grandes tiges d\u2019ombelles dess\u00e9ch\u00e9es et cass\u00e9es (peut-\u00eatre de la cig\u00fce qui est r\u00e9put\u00e9e pour son poison mortel), du lierre mort qui a grimp\u00e9 le long de la porte et s\u2019est rigidifi\u00e9 en la condamnant, de la vigne, des ronces (<em>rubus<\/em>) et de l\u2019ivraie (<em>lolium temulentum<\/em>), allusions directes aux paraboles du Semeur (Mt 13, 24-30 ; Lc. 8, 4-15). Au loin, des \u00e9toiles dans le ciel font \u00e9cho aux luisances sur la pelouse du verger tandis que des arbres fantomatiques se dressent selon un jeu d\u2019alternance de couleurs brillantes et mates. Des pommes vertes roulent par terre n\u00e9gligemment, un motif repris par Hunt dans <em>Le Mauvais Berger <\/em>(<strong>fig.6<\/strong>). Elles sont symboles du fruit d\u00e9fendu car les pommes verts ont la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre toxiques pour les moutons, mais aussi du Paradis Perdu regagn\u00e9 par le Christ.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-8408 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"860\" height=\"595\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/the-hireling-shepherd.jpg?resize=860%2C595\" alt=\"\" class=\"wp-image-8408\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/the-hireling-shepherd.jpg?w=1200&amp;ssl=1 1200w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/the-hireling-shepherd.jpg?resize=300%2C208&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/the-hireling-shepherd.jpg?resize=768%2C531&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/the-hireling-shepherd.jpg?resize=1024%2C708&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/the-hireling-shepherd.jpg?resize=560%2C387&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/the-hireling-shepherd.jpg?resize=160%2C111&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 860px) 100vw, 860px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.6<\/strong> William Holman Hunt, <strong><em>Le Mauvais Berger<\/em> (<em>The Hireling Shepherd<\/em>)<\/strong>, 1851, huile sur toile \u00a9Manchester City Art Gallery<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Conscience et Illumination<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>William Holman Hunt a souvent repr\u00e9sent\u00e9 le th\u00e8me de la conscience et de l&rsquo;illumination omnipr\u00e9sent dans tout ce qui se pense et se cr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e8re victorienne. Une m\u00eame volont\u00e9 de montrer la progression vers la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 animait penseurs et artistes.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode que <em>La Lumi\u00e8re du monde<\/em>, William Holman Hunt, aborde le th\u00e8me moral de <em>L&rsquo;\u00c9veil de la conscience<\/em> (<strong>fig.7<\/strong>)&nbsp;dans une peinture fameuse repr\u00e9sentant le combat int\u00e9rieur d&rsquo;une femme tent\u00e9e par la prostitution, qui se d\u00e9gage \u00e0 temps des bras de son s\u00e9ducteur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-4559\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"216\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/hunt_the_awakening_conscience_1853.jpg?resize=216%2C300\" alt=\" William Holman Hunt (1827\u20111910) L'\u00e9veil de la conscience (The Awakening Conscience), 1853, Tate Gallery, huile sur toile\" class=\"wp-image-4559\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/hunt_the_awakening_conscience_1853.jpg?resize=216%2C300&amp;ssl=1 216w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/hunt_the_awakening_conscience_1853.jpg?resize=560%2C776&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/hunt_the_awakening_conscience_1853.jpg?resize=260%2C360&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/hunt_the_awakening_conscience_1853.jpg?resize=160%2C222&amp;ssl=1 