{"id":9260,"date":"2018-12-11T17:10:50","date_gmt":"2018-12-11T17:10:50","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=9260"},"modified":"2019-01-28T20:22:18","modified_gmt":"2019-01-28T20:22:18","slug":"ce-qui-fait-les-grands-evenements-messieurs-cest-lesprit-meme-du-gouvernement-le-discours-de-tocqueville-a-lassemblee-nationale-27-janvier-1848","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=9260","title":{"rendered":"\u00ab Ce qui fait les grands \u00e9v\u00e9nements, messieurs, c&rsquo;est l&rsquo;esprit m\u00eame du gouvernement \u00bb Le discours de Tocqueville \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale (27 janvier 1848)"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_9261\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-9261\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-9261\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Alexis_de_tocqueville-1024x823.jpg?resize=860%2C691\" alt=\"\" width=\"860\" height=\"691\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Alexis_de_tocqueville-1024x823.jpg?resize=1024%2C823 1024w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Alexis_de_tocqueville-1024x823.jpg?resize=300%2C241 300w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Alexis_de_tocqueville-1024x823.jpg?resize=768%2C617 768w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Alexis_de_tocqueville-1024x823.jpg?resize=560%2C450 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Alexis_de_tocqueville-1024x823.jpg?resize=160%2C129 160w\" sizes=\"(max-width: 860px) 100vw, 860px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><p id=\"caption-attachment-9261\" class=\"wp-caption-text\">Alexis de Tocqueville (1805-1859) \u00e9crivain, historien, homme politique<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Discours d&rsquo;Alexis de Tocqueville, d\u00e9put\u00e9 de la Manche, le 27 janvier 1848\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>&laquo;&nbsp;M. de Tocqueville<\/b> : Messieurs, mon intention n&rsquo;est pas de continuer la discussion particuli\u00e8re qui \u00e9tait commenc\u00e9e. [&#8230;] Le but qui me fait monter \u00e0 la tribune est plus g\u00e9n\u00e9ral. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Messieurs, je ne sais si je me trompe, mais il me semble que l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, l&rsquo;\u00e9tat actuel de l&rsquo;opinion, l&rsquo;\u00e9tat des esprits en France, est de nature \u00e0 alarmer et \u00e0 affliger.<\/strong> Pour mon compte, je d\u00e9clare sinc\u00e8rement \u00e0 la Chambre que, pour la premi\u00e8re fois depuis quinze ans, j&rsquo;\u00e9prouve une certaine crainte pour l&rsquo;avenir ; et ce qui me prouve que j&rsquo;ai raison, c&rsquo;est que cette impression ne m&rsquo;est pas particuli\u00e8re : je crois que je puis en appeler \u00e0 tous ceux qui m&rsquo;\u00e9coutent, et que tous me r\u00e9pondront que, dans les pays qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent, une impression analogue subsiste ; <strong>qu&rsquo;un certain malaise, une certaine crainte a envahi les esprits ; que, pour la premi\u00e8re fois peut-\u00eatre depuis seize ans, le sentiment, l&rsquo;instinct de l&rsquo;instabilit\u00e9, ce sentiment pr\u00e9curseur des r\u00e9volutions, qui souvent les annonce, qui quelquefois les fait na\u00eetre, que ce sentiment existe \u00e0 un degr\u00e9 tr\u00e8s grave dans le pays. [&#8230;]<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je jette, messieurs, un regard attentif sur la classe qui gouverne, sur la classe