{"id":7713,"date":"2018-03-20T21:02:49","date_gmt":"2018-03-20T21:02:49","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=7713"},"modified":"2026-02-08T20:05:39","modified_gmt":"2026-02-08T20:05:39","slug":"le-jardin-metaphore-vivante-de-linteriorite-du-poete","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=7713","title":{"rendered":"Le Jardin, m\u00e9taphore vivante de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du po\u00e8te (discours de Nice)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"540\" height=\"960\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/29313160_1837494746301699_118504057571639296_n.jpg?resize=540%2C960\" alt=\"\" class=\"wp-image-7714\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/29313160_1837494746301699_118504057571639296_n.jpg?w=540 540w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/29313160_1837494746301699_118504057571639296_n.jpg?resize=169%2C300 169w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/29313160_1837494746301699_118504057571639296_n.jpg?resize=160%2C284 160w\" sizes=\"(max-width: 540px) 100vw, 540px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Discours prononc\u00e9 au Centre Universitaire M\u00e9diterran\u00e9en de Nice&nbsp;le samedi 17 mars 2018 par la po\u00e9tesse Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas sans \u00e9motion que je me trouve parmi vous aujourd\u2019hui au magnifique Centre Universitaire M\u00e9diterran\u00e9en o\u00f9 je suis honor\u00e9e de pr\u00e9senter mon cher recueil de po\u00e9sie <em>Hortus Conclusus, Les Litanies du Jardin<\/em>, n\u00e9 en novembre 2017. Toute ma gratitude va aux responsables qui ont eu la grande courtoisie de m\u2019inviter dans ce haut-lieu de la Pens\u00e9e, intimement li\u00e9, vous le savez, \u00e0 la personnalit\u00e9 du po\u00e8te Paul Val\u00e9ry qui voulut y d\u00e9fendre une &laquo;&nbsp;politique de l\u2019esprit&nbsp;&raquo;. La &laquo;&nbsp;politique de l\u2019esprit&nbsp;&raquo; ? Quel programme&nbsp;encore si actuel \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on n\u2019a jamais autant parl\u00e9, semble-t-il de politique, de l\u2019art de gouverner les hommes et les femmes&nbsp;!<strong> Pouvons-nous donc gouverner la Cit\u00e9 immat\u00e9rielle des esprits comme on gouverne les corps&nbsp;charnels d\u2019une Cit\u00e9&nbsp;?<\/strong> Quel type de salut le po\u00e8te peut-il encore apporter \u00e0 notre monde, car comme le disait Lamartine, qui fut lui-m\u00eame d\u00e9put\u00e9&nbsp;:<em> &laquo;&nbsp;La po\u00e9sie c\u2019est l\u2019id\u00e9e&nbsp;; la politique, c\u2019est le fait&nbsp;; autant l\u2019id\u00e9e est au-dessus du fait, autant la po\u00e9sie est au-dessus de la politique.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Toute po\u00e9sie est d\u2019abord incarnation. Je suis descendue, intr\u00e9pide, dans l\u2019\u00e9criture de ce recueil comme le po\u00e8te descend dans le jardin de l\u2019exp\u00e9rience. J\u2019ai ainsi compos\u00e9 entre 2014 et 2016 plus de six-cent quatrains, chacun d\u00e9di\u00e9, je dirai m\u00eame mari\u00e9, \u00e0 des fleurs, des arbres, des v\u00e9g\u00e9taux, en un alphabet botanique, ou plut\u00f4t une vaste et patiente florigraphie, o\u00f9 sont \u00e9gren\u00e9es les plantes comme les litanies d\u2019antan.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi <em>Hortus Conclusus&nbsp;<\/em>? Car il s\u2019agit d\u2019une expression latine courante dans la mystique m\u00e9di\u00e9vale, qui signifie &laquo;&nbsp;jardin clos&nbsp;&raquo;. Qu\u2019est-ce que le &laquo;&nbsp;jardin clos&nbsp;&raquo; pour le po\u00e8te&nbsp;? C\u2019est le lieu par excellence du silence, o\u00f9 s\u2019\u00e9coule le temps de la pleine int\u00e9riorit\u00e9. Paul Val\u00e9ry le rappelait justement:<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Un po\u00e8me est une dur\u00e9e, pendant laquelle, lecteur, je respire une loi qui fut pr\u00e9par\u00e9e&nbsp;; je donne mon souffle et les machines de ma voix&nbsp;; ou seulement leur pouvoir qui se concilie avec le silence.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>Vous le savez depuis que Voltaire est pass\u00e9 sur cette plan\u00e8te, il faut cultiver son jardin, c\u2019est-\u00e0-dire cultiver son esprit comme on cultive la terre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jardin clos, lieu du silence et de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8te est descendu en son jardin&nbsp;! Le jardin, quelle plus sublime m\u00e9taphore et r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te pour d\u00e9crire l\u2019\u00e2me avide de paix et de r\u00e9flexion? <strong>Le vaste monde ext\u00e9rieur entrevu par le po\u00e8te, le renvoie comme un miroir \u00e0 sa propre \u00e2me.<\/strong> Soudain, il quitte ce monde, ouvre la porte de cet espace \u00ab clos \u00bb car il pressent qu\u2019il y trouvera la \u00abvie nouvelle\u00bb, cette fameuse <em>Vita Nova<\/em> de Dante, capable de hisser son esprit vers la v\u00e9rit\u00e9 et la Gr\u00e2ce qu\u2019il cherche sans tr\u00eaves. Comme Dante, toujours lui, il faut quitter la po\u00e9sie \u00ab&nbsp;morte&nbsp;\u00bb du monde pour aller avec ardeur vers la po\u00e9sie vivante, tel qu\u2019il l\u2019\u00e9nonce dans l\u2019invocation liminaire du <em>Purgatoire<\/em> de la <em>Divine Com\u00e9die<\/em> : <em>&laquo;&nbsp;D\u00e9sormais pour courir meilleures eaux la nef de mon esprit hisse la voile, laissant derri\u00e8re soi mer si cruelle. Je chanterai ce deuxi\u00e8me royaume o\u00f9 l&rsquo;\u00e2me humaine, en gravissant, se purge et de monter au ciel redevient digne. <strong>Revive ici la morte po\u00e9sie<\/strong>&nbsp;puisqu&rsquo;\u00e0 vous je suis lige, \u00f4 saintes Muses ; (&#8230;)&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le seigneur-po\u00e8te est descendu dans son jardin, ou plut\u00f4t, comme P\u00e9trarque escalade le Mont Ventoux, il est mont\u00e9 dans ce jardin, sis sur une montagne, lieu de solitude et de silence, qui oppose le haut avec le bas.<strong> La p\u00e9dagogie de l\u2019asc\u00e8se ne change pas de si\u00e8cles en si\u00e8cles.