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/hunt_the_awakening_conscience_1853.jpg?w=627&amp;ssl=1 627w\" sizes=\"(max-width: 216px) 100vw, 216px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><br><strong>fig.7<\/strong> William Holman Hunt (1827\u20111910)<strong><em> L&rsquo;\u00c9veil de la conscience (The Awakening Conscience)<\/em><\/strong>, 1853, huile sur toile \u00a9Tate Gallery<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de l\u2019illumination et le th\u00e8me de la conscience repr\u00e9sent\u00e9s par Hunt renvoient \u00e9galement \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u0153uvres litt\u00e9raires, religieuses et artistiques de l\u2019\u00e9poque victorienne. La conscience morale, la conscience spirituelle, la conscience religieuse et la conscience politique sont au centre des d\u00e9bats et \u00e9voqu\u00e9es par des personnages comme John Stuart Mill, Charles Dickens, John Henry Newman ou Florence Nightingale, entres autres. L\u2019infirmi\u00e8re h\u00e9ro\u00efque de la Guerre de Crim\u00e9e participa \u00e0 r\u00e9former les services sanitaires de l&rsquo;arm\u00e9e anglaise. Elle devint rapidement le symbole de la femme de conscience, g\u00e9n\u00e9ralement repr\u00e9sent\u00e9e avec une lampe, car elle \u00e9clairait les soldats qu\u2019elle veillait dans la nuit, comme dans la toile attribu\u00e9e \u00e0 Butterworth (<strong>fig.8<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette lampe devint l&#8217;embl\u00e8me de ses repr\u00e9sentations, comme une m\u00e9taphore de l&rsquo;ignorance chass\u00e9e par la connaissance ou de la l\u00e2chet\u00e9 vaincue par le courage. La statue de Feodora Gleichen (<strong>fig.9<\/strong>) fait de cette figure f\u00e9minine une v\u00e9ritable <em>Lightbearer<\/em>.&nbsp;La phrase <em>Fiat Lux!<\/em> (<em>Que la Lumi\u00e8re soit !<\/em>) de la Gen\u00e8se inscrite sur le monument renforce la sacralisation de cette statue la\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-8410 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"860\" height=\"896\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/CDN_WELL_V_17994.jpg?resize=860%2C896\" alt=\"\" class=\"wp-image-8410\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/CDN_WELL_V_17994.jpg?w=1152&amp;ssl=1 1152w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/CDN_WELL_V_17994.jpg?resize=288%2C300&amp;ssl=1 288w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/CDN_WELL_V_17994.jpg?resize=768%2C800&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/CDN_WELL_V_17994.jpg?resize=983%2C1024&amp;ssl=1 983w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/CDN_WELL_V_17994.jpg?resize=560%2C583&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/CDN_WELL_V_17994.jpg?resize=160%2C167&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 860px) 100vw, 860px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.8<\/strong> J. Butterworth (attribu\u00e9 \u00e0)<strong> <em>Florence Nightingale &laquo;&nbsp;La Femme \u00e0 la Lampe&nbsp;&raquo;<\/em> (<em>Florence Nightingale as The Lady with the lamp<\/em>)<\/strong>&nbsp;sans date, huile sur toile \u00a9Wellcome Library (Londres)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>En 1900, Edward Elgar (1857-1934) cr\u00e9e l&rsquo;oratorio du <em>R\u00eave de G\u00e9ronte<\/em> en 1900, d&rsquo;apr\u00e8s <em>The Dream of Gerontius<\/em> de John Henry Newman \u00e9voquant l&rsquo;\u00e2me au moment de la mort qui prend conscience d&rsquo;elle-m\u00eame.Cette \u0153uvre litt\u00e9raire, quoique catholique, s&rsquo;inscrit dans le mouvement spiritualiste du XIXe si\u00e8cle, qui se manifesta dans les arts.