qui a des droits et sur celle qui est gouvern\u00e9e, ce qui s&rsquo;y passe m&rsquo;effraie et m&rsquo;inqui\u00e8te. Et pour parler d&rsquo;abord de ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 la classe qui gouverne, et remarquez bien que je ne compose pas cette classe de ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 improprement de nos jours la classe moyenne mais de tous ceux qui, dans quelque position qu&rsquo;ils soient, qui usent des droits et s&rsquo;en servent, prenant ces mots dans l&rsquo;acception la plus g\u00e9n\u00e9rale, je dis que ce qui existe dans cette classe m&rsquo;inqui\u00e8te et m&rsquo;effraye. Ce que j&rsquo;y vois, messieurs, je puis l&rsquo;exprimer par un mot : les moeurs publiques s&rsquo;y alt\u00e8rent, elles y sont d\u00e9j\u00e0 profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9es ; elles s&rsquo;y alt\u00e8rent de plus en plus tous les jours ; <strong>de plus en plus aux opinions, aux sentiments aux id\u00e9es communes, succ\u00e8dent des int\u00e9r\u00eats particuliers, des vis\u00e9es particuli\u00e8res, des points de vue emprunt\u00e9s \u00e0 la vie et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat priv\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Messieurs, mon intention n&rsquo;est point de forcer la Chambre \u00e0 s&rsquo;appesantir plus qu&rsquo;il n&rsquo;est n\u00e9cessaire, sur ces tristes d\u00e9tails ; je me bornerai \u00e0 m&rsquo;adresser \u00e0 mes adversaires eux-m\u00eames, \u00e0 mes coll\u00e8gues de la majorit\u00e9 minist\u00e9rielle. Je les prie de faire eux-m\u00eames une sorte de revue statistique des coll\u00e8ges \u00e9lectoraux qui les ont envoy\u00e9s dans cette Chambre ; qu&rsquo;ils composent une premi\u00e8re cat\u00e9gorie de ceux qui ne votent pour eux que par suite, non pas d&rsquo;opinion politique, mais des sentiments d&rsquo;amiti\u00e9 particuli\u00e8re ou de bon voisinage. Dans une seconde cat\u00e9gorie, qu&rsquo;ils mettent ceux qui votent pour eux, non pas dans un point de vue d&rsquo;int\u00e9r\u00eat public ou d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, mais dans un point de vue d&rsquo;int\u00e9r\u00eat purement local. \u00c0 cette seconde cat\u00e9gorie, qu&rsquo;ils en ajoutent enfin une troisi\u00e8me compos\u00e9e de ceux qui votent pour eux pour des motifs d&rsquo;int\u00e9r\u00eat purement individuels, et je leur demande si ceux qui votent, ceux qui votent par un sentiment public d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, par suite d&rsquo;opinions, de passions publiques, si ceux-l\u00e0 forment la majorit\u00e9 ; je m&rsquo;assure qu&rsquo;ils d\u00e9couvriront ais\u00e9ment le contraire. <strong>Je me permettrai encore de leur demander si, \u00e0 leur connaissance, depuis cinq ans, dix ans, quinze ans, le nombre de ceux qui votent pour eux par suite d&rsquo;int\u00e9r\u00eats personnels et particuliers, ne cro\u00eet pas sans cesse ; si le nombre de ceux qui votent pour eux par opinion politique ne d\u00e9cro\u00eet pas sans cesse ?