<\/strong> Vous savez que l\u2019\u00e9tymologie h\u00e9bra\u00efque du terme &laquo;&nbsp;montagne&nbsp;&raquo;<em>&nbsp;har<\/em>&nbsp;l\u2019assimile phon\u00e9tiquement \u00e0 la grossesse <em>h\u00e2r\u00e2h<\/em>. C\u2019est le lieu qui symbolise la gestation et l\u2019enfantement. Le po\u00e8te, h\u00e9ro\u00efque, guid\u00e9 par son intuition, quitte le monde superficiel pour entrer dans le monde essentiel, il passe du naturel au surnaturel. Il doit n\u00e9cessairement s\u2019isoler, chercher la simplicit\u00e9 et la sobri\u00e9t\u00e9, non par haine de son prochain, non par <em>contemptus mundi<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire par m\u00e9pris du monde, mais par amour de sa vocation active et contemplative :<strong><em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Quitte tout, mon enfant, et tu trouveras tout&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>dit Pierre Corneille.<\/strong> Puis, le po\u00e8te arrive au Jardin Clos, \u00e0 l\u2019<em>Hortus Conclusus <\/em>dont il ouvre la porte avec une clef unique, embl\u00e8me de sa personnalit\u00e9 unique, qu\u2019il cache dans son sein b\u00e9ni pour que nul ne puisse toucher \u00e0 cette clef sans lui arracher le c\u0153ur. Il y entre pieds-nus, en laissant ses chaussures \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, comme les proph\u00e8tes sur les sommets pour parler \u00e0 la Divinit\u00e9. Oui, le po\u00e8te a &laquo;&nbsp;<em>des semelles de vent&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>et les &laquo;&nbsp;<em>poches crev\u00e9es&nbsp;&raquo;,<\/em> parce que le feu de l\u2019inspiration porte ses pas enflamm\u00e9s, \u00e0 l\u2019image du voyant&nbsp;Rimbaud. Et il referme la porte&nbsp;sur ce clo\u00eetre symbolique qui abrite sa boh\u00e8me car il faut qu\u2019une porte soit ouverte ou ferm\u00e9e, comme le dirait Musset et car il faut une &laquo;&nbsp;chambre \u00e0 soi&nbsp;&raquo; comme le dirait Virginia Woolf.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quel chevalier peut partir au combat sans avoir pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 son Seigneur ? Quel po\u00e8te peut entrer dans le jardin de po\u00e9sie sans avoir pr\u00eat\u00e9 serment \u00e0 sa muse ?<\/strong> Bien que solitaire par nature, le po\u00e8te est toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par la clart\u00e9 des flambeaux ou des archanges qui le guident. \u00c0 l\u2019entr\u00e9e du jardin clos, il est invit\u00e9 \u00e0 se soumettre \u00e0 toutes les fameuse Muses, il doit pr\u00eater serment \u00e0 sa Dame et se laisser guider par Virgile parce qu\u2019il ne peut assumer seul les visions qu\u2019il va entendre et contempler. <strong>Le personnage l\u00e9gendaire de Dame Cl\u00e9mence Isaure, qui pr\u00e9side depuis 1323 l\u2019Acad\u00e9mie des Jeux Floraux, l\u2019une des plus anciennes soci\u00e9t\u00e9s litt\u00e9raires d\u2019Occident, prend ici toute sa signification, comme l\u2019explicite la d\u00e9dicace du recueil&nbsp;<\/strong>: &laquo;&nbsp;<em>\u00c0 Dame Cl\u00e9mence Isaure, Ma\u00eetresse \u00c8s-Arts, \u00e0 ses po\u00e8tes et \u00e0 ses muses, \u00e0 ceux qu\u2019Amour en Son Jardin constamment m\u00e8ne&nbsp;&raquo;<\/em>. La po\u00e9sie est une qu\u00eate&nbsp;! Le po\u00e8te, conscient de sa faiblesse, se fait ob\u00e9issant dans sa partance et suit avec confiance les g\u00e9nies qui deviennent ses compagnons de route, sans lesquels il serait totalement vuln\u00e9rable, car le jardin est aussi le lieu des dangers, des mauvais fruits de tentation qu\u2019il ne sait pas discerner de son propre chef. Il pr\u00eate all\u00e9geance pour recevoir protection en retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la France se souvient que c\u2019est dans un jardin que Jeanne d\u2019Arc, po\u00e9tesse de l\u2019innocence, entend ses voix&nbsp;lumineuses, comme en attestent les minutes du proc\u00e8s-verbal qui fut dress\u00e9 le jeudi 22 f\u00e9vrier 1431 \u00e0 Rouen, lors de sa deuxi\u00e8me audience publique. Cette page ressemble \u00e0 un \u00e9clair scintillant d\u2019or au milieu de la grisaille juridique : &laquo;&nbsp;<em>Et vint cette voix environ l\u2019heure de midi, au temps de l\u2019\u00e9t\u00e9, dans le jardin de mon p\u00e8re, en un jour de je\u00fbne&nbsp;&raquo;<\/em>. <strong>Ainsi r\u00e9sonne la voix int\u00e9rieure du po\u00e8te, cette injonction qui \u00e9veille son \u00e2me en l\u2019intimant de se lever pour sauver la patrie charnelle, qui est aussi patrie spirituelle<\/strong>. L\u2019une n\u2019est rien sans l\u2019autre&nbsp;! Il suit l\u2019all\u00e9e centrale en comprenant le sens de l\u2019effort et de la volont\u00e9. C\u2019est le temps des <em>Chants d\u2019Innocence<\/em> et des <em>Chants d\u2019Exp\u00e9rience <\/em>chers \u00e0 William Blake. Comme le jardinier, il remonte ses manches et prend ses outils, la lyre et la plume. Il n\u2019a pas d\u2019autres armes que l\u2019\u00e9p\u00e9e de son \u00e9criture, le casque de son raisonnement, l\u2019armure de son d\u00e9vouement et l\u2019\u00e9tendard de sa passion. Il l\u00e8ve des arm\u00e9es avec ses id\u00e9es en trempant son stylo dans la forge de son cerveau et dans le feu de son c\u0153ur pour combattre et agir, &laquo;&nbsp;<em>le regard fixe dans une solitude d\u2019encre&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>comme le dit Paul \u00c9luard. Le po\u00e8te a un caract\u00e8re actif. Il est \u00e0 la peine&nbsp;! Il n\u2019y a pas de place pour la mollesse ni pour la paresse sur ce chemin. Il travaille, noble abeille toute enti\u00e8re adonn\u00e9e \u00e0 sa besogne, encha\u00een\u00e9 \u00e0 son bureau comme le lierre \u00e9pouse son mur avec pour devise&nbsp;: <strong><em>&laquo;&nbsp;Je meurs l\u00e0 o\u00f9 je m\u2019attache&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>. D\u00e8s lors, il avance sans se retourner de peur d\u2019\u00eatre p\u00e9trifi\u00e9 par les regrets st\u00e9riles comme la femme de Loth, en suivant le paysage qui adopte peu \u00e0 peu le relief de sa qu\u00eate et la min\u00e9ralit\u00e9 de