&nbsp;<strong>La sacralisation symbolique de la lumi\u00e8re rappelle que ce th\u00e8me fut une des pr\u00e9occupations majeures au XIXe si\u00e8cle, dans ses aspects techniques, symboliques et scientifiques<\/strong>. \u00c0 cette \u00e9poque, le physicien fran\u00e7ais Armand Hippolyte Fizeau mesure la vitesse de la lumi\u00e8re (1849), la \u00ab F\u00e9e Electricit\u00e9 \u00bb change les modes de vie, la photographie bouleverse les m\u00e9thodes de repr\u00e9sentation, l&rsquo;impressionnisme cherche \u00e0 saisir les vibrations de la lumi\u00e8re.&nbsp;Dans la Gen\u00e8se, Dieu est le cr\u00e9ateur de la lumi\u00e8re, comme le repr\u00e9senta George Richmond dans la veine graphique d&rsquo;un William Blake en 1823 dans <em>La Cr\u00e9ation de la Lumi\u00e8re <\/em>(<strong>fig.10<\/strong>) mais d\u00e9sormais l&rsquo;Homme allait devenir le d\u00e9miurge de la lumi\u00e8re. Les d\u00e9couvertes scientifiques particip\u00e8rent \u00e0 faire croire \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de Progr\u00e8s (de <em>progressus<\/em>, avancer), id\u00e9e dont s&rsquo;enthousiasmaient aussi bien les rationalistes que les id\u00e9alistes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4561 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"91\" height=\"163\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/9ea981535b498a1a311b638f22ad0f4c.png?resize=91%2C163\" alt=\"Feodora Gleichen (1861-1922) Statue de Florence Nightingale 1914, London Road (Derby), marbre\" class=\"wp-image-4561\" data-recalc-dims=\"1\"\/><figcaption><strong>fig.9<\/strong> Feodora Gleichen (1861-1922) <strong><em>Statue de Florence Nightingale<\/em><\/strong> 1914, London Road (Derby), marbre<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-full wp-image-4562\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"134\" height=\"153\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/fadaffcf7331c17490192c44b9fff4f7.png?resize=134%2C153\" alt=\"George Richmond (1809-1896) La Cr\u00e9ation de la Lumi\u00e8re (The Creation of Light) 1826, Tate Gallery, tempera, or et argent sur acajou\" class=\"wp-image-4562\" data-recalc-dims=\"1\"\/><figcaption><strong>fig.10<\/strong> George Richmond (1809-1896)<strong><em> La Cr\u00e9ation de la Lumi\u00e8re (The Creation of Light)<\/em><\/strong><br>1826,tempera, or et argent sur acajou \u00a9Tate Gallery, Londres<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur de la R\u00e9volution industrielle marqu\u00e9e par les affirmations et les incertitudes religieuses, la dialectique du Progr\u00e8s rejoignit la dialectique de la Conscience.&nbsp;<strong>Que les hommes perdissent la foi ou se convertissent, l&rsquo;humanit\u00e9 pouvait progresser tant qu&rsquo;ils se laissaient guider par la lumi\u00e8re de leur conscience.<\/strong> Le philosophe et \u00e9conomiste John Stuart Mill (1806-1873) encouragea ainsi le d\u00e9veloppement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique fond\u00e9e sur le respect de la libert\u00e9 individuelle de conscience et sur la libert\u00e9 d&rsquo;opinion en Angleterre. Il insista sur l&rsquo;importance d&rsquo;un \u00c9tat contr\u00f4l\u00e9 par le Parlement, d\u00e9fendit le suffrage universel et se battit en faveur du vote et de l&rsquo;\u00e9ducation des femmes (<em>De l&rsquo;assujettissement des femmes<\/em>, 1869).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-8411 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"800\" height=\"526\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/MER_SEC_2096.jpg?resize=800%2C526\" alt=\"\" class=\"wp-image-8411\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/MER_SEC_2096.