<\/strong> Qu&rsquo;ils me disent enfin si, autour d&rsquo;eux, sous leurs yeux, il ne s&rsquo;\u00e9tablit pas peu \u00e0 peu, dans l&rsquo;opinion publique, une sorte de tol\u00e9rance singuli\u00e8re pour ces faits dont je parle, si, peu \u00e0 peu il ne se fait pas une sorte de morale vulgaire et basse, selon laquelle l&rsquo;homme qui postule de certains droits politiques se doit \u00e0 lui-m\u00eame, doit \u00e0 ses enfants, \u00e0 sa femme, \u00e0 ses parents, de faire un usage personnel de ces droits dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous ; si cela ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pas graduellement jusqu&rsquo;\u00e0 devenir une esp\u00e8ce de devoir de p\u00e8re de famille ? Si cette morale nouvelle, inconnue dans les grands temps de notre histoire, inconnue au commencement de notre r\u00e9volution, ne d\u00e9veloppe pas de plus en plus et n&rsquo;envahit pas chaque jour les esprits. Je le leur demande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, qu&rsquo;est-ce que tout cela, sinon une d\u00e9gradation successive et profonde, une d\u00e9pravation de plus en plus compl\u00e8te des moeurs publiques ? <strong>Et si, passant de la vie publique \u00e0 la vie priv\u00e9e, je consid\u00e8re ce qui se passe, si je fais attention \u00e0 tout ce dont vous avez \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins, particuli\u00e8rement depuis un an, \u00e0 tous ces scandales \u00e9clatants, \u00e0 tous ces crimes, \u00e0 toutes ces fautes, \u00e0 tous ces d\u00e9lits, \u00e0 tous ces vices extraordinaires que chaque circonstance a sembl\u00e9 faire appara\u00eetre de toutes parts, que chaque instance judiciaire r\u00e9v\u00e8le ; si je fais attention \u00e0 tout cela, n&rsquo;ai-je pas lieu d&rsquo;\u00eatre effray\u00e9 ?<\/strong> N&rsquo;ai-je pas raison de dire que ce ne sont pas seulement chez nous les moeurs publiques qui s&rsquo;alt\u00e8rent, mais que ce sont les moeurs priv\u00e9es qui se d\u00e9pravent ? (<i>D\u00e9n\u00e9gations au centre<\/i>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et remarquez, je ne dis pas ceci \u00e0 un point de vue de moraliste, je le dis \u00e0 un point de vue politique ; savez-vous quelle est la cause g\u00e9n\u00e9rale, efficiente, profonde, qui fait que les moeurs priv\u00e9es se d\u00e9pravent ? C&rsquo;est que les moeurs publiques s&rsquo;alt\u00e8rent. C&rsquo;est parce que la morale ne r\u00e8gne pas dans les actes principaux de la soci\u00e9t\u00e9, qu&rsquo;elle ne descend pas dans les moindres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C&rsquo;est parce que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat a remplac\u00e9 dans la vie publique les sentiments d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s, que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat fait la loi dans la vie priv\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a dit qu&rsquo;il y avait deux morales : une morale politique et une morale de la vie priv\u00e9e. Certes, si ce qui se passe parmi nous est tel que je le vois, jamais la fausset\u00e9 d&rsquo;une telle maxime n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re plus \u00e9clatante que de nos jours. Oui, je le crois, je crois qu&rsquo;il se passe dans nos moeurs priv\u00e9es quelque chose qui est de nature \u00e0 inqui\u00e9ter, \u00e0 alarmer les bons citoyens, et je crois que ce qui se passe dans nos moeurs priv\u00e9es tient en grande partie \u00e0 ce qui arrive dans nos moeurs publiques. (<i>D\u00e9n\u00e9gations au centre<\/i>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Eh bien ! messieurs, si vous ne m&rsquo;en croyez pas sur ce point, croyez-en au moins l&rsquo;impression de l&rsquo;Europe.