ses impressions. Le jardin traduit physiquement et m\u00e9taphysiquement ses \u00e9tats psychologiques, tant\u00f4t domestiqu\u00e9s, tant\u00f4t sauvages comme la nature humaine&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;L\u2019\u0153uvre de ma destin\u00e9e me lasse comme un travail et me tourmente comme une passion&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>s\u2019exclame Mme de Sta\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jardin, lieu de l&rsquo;\u00e9blouissement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que contemple le po\u00e8te dans son Jardin&nbsp;? Tout d\u2019abord, le jardin est symbole d\u2019art parfait car il est le lieu o\u00f9 les cinq sens sont ensemble convoqu\u00e9s&nbsp;: l\u2019ou\u00efe, l\u2019odorat, le toucher, la vue et le go\u00fbt. Les \u00e9l\u00e9ments s\u2019y rassemblent&nbsp;: l\u2019eau des sources, l\u2019air du vent, le feu des astres, et bien s\u00fbr, la terre compacte et puissante, socle du cadran solaire du temps. Il y trouve les Saisons qu\u2019il se pla\u00eet \u00e0 \u00e9num\u00e9rer quand elles s\u2019offrent \u00e0 lui&nbsp;: Printemps, \u00c9t\u00e9, Automne, Hiver. Il y croise Apollon qui ordonne le jeu des Trois Gr\u00e2ces et les silhouettes des muses sur le Parnasse, il y rencontre les arts lib\u00e9raux et le souvenir des grands hommes et des femmes de lettres. C\u2019est le lieu de l\u2019\u00c2ge d\u2019Or, de la &laquo;&nbsp;<em>Jeunesse folle&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;de Cl\u00e9ment Marot, de la sainte Fortune, de la f\u00e9conde Corne d\u2019Abondance, des vertus et de la Renomm\u00e9e. On y trouve Bacchus couronn\u00e9 de pampres et l\u2019on y entend l\u2019hymne des vendanges. <strong>Le jardin de po\u00e9sie se d\u00e9lecte d\u2019amour, de s\u00e9duction, de plaisirs, de jouissances, de musique et de danse.<\/strong> On y embarque pour Cyth\u00e8re. Le po\u00e8te rit et sourit au <em>Carpe Diem<\/em>. C\u2019est le <em>Green<\/em> de Verlaine&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches\/Et puis voici mon c\u0153ur qui ne bat que pour vous&nbsp;&raquo;<\/em>. Il embrasse l\u2019aube d\u2019\u00e9t\u00e9. Ce sont les <em>F\u00eates Galantes<\/em> de Verlaine, les <em>\u00c9blouissements<\/em> d\u2019Anna de Noailles. Orph\u00e9e, s\u2019y prom\u00e8ne avec Eurydice encore vivante et palpable. Virgile y scande ses<em> G\u00e9orgiques<\/em>. Ronsard y c\u00e9l\u00e8bre H\u00e9l\u00e8ne, Cassandre et Marie aupr\u00e8s des roses \u00e9closes. Baudelaire y r\u00eave d\u2019un voyage en d\u00e9nouant la chevelure de Jeanne Duval. Ovide y lit ses <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>.<strong> Le po\u00e8te remplit le flacon de son c\u0153ur du jasmin de m\u00e9moire, de l\u2019essence de l\u2019\u00e9criture, de l\u2019ar\u00f4me de ses sentiments, qui, pass\u00e9s au creuset de l\u2019inspiration, font \u00e9clore le parfum fulgurant de la po\u00e9sie r\u00e9pandu comme une mer aux pieds du vaste monde.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le jardin est le lieu o\u00f9 les animaux s\u2019\u00e9battent, o\u00f9 La Fontaine se prom\u00e8ne aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019\u00c9sope, o\u00f9 Daphnis et Chlo\u00e9 font pa\u00eetre leur troupeau, o\u00f9 Aragon chante les yeux d\u2019Elsa. C\u2019est le lieu d\u2019Embl\u00e8me. On y lit la carte du Tendre. <strong>T\u00e9moin des serments, c\u2019est la place o\u00f9 se nouent les promesses, o\u00f9 l\u2019on s\u2019\u00e9change les v\u0153ux, o\u00f9 l\u2019on tresse des couronnes de lauriers avec hardiesse.<\/strong> La Chevalerie y fait des processions en portant la Dame-aim\u00e9e sur ses couleurs comme un signal, le troubadour y tient Cour d\u2019Amour \u00e0 genoux. &laquo;&nbsp;<em>Il est jour&nbsp;: levons-nous, Philis&nbsp;;\/Alllons \u00e0 notre jardinage\/ Voir s\u2019il est, comme ton visage,\/sem\u00e9 de roses et de lis.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;chante Th\u00e9ophile de Viau. La po\u00e9sie est l\u2019art par excellence o\u00f9 la Gr\u00e2ce se love comme le papillon se roule dans le nectar du lys. Le jardin est signe de pl\u00e9nitude et de l\u2019entente paisible des amants&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Fille, viens la rose cueillir\/Tandis que sa fleur est nouvelle&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;chante Antoine de Ba\u00eff. L\u2019homme y exp\u00e9rimente le bonheur dont les cordes <em>&laquo;&nbsp;vibrent en rendant des sons pleins&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>comme le d\u00e9crit Balzac.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8te y tient sa lyre, lyre d\u2019Apollon, lyre d\u2019Orph\u00e9e, lyre de Sappho. Jean Cocteau l\u2019avait si bien compris&nbsp;comme en t\u00e9moigne son obsession pour Orph\u00e9e et sa lyre ! Cet instrument \u00e0 corde, hautement symbolique, poss\u00e8de une force quasi-alchimique. Depuis des si\u00e8cles ses cordes, mais aussi celles du luth, de la harpe et de la guitare font retentir leurs vibrations sacr\u00e9es, car elles sont capables d&rsquo;\u00e9treindre l&rsquo;\u00eatre au plus profond de lui-m\u00eame, en faisant entendre \u00e0 son oreille les r\u00e9sonnances de son c\u0153ur&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>\u00d4 luth plaintif, viole, archet et voix&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;d\u00e9crit si bien la po\u00e9tesse Louise Lab\u00e9. <strong>Veine m\u00e9tallique ou animale, la corde transporte le flux des \u00e9motions, elle poursuit le cheminement de la pens\u00e9e en la prolongeant par le bras, la main, les doigts qui la guident, en accordant le son avec le <em>riff<\/em> de l\u2019affect.