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/MER_SEC_2096.jpg?resize=300%2C197&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/MER_SEC_2096.jpg?resize=768%2C505&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/MER_SEC_2096.jpg?resize=560%2C368&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/MER_SEC_2096.jpg?resize=160%2C105&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.11<\/strong> Samuel Lawson Booth (1836-1928) <strong><em>R\u00e9surrection<\/em> (Resurrection)<\/strong> date inconnue, huile sur toile \u00a9Atkinson Art Gallery<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Mais la lumi\u00e8re de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 ne pouvait rendre le m\u00eame \u00e9clat que celui de la R\u00e9surrection. Le tableau <em>R\u00e9surrection<\/em>&nbsp;(<strong>fig.11<\/strong>) de Samuel Lawson Booth tente de repr\u00e9senter ce ph\u00e9nom\u00e8ne en faisant jaillir dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la nature trois sources de lumi\u00e8re : le feu de la lanterne au premier plan, l&rsquo;\u00e9clat de l&rsquo;aube au loin et l&rsquo;\u00e9blouissement de la figure christique dans une mandorle qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans le ciel.&nbsp;Convaincue que l&rsquo;\u00e2me est le sujet d&rsquo;une lutte de la conscience entre les t\u00e9n\u00e8bres et la lumi\u00e8re, entre croyance et incroyance, l&rsquo;Angleterre resta fid\u00e8le et renfor\u00e7a sa croyance au principe protestant d&rsquo;<em>illumination int\u00e9rieure<\/em> [3]&nbsp;et d\u2019<em>\u00c9veil<\/em>. Le \u00ab Grand \u00c9veil \u00bb (<em>The Great Awakening<\/em>) est aussi le nom donn\u00e9 aux p\u00e9riodes de renouveau \u00e9vang\u00e9lique dans le protestantisme am\u00e9ricain d\u00e8s la fin du XVIIIe si\u00e8cle, pour caract\u00e9riser les p\u00e9riodes de renouveau de ferveur religieuse et l\u2019accroissement des fid\u00e8les dont la conscience est <em>illumin\u00e9e<\/em>.<strong> Le Christ \u00ab Lumi\u00e8re du Monde \u00bb de William Holman Hunt s\u2019inscrit dans l&rsquo;iconographie anglaise du \u00ab porteur de lampe \u00bb qui se d\u00e9veloppe au XIXe si\u00e8cle afin de repr\u00e9senter l&rsquo;engagement de l&rsquo;individu sur un chemin spirituel, de l\u2019obscurit\u00e9 de l\u2019ignorance vers la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9.<\/strong> La libert\u00e9 de conscience est la lampe qui l&rsquo;\u00e9claire pour progresser sur la route, le libre examen est le b\u00e2ton qui le soutient, la pri\u00e8re est le pain qui le nourrit et la Bible est le seul interm\u00e9diaire son Cr\u00e9ateur et lui. Le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me de Newman de 1833, <em>Leed kindly light<\/em> (&laquo;&nbsp;<em>Conduis-moi bienfaisante lumi\u00e8re au milieu des ombres qui m\u2019environnent, conduis-moi\u2026La nuit est noire et je suis loin de ma demeure\u2026Garde ma route, je ne demande pas \u00e0 voir le lointain horizon. Un seul pas \u00e0 la fois, c\u2019est assez pour moi\u2026&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;[4]) est l&rsquo;h\u00e9ritier direct de la morale \u00e9vang\u00e9lique du <em>Voyage du P\u00e8lerin<\/em> (<em>Pilgrim&rsquo;s Progress<\/em>) de John Bunyan (1628-1688). Dans cet ouvrage qui servit de cat\u00e9chisme \u00e0 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;anglicans et de mod\u00e8le de vertu morale, John Bunyan exalta le th\u00e8me de l&rsquo;esp\u00e9rance chr\u00e9tienne et de la progression spirituelle de l&rsquo;\u00e2me \u00e0 travers l&rsquo;itin\u00e9raire symbolique d&rsquo;un p\u00e8lerin popularis\u00e9 par des gravures comme celles de la Firme William Belch (<em>Sc\u00e8ne du Voyage du P\u00e8lerin, <\/em><strong>fig.12<\/strong>).