{"id":859,"date":"2013-11-06T13:31:47","date_gmt":"2013-11-06T13:31:47","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=859"},"modified":"2014-03-21T00:37:23","modified_gmt":"2014-03-21T00:37:23","slug":"licone-de-notre-dame-de-cambrai","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=859","title":{"rendered":"L&rsquo;ic\u00f4ne de Notre-Dame de Cambrai"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_860\" style=\"width: 229px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.files.wordpress.com\/2013\/11\/438px-cambrai_cathc3a9drale_notre-dame_de_grc3a2ce_icc3b4ne_f_581.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-860\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-860 aligncenter\" alt=\"Anonyme (origine byzantine) Ic\u00f4ne de Notre-Dame de Gr\u00e2ce de Cambrai  Paroisse Notre-Dame de Cambrai Vers 1414-1418, bois, 35.7x25.7cm   \" src=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.files.wordpress.com\/2013\/11\/438px-cambrai_cathc3a9drale_notre-dame_de_grc3a2ce_icc3b4ne_f_581.jpg?w=219&#038;resize=219%2C300\" width=\"219\" height=\"300\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-860\" class=\"wp-caption-text\">Anonyme (origine byzantine)<br \/>Ic\u00f4ne de Notre-Dame de Gr\u00e2ce de Cambrai<br \/>Paroisse Notre-Dame de Cambrai<br \/>Vers 1414-1418, bois, 35.7&#215;25.7cm<\/p><\/div>\n<p><strong>Historique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ic\u00f4ne de Notre-Dame de Gr\u00e2ce conserv\u00e9e \u00e0 la Cath\u00e9drale de Cambrai (France) est v\u00e9n\u00e9r\u00e9e depuis plusieurs si\u00e8cles. Objet de culte mais aussi chef d&rsquo;oeuvre artistique, elle est sans doute\u00a0d\u2019origine byzantine mais aurait \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9e par un peintre italien. Elle fut offerte au l\u00e9gat du pape, le Cardinal de Brogny, \u00a0pr\u00e9sident du Concile de Constance (1414-1418),\u00a0au cours des \u00e9changes qu&rsquo;il e\u00fbt\u00a0avec les patriarches grecs et les chr\u00e9tiens d\u2019Orient. Transmise \u00e0 sa mort \u00e0 un chanoine de la cath\u00e9drale de Cambrai, ce dernier l\u2019emporta \u00e0 Rome en 1440, avant d\u2019en faire don \u00e0 la Cath\u00e9drale de Cambrai en 1450. Elle est f\u00eat\u00e9e le 14-15 mai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La renomm\u00e9e et la popularit\u00e9 de cette ic\u00f4ne engendra de nombreuses copies que l&rsquo;on retrouve dans les \u00e9glises et les mus\u00e9es du monde entier.\u00a0La sp\u00e9cificit\u00e9 de cette peinture r\u00e9side dans le fait qu\u2019elle unit les canons de l\u2019ic\u00f4ne de type byzantin et oriental \u00e0 la suavit\u00e9 de la peinture italienne du XVe si\u00e8cle. D\u00e8s le\u00a0 XIIe et le XIIIe si\u00e8cle, les \u00e9coles de peinture toscanes avaient adopt\u00e9 la technique byzantine de l\u2019ic\u00f4ne, notamment la couche de pr\u00e9paration destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre le support de la peinture (Cette \u00a0technique dite \u00ab\u00a0du fond blanc\u00a0\u00bb (ou <i>Levkas<\/i>) fut r\u00e9pandue dans tout le Bassin M\u00e9diterran\u00e9en. Elle exige une grande d\u00e9licatesse, beaucoup de temps et de pr\u00e9cision.\u00a0 Elle consiste en un m\u00e9lange de colle de poisson et de poudre d\u2019alb\u00e2tre, qui, encore chaud, est appliqu\u00e9 sur le panneau de bois \u00e0 l\u2019aide d\u2019un pinceau et d\u2019une spatule, en plusieurs couches successives. Chaque application demande plusieurs heures d\u2019attente, de fa\u00e7on \u00e0 laisser s\u00e9cher totalement la derni\u00e8re couche).