<\/strong> Le mouvement large du musicien est donc, par n\u00e9cessit\u00e9, interpr\u00e9tation. C\u2019est lui qui transmet le <em>primo mobile<\/em>, le \u00ab&nbsp;premier mouvement&nbsp;\u00bb, en laissant ensuite la corde pinc\u00e9e par sa main devenir incantation en transmettant son vertige&nbsp;:<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;L&rsquo;esprit invente, les sens examinent, la main ex\u00e9cute&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;\u00e9crit Chateaubriand. L\u2019accord, les arp\u00e8ges, les gammes, expriment sa joie et sa douleur, de m\u00eame que la pens\u00e9e, le c\u0153ur et la main sont unis quand le po\u00e8te \u00e9crit. C\u2019est pourquoi musique et po\u00e9sie sont si li\u00e9es. La pens\u00e9e po\u00e9tique, quand elle est pure, se fait n\u00e9cessairement musique et la musique ne serait-elle pas d\u00e8s lors, la quintessence de la pens\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jardin, lieu du chaos<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, imaginez soudain le premier jour de l\u2019humanit\u00e9, quand se brisa la premi\u00e8re corde, cass\u00e9e par le premier joueur de lyre. La premi\u00e8re corde bris\u00e9e&nbsp;! La premi\u00e8re corde rompue&nbsp;! <strong>Avez-vous d\u00e9j\u00e0 assist\u00e9 \u00e0 cette sc\u00e8ne terrible d\u2019une corde qui se casse&nbsp;?<\/strong> Il se produit une p\u00e9nible c\u00e9sure dans l\u2019harmonie, une torsion et une distorsion, qui font le d\u00e9sespoir du luthier, du luthiste et qui navrent Baudelaire : &laquo;&nbsp;<em>La po\u00e9sie lyrique s\u2019\u00e9lance, mais toujours d\u2019un mouvement \u00e9lastique et ondul\u00e9. Tout ce qui est brusque et cass\u00e9 lui d\u00e9pla\u00eet et elle le renvoie au drame ou au roman de m\u0153urs.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, le po\u00e8te doit conna\u00eetre la rupture, le chant qui se brise, la corde de la harpe qui se casse jusqu\u2019\u00e0 fendre le bois de la caisse de r\u00e9sonnance et affronter la perte des illusions. <strong>Il n\u2019est aucun homme ni aucun jardin qui ne soit \u00e9pargn\u00e9 par l\u2019hiver, il n\u2019est aucun champ sem\u00e9 de bon grain qui ne soit clairsem\u00e9 d\u2019ivraie.<\/strong> Le po\u00e8te doit par n\u00e9cessit\u00e9 existentielle monter dans l\u2019odieuse barque de Charon et passer par l\u2019Enfer, c\u2019est-\u00e0-dire la souffrance, la mort, le d\u00e9sespoir. C\u2019est en ce sens que la <em>Divine Com\u00e9die<\/em> est le po\u00e8me le plus m\u00e9taphorique de la vocation po\u00e9tique&nbsp;: Dante va de l\u2019Enfer au Paradis en passant par le Purgatoire. Le po\u00e8te assiste impuissant au chaos de ce monde et au tohu\u2013bohu de son c\u0153ur&nbsp;:<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Le vrai tr\u00e9sor de l\u2019humanit\u00e9 est la verte jeunesse\/Le reste de nos ans ne sont que des hivers<\/em>.&nbsp;&raquo; soupire Ronsard dans ses <em>Derni\u00e8res Stances<\/em>. <strong><em>&laquo;&nbsp;<\/em><em>Je vous rends la fleur d\u2019ancolie. Je suis en grande m\u00e9lancolie&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;<\/strong>soupire Christine de Pisan. Il voit la chute fugace des roses&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Quand leur jeunesse s\u2019est montr\u00e9e\/Leur vieillesse accourt \u00e0 l\u2019instant&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>se lamente Antoine de Ba\u00eff. Il regarde s\u2019\u00e9crouler les Empires qui se font et se d\u00e9font comme les araign\u00e9es s\u2019acharnent \u00e0 tisser leurs toiles sur les rosiers, comme Du Bellay contemple les ruines de Rome. Il voit les pucerons des blasph\u00e8mes, les vers des injures, les n\u00e9croses des id\u00e9ologies mortif\u00e8res, les t\u00e9n\u00e8bres de la culture, ses propres faiblesses et l\u00e2chet\u00e9s&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Belle, sanglote un peu\u2026Chaque fleur qui se fane,\/C\u2019est un amour qui meurt&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;\u00e9crit Apollinaire. Il voit la vermine des g\u00e9nocides, les branches cass\u00e9es des morales amorales, les d\u00e9chets humains entass\u00e9s comme des feuilles mortes. Il voit le pouvoir de la mati\u00e8re qui toujours cherche \u00e0 an\u00e9antir le pouvoir de l\u2019intellect comme la temp\u00eate veut briser l\u2019ordonnance d\u2019un parterre. Il voit le drame de la guerre qui d\u00e9sosse les corps comme le vent d\u00e9chire les fragiles pavots. <strong>Il voit les fausses r\u00e9volutions comme les plantes qui font des promesses de fleurs mais qui ne donnent jamais de fruits.<\/strong> Il voit la l\u00e8pre de la mesquinerie qui ravage les c\u0153urs. Il voit la superficialit\u00e9 relativiste de la politique, incapable de donner la paix \u00e0 une humanit\u00e9 qui la r\u00e9clame depuis si longtemps, comme les adventices repoussent inexorablement sur le m\u00eame lieu de leur arrachage. <em>&laquo;&nbsp;Pleurez, fleur de la chevalerie&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;sanglote Eustache Deschamps sur la grandeur perdue des \u00e2mes fortes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&laquo;&nbsp;La chair est triste&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;se lamente Mallarm\u00e9&nbsp;! Le po\u00e8te voit les cadavres fig\u00e9s&nbsp;! Sa lyre se teinte de sang, un sang que l\u2019on ne peut effacer comme la femme de Barbe Bleue cherche en vain \u00e0 \u00f4ter le sang de la clef d\u00e9fendue. Rimbaud passe &laquo;&nbsp;<em>une saison en enfer&nbsp;&raquo;<\/em>, Victor Hugo r\u00e9volt\u00e9 \u00e9crit <em>Les Ch\u00e2timents<\/em>, Agrippa d\u2019Aubign\u00e9 publie les <em>Tragiques<\/em>. Une fois de plus, dans un monde obscurci, amn\u00e9sique de son histoire, le po\u00e8te passe et l\u00e8ve son flambeau dans la nuit, il regarde sa destin\u00e9e droit dans les yeux, sans peur de l\u2019ennemi, sans crainte des vocif\u00e9rations, des critiques ni des r\u00e2lements. <strong>Il marche, pieds-nus, en laissant l\u2019empreinte ensanglant\u00e9e de ses pas, il passe entre les balles, et montre au monde le scandale ontologique de la d\u00e9construction de l\u2019\u00catre, car c\u2019est dans ce jardin-l\u00e0 que se trouve son devoir et nulle part ailleurs<\/strong>. Les po\u00e8tes souffrent des m\u00eames maux de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, d\u00e9vor\u00e9s par les furies, et renaissant