{"id":113,"date":"2012-04-11T13:01:25","date_gmt":"2012-04-11T13:01:25","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=113"},"modified":"2024-08-09T09:51:02","modified_gmt":"2024-08-09T09:51:02","slug":"lire-et-relire-chronique-n8-les-chants-de-maldoror-de-lautreamont-1869","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=113","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE Les Chants de Maldoror de Lautr\u00e9amont (1869)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-3899\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/578144_357763280941527_309144787_n-266x300-1-266x300.jpg?resize=266%2C300\" alt=\"578144_357763280941527_309144787_n-266x300\" width=\"266\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/578144_357763280941527_309144787_n-266x300-1.jpg?w=266&amp;ssl=1 266w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/578144_357763280941527_309144787_n-266x300-1.jpg?resize=260%2C293&amp;ssl=1 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/578144_357763280941527_309144787_n-266x300-1.jpg?resize=160%2C180&amp;ssl=1 160w\" sizes=\"(max-width: 266px) 100vw, 266px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y eut Dante et sa\u00a0<em>Divine Com\u00e9die<\/em> au XIVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y eut Balzac et sa\u00a0<em>Com\u00e9die Humaine<\/em> au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il y eut\u00a0<em>Les Chants de Maldoror<\/em>\u00a0de Lautr\u00e9amont, en 1869, v\u00e9ritable &laquo;&nbsp;Com\u00e9die Macabre&nbsp;&raquo; de l&rsquo;Humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Visions infernales<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Le pr\u00e9ambule rappelle au lecteur la mise en garde que Virgile et Dante virent sur les Portes de l&rsquo;Enfer (<em>&laquo;&nbsp;Toi qui entre ici abandonne toute esp\u00e9rance&nbsp;&raquo;<\/em>):\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Par cons\u00e9quent, \u00e2me timide, avant de p\u00e9n\u00e9trer plus loin dans de pareilles landes inexplor\u00e9es, dirige tes talons en arri\u00e8re et non en avant.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9cit est \u00e0 la premi\u00e8re personne. C&rsquo;est Maldoror qui parle. Il invoque et interpelle le lecteur durant le roman (constitu\u00e9 de six &laquo;&nbsp;chants&nbsp;&raquo;) qui d\u00e9crit les r\u00e9flexions et les actes de cet homme surnaturel, mi-vampire, mi-spectre, mi-humain, mi-d\u00e9mon. \u00c0 vrai dire, l&rsquo;on ne sait pas vraiment de quoi est constitu\u00e9e cette m\u00e9taphore vivante du vice, capable de se m\u00e9tamorphoser en diverses figures v\u00e9n\u00e9neuses. Isidore Ducasse (Comte de Lautr\u00e9mont est un pseudonyme) \u00e9claire rapidement le lecteur sur la funeste personnalit\u00e9 de son h\u00e9ros. Le motif de son roman surgit d\u00e8s le commencement: il cherche \u00e0 d\u00e9crire l&rsquo;\u00e2me humaine en proie au m\u00e9canisme de la bont\u00e9, qui d\u00e9couvre les ressorts de la m\u00e9chancet\u00e9. Maldoror est l&rsquo;homme qui passe de l&rsquo;inconscience du bien \u00e0 la conscience du mal. Il commence \u00e0 vivre lorsqu&rsquo;il devient mauvais. (<em>&laquo;&nbsp;J&rsquo;\u00e9tablirai dans quelques lignes commet Maldoror fut bon pendant ses premi\u00e8res ann\u00e9es, o\u00f9 il v\u00e9cut heureux; c&rsquo;est fait .Il s&rsquo;aper\u00e7ut ensuite qu&rsquo;il \u00e9tait m\u00e9chant: fatalit\u00e9 extraordinaire!