<\/strong> Je crois \u00eatre aussi au courant que personne de cette Chambre de ce qui s&rsquo;imprime, de ce qui se dit sur nous en Europe. Eh bien ! je vous assure dans la sinc\u00e9rit\u00e9 de mon coeur que je suis non seulement attrist\u00e9, mais navr\u00e9 de ce que je lis et de ce que j&rsquo;entends tous les jours ; je suis navr\u00e9 quand je vois le parti qu&rsquo;on tire contre nous des faits dont je parle, les cons\u00e9quences exag\u00e9r\u00e9es qu&rsquo;on en fait sortir contre la nation tout enti\u00e8re, contre le caract\u00e8re national tout entier ; je suis navr\u00e9 quand je vois que non seulement la puissance morale de la France s&rsquo;affaiblit&#8230;<\/p>\n<p><b>M. Janvier<\/b> : Je demande la parole. (<i>Mouvement<\/i>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>M. de Tocqueville<\/b> : &#8230;Mais la puissance de ses principes, de ses id\u00e9es, de ses sentiments. La France avait jet\u00e9 dans le monde, la premi\u00e8re, au milieu du fracas du tonnerre de sa premi\u00e8re r\u00e9volution, des principes qui depuis se sont trouv\u00e9 des principes r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateurs de toutes les soci\u00e9t\u00e9s humaines. C&rsquo;a \u00e9t\u00e9 sa gloire, c&rsquo;est la plus pr\u00e9cieuse partie d&rsquo;elle-m\u00eame. Eh bien ! messieurs, ce sont ces principes-l\u00e0 que nos exemples affaiblissent aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;application que nous semblons en faire nous-m\u00eames fait que le monde doute d&rsquo;elle. <strong>L&rsquo;Europe qui nous regarde commence \u00e0 se demander si nous avons eu raison ou tort ; elle se demande si, en effet, comme nous l&rsquo;avons r\u00e9p\u00e9t\u00e9 tant de fois, nous conduisons les soci\u00e9t\u00e9s humaines vers un avenir plus heureux et plus prosp\u00e8re, ou bien si nous les entra\u00eenons \u00e0 notre suite vers les mis\u00e8res morales et la ruine.<\/strong> Voil\u00e0 messieurs, ce qui me fait le plus de peine dans le spectacle que nous donnons au monde. Non seulement il nous nuit, mais il nuit \u00e0 nos principes, il nuit \u00e0 notre cause, il nuit \u00e0 cette patrie intellectuelle \u00e0 laquelle, pour mon compte, comme Fran\u00e7ais, je tiens plus qu&rsquo;\u00e0 cette patrie physique, mat\u00e9rielle, qui est sous nos yeux. (<i>Mouvements divers<\/i>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Messieurs, si le spectacle que nous donnons produit un tel effet vu de loin des confins de l&rsquo;Europe, que pensez-vous qu&rsquo;il produit en France m\u00eame sur ces classes qui n&rsquo;ont point de droits, et qui, du sein de l&rsquo;oisivet\u00e9 \u00e0 laquelle nos lois les condamnent, nous regardent seuls agir sur le grand th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 nous sommes ? Que pensez-vous que soit l&rsquo;effet que produise sur elles un tel spectacle ?<strong> Pour moi, je m&rsquo;en effraye. On dit qu&rsquo;il n&rsquo;y a point de p\u00e9ril, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9meute ; on dit que, comme il n&rsquo;y a pas de d\u00e9sordre mat\u00e9riel \u00e0 la surface de la soci\u00e9t\u00e9, les r\u00e9volutions sont loin de nous.<\/strong> Messieurs, permettez-moi de vous dire, avec une sinc\u00e9rit\u00e9 compl\u00e8te, que je crois que vous vous trompez. Sans doute, le d\u00e9sordre n&rsquo;est pas dans les faits, mais il est entr\u00e9 bien profond\u00e9ment dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvri\u00e8res, qui aujourd&rsquo;hui, je le reconnais, sont tranquilles. <strong>Il est vrai qu&rsquo;elles ne sont pas tourment\u00e9es par les passions politiques proprement dites, au m\u00eame degr\u00e9 o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 tourment\u00e9es jadis ; mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont devenues sociales ?