toujours comme les Ph\u00e9nixs parce que c\u2019est la Loi de la Po\u00e9tique&nbsp;! Coupez la t\u00eate d\u2019un po\u00e8te, il en na\u00eetra dix autres&nbsp;! Le po\u00e8te, comme le proph\u00e8te, sait qu\u2019il doit \u00eatre martyre de la mal\u00e9diction du monde, ou il n\u2019est pas po\u00e8te, ou faux-po\u00e8te, ou demi-po\u00e8te&nbsp;: Orph\u00e9e est d\u00e9chir\u00e9 par les m\u00e9nades. John Keats et Shelley meurent pr\u00e9matur\u00e9ment. G\u00e9rard de Nerval se pend par d\u00e9sespoir. P\u00e9guy meurt pendant la guerre de 14-18. Baudelaire est victime du spleen. La bien\u2013aim\u00e9e du <em>Cantique des Cantiques<\/em> traverse la Nuit. Sappho se jette dans le vide. Socrate boit la cig\u00fce. Dante est exil\u00e9. H\u00e9l\u00e8ne est &laquo;&nbsp;<em>bien vieille au soir \u00e0 la chandelle&nbsp;&raquo;. <\/em>Charles d\u2019Orl\u00e9ans est fait prisonnier des Anglais apr\u00e8s la bataille d\u2019Azincourt. Ovide rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 Tomes \u00e9crit les<em> Tristes<\/em>. Garcia Lorca est assassin\u00e9. Qui ignore encore les catacombes po\u00e9tiques qui ont \u00e9t\u00e9 construites sous les totalitarismes&nbsp;? <strong>Combien d\u2019id\u00e9ologies ont cherch\u00e9 \u00e0 enfermer la po\u00e9sie, enfant de Boh\u00e8me, qui toujours s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e, comme l\u2019Amour&nbsp; libre par essence, pour revenir toujours se loger dans ce jardin clos, cet <em>Hortus Conclusus<\/em> inaccessible \u00e0 ceux qui refusent d\u2019en aimer le myst\u00e8re ?<\/strong> Oui, libre, car peu lui importe la voix de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vit (soci\u00e9t\u00e9 qui sera autre demain), peu importe qu\u2019il soit une minorit\u00e9 perp\u00e9tuellement menac\u00e9e, il est le grand habitu\u00e9 des pers\u00e9cutions. Comme le dit Saint-John Perse la po\u00e9sie<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;n\u2019attend rien des avantages du si\u00e8cle&nbsp;&raquo;<\/em>. Le po\u00e8te vit <em>&laquo;&nbsp;content de sa fortune, \/ Il est&nbsp;sa cour, sa faveur et son roi&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;dit Philippe Desportes<em>.<\/em> Il sait parfaitement, comme Shakespeare, que<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;La vertu m\u00eame n\u2019\u00e9chappe pas aux coups de la calomnie&nbsp;&raquo;<\/em>. Il invoque Orph\u00e9e qui marche toujours dans ce jardin historique, arpentant avec lui les gouffres des enfers \u00e0 la recherche de son Eurydice, comme l\u2019homme marche dans les t\u00e9n\u00e8bres \u00e0 la recherche de son seul d\u00e9sir, avide de la gr\u00e2ce et de la b\u00e9atitude perdues. Car la certitude du po\u00e8te n\u2019a rien de commun avec la certitude de l\u2019homme du monde.<strong> Le po\u00e8te est enclos dans son jardin, l\u2019homme &laquo;&nbsp;du monde&nbsp;&raquo; vit aussi dans la nature, mais derri\u00e8re la porte du jardin clos qu\u2019il refuse souvent d\u2019ouvrir. La po\u00e9sie, la gratuit\u00e9, l\u2019id\u00e9al ne l\u2019int\u00e9ressent pas, peu ou plus.<\/strong> Pourtant, l\u2019exhortation d\u2019Orph\u00e9e &laquo;&nbsp;l&rsquo;Admirable&nbsp;&raquo; comme le qualifie Paul Val\u00e9ry, est toujours actuelle. Le po\u00e8te d\u2019hier est le m\u00eame qu\u2019aujourd\u2019hui et le m\u00eame que demain, il ne sait faire qu\u2019une seule chose&nbsp;: ouvrir la porte de ce jardin clos et montrer la lyre, instrument de l\u2019homme et des dieux depuis le commencement ! Seule la lyre d\u2019Orph\u00e9e est encore capable d\u2019attendrir les b\u00eates sauvages, m\u00e9taphore de la musique, du chant et de l\u2019art qui chassent la barbarie, l\u2019inculture et toutes les formes de d\u00e9votion au mal, c\u2019est \u00e0 dire \u00e0 l\u2019inhumanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cela, uniquement \u00e0 condition que l\u2019homme et la femme entrent dans l\u2019<em>Hortus Conclusus<\/em> et prient le po\u00e8te. Car c\u2019est au monde de demander le don de la po\u00e9sie. <strong>La Gr\u00e2ce po\u00e9tique ne se prend pas&nbsp;: elle se donne.<\/strong> Alors le po\u00e8te s\u2019inclinera pour \u00e9lever le monde \u00e0 lui, et non l\u2019inverse&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Exil\u00e9 sur la terre, ses ailes de g\u00e9ant l\u2019emp\u00eachent de marcher&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;souvenez-vous de la sentence implacable de <em>l\u2019Albatros <\/em>de Baudelaire&nbsp;!<strong> La place du po\u00e8te est dans le jardin de l\u2019inspiration et nulle part ailleurs. C\u2019est l\u00e0 son honneur, il y est heureux, occup\u00e9 \u00e0 ses visions.<\/strong> D\u2019autre part, il conna\u00eet, tout proph\u00e8te qu\u2019il est, le syndrome de Cassandre&nbsp;: personne ne l\u2019\u00e9coutera dehors s\u2019il parle sans qu\u2019on le lui demande. Il sait qu\u2019on le br\u00fblera s\u2019il montre son c\u0153ur sur la place publique. Il sait que les rares fois o\u00f9 ce prince s\u2019exile de son jardin clos pour aller dans le monde, il doit se faire mendiant, se v\u00eatir de pauvret\u00e9, qu\u00eater en silence, se faire chasser par l\u2019amertume des cr\u00e9anciers, subir le d\u00e9dain des marchands, verser son murmure dans le monde comme l\u2019eau du ruisseau qui passe et que nul n\u2019\u00e9coute plus. Sa s\u00e9bile se remplit rarement d\u2019aum\u00f4nes. C\u2019est une voix qui crie dans le d\u00e9sert&nbsp;: &nbsp;<em>Vox clamantis in deserto<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Non, ne demandez pas au po\u00e8te d\u2019adopter les mani\u00e8res du monde, ne le rev\u00eatez pas du manteau sans couture des st\u00e9rilit\u00e9s intellectuelles, sous peine qu\u2019il ne perde l\u2019oiseau-lyre de l\u2019inspiration et ne retrouve plus le chemin de l\u2019<em>Hortus Conclusus<\/em>.