(&#8230;) Il se jeta r\u00e9solument \u00a0dans la carri\u00e8re du mal&#8230;&nbsp;&raquo;<\/em>)Ducasse effectue une fine psychanalyse litt\u00e9raire du mal (affirmant bien avant Gide que l&rsquo;on ne fait pas de bonne litt\u00e9rature avec de bons sentiments). La litt\u00e9rature ne doit pas \u00eatre drag\u00e9ifi\u00e9e par le sucre des bons sentiments, ni \u00eatre entour\u00e9e des rubans roses de l&rsquo;id\u00e9alisme, ni des fleurs de satin du romantisme; elle doit exprimer l&rsquo;humanit\u00e9 dans toute sa splendide d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0(<em>&laquo;&nbsp;la silhouette suspendue de la plan\u00e8te immonde&nbsp;&raquo;<\/em>), en passant par la caricature s&rsquo;il le faut:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Moi je fais servir mon g\u00e9nie \u00e0 peindre les d\u00e9lices de la cruaut\u00e9, d\u00e9lices non passag\u00e8res, artificielles, mais qui ont commenc\u00e9 avec l&rsquo;homme et finiront avec lui.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0L&rsquo;imagination de Lautr\u00e9amont,\u00a0 \u00e0 la fois effroyable et grandiose, se glisse vicieusement dans l&rsquo;interstice des \u00e9gouts les plus immondes, dans les vaisseaux sanguins des cervelles les plus asphyxi\u00e9es, il vagabonde dans les plaies purulentes du p\u00e9ch\u00e9, et transforme les \u00eatres les plus inoffensifs en monstres, comme dans ces tableaux symbolistes o\u00f9 les femmes aux sourires attrayants d\u00e9voilent des crocs de cobras. Ses monologues sont sans illusion sur le genre humain, consid\u00e9r\u00e9 dans ses moeurs les plus viles et les plus cruelles: l&rsquo;enfance est m\u00e9chante; l&rsquo;\u00e2ge adulte est atroce ; la vieillesse est pourrie. Il plonge son esprit dans les cadavres de ses assassinats litt\u00e9raires comme le vautour diss\u00e8que les d\u00e9pouilles qui se d\u00e9composent, non pas pour s&rsquo;en nourrir, mais pour les \u00e9taler \u00e0 la face du monde et lui mettre le nez dans ses exactions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il est froid et br\u00fblant dans ses descriptions, c&rsquo;est parce que le monde de Maldoror est congel\u00e9 par la douleur du pessimisme. Son regard mal\u00e9fique est incapable de saisir autre chose que la boue et la lie des sentiments les plus perfides. Lautr\u00e9amont nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;ivresse calculatrice du p\u00e9ch\u00e9, en analysant l&rsquo;impulsion de la tentation et les cons\u00e9quences qui r\u00e9sultent \u00e0 l&rsquo;\u00eatre qui y c\u00e8de.(<em>&laquo;&nbsp;Je ne vois pas des larmes sur ton visage, beau comme la fleur de cactus, et tes paupi\u00e8res sont s\u00e8ches, comme le lit du torrent; mais, je distingue , au fond de tes yeux, une cuve, pleine de sang, o\u00f9 bout ton innocence, mordue au cou par un scorpion de la grande esp\u00e8ce&nbsp;&raquo;<\/em>)<em>.\u00a0<\/em>En accentuant l&rsquo;abominable par la d\u00e9mesure et la satire fantastique, il nous renvoie \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre de la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent sans autre logique que celle de la pens\u00e9e girovagante de Maldoror.\u00a0 L&rsquo;\u00e9criture de Ducasse est guid\u00e9e par ses visions blas\u00e9es (<em>&laquo;&nbsp;Tant l&rsquo;homme inspire de l&rsquo;horreur \u00e0 son propre semblable&nbsp;&raquo;<\/em>)<em>,\u00a0<\/em>d\u00e9crivant les moyens employ\u00e9s par ce dernier pour transfuser son mal-\u00eatre au monde, comme le vampire transfuse la mort dans ses morsures :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Les moyens vertueux et bonasses ne m\u00e8nent \u00e0 rien&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les paysages ensanglant\u00e9s noircissent les pages \u00e0 la mani\u00e8re de tableaux qui