<\/strong> Ne voyez-vous pas qu&rsquo;il se r\u00e9pand peu \u00e0 peu dans leur sein des opinions, des id\u00e9es, qui ne vont point seulement \u00e0 renverser telles lois, tel minist\u00e8re, tel gouvernement, mais la soci\u00e9t\u00e9 m\u00eame, \u00e0 l&rsquo;\u00e9branler sur les bases sur lesquelles elles reposent aujourd&rsquo;hui ? <strong>Ne voyez-vous pas que, peu \u00e0 peu, il se dit dans leur sein que tout ce qui se trouve au-dessus d&rsquo;elles est incapable et indigne de les gouverner ; que la division des biens faite jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent dans le monde est injuste ; que la propri\u00e9t\u00e9 y repose sur des bases qui ne sont pas des bases \u00e9quitables ?<\/strong> Et ne croyez-vous pas que, quand de telles opinions prennent racine, quand elles se r\u00e9pandent d&rsquo;une mani\u00e8re presque g\u00e9n\u00e9rale, quand elles descendent profond\u00e9ment dans les masses, elles am\u00e8nent t\u00f4t ou tard, je ne sais pas quand, je ne sais comment, mais elles am\u00e8nent t\u00f4t ou tard les r\u00e9volutions les plus redoutables ?<strong> Telle est, messieurs, ma conviction profonde ; je crois que nous nous endormons \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est sur un volcan<\/strong> (<i>R\u00e9clamations<\/i>.) ; j&rsquo;en suis profond\u00e9ment convaincu. (<i>Mouvements divers<\/i>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant permettez-moi de rechercher en peu de mots devant vous, mais avec v\u00e9rit\u00e9 et une sinc\u00e9rit\u00e9 compl\u00e8te, quels sont les v\u00e9ritables auteurs, les principaux auteurs du mal que je viens de chercher \u00e0 d\u00e9crire. Je sais tr\u00e8s bien que les maux de la nature de ceux dont je viens de parler ne d\u00e9coulent pas tous peut-\u00eatre m\u00eame principalement du fait des gouvernements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Je sais tr\u00e8s bien que les longues r\u00e9volutions qui ont agit\u00e9 et remu\u00e9 si souvent le sol de ce pays ont d\u00fb laisser dans les \u00e2mes une instabilit\u00e9 singuli\u00e8re<\/strong> ; je sais tr\u00e8s bien qu&rsquo;il a pu se rencontrer dans les passions, dans les excitations des partis, certaines causes secondaires, mais consid\u00e9rables, qui peuvent servir \u00e0 expliquer le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9plorable que je vous faisais conna\u00eetre tout \u00e0 l&rsquo;heure ; mais j&rsquo;ai une trop haute id\u00e9e du r\u00f4le que le pouvoir joue dans ce monde pour ne pas \u00eatre convaincu que, lorsqu&rsquo;il se produit un tr\u00e8s grand mal dans la soci\u00e9t\u00e9, un grand mal politique, un grand mal moral, le pouvoir y est pour beaucoup. Qu&rsquo;a donc fait le pouvoir pour produire le mal que je viens de vous d\u00e9crire ? Qu&rsquo;a fait le pouvoir pour amener cette perturbation profonde dans les moeurs publiques, et ensuite dans les moeurs priv\u00e9es ? Comment y a-t-il contribu\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Je crois, messieurs, qu&rsquo;on peut, sans blesser personne, dire que le gouvernement a ressaisi, dans ces derni\u00e8res ann\u00e9es surtout, des droits plus grands, une influence plus grande, des pr\u00e9rogatives plus consid\u00e9rables, plus multiples que celles qu&rsquo;il avait poss\u00e9d\u00e9es \u00e0 aucune autre \u00e9poque.<\/strong> Il est devenu infiniment plus grand que n&rsquo;auraient jamais pu se l&rsquo;imaginer, non seulement ceux qui l&rsquo;ont donn\u00e9, mais m\u00eame ceux qui l&rsquo;ont re\u00e7u en 1830. On peut affirmer, d&rsquo;une part, que le principe de la libert\u00e9 a re\u00e7u moins de d\u00e9veloppement que personne ne s&rsquo;y serait attendu alors. Je ne juge pas l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, je cherche la cons\u00e9quence.