\u00a0 En m\u00eame temps, l\u2019Italie est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e par l\u2019influence de l\u2019iconographie orthodoxe qu\u2019elle apprivoise et r\u00e9interpr\u00e8te \u00e0 sa mani\u00e8re. Ainsi des foyers comme Sienne, Florence, ou Padoue voient na\u00eetre Duccio, Giusto da Menabuioi, Giotto ou Cimabue dont les c\u00e9l\u00e8bres madones d\u00e9rivent du hi\u00e9ratisme orthodoxe, tout en \u00e9tant humanis\u00e9e au moyen d\u2019une peinture moelleuse et\u00a0 plus tendre. On peut v\u00e9ritablement parler d\u2019\u00e9tape entre la peinture m\u00e9di\u00e9vale du type de l\u2019enluminure et la peinture de chevalet, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ic\u00f4ne.<\/p>\n<div id=\"attachment_861\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.files.wordpress.com\/2013\/11\/300px-madonna_rucellai.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-861\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-861\" alt=\"Duccio di Buoninsegna (vers 1233-1260, vers 1318-1319) Madone Rucellai Vers 1285, Galerie des Offices (Florence), tempera sur panneau de bois, 290x450cm \" src=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.files.wordpress.com\/2013\/11\/300px-madonna_rucellai.jpg?w=200&#038;resize=200%2C300\" width=\"200\" height=\"300\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-861\" class=\"wp-caption-text\">Duccio di Buoninsegna (vers 1233-1260, vers 1318-1319)<br \/>Madone Rucellai<br \/>Vers 1285, Galerie des Offices (Florence), tempera sur panneau de bois, 290x450cm<\/p><\/div>\n<p><strong>Esth\u00e9tique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Europe occidentale le culte marial d\u00e9velopp\u00e9 au Moyen Age se poursuit au d\u00e9but du <em>Quattrocento<\/em> italien. L\u2019Eglise et les particuliers commandent des peintures de culte, g\u00e9n\u00e9ralement de petit ou moyen format destin\u00e9es eux d\u00e9votions priv\u00e9es. Le type de la \u00ab\u00a0Vierge \u00e0 l\u2019Enfant\u00a0\u00bb est exploit\u00e9 dans ses aspects les plus particuliers et les plus sp\u00e9cifiques.\u00a0L\u2019Italie poursuit son \u00ab\u00a0acclimatation\u00a0\u00bb des ic\u00f4nes byzantines dont elle r\u00e9interpr\u00e8te de plus en plus librement les codes iconographiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, l\u2019ic\u00f4ne est une peinture sacr\u00e9e, destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0\u00e9crite\u00a0\u00bb et non\u00a0 pas \u00ab\u00a0peinte \u00bb. L\u2019artiste l\u2019effectue dans un esprit de pri\u00e8re et de p\u00e9nitence, en s\u2019effa\u00e7ant devant le Myst\u00e8re du divin qu\u2019il tente de repr\u00e9senter, dans ses dimensions humaines mais surtout symboliques. En g\u00e9n\u00e9ral le peintre d\u2019ic\u00f4ne ne signe pas ses \u0153uvres. Le peintre d\u2019ic\u00f4ne ne peint pas\u00a0: il prie. Selon la conception de l\u2019image d\u00e9finie \u00e0 la suite du Concile d\u2019Eph\u00e8se (431), qui avait d\u00e9clar\u00e9 la Vierge Marie \u00ab\u00a0M\u00e8re de Dieu\u00a0\u00bb (<i>Theotokos<\/i>), l\u2019ic\u00f4ne est un \u00ab\u00a0reflet visible de l\u2019invisible\u00a0\u00bb. Saint Jean Damasc\u00e8ne souligna la valeur de l\u2019ic\u00f4ne face aux iconoclastes qui refusaient toute repr\u00e9sentation du divin\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Je ne v\u00e9n\u00e8re pas la mati\u00e8re, mais je v\u00e9n\u00e8re le Cr\u00e9ateur de la mati\u00e8re, qui s\u2019est fait mati\u00e8re pour moi, qui a pris la forme de la vie dans la mati\u00e8re et qui, par le moyen de la mati\u00e8re, a r\u00e9alis\u00e9 mon salut.