m\u00e9langeraient William Blake, Odilon Redon, Goya, Aubrey Beardsley et Carlos Schwabe. Des figures mi-hommes mi-reptiles surgissent, nagent et se tordent en m\u00e9andres mal\u00e9fiques. On croise une femelle requin, double \u00e9gal de Maldoror, un hermaphrodite souffrant, un enfant innocent, une fillette, des chim\u00e8res, une maison close, des temp\u00eates, un cheveu qui parle, des anges, des \u00e9clairs, des poux (Sc\u00e8nes \u00e9coeurante du paragraphe sur les poux, v\u00e9ritable perle d&rsquo;horreur. Maldoror regarde au microscope de sa plume l&rsquo;invasion de poux mutants qui rongeraient l&rsquo;humanit\u00e9, et couveraient leurs oeufs dans la salet\u00e9 des hommes&#8230;).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand style \u00e9pique et les descriptions au lyrisme ironique provoquent admiration et fous rires tour \u00e0 tour (sp\u00e9cialement l&rsquo;invocation grandiloquente et ridicule qui \u00e9gratigne les math\u00e9matiques et la logique scientifique :<em>&laquo;&nbsp;O math\u00e9matiques saintes, puissiez-vous, par votre commerce perp\u00e9tuel, consoler le reste de mes jours de la m\u00e9chancet\u00e9 de l&rsquo;homme et de l&rsquo;injustice du Grand-Tout!&nbsp;&raquo;<\/em>. Lautr\u00e9amont a un humour noir, comme un bouffon d&rsquo;Had\u00e8s dont le costume et le chapeau seraient couleur de deuil:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Mes raisonnements se choqueront quelquefois contre les grelots de la folie et l&rsquo;apparence s\u00e9rieuse de ce qui n&rsquo;est en somme que grotesque.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0Certaines phrases satiriques d\u00e9passent les quinze lignes, anticipant Proust. Ducasse se moque des \u00e9critures compliqu\u00e9es, comme s&rsquo;il jouait \u00e0 la marelle avec les figures de styles et les comparaisons ronflantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<strong><em>Conscience, Inconscience-Sur-Conscience<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Mais au del\u00e0 du cauchemar de Maldoror, il y a une r\u00e9flexion plus profonde sur le r\u00f4le de la conscience, garde-fou qui reste \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain quand il a oubli\u00e9 tout le reste. M\u00eame l&rsquo;homme le plus \u00e9pouvantable ne peut tuer sa conscience. C&rsquo;est l\u00e0 le drame de Maldoror qui lutte contre ce substrat d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 qui demeure en lui, quoi qu&rsquo;il fasse, c&rsquo;est l\u00e0 sa v\u00e9ritable souffrance :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Je vous l&rsquo;ai dit, depuis la vision qui me fit connaitre la v\u00e9rit\u00e9 supr\u00eame, assez de cauchemars ont suc\u00e9 avidement ma gorge, pendant des nuits et les jours, pour avoir encore le courage de renouveler, m\u00eame par la pens\u00e9e, les souffrances que j&rsquo;\u00e9prouvais dans cette heure infernale, qui me poursuit sans rel\u00e2che de son souvenir.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0M\u00eame le combat m\u00e9taphorique de Maldoror-aigle du d\u00e9sespoir contre l&rsquo;Esp\u00e9rance-dragon lui accorde une victoire \u00e0 laquelle il ne croit pas:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Ainsi donc, Maldoror, tu as \u00e9t\u00e9 vainqueur! Ainsi donc, Maldoror, tu as vaincu l&rsquo;Esp\u00e9rance! D\u00e9sormais le d\u00e9sespoir se nourrira de ta substance la plus pire! D\u00e9sormais, tu rentres, \u00e0 pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s, dans la carri\u00e8re du mal!