<strong> Si un r\u00e9sultat si singulier, si inattendu, a d\u00e9jou\u00e9 de mauvaises passions, de coupables esp\u00e9rances, croyez-vous qu&rsquo;\u00e0 sa vue beaucoup de nobles sentiments, d&rsquo;esp\u00e9rances d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es, n&rsquo;aient pas \u00e9t\u00e9 atteints ; qu&rsquo;il ne s&rsquo;en soit pas suivi pour beaucoup de coeurs honn\u00eates une sorte de d\u00e9sillusionnement de sa politique, un affaiblissement r\u00e9el des \u00e2mes ?<\/strong> Mais c&rsquo;est surtout la mani\u00e8re dont ce r\u00e9sultat s&rsquo;est produit, la mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e, et jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point subreptice, dont ce r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 obtenu, qui a port\u00e9 \u00e0 la moralit\u00e9 publique un coup funeste. C&rsquo;est en ressaisissant de vieux pouvoirs qu&rsquo;on croyait avoir abolis en Juillet, en faisant revivre d&rsquo;anciens droits qu&rsquo;on croyait annul\u00e9s, en remettant en vigueur d&rsquo;anciennes lois qu&rsquo;on croyait abrog\u00e9es, en appliquant les lois nouvelles dans un autre sens que celui dans lequel elles avaient \u00e9t\u00e9 faites, <strong>c&rsquo;est par tous ces moyens d\u00e9tourn\u00e9s, par cette savante et patiente industrie que le gouvernement a enfin repris plus de pouvoir, plus d&rsquo;action, plus d&rsquo;activit\u00e9 et plus d&rsquo;influence qu&rsquo;il n&rsquo;en avait peut-\u00eatre jamais eu en France en aucun temps.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0, messieurs, ce que le gouvernement a fait, ce qu&rsquo;en particulier le minist\u00e8re actuel a fait. Et pensez-vous, messieurs, que cette mani\u00e8re, que j&rsquo;ai appel\u00e9e tout \u00e0 l&rsquo;heure d\u00e9tourn\u00e9e et subreptice, de regagner peu \u00e0 peu la puissance, de la prendre en quelque sorte par surprise, en se servant d&rsquo;autres moyens que ceux que la Constitution lui avait donn\u00e9s ;<strong> croyez-vous que ce spectacle \u00e9trange de l&rsquo;adresse et du savoir-faire, donn\u00e9 publiquement pendant de longues ann\u00e9es, sur un vaste th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 toute la nation qui vous regarde, croyez-vous qu&rsquo;un tel spectacle ait \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 am\u00e9liorer les moeurs publiques ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour moi, je suis profond\u00e9ment convaincu du contraire ; je ne veux pas pr\u00eater \u00e0 mes adversaires des motifs d\u00e9shonn\u00eates qu&rsquo;ils n&rsquo;auraient pas eus ; j&rsquo;admettrais volontiers que, se servant des moyens que je bl\u00e2me, ils ont cru se livrer \u00e0 un mal n\u00e9cessaire ; que la grandeur du but leur a cach\u00e9 le danger du moyen. Je veux croire cela : mais les moyens en ont-ils \u00e9t\u00e9 moins dangereux ? Ils croient que la r\u00e9volution qui s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e depuis quinze ans dans les droits du pouvoir \u00e9tait n\u00e9cessaire, soit ; et ils ne l&rsquo;ont pas faite pour un int\u00e9r\u00eat particulier : je le veux croire ; mais il n&rsquo;est pas moins vrai qu&rsquo;ils l&rsquo;ont op\u00e9r\u00e9e en prenant les hommes, non par leur c\u00f4t\u00e9 honn\u00eate, mais par leur mauvais c\u00f4t\u00e9, par leurs passions, par leur faiblesse, ou