\u00a0\u00bb.<\/i> \u00a0L\u2019affirmation d\u2019une image au sens th\u00e9ologique et non plus seulement plastique co\u00efncide avec la naissance de l\u2019Empire Byzantin sous le r\u00e8gne de l\u2019empereur\u00a0 Justinien (527-565). L\u2019Empire va rapidement adopter l\u2019ic\u00f4ne comme image de pi\u00e9t\u00e9. Il \u00e9labore d\u00e9s le VIe si\u00e8cle un programme iconographique affirmant la majest\u00e9 et\u00a0 la maternit\u00e9 de Marie, selon des codes de repr\u00e9sentation et des types iconographiques de plus en plus pr\u00e9cis. Cette th\u00e9ologie de l\u2019image r\u00e9affirm\u00e9e au concile de Nic\u00e9e II (787) ne sera pas assimil\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re par le monde latin.\u00a0 En Occident, l\u2019image a une fonction ornementale, didactique et m\u00e9morielle. C\u2019est pourquoi les Italiens du Quattrocento vont r\u00e9interpr\u00e9ter le type de l\u2019ic\u00f4ne en s\u2019inspirant de ses codes de repr\u00e9sentations (fond dor\u00e9, hi\u00e9ratisme, couleurs\u2026) tout en y incorporant leurs propres recherches plastiques et formelles (perspective, peinture \u00e0 l\u2019huile, ombre et lumi\u00e8re, humanisme\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, dans l&rsquo;ic\u00f4ne de Notre-Dame de Cambrai on retrouve les crit\u00e8res stricts d\u00e9riv\u00e9s des trait\u00e9s byzantins (ou <em>podlinniks<\/em>) expliquant les lois techniques, esth\u00e9tiques et mystiques, propres \u00e0 l\u2019ic\u00f4ne. En parall\u00e8le, l\u2019on distingue dans le visage de la Vierge une texture de chair plus moelleuse, un model\u00e9 du visage plus tendre et des fentes d\u2019 yeux de type \u00ab\u00a0italianisant\u00a0\u00bb. Mais bien que les contours soient fondus et non pas strictement lin\u00e9aires,\u00a0 l\u2019\u0153uvre demeure \u00ab\u00a0primitive\u00a0\u00bb en raison de l\u2019emploi du bois \u00e0 fond dor\u00e9, des plis des tissus encore raides et des aur\u00e9oles grav\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Symbolique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ic\u00f4ne de Notre-Dame de Cambrai repr\u00e9sente une Vierge \u00e0 l\u2019Enfant qui a l\u2019originalit\u00e9 de\u00a0 rassembler\u00a0 trois types d\u2019ic\u00f4nes\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le type <em>Eleousa<\/em> (\u00ab\u00a0de tendresse\u00a0\u00bb\/ \u00ab\u00a0de piti\u00e9\u00a0\u00bb)<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le type <em>Glykophilousa<\/em> (\u00ab\u00a0au doux baiser\u00a0\u00bb)<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le type <em>Hodegetria<\/em> (\u00ab\u00a0qui montre le chemin\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est rev\u00eatue du manteau bleu nuit (<em>maphorion<\/em>) symbolisant l\u2019ombre C\u00e9leste et divine qui couvre son humanit\u00e9. La couleur pourpre rappelle la couleur imp\u00e9riale des imp\u00e9ratrices byzantines.