&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0Plus Maldoror fait le mal, plus il a conscience du bien auquel il se refuse:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Je m&rsquo;absorbe dans les r\u00eaves de la compassion et je rougis pour l&rsquo;homme !&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0Il pose la question de la libert\u00e9 v\u00e9ritable qui n&rsquo;est pas de choisir entre le bien et le mal, mais de choisir le bien&#8230;car tout le reste est mensonge et m\u00e9diocrit\u00e9:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;\u00c2me royale, livr\u00e9e dans un moment d&rsquo;oubli, au crabe de la d\u00e9bauche, au poulpe de la faiblesse de caract\u00e8re, au requin de l&rsquo;abjection individuelle, au boa de la morale absente, et au colima\u00e7on monstrueux de l&rsquo;idiotisme !&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Il est donc n\u00e9cessaire pour lui de d\u00e9nigrer le Dieu manich\u00e9en auquel il ne croit pas, non pas pour affirmer son ath\u00e9isme mais pour d\u00e9noncer les caricatures du Tout-Puissant:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Je suis le Grand-Tout; et cependant, par un c\u00f4t\u00e9, je reste inf\u00e9rieur aux hommes, que j&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9s avec un peu de sable.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0C&rsquo;est pourquoi il le pare des d\u00e9fauts les plus grotesques. Le Dieu de Lautr\u00e9amont ressemble \u00e0 ces divinit\u00e9s orientales impitoyables et au\u00a0<em>Saturne d\u00e9vorant ses Enfants\u00a0<\/em>de Goya. Cruel, barbare et sans piti\u00e9, il poss\u00e8de plus de tares que tous les hommes rassembl\u00e9s. Grand horloger paresseux de l&rsquo;univers, il se fatigue et se sao\u00fble pour oublier sa cr\u00e9ature maudite, comme une victime impuissante de sa propre cr\u00e9ation:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Oh ! vous ne saurez jamais comme de tenir constamment les r\u00eanes de l&rsquo;univers devient une chose difficile !&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><strong><em>Dialectique du Mal et M\u00e9taphysique du Bien<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong>L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de Maldoror devient une fresque de sang et de meurtres immondes, sans cesse sauv\u00e9e et port\u00e9e par le souffle po\u00e9tique que Lautr\u00e9amont insuffle \u00e0 son texte:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;La sonorit\u00e9 puissante et s\u00e9raphique de la harpe deviendra, sous mes doigts, un talisman redoutable.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Ducasse entre dans la peau de Maldoror pour d\u00e9noncer la cr\u00e9ation, comme l&rsquo;Antique Serpent tenta d&rsquo;attaquer Adam et Eve, mais nul ne d\u00e9nonce la Cr\u00e9ation sans devenir un \u00eatre d\u00e9chu, tromp\u00e9 et trompeur:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Il a voulu devenir un objet d&rsquo;horreur pour tous les \u00eatres de la cr\u00e9ation, et il a r\u00e9ussi. Il a voulu prouver que lui seul est le monarque de l&rsquo;univers, et c&rsquo;est en cela qu&rsquo;il s&rsquo;est tromp\u00e9.&nbsp;&raquo; Les Chants de Maldoror<\/em>\u00a0apparaissent comme une r\u00e9flexion plus profonde que la simple d\u00e9claration de Ducasse:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;(&#8230;)\u00a0 je me suis propos\u00e9 d&rsquo;attaquer l&rsquo;homme et Celui qui le cr\u00e9a.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0 En effet, il parle \u00e0 la place de Satan-Maldoror, l&rsquo;\u00e9ternel attaquant de l&rsquo;homme et de Dieu, dont la dialectique du p\u00e9ch\u00e9 ne cesse de se heurter \u00e0 la dialectique du Salut.