&nbsp;John Ruskin dans son livre<em> Praeterita (<\/em>1885), mentionne une s\u00e9rie d\u2019ouvrages qui berc\u00e8rent son enfance et sa jeunesse, parmi lesquels <em>Le Voyage du P\u00e8lerin<\/em> qui figure en bonne place aux c\u00f4t\u00e9s du <em>Combat Spirituel<\/em>&nbsp;(<em>The Holy War<\/em>, 1682) de John Bunyan. <em>Le Voyage du P\u00e8lerin<\/em> fut un sujet de pr\u00e9dilection pour de nombreux artistes anglais, qui y puis\u00e8rent des iconographies neuves, comme Joseph No\u00ebl Paton qui en proposa plusieurs interpr\u00e9tations picturales. Ce type d&rsquo;\u0153uvres est destin\u00e9 \u00e0 susciter l&rsquo;\u00e9motion religieuse du spectateur en faisant appel \u00e0 ses sentiments, mais aussi \u00e0 sa culture dans une \u00e9poque o\u00f9 la majorit\u00e9 des gens connaissait par c\u0153ur leur cat\u00e9chisme et les r\u00e9cits bibliques.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-4566 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"182\" height=\"134\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/d262ea7f009cc1e34d053da80e8d8372.png?resize=182%2C134\" alt=\"Capture d\u2019\u00e9cran 2016-07-18 \u00e0 23.57.38\" class=\"wp-image-4566\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/d262ea7f009cc1e34d053da80e8d8372.png?w=182&amp;ssl=1 182w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/d262ea7f009cc1e34d053da80e8d8372.png?resize=160%2C118&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 182px) 100vw, 182px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.12<\/strong>&nbsp;Firme William Belch <strong><em>Sc\u00e8ne du Voyage du P\u00e8lerin (The Pilgrim&rsquo;s Progress)<\/em> <\/strong>d&rsquo;apr\u00e8s John Bunyan, 1813, gravure \u00a9John Johnson and Harding Collection (Bodleian Library)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Une nouvelle approche de la foi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Face \u00e0 la mont\u00e9e de l&rsquo;incroyance au XIXe si\u00e8cle, Hunt et les artistes anglais contemporains ont voulu t\u00e9moigner de la puissance de la foi, en s&rsquo;inspirant notamment de sc\u00e8nes et de citations bibliques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e9t\u00e9 moralisatrice d\u2019un Hunt ou d\u2019un Paton est symptomatique d&rsquo;une nouvelle approche de la foi, en privil\u00e9giant la sensibilit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9motion, tout en se basant sur des citations scripturales pr\u00e9cises. La recrudescence des phrases accompagnatrices des \u0153uvres caract\u00e9rise le XIXe. Plus que tout autre, ce si\u00e8cle fut celui o\u00f9 culture litt\u00e9raire et culture artistique all\u00e8rent de pair. La lecture des textes religieux incitaient les artistes \u00e0 repr\u00e9senter des sc\u00e8nes bibliques, dont la lisibilit\u00e9 picturale \u00e9tait port\u00e9e par la citation litt\u00e9raire (g\u00e9n\u00e9ralement dans le titre ou inscrite sur le cadre de l&rsquo;\u0153uvre ou dans le cartel et le catalogue de l&rsquo;exposition), comme c\u2019est le cas pour <em>La Lumi\u00e8re du Monde<\/em>. Les artistes se documentaient avec exactitude pour que leurs repr\u00e9sentations correspondent le plus fid\u00e8lement aux \u00c9critures, conform\u00e9ment au go\u00fbt pour la typologie. William Holman Hunt en demeure un exemple majeur. Le support visuel de l&rsquo;art se mit donc, sous le r\u00e8gne de Victoria, \u00e0 servir la morale anglicane, afin de renforcer son discours religieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une exp\u00e9rience personnelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-full wp-image-4565\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"90\" height=\"200\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/04911c9159af6ea093f2654e25d08fe3.png?resize=90%2C200\" alt=\"Frederick James Shields (1833-1911), La Lumi\u00e8re du Monde (The Light of the World), apr\u00e8s 1854, collection particuli\u00e8re\" class=\"wp-image-4565\" data-recalc-dims=\"1\"\/><figcaption><strong>fig.13<\/strong> Frederick James Shields (1833-1911), <strong><em>La Lumi\u00e8re du Monde (The Light of the World)<\/em><\/strong>, apr\u00e8s 1854, collection particuli\u00e8re<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><span style=\"line-height: 1.5em;\">La r\u00e9v\u00e9lation de la Lumi\u00e8re demeure une exp\u00e9rience personnelle. Le p\u00e8lerin fait son chemin solitaire avec sa conscience, o\u00f9 \u00e9ventuellement \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un ange \u00e0 d\u00e9faut de Madone. Cette dialectique se manifesta dans les arts de l&rsquo;Angleterre du XIXe si\u00e8cle de mani\u00e8re coruscante. <strong>Au milieu des adversit\u00e9s et des combats spirituels exig\u00e9s par la vie, l&rsquo;ange de la Conscience ou le Porteur de Lampe soutiennent l&rsquo;\u00e2me et la guident vers le Paradis.<\/strong> Le peintre pr\u00e9rapha\u00e9lite Frederic James Shields peignit dans les ann\u00e9es 1854-60 une variante de <\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">La Lumi\u00e8re du monde<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\"> (<strong>fig.13<\/strong>) destin\u00e9e \u00e0 un vitrail, en rempla\u00e7ant le Christ adulte par un Christ Enfant \u00e9crasant le serpent du Mal et portant une lanterne veill\u00e9e par un ange. Le motif du pied \u00e9crasant le serpent est g\u00e9n\u00e9ralement utilis\u00e9 dans les repr\u00e9sentations de la Vierge comme symbole de la Femme de l&rsquo;Apocalypse victorieuse du Mal, mais James Shields se souvint probablement que Le Caravage avait adapt\u00e9 ce th\u00e8me dans la <\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Madone des Palefreniers<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\"> (1605-1606, Galerie Borgh\u00e8se, Rome), en repr\u00e9sentant l&rsquo;Enfant-J\u00e9sus \u00e9crasant le serpent guid\u00e9 par la Madone qui le porte, ici remplac\u00e9e par un ange tenant la croix de l&rsquo;Enfant-J\u00e9sus, symbole de foi.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une oeuvre admir\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet et le traitement pictural de <em>La Lumi\u00e8re du Monde<\/em> firent l\u2019admiration du pr\u00e9rapha\u00e9lite John Everett Millais qui peignait en m\u00eame temps <em>Les Huguenots<\/em>, aux c\u00f4t\u00e9s du jeune peintre Charles Allston Collins, comme le relate la correspondance de Millais avec les \u00e9poux Combe. Millais, fascin\u00e9 exprime son intention de peindre un pendant repr\u00e9sentant le repas du Christ et de l\u2019\u00e2me conform\u00e9ment \u00e0 la citation de Hunt tir\u00e9e de l\u2019Apocalypse: <em>\u00ab Si quelqu\u2019un entend ma voix et ouvre la porte, j\u2019entrerai chez lui pour soupe, moi pr\u00e8s de lui et lui pr\u00e8s de moi. \u00bb<\/em> (3, 20). Il ne l\u2019ex\u00e9cutera finalement pas.