\u00a0Habituellement trois \u00e9toiles sont peintes sur le haut du voile couvrant la t\u00eate, et sur les deux \u00e9paules de la Madone. Sur ces deux \u0153uvres on n\u2019en distingue que deux, la troisi\u00e8me ayant \u00e9t\u00e9 probablement effac\u00e9e ou plus vraisemblablement jug\u00e9e inutile car le Fils la symbolise par sa propre pr\u00e9sence dans les bras de sa M\u00e8re. Elles symbolisent la pr\u00e9sence pl\u00e9ni\u00e8re de Dieu en Marie, et l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0triple virginit\u00e9\u00a0\u00bb (avant, pendant, apr\u00e8s la naissance du Christ). Ces \u00e9toiles \u00e9voquent par ailleurs le Signe de Croix\u00a0: Marie est sign\u00e9e par le P\u00e8re (front), par le Fils (\u00e9paule droite selon la mani\u00e8re orientale de faire le signe de croix), et par l\u2019Esprit-Saint (\u00e0 gauche, pr\u00e8s du Christ).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon la th\u00e9ologie orthodoxe de l\u2019ic\u00f4ne, celle-ci est un r\u00e9sum\u00e9 du microcosme et du macrocosme, c\u2019est pourquoi toute la cr\u00e9ation participe \u00e0 son \u00e9laboration\u00a0: l\u2019homme (le peintre), les animaux (colle de poisson, de lapin, poils d\u2019\u00e9cureuils ou de martre pour les pinceaux, ivoire, jaune d\u2019\u0153uf), les v\u00e9g\u00e9taux (pigments de peinture et bois du support, huile de lin), les min\u00e9raux (pigments, oxydes), la terre (pigments, ocre), l\u2019air (temps de s\u00e9chage), l\u2019eau (m\u00e9lange des couleurs, solutions et dissolutions), le feu (cuisson des couleurs et de l\u2019or).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bois est choisi \u00ab\u00a0noble\u00a0\u00bb (c\u00e8dre, ch\u00eane, bouleau, h\u00eatre, tilleul) et sans n\u0153ud. En g\u00e9n\u00e9ral la surface peinte correspond au c\u00f4t\u00e9 qui \u00e9tait tourn\u00e9 vers le c\u0153ur de l\u2019arbre, afin que l\u2019ic\u00f4ne ne se d\u00e9forme pas avec le temps. Elle adopte ainsi une forme convexe (comme une\u00a0 tuile) qui la dilate et non une forme concave qui la d\u00e9formerait. En g\u00e9n\u00e9ral le revers du panneau des ic\u00f4nes est renforc\u00e9 par des traverses fix\u00e9es vraisemblablement dans des entures \u00e0 queue d\u2019aronde, sans colle ni clous. Ces traverses sont plac\u00e9es perpendiculairement aux rainures du bois, afin d\u2019exercer une traction oppos\u00e9e \u00e0 la surface peinte. (A partir du XVIIIe si\u00e8cle, un autre syst\u00e8me de renforcement voit le jour en Russie\u00a0: deux baguettes de bois sont encastr\u00e9es dans l\u2019\u00e9paisseur du panneau, aux extr\u00e9mit\u00e9s sup\u00e9rieures et inf\u00e9rieures). Cela permet de dater certaines ic\u00f4nes (1). L&rsquo;usure des ic\u00f4nes permet aussi de les dater gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;observation des \u00e9clats de peinture manquante, de trous dans le bois, la pr\u00e9sence de \u00ab\u00a0griffures\u00a0\u00bb sur le visage, celles-ci peuvent \u00eatre dues aux al\u00e9as du transport et de la conservation mais aussi \u00e0 un geste iconoclaste comme cela a pu exister pour de nombreuses ic\u00f4nes. Les iconoclastes br\u00fblaient les objets de pi\u00e9t\u00e9 ou \u00ab\u00a0rayaient\u00a0\u00bb les visages des personnages saints (c\u2019est le cas pour la Madone de Czestochowa en Pologne en 1430).