\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Oui, je sens que mon \u00e2me est cadenac\u00e9e (sic) dans le verroux (sic) de mon corps, et qu&rsquo;elle ne peut se d\u00e9gager, pour fuir loin des rivages que frappe la mer humaine, et n&rsquo;\u00eatre plus t\u00e9moin du spectacle de la meute livide des malheurs, poursuivant sans rel\u00e2che, \u00e0 travers les fondri\u00e8res et les gouffres de l&rsquo;abattement immense, les isards humains.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 l&rsquo;horreur insoutenable du Mal, sa dialectique ne peut exclure la dialectique du Bien. C&rsquo;est l\u00e0 le talon d&rsquo;Achille de Maldoror: la dialectique du Bien, ins\u00e9parable de celle de l&rsquo;Amour, exclut m\u00e9taphysiquement celle du Mal. Car le v\u00e9ritable Mal ce n&rsquo;est pas un coeur qui cesse de battre mais un coeur qui cesse d&rsquo;aimer:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Comme un coeur qui cesse d&rsquo;aimer, elle a vu sa vie \u00e9teinte&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>Certains, comme les Surr\u00e9alistes, ne verront dans Maldoror qu&rsquo;un sublime roman pessimiste d\u00e9nigrant toutes les valeurs \u00e9tablies, et s&rsquo;en serviront comme argument pour leurs absurdit\u00e9s. Pourtant, il y a par del\u00e0 le bien et le mal de Maldoror, la coh\u00e9rence psychologique d&rsquo;un auteur hant\u00e9 par l&rsquo;Absolu. Dans la qu\u00eate qui l&rsquo;anime, \u00a0l&rsquo;absurde n&rsquo;est pas une fin mais un moyen de le trouver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Il n&rsquo;y pas de plus grand art que de parvenir \u00e0 tirer de la boue les fleurs les plus immacul\u00e9es. C&rsquo;est ce que chercha Baudelaire dans\u00a0<em>Les Fleurs du Mal<\/em>, c&rsquo;est ce que tenta dans un autre registre, et avec talent, Lautr\u00e9amont :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Car, si je laisse mes vices transpirer dans ces pages, on ne croira que mieux aux vertus que j&rsquo;y fais resplendir (&#8230;)&nbsp;&raquo;<\/em>Oui, l&rsquo;on veut croire au pouvoir de la vertu apr\u00e8s avoir ingurgit\u00e9, tent\u00e9 de dig\u00e9rer et fini par vomir les exactions de Maldoror. Isidore Ducasse est un excellent moraliste \u00e0 sa mani\u00e8re. Il parvient \u00e0 soigner l&rsquo;\u00e2me par la th\u00e9rapie litt\u00e9raire qui consiste \u00e0 faire ingurgiter au lecteur un tel exc\u00e8s, une telle\u00a0<em>ubris<\/em>, une telle d\u00e9mesure, que le lecteur ressort h\u00e9b\u00e9t\u00e9 et ivre comme au sortir d&rsquo;une bacchanale de sorci\u00e8res, n&rsquo;ayant plus aucun d\u00e9sir que de dormir et fuir les vices pour perdre un peu cette conscience probl\u00e9matique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Drame comique, bouffonnerie, \u00e9pop\u00e9e m\u00e9lancolique, roman, farce,\u00a0<em>Les Chants de Maldoror<\/em>\u00a0sont un m\u00e9lange de genres insaisissables, finalement \u00e0 l&rsquo;image de la tragi-com\u00e9die de la vie, comme le remarquait judicieusement notre Isidore :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;D&rsquo;apr\u00e8s certains philosophes, il est assez difficile de distinguer le bouffon du m\u00e9lancolique, la vie elle-m\u00eame \u00e9tant un drame comique ou une com\u00e9die dramatique.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a9Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s, le mardi 9 Avril 2012<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y eut Dante et sa\u00a0Divine Com\u00e9die au XIVe si\u00e8cle. 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