<\/strong> Montez plut\u00f4t sur sa montagne&nbsp;et suivez son astre ! Ayez confiance en lui car le po\u00e8te a grande piti\u00e9 des hommes&nbsp;! Il est tellement familier des trois Parques comme Ronsard se lamente sur la mort de Marie : &laquo;&nbsp;<em>La Parque t\u2019a tu\u00e9e, et cendre tu reposes&nbsp;&raquo;<\/em>. Rien ne lui est cach\u00e9. Il sait voir le plus profond du c\u0153ur ! Il a la science de la douleur ! Il sait faire &laquo;&nbsp;<em>une perle d\u2019une larme&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;comme dirait Musset. C\u2019est le consolateur le plus v\u00e9ritable, car il sait mieux que tout autre, en vertu de ses propres plaies, que l\u2019\u00eatre humain malade, asphyxi\u00e9, a besoin d\u2019\u00eatre brancard\u00e9 et soign\u00e9 par le souffle de l\u2019esprit, vital comme l\u2019oxyg\u00e8ne. <strong>Non, jamais le po\u00e8te ne refusera d\u2019abriter dans son jardin les \u00eatres qui lui demanderont de jouer pour eux de sa lyre car il voit quotidiennement le combat d\u2019Eros et de Thanatos.<\/strong> Il voit dans son miroir de V\u00e9rit\u00e9, sans cesse, la souffrance de l\u2019\u00eatre humain, malade dans ses relations sociales, conjugales, familiales. Il voit cet \u00eatre humain toujours plus boulimique des richesses de la mati\u00e8re qui ne comblent jamais sa solitude au lieu d\u2019\u00eatre riche en vue de l\u2019Esprit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et le po\u00e8te est in\u00e9vitablement suspect car il est trop irrationnel pour Monseigneur Progr\u00e8s et Madame Science, la G\u00e9om\u00e9trique Mar\u00e2tre, l\u2019hydre de Lerne qui a des r\u00e9ponses toutes-faites, qui se gorge d\u2019algorithmes et de chiffres, et dont les t\u00eates math\u00e9matiques repoussent quand on les coupe aussi.<\/strong> Ces &laquo;&nbsp;<em>despotiques ennemis de toute po\u00e9sie&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;comme les qualifient Baudelaire \u00e9tendent leurs tentacules dans l\u2019Histoire et la vie en cherchant \u00e0 enfermer l\u2019\u00catre et la Totalit\u00e9 dans des cases de finitudes. Lamartine aussi ha\u00efssait et d\u00e9non\u00e7ait le culte des math\u00e9matiques qu\u2019il surnomme les <em>&laquo;&nbsp;cha\u00eenes de la pens\u00e9e&nbsp;humaine&nbsp;&raquo;<\/em> ainsi que le culte du chiffre&nbsp;qui <em>&laquo;&nbsp;ne raisonne pas&nbsp;&raquo;<\/em>.<strong> Pour lui le chiffre est le &laquo;&nbsp;<\/strong><em><strong>merveilleux instrument passif de tyrannie qui ne demande jamais \u00e0 quoi on l\u2019emploie, qui n\u2019examine nullement si on le fait servir \u00e0 l\u2019oppression du genre humain ou \u00e0 sa d\u00e9livrance, au meurtre de l\u2019esprit ou \u00e0 son \u00e9mancipation<\/strong> (\u2026) j\u2019abhorre le chiffre, cette n\u00e9gation de toute pens\u00e9e, et il m\u2019est rest\u00e9 contre cette puissance des math\u00e9matiques exclusive et jalouse le m\u00eame sentiment, la m\u00eame horreur qui reste au for\u00e7at contre les fers durs et glac\u00e9s riv\u00e9s sur ses membres et dont il croit \u00e9prouver encore la froide et meurtrissante impression quand il entend le cliquetis d\u2019une cha\u00eene.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce que l\u2019homme r\u00e9ussit laborieusement \u00e0 expliquer avec ses statistiques lui cache toute la masse ph\u00e9nom\u00e9nale de ce qu\u2019il ignore encore, dans l\u2019ordre de l\u2019infiniment grand et de l\u2019infiniment petit, car la connaissance est illimit\u00e9e&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>\u00d4 f\u00e9condit\u00e9 de l\u2019esprit et immensit\u00e9 de l\u2019univers&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;s\u2019\u00e9crie Rimbaud. <strong>Quand bien m\u00eame l\u2019\u00eatre humain se procurerait l\u2019immortalit\u00e9 en jouant \u00e0 l\u2019apprenti-sorcier, en imitant Faust ou le cher Frankenstein, il serait le jouet de sa propre finitude en perdant la notion de sacrifice de soi puisque l\u2019homme immortel renonce au privil\u00e8ge de pouvoir donner sa vie<\/strong>. La nature le sait mieux que quiconque, elle qui na\u00eet au printemps, m\u00fbrit en \u00e9t\u00e9, sommeille en automne et meurt en hiver. Suivons son rythme en y accordant nos rimes&nbsp;! On le sait, les moindres perturbations de saisons, le r\u00e9chauffement climatique sont des mises en p\u00e9ril pour son d\u00e9veloppement et celui de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. <strong>Le cycle du jardin est \u00e0 l\u2019image de la vie de l\u2019homme et de la femme. C\u2019est leur finitude qui fait leur gloire&nbsp;!<\/strong> <em>&laquo;&nbsp;La science ne peut de la mort se d\u00e9fendre,\/Et savoir bien mourir, c\u2019est \u00eatre savant&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>dit Pierre Matthieu. La po\u00e9tesse Emily Dickinson clame&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Dans cette Vie br\u00e8ve qui ne dure qu\u2019une heure \/ Tant de choses-si peu- sont en notre pouvoir&nbsp;&raquo;<\/em>. Et comment ne pas citer Blaise Pascal: &laquo;&nbsp;<em>L\u2019homme n\u2019est qu\u2019un roseau, le plus faible de la nature&nbsp;; mais c\u2019est un roseau pensant. Il ne faut pas que l\u2019univers entier s\u2019arme pour l\u2019\u00e9craser&nbsp;: une vapeur, une goutte d\u2019eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l\u2019univers l\u2019\u00e9craserait, l\u2019homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu\u2019il sait qu\u2019il meurt, et l\u2019avantage que l\u2019univers a sur lui&nbsp;; l\u2019univers n\u2019en sait rien. Toute notre dignit\u00e9 consiste donc en la pens\u00e9e. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il faut nous relever et non de l\u2019espace et de la dur\u00e9e, que nous ne saurions remplir. <strong>Travaillons donc \u00e0&nbsp;bien penser<\/strong>&nbsp;(\u2026) Ce n\u2019est point de l\u2019espace que je dois chercher ma dignit\u00e9, mais c\u2019est du r\u00e8glement de ma pens\u00e9e. Je n\u2019aurai pas davantage en poss\u00e9dant des terres&nbsp;: par l\u2019espace, l\u2019univers me comprend et m\u2019engloutit comme un point&nbsp;: par la pens\u00e9e, je le comprends.