par leur int\u00e9r\u00eat, et quelquefois par leurs vices. (<i>Mouvement<\/i>.) <strong>Mais, tout en voulant peut-\u00eatre de bonne foi faire des choses honn\u00eates, ils ont fait des choses qui ne l&rsquo;\u00e9taient pas, et surtout, ils ont appel\u00e9 \u00e0 leur aide, je pourrais dire dans leur compagnie journali\u00e8re, des hommes qui ne voulaient ni d&rsquo;un but honn\u00eate, ni de moyens honn\u00eates, qui ne voulaient que la satisfaction de leurs int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;aide de la confiance qu&rsquo;on leur confiait.<\/strong> Je ne veux citer qu&rsquo;un exemple, pour montrer ce que je veux dire, c&rsquo;est celui de ce ministre, dont je ne veux pas rappeler le nom, appel\u00e9 dans le sein du cabinet, quand toute la France, ainsi que ses coll\u00e8gues, savait d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il \u00e9tait indigne d&rsquo;y si\u00e9ger ; sortant du cabinet sans que cette indignit\u00e9 dev\u00eent trop notoire, et plac\u00e9 o\u00f9 ? sur le si\u00e8ge le plus \u00e9lev\u00e9 de la justice, d&rsquo;o\u00f9 il a d\u00fb bient\u00f4t descendre pour venir s&rsquo;asseoir sur la sellette de l&rsquo;accus\u00e9. Eh bien ! messieurs, quant \u00e0 moi, je ne regarde pas ce fait comme un fait isol\u00e9 ; je le consid\u00e8re comme le sympt\u00f4me d&rsquo;un mal g\u00e9n\u00e9ral, le trait le plus saillant de toute une politique ; en marchant dans les voies que vous aviez choisies, vous aviez besoin de tels hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[<i>Tocqueville \u00e9voque ensuite le cas d&rsquo;un fonctionnaire des Affaires \u00e9trang\u00e8res r\u00e9voqu\u00e9 pour avoir vot\u00e9 contre le gouvernement<\/i>.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nulle part, le pouvoir n&rsquo;a eu dans ses mains tant de moyens de corrompre, et n&rsquo;a eu en face de lui une classe politique tellement restreinte et livr\u00e9e \u00e0 de tels besoins que la facilit\u00e9 d&rsquo;agir sur elle par\u00fbt plus grande, le d\u00e9sir d&rsquo;agir sur elle plus irr\u00e9sistible. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, messieurs, admettons que je me trompe sur les causes du grand mal dont je parlais tout \u00e0 l&rsquo;heure, admettons qu&rsquo;en effet le gouvernement en g\u00e9n\u00e9ral et le cabinet en particulier n&rsquo;y sont pour rien : admettons cela pour un moment.<strong> Le mal, messieurs, n&rsquo;en est-il pas moins immense, ne devons-nous pas \u00e0 notre pays, \u00e0 nous-m\u00eames, de faire les efforts les plus \u00e9nergiques et les plus pers\u00e9v\u00e9rants pour les surmonter ?<\/strong> Je vous disais tout \u00e0 l&rsquo;heure que ce mal am\u00e8nerait t\u00f4t ou tard, je ne sais comment, je ne sais d&rsquo;o\u00f9 elles viendront, mais am\u00e8neront t\u00f4t ou tard les r\u00e9volutions les plus graves dans ce pays ; soyez-en convaincus. <strong>Lorsque j&rsquo;arrive \u00e0 rechercher dans les diff\u00e9rents temps, dans les diff\u00e9rentes \u00e9poques, chez les diff\u00e9rents peuples, quelle a \u00e9t\u00e9 la cause efficace qui a amen\u00e9 la ruine des classes qui gouvernaient, je vois bien tel \u00e9v\u00e9nement, tel homme, telle cause accidentelle ou superficielle ; mais croyez que la cause r\u00e9elle, la cause efficace qui fait perdre aux hommes le pouvoir, c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont devenus indignes de le porter.