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-8412 size-full\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"391\" height=\"685\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/ERY_FG_2005_5148.jpg?resize=391%2C685\" alt=\"\" class=\"wp-image-8412\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/ERY_FG_2005_5148.jpg?w=391&amp;ssl=1 391w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/ERY_FG_2005_5148.jpg?resize=171%2C300&amp;ssl=1 171w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/ERY_FG_2005_5148.jpg?resize=160%2C280&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 391px) 100vw, 391px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>fig.14<\/strong> George Dunlop Leslie (1835-1921), <strong>La Foi (<em>Faith<\/em>) <\/strong>1858, huile sur toile \u00a9 Ferens Art Gallery (Yorkshire)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Mais il est int\u00e9ressant de constater qu\u2019en 1858, le peintre George Dunlop Leslie va ouvrir la porte de l&rsquo;incroyance ferm\u00e9e symboliquement dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Hunt, en peignant un tableau m\u00e9connu intitul\u00e9 <em>La Foi <\/em>(<strong>fig.14<\/strong>). <strong>L&rsquo;originalit\u00e9 de George Dunlop Leslie est de conserver le symbolisme de la porte de&nbsp;<em>La Lumi\u00e8re du Monde<\/em> tout en recr\u00e9ant une nouvelle iconographie, en proposant la figure de la Foi comme seule r\u00e9ponse logique \u00e0 la porte que le Christ frappe.<\/strong> Il reprend le th\u00e8me symbolique de cette vertu th\u00e9ologale par le biais d&rsquo;une figure f\u00e9minine aux cheveux d\u00e9nou\u00e9s, qui avance pieds nus, les yeux ferm\u00e9s mais avec confiance. Elle semble entrer dans un jardin abandonn\u00e9, trait\u00e9 dans un style pr\u00e9rapha\u00e9lite, o\u00f9 le vert acidul\u00e9 et le naturalisme des plantes soulignent le symbolisme de cette all\u00e9gorie tenant une branche \u00e0 la place d&rsquo;une croix. La figure f\u00e9minine est exploit\u00e9e de mani\u00e8re m\u00e9taphorique: c&rsquo;est la foi qui permet \u00e0 l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;ouvrir la porte de l&rsquo;incroyance et d&rsquo;entrer dans la Gr\u00e2ce. Le signe de la porte comme interm\u00e9diaire entre le monde terrestre et le monde c\u00e9leste n&rsquo;est pas sans \u00e9voquer le titre marial de Marie&nbsp;<em>Porte du Ciel &nbsp;<\/em>ou <em>Panagia Portaitissa<\/em> (en grec, \u00ab Porti\u00e8re \u00bb ou \u00ab Gardienne de la Porte \u00bb), selon la terminologie de l\u2019ic\u00f4ne orthodoxe. On pense aussi \u00e0 l\u2019illustration de William Blake pour le frontispice de<em> Jerusalem: The Emanation of the Giant Albion<\/em>&nbsp;(<strong>fig.15<\/strong>) montrant Los, l\u2019un de ses personnages all\u00e9goriques, portant un globe \u00e9clair\u00e9 qui pousse une porte dans l\u2019obscurit\u00e9 comme une m\u00e9taphore de l\u2019exploration du monde visible et invisible.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-full wp-image-4556\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"147\" height=\"200\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1729917121049927f966c4a989a0e5c6.png?resize=147%2C200\" alt=\"William Blake (1757-1827) L\u2019entr\u00e9e de Los dans la tombe (Los entering the Grave) Illustration pour Jerusalem, 1804-1820, Yale Center for British Art (New Haven, Connecticut), aquarelle\" class=\"wp-image-4556\" data-recalc-dims=\"1\"\/><figcaption><strong>fig.15<\/strong> William Blake (1757-1827) <strong><em>L\u2019entr\u00e9e de Los dans la tombe (Los entering the Grave)<\/em><\/strong> Illustration pour Jerusalem, 1804-1820, aquarelle \u00a9Yale Center for British Art (New Haven, Connecticut)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Un tableau-m\u00e9ditation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, dans une \u00e9poque marqu\u00e9e par la mont\u00e9e de l&rsquo;incroyance, de nombreux artistes cherch\u00e8rent \u00e0 repr\u00e9senter la puissance de la foi \u00e0 l\u2019image de William Holman Hunt qui l\u2019incarna de mani\u00e8re