<\/p>\n<div id=\"attachment_862\" style=\"width: 185px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.files.wordpress.com\/2013\/11\/chestochowa200.jpg?resize=175%2C267\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-862\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-862\" alt=\"Anonyme Ic\u00f4ne de la \u00ab Vierge Noire \u00bb de Czestochowa (Pologne) XIVe si\u00e8cle  \" src=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.files.wordpress.com\/2013\/11\/chestochowa200.jpg?resize=175%2C267\" width=\"175\" height=\"267\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-862\" class=\"wp-caption-text\">Anonyme<br \/>Ic\u00f4ne de la \u00ab Vierge Noire \u00bb de Czestochowa (Pologne)<br \/>XIVe si\u00e8cle<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La couleur dor\u00e9e est le symbole de l\u2019au-del\u00e0 chez les orthodoxes. La feuille d\u2019or est g\u00e9n\u00e9ralement employ\u00e9e en application pour le fond de l\u2019ic\u00f4ne et en rehauts sur les v\u00eatements et les lisi\u00e8res des personnages saints. L\u2019or exprime le sacr\u00e9 et la pr\u00e9ciosit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Madone de Cambrai est appel\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0 Madone de Tendresse\u00a0\u00bb en raison de la douceur de la relation qui l\u2019unit \u00e0 l\u2019Enfant-J\u00e9sus et \u00e0 la proximit\u00e9 de leurs deux corps. L\u2019Enfant appuie sa joue contre celle de sa m\u00e8re dans un tendre mouvement. Leurs bouches sont presque jointes. La simplicit\u00e9 de la repr\u00e9sentation frontale \u00e0 mi-corps cr\u00e9e une intimit\u00e9 avec le spectateur, tandis que le raffinement lin\u00e9aire et stylis\u00e9 de l\u2019ensemble l\u2019invite \u00e0 une m\u00e9ditation du myst\u00e8re de l\u2019Incarnation. Comme dans toute ic\u00f4ne, la perspective est \u00ab\u00a0invers\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est le spectateur qui est le point de fuite, afin de cr\u00e9er une relation entre l\u2019\u0153uvre et celui qui la regarde (regard\u00e9\/regardant).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ic\u00f4ne (<em>eikon<\/em>) signifie \u00e0 l\u2019origine \u00ab\u00a0portrait\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0image\u00a0\u00bb. C\u2019est pourquoi elle porte les initiales du ou des personnages repr\u00e9sent\u00e9s. Les orthodoxes attachent une grande importance \u00e0 la valeur du nom donn\u00e9 \u00e0 un \u00eatre, signe de son unicit\u00e9, comme le rappelle Philippe Madre: <em>\u00ab\u00a0Nous autres, occidentaux, sommes devenus indiff\u00e9rents \u00e0 l\u2019importance du Nom. Conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 une personne d\u00e8s sa naissance, il a plus qu\u2019une valeur symbolique ou affective. D\u00e9j\u00e0 il renferme en lui-m\u00eame comme un appel divin, ou plut\u00f4t une fa\u00e7on sp\u00e9cifique dont la Main de Dieu se pose sur celui qui le re\u00e7oit. Ce nom, celui de la Vierge comme les autres, est profond\u00e9ment li\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et \u00e0 la \u00ab\u00a0personnalit\u00e9\u00a0\u00bb de son b\u00e9n\u00e9ficiaire.\u00bb <\/em>(2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les initiales de Marie sont plac\u00e9es \u00e0 gauche de l\u2019ic\u00f4ne (\u00ab\u00a0MR\u00a0\u00bb). Ce sont les abr\u00e9viations grecques qui d\u00e9signent la M\u00e8re de Dieu. Au dessus de la t\u00eate de l\u2019Enfant-J\u00e9sus, l\u2019on distingue les initiales\u00a0: \u00ab\u00a0IOI\u00a0; IHS\u00a0; XRS\u00a0\u00bb qui sont les initiales du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La grande main droite de la Vierge soutient l\u2019Enfant