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>Imaginez un figuier qui donne toujours des fruits, une hell\u00e9bore qui soit sans cesse en fleur, un platane qui ne perde jamais&nbsp;ses \u00e9corces ! <strong>Vouloir faire de ce monde un paradis pr\u00e9matur\u00e9 en \u00e9levant insensiblement des veaux d\u2019or et des tours de Babel est une dangereuse vassalit\u00e9 qui ne peut aboutir qu\u2019\u00e0 une terre artificielle, mutil\u00e9e de sa conscience et de sa mort, s\u0153urs pourtant n\u00e9cessaires \u00e0 la vie.<\/strong> Nul n\u2019est invincible ici bas&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Le monde n\u2019est qu\u2019abusion&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;d\u00e9plore Fran\u00e7ois Villon. L\u2019admirable sermon de Bossuet sur le bri\u00e8vet\u00e9 de la vie retentit \u00e0 nos oreilles&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>C\u2019est bien peu de chose que l\u2019homme, et tout ce qui a fin est bien peu de chose. Le temps viendra o\u00f9 cet homme qui nous semblait si grand ne sera plus, o\u00f9 il sera comme l\u2019enfant qui est encore \u00e0 na\u00eetre, o\u00f9 il ne sera rien. Si longtemps qu&rsquo;on soit au monde, y serait-on mille ans, il en faut venir l\u00e0.(&#8230;).&nbsp;<strong>J\u2019entre dans la vie avec la loi d\u2019en sortir, je viens faire mon personnage, je viens me montrer comme les autres&nbsp;; apr\u00e8s il faudra dispara\u00eetre.<\/strong> J\u2019en vois passer devant moi, d\u2019autres me verront passer&nbsp;; ceux-l\u00e0 m\u00eame donneront \u00e0 leurs successeurs le m\u00eame spectacle&nbsp;; et tous enfin se viendront confondre dans le n\u00e9ant.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Passons outre&nbsp;! <strong>\u00c0 quoi sert une r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e si l\u2019on diminue avec indiff\u00e9rence le sens des r\u00e9alit\u00e9s int\u00e9rieures qui ne se marchandent pas&nbsp;?<\/strong> Qui parmi-vous peut pr\u00e9tendre ici pouvoir acheter ce qui fait la saveur de l\u2019existence&nbsp;: l\u2019amour, l\u2019esprit, la sant\u00e9, la m\u00e9moire, la pens\u00e9e, l\u2019amiti\u00e9, la joie, la puret\u00e9, la force d\u2019\u00e2me, la prudence, la justice, la temp\u00e9rance, l\u2019esp\u00e9rance, le respect, l\u2019audace&nbsp;? <strong>Voil\u00e0 le seul d\u00e9fi de notre \u00e9poque&nbsp;: choisir entre l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et l\u2019\u00e9conomie de la libert\u00e9 int\u00e9rieure.<\/strong> Et souvenez-vous qu\u2019on jugera s\u00e9v\u00e8rement les si\u00e8cles qui n\u2019auront pas \u00e9cout\u00e9 leurs po\u00e8tes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jardin, lieu de r\u00e9demption<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>&laquo;&nbsp;Et les hommes avaient ce tableau d\u00e9chirant :\/ Le front sanglant d&rsquo;un dieu port\u00e9 par une f\u00e9e.\/La muse au fond des bois pleurait la mort d&rsquo;Orph\u00e9e.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;(Jean Lorrain). Le po\u00e8te meurt. Mais le miracle se produit alors. Car, m\u00eame apr\u00e8s sa mort, sa t\u00eate continue de chanter, entre les cordes de sa lyre. On croyait l\u2019avoir achev\u00e9 mais maintenant il poursuit sa m\u00e9lodie, qu\u2019il n\u2019est plus possible d\u2019emp\u00eacher sans offenser l\u2019Au-Del\u00e0. <strong>La fin du po\u00e8te n\u2019est que celle de la fin des douleurs de l\u2019enfantement.<\/strong> Fils de Mn\u00e9mosyne, m\u00e8re des muses et personnification de la M\u00e9moire, le po\u00e8te poursuit sa mission qui n\u2019a de sens qu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 il s\u2019est sacrifi\u00e9. Il exp\u00e9rimente la mort et la r\u00e9surrection dans la nudit\u00e9. Alors les muses interviennent pour r\u00e9\u00e9quilibrer sa chute et r\u00e9ordonner le chaos de sa disparition. Comme le souligne Ronsard, la philosophie du po\u00e8te est de &laquo;&nbsp;<em>changer de forme en en v\u00eatant une autre&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;Que l\u2019homme est malheureux qui au monde se fie&nbsp;!\/ \u00d4 Dieux, que v\u00e9ritable est la Philosophie,\/Qui dit que toute chose \u00e0 la fin p\u00e9rira, \/ Et qu\u2019en changeant de forme une autre v\u00eatira.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>La fontaine du jardin s\u2019est arr\u00eat\u00e9e un instant de couler mais voici que son jaillissement revient plus fort, plus puissant, plus viril&nbsp;comme Atlas soutient la vo\u00fbte des cieux, plus f\u00e9minin comme V\u00e9nus na\u00eet de l\u2019onde ! <strong>Tant que l\u2019eau coule dans un jardin il y a la vie, tant que la po\u00e9sie irrigue ce monde, l\u2019homme est digne de l\u2019esp\u00e9rance.<\/strong> Le corps du po\u00e8te est enterr\u00e9 mais son \u00e2me murmure dans la fontaine de <em>l\u2019Hortus Conclusus<\/em>. C\u2019est \u00e0 cette fontaine, le <em>Fons Hortorum<\/em>, que les autres po\u00e8tes puisent le sens de leurs mots, que leurs langues s\u2019y d\u00e9lectent et qu\u2019ils apaisent leur soif, que leur voix go\u00fbtent l\u2019harmonie, qu\u2019elles en avalent la beaut\u00e9. C\u2019est une fontaine de jouvence qui rend le po\u00e8te \u00e9ternellement jeune, en vertu de l\u2019intemporalit\u00e9 de la po\u00e9sie&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>D\u00e8s lors, je me suis baign\u00e9 dans le Po\u00e8me&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;s\u2019\u00e9crie Rimbaud&nbsp;! C\u2019est &laquo;&nbsp;<em>la mer, la mer toujours recommenc\u00e9e&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>s\u2019exclame Paul Val\u00e9ry. Le po\u00e8te court, vole, il est dans la joie, il est libre, et rien ne l\u2019arr\u00eate. Rien ne lui p\u00e8se, rien ne lui co\u00fbte, il tente plus qu\u2019il ne peut car il garde son \u00e2me d\u2019enfant. Comme Antigone il <em>&laquo;&nbsp;s\u2019\u00e9prend de l\u2019impossible&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>parce qu\u2019il n\u2019est <em>&laquo;&nbsp;pas n\u00e9 pour partager la haine, \/Mais l\u2019Amour.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;Il croit que l\u2019Amour du Verbe est tout-puissant car <em>&laquo;&nbsp;Au nom de la voix vient la Clart\u00e9&nbsp;&raquo;.