christocentrique dans la figure stable et concr\u00e8te du J\u00e9sus de <em>La Lumi\u00e8re du monde<\/em>. <strong>Ce tableau-m\u00e9ditation propose au spectateur un savant m\u00e9lange de textes \u00e9vang\u00e9liques dont le discours est renforc\u00e9 par l\u2019\u00e9loquence des symboles<\/strong>. Les paraboles du bon grain et de l\u2019ivraie, des vierges sages et des vierges folles se m\u00ealent habilement au texte de l\u2019Apocalypse, en proposant une image nouvelle efficace et lisible, propre au sentiment anglais victorien p\u00e9tri d\u2019\u00e9vang\u00e9lisme. Cela contribua au succ\u00e8s de cette image morale en inspirant de nombreuses variations artistiques qui en orn\u00e8rent les murs des foyers protestants. Poursuivant sa qu\u00eate du \u00ab vrai Dieu et vrai homme \u00bb, Hunt part en Orient en 1854 pour tenter de capter la lumi\u00e8re de la Palestine o\u00f9 s\u2019\u00e9tait incarn\u00e9 \u00ab La Lumi\u00e8re du monde \u00bb qui l\u2019avait si intimement \u00e9bloui comme en t\u00e9moigne son \u0153uvre post\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(Article publi\u00e9 dans la revue&nbsp;<i>L\u2019Homme Nouveau<\/i>, n\u00b01558 du 18 janvier 2014, p.11-15.)<\/p>\n\n\n\n<p>[1]&nbsp;<em>Le mouvement Haute \u00c9glise (High Church) est un courant de l&rsquo;anglicanisme n\u00e9 dans l&rsquo;\u00c9glise d&rsquo;Angleterre lors de la Restauration anglaise (1660-1688). Il d\u00e9signe les fid\u00e8les qui militent pour l&rsquo;observation pr\u00e9cise des r\u00e8gles liturgiques.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[2]&nbsp;John Henry Newman, <i>Apologia Pro Vita Sua<\/i>, Ad Solem, (1865) 2008, p.382.<\/p>\n\n\n\n<p>[3]&nbsp;Les <em>q<\/em><i>uakers <\/i>qui forment l&rsquo;une des branches du protestantisme basent leur foi sur le principe de \u00ab lumi\u00e8re int\u00e9rieure \u00bb (<i>inner light)<\/i> et appellent les croyants les \u00ab Enfants de la Lumi\u00e8re \u00bb (<i>Children of Light<\/i>).<\/p>\n\n\n\n<p>[4] <i>The Pillar of the Cloud<\/i>, le 16 join 1833,&nbsp;John Henry Newman, <i>Verses on various occasions<\/i>, Londres : Longmans, Green &amp; Co, 1903, pp.156-157.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l&rsquo;instar de John Henry Newman (1801-1890) le peintre William Holman Hunt (1827-1910) a laiss\u00e9 percevoir \u00e0 travers son oeuvre c\u00e9l\u00e8bre La Lumi\u00e8re du Monde la qu\u00eate religieuse du XIXe si\u00e8cle finissant, offrant un &laquo;&nbsp;tableau-m\u00e9ditation&nbsp;&raquo;, exemple du service \u00e9minent que&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1284\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1585,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[10,5],"tags":[857,858,859,860,861,863,864,865,866,867,868,869,533,870,871,374,872,873,874,875,876,877,862,878,879,880,751,881,882,883,884,885,104,481,886,887,888,889,890,891,893,892,894,895,572,140,818,896,897,898,899,900,901,902,903,904,905,906,907,908,909,910,911,912,913,914,915,916,293,917,918,919,499,920,921,922,37,923,924,925,774,317,926,927,928,929,930,931,932,933,40,934,935,936,937,50,938,939,105,189],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/light-of-the-world1-531x1024.jpg?fit=531%2C1024&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-kI","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1284"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1284"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1284\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17106,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1284\/revisions\/17106"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1585"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}