et indique son fils simultan\u00e9ment, c\u2019est pourquoi on l\u2019appelle aussi \u00a0<em>Hodegetria<\/em> \u00a0(\u00ab\u00a0qui montre le chemin\u00a0\u00bb), le Christ \u00e9tant selon la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne \u00ab\u00a0Le Chemin, la V\u00e9rit\u00e9, la Vie\u00a0\u00bb. L\u2019Enfant royal est envelopp\u00e9 dans un linge rose clair pliss\u00e9. Il soutient famili\u00e8rement le menton de la Vierge de sa main droite et agrippe son voile de sa main gauche. Ce geste tr\u00e8s enfantin est contredit par son visage adulte,\u00a0 r\u00e9pondant \u00e0 la douce gravit\u00e9 du visage de la Vierge. Le peintre signifie de cette mani\u00e8re le pressentiment de la Croix et des douleurs \u00e0 venir.<\/p>\n<p><strong>L\u2019ic\u00f4ne de Notre-Dame de Gr\u00e2ce de Calais et sainte Bernadette<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est int\u00e9ressant de souligner l\u2019anecdote \u00e0 propos de Notre-Dame de Gr\u00e2ce et de Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes (1854), rapport\u00e9e par Mgr Delannoy \u00e9v\u00eaque de Dax. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019apparition de la Vierge, alors que plusieurs peintres et sculpteurs cherch\u00e8rent \u00e0 rendre l\u2019image de l\u2019Apparition de Lourdes, Bernadette n\u2019\u00e9tait jamais satisfaite du r\u00e9sultat des images.\u00a0Un religieux qui poss\u00e9dait un album de repr\u00e9sentations des plus c\u00e9l\u00e8bres madones, lui demanda de s\u00e9lectionner la plus ressemblante. Curieusement, Bernadette s\u2019arr\u00eata devant l\u2019image de l\u2019ic\u00f4ne de Notre-Dame de Gr\u00e2ce de Calais en s\u2019exclamant\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que je trouve le plus ressemblant\u00a0!\u00bb<\/em>. A vrai dire les traits de cette ic\u00f4ne ne correspondaient pas aux canons esth\u00e9tiques de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, et ses contemporains furent \u00e9tonn\u00e9s de son choix. Mais plus tard Andr\u00e9 Malraux s\u2019en souvint pour son \u00ab\u00a0mus\u00e9e imaginaire\u00a0\u00bb et rapporta les propos de Bernadette\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Bernadette se l\u00e8ve, exorbit\u00e9e, s\u2019agenouille\u00a0: c\u2019est elle\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2002, une reproduction agrandie de Notre-Dame de Gr\u00e2ce fut plac\u00e9e quelques temps devant la grotte de Massabielle de Lourdes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, de si\u00e8cle en si\u00e8cle, l&rsquo;ic\u00f4ne hi\u00e9ratique mais vivante demeure d&rsquo;une surprenante modernit\u00e9.<\/p>\n<p>G.L.S.G., le 6 novembre 2013<\/p>\n<p>(1)\u00a0Olga Popova, Engelina Smirnova, Paola Cortesi, <i>Les Ic\u00f4nes. L\u2019histoire, les styles, les th\u00e8mes des origines \u00e0 nos jours,<\/i> Paris, 1996.<\/p>\n<p>(2)\u00a0Philippe Madre, <i>L\u2019Ic\u00f4ne de Marie Porte du Ciel<\/i>, 1987, p.34.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Historique L&rsquo;ic\u00f4ne de Notre-Dame de Gr\u00e2ce conserv\u00e9e \u00e0 la Cath\u00e9drale de Cambrai (France) est v\u00e9n\u00e9r\u00e9e depuis plusieurs si\u00e8cles. Objet de culte mais aussi chef d&rsquo;oeuvre artistique, elle est sans doute\u00a0d\u2019origine byzantine mais aurait \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9e par un peintre italien. 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