<\/strong> (<i>Nouvelle sensation<\/i>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Songez, messieurs, \u00e0 l&rsquo;ancienne monarchie ; elle \u00e9tait plus forte que vous, plus forte par son origine ; elle s&rsquo;appuyait mieux que vous sur d&rsquo;anciens usages, de vieilles moeurs, sur d&rsquo;antiques croyances ; elle \u00e9tait plus forte que vous, et cependant elle est tomb\u00e9e dans la poussi\u00e8re. Et pourquoi est-elle tomb\u00e9e ?<\/strong> Croyez-vous que ce soit par tel accident particulier ? Pensez-vous que ce soit le fait de tel homme, le d\u00e9ficit, le serment du jeu de paume, La Fayette, Mirabeau ? Non, messieurs ; il y a une cause plus profonde et plus vraie, et cette cause c&rsquo;est que la classe qui gouvernait alors \u00e9tait devenue, par son indiff\u00e9rence, par son \u00e9go\u00efsme, par ses vices, incapable et indigne de gouverner. (<i>\u00ab Tr\u00e8s bien! Tr\u00e8s bien ! \u00bb<\/i>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 la v\u00e9ritable cause. Eh ! messieurs, s&rsquo;il est juste d&rsquo;avoir cette pr\u00e9occupation patriotique dans tous les temps, \u00e0 quel point n&rsquo;est-il pas juste de l&rsquo;avoir dans le n\u00f4tre ? Est-ce que vous ne ressentez pas, messieurs, par une sorte d&rsquo;intuition instinctive, qui ne peut pas se discuter, s&rsquo;analyser peut-\u00eatre, mais qui est certaine, que le sol tremble de nouveau en Europe ? (<i>Mouvement<\/i>) <strong>Est-ce que vous n&rsquo;apercevez pas&#8230; que dirai-je ? un vent de r\u00e9volution qui est dans l&rsquo;air ?<\/strong> Ce vent, on ne sait o\u00f9 il na\u00eet, d&rsquo;o\u00f9 il vient, ni, croyez-le bien, qui il enl\u00e8ve ; et c&rsquo;est dans de pareils temps que vous restez calmes en pr\u00e9sence de la d\u00e9gradation des moeurs publiques, car le mot n&rsquo;est pas trop fort. [,..]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a parl\u00e9 de changements dans la l\u00e9gislation. Je suis tr\u00e8s port\u00e9 \u00e0 croire que ces changements sont non seulement utiles, mais n\u00e9cessaires : ainsi je crois \u00e0 l&rsquo;utilit\u00e9 de la r\u00e9forme \u00e9lectorale, \u00e0 l&rsquo;urgence de la r\u00e9forme parlementaire ; <strong>mais je ne suis pas assez insens\u00e9, messieurs, pour ne pas voir que ce ne sont pas les lois elles-m\u00eames qui ne sont, en d\u00e9finitive, que le d\u00e9tail des affaires, non ce n&rsquo;est pas le m\u00e9canisme des lois qui produisent les grands \u00e9v\u00e9nements : ce qui fait les grands \u00e9v\u00e9nements, messieurs, c&rsquo;est l&rsquo;esprit m\u00eame du gouvernement.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gardez les lois si vous voulez ; quoique je pense que vous auriez tort de le faire, gardez-les; gardez m\u00eame les hommes, si cela vous fait plaisir, je n&rsquo;y fais aucun obstacle ; <strong>mais, pour Dieu changez l&rsquo;esprit du gouvernement, car je vous le r\u00e9p\u00e8te, cet esprit-l\u00e0 vous conduit \u00e0 l&rsquo;ab\u00eeme !<\/strong> (<i>Vive approbation \u00e0 gauche<\/i>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Source <a href=\"http:\/\/www2.assemblee-nationale.fr\/decouvrir-l-assemblee\/histoire\/grands-moments-d-eloquence\/alexis-de-tocqueville-27-janvier-1848\" target=\"_blank\">site de l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale\u00a0<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours d&rsquo;Alexis de Tocqueville, d\u00e9put\u00e9 de la Manche, le 27 janvier 1848\u00a0 &laquo;&nbsp;M. de Tocqueville : Messieurs, mon intention n&rsquo;est pas de continuer la discussion particuli\u00e8re qui \u00e9tait commenc\u00e9e. 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