<\/em> <strong>Oui, il n\u2019y a plus ni classique, ni moderne, ni contemporain, ni ancien, il n\u2019a plus d\u2019\u00c9cole, ni de mouvement, ni de classification litt\u00e9raire. Il n\u2019y a plus que l\u2019incorruptibilit\u00e9 de cette eau vitale qui tisse le manteau de la civilisation et qui purifie la conscience des \u0153uvres mortes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Final<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u><\/u>Il y a aujourd\u2019hui parfois grande piti\u00e9 au royaume de France.<\/strong> Le m\u00eame puits est donn\u00e9 \u00e0 tous mais il arrive que beaucoup refusent de boire et meurent de soif \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette fontaine qui menace de se tarir. On voit parfois se lever autant de faux-po\u00e8tes que de faux-proph\u00e8tes qui livrent aux assoiff\u00e9s une eau empoisonn\u00e9e et pollu\u00e9e. Il n\u2019y a que les Narcisse qui sont capables de se contempler dans cette rivi\u00e8re dangereuse. <strong>Mais le jardin de France, o\u00f9 se sont produits tant de miracles historiques de litt\u00e9rature et de po\u00e9sie, sera toujours irrigu\u00e9&nbsp;!<\/strong> Il ne se dess\u00e8chera jamais&nbsp;! Il ne creusera jamais cette pente dangereuse qui l\u2019\u00e9loignerait de sa destin\u00e9e singuli\u00e8re.&nbsp;La France, m\u00e8re des arts, des armes et des lois, se rappellera toujours de la source qui nourrit son inspiration. &nbsp;&laquo;&nbsp;<em>France, que mon c\u0153ur aimer doit&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;\u00e9crit Charles d\u2019Orl\u00e9ans durant son exil outre-mer. &laquo;&nbsp;<em>\u00d4 bienheureuse France, abondante et fertile&nbsp;!\/(\u2026) Je te salue, heureuse et seconde maison, \/ Qui fleuris en tout temps sans perdre ta saison, M\u00e8re de tant de Rois, de tant de riches villes,\/ Et de tant de troupeaux par les plaines fertiles\u2026&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>s\u2019exclame Ronsard. Aragon lui voue le m\u00eame amour&nbsp;: <em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Vous pouvez condamner un po\u00e8te au silence\/Et faire d\u2019un oiseau du ciel un gal\u00e9rien\/Mais pour lui refuser le droit d\u2019aimer la France\/Il vous faudrait savoir que vous n\u2019y pouvez rien.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;<strong>Nous voulons poursuivre notre destin&nbsp;en continuant d\u2019\u00eatre fid\u00e8les au sillage des po\u00e8tes qui ont donn\u00e9 leur vie pour ce pays en ne bouchant jamais le puits d\u2019inspiration qu\u2019ils nous ont transmis et qui pourrait abreuver ceux qui g\u00e9missent.<\/strong> Dans cet enjeu civilisationnel, nous voulons servir, d\u00e9fendre et non faire p\u00e9rir la langue fran\u00e7aise<em>.<\/em> Nous voulons aimer l\u2019inspiration&nbsp;solaire et non le n\u00e9ant banal de la pens\u00e9e. Nous voulons aimer le Verbe et non le verbiage car la Po\u00e9sie, comme la fleur, s\u2019\u00e9l\u00e8ve vers le ciel \u00e0 partir de l\u2019humilit\u00e9 de la terre en r\u00e9sistant aux fausses lumi\u00e8res et aux pollutions intellectuelles, co\u00fbte que co\u00fbte, vaille que vaille. Lamartine l\u2019avait proph\u00e9tis\u00e9 dans son ouvrage sur <em>Les Destin\u00e9es de la Po\u00e9sie&nbsp;<\/em>:<em> &laquo;&nbsp;Je ne vois aucun signe de d\u00e9cadence dans l\u2019intelligence humaine, aucun sympt\u00f4me de lassitude ni de vieillesse&nbsp;; je vois des institutions vieillies qui s\u2019\u00e9croulent, mais des g\u00e9n\u00e9rations rajeunies que le souffle de vie tourmente et pousse en tous sens, et qui reconstruiront sur des plans inconnus cette \u0153uvre infinie. (\u2026)&nbsp; La po\u00e9sie aura de nouvelles, de hautes destin\u00e9es \u00e0 remplir&nbsp;&raquo;<\/em>. <strong>D\u00e8s lors fixons cette \u00c9toile aussi solide qu\u2019immuable qui, unissant la terre \u00e0 l\u2019azur, ordonne sa loi pour consoler le c\u0153ur de notre Europe parfois triste afin de lui insuffler la pulsation de l\u2019Art pour la Gr\u00e2ce&nbsp;!<\/strong> C\u2019est un devoir, un service, une mission, un engagement, un pacte total pour que le c\u0153ur sacr\u00e9 de la France continue de palpiter, quelque soit la situation o\u00f9 elle se trouve, afin qu\u2019elle puisse r\u00e9sister et s\u2019\u00e9crier, librement : <em>&laquo;&nbsp;Tout est perdu, fors l\u2019honneur d\u2019\u00e9crire&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9GLSG<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours prononc\u00e9 au Centre Universitaire M\u00e9diterran\u00e9en de Nice&nbsp;le samedi 17 mars 2018 par la po\u00e9tesse Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s Ce n\u2019est pas sans \u00e9motion que je me trouve parmi vous aujourd\u2019hui au magnifique Centre Universitaire M\u00e9diterran\u00e9en o\u00f9 je suis honor\u00e9e&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=7713\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":7714,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[114,17],"tags":[4717,4722,22,251,24,737,4738,3008,4753,4695,4725,4724,1176,973,129,4751,2174,4726,4714,2198,4208,4754,3987,4715,1191,4737,2649,4709,4629,4718,1192,4693,4723,2594,4734,4736,4716,131,4749,2279,4048,4701,4732,1899,415,1178,1762,4706,3666,32,4692,401,494,4043,4743,2994,2209,378,136,1233,379],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/29313160_1837494746301699_118504057571639296_n.jpg?fit=540%2C960","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-20p","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7713"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7713"}],"version-history":[{"count":14,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7713\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16950,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7713\/revisions\/16950"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7714"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7713"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}