{"id":714,"date":"2013-10-27T16:54:20","date_gmt":"2013-10-27T16:54:20","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=714"},"modified":"2019-07-05T10:09:17","modified_gmt":"2019-07-05T10:09:17","slug":"reflexions-sur-lart-et-la-creation-par-balzac","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=714","title":{"rendered":"&laquo;&nbsp;Le travail moral, la chasse dans les hautes r\u00e9gions de l&rsquo;intelligence, est un des plus grands efforts de l&rsquo;homme &nbsp;&raquo; (Balzac)"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_3854\" style=\"width: 234px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-3854\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3854 size-full\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/1027714-12924131-1.jpg?resize=224%2C299\" alt=\"Honor\u00e9 de Balzac \" width=\"224\" height=\"299\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/1027714-12924131-1.jpg?w=224 224w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/1027714-12924131-1.jpg?resize=160%2C214 160w\" sizes=\"(max-width: 224px) 100vw, 224px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><p id=\"caption-attachment-3854\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Honor\u00e9 de Balzac <\/strong><\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">&laquo;&nbsp;<strong>Le travail moral, la chasse dans les hautes r\u00e9gions de l&rsquo;intelligence, est un des plus grands efforts de l&rsquo;homme<\/strong>. Ce qui doit m\u00e9riter la gloire dans l&rsquo;art, car il faut comprendre sous ce mot toutes les cr\u00e9ations de la pens\u00e9e, c&rsquo;est surtout le courage, un courage dont le vulgaire ne se doute pas (&#8230;). Penser, r\u00eaver, concevoir de belles oeuvres, est une occupation d\u00e9licieuse. C&rsquo;est fumer des cigares enchant\u00e9s, c&rsquo;est mener la vie de la courtisane occup\u00e9e \u00e0 sa fantaisie. L&rsquo;oeuvre appara\u00eet alors dans les gr\u00e2ces de l&rsquo;enfance, dans la joie folle de la g\u00e9n\u00e9ration, avec les couleurs embaum\u00e9es de la fleur et les sucs rapides du fruit d\u00e9gust\u00e9 par avance. Telle est la conception et ses plaisirs. Celui qui peut dessiner son plan par la parole passe d\u00e9j\u00e0 pour un homme extraordinaire. Cette facult\u00e9, tous les artistes et les \u00e9crivains la poss\u00e8dent. Mais produire ! Mais accoucher ! Mais \u00e9lever laborieusement l&rsquo;enfant, le coucher gorg\u00e9 de lait tous les soirs, l&#8217;embrasser tous les matins avec le coeur in\u00e9puis\u00e9 de la m\u00e8re, le l\u00e9cher sale, le v\u00eatir cent fois des plus belles jaquettes qu&rsquo;il d\u00e9chire incessamment ; mais ne pas se rebuter des convulsions de cette folle vie et en faire le chef d&rsquo;oeuvre anim\u00e9 qui parle \u00e0 tous les regards en sculpture, \u00e0 toutes les intelligences en litt\u00e9rature, \u00e0 tous les souvenirs en peinture, tous les coeurs en musique, c&rsquo;est l&rsquo;ex\u00e9cution et ses travaux. <strong>La main doit s&rsquo;avancer \u00e0 tout moment, pr\u00eate \u00e0 tout moment \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 la t\u00eate. Or, la t\u00eate n&rsquo;a pas plus les dispositions cr\u00e9atrices \u00e0 commandement, que l&rsquo;amour n&rsquo;est continu.<\/strong> Cette habitude de la cr\u00e9ation, cet amour infatigable de la maternit\u00e9 qui fait la m\u00e8re (ce chef d&rsquo;oeuvre naturel si bien compris de Rapha\u00ebl), enfin cette maternit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale si difficile \u00e0 conqu\u00e9rir, se perd avec une facilit\u00e9 prodigieuse. L&rsquo;inspiration, c&rsquo;est l&rsquo;occasion du g\u00e9nie. Elle court non pas sur un rasoir, elle est dans les airs et s&rsquo;envole avec la d\u00e9fiance des corbeaux, elle n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9charpe par o\u00f9 le po\u00e8te la puisse prendre, sa chevelure est une flamme, elle se sauve comme ces beaux flamands roses et blancs, le d\u00e9sespoir des chasseurs. <strong>Aussi le travail est-il une lutte lassante que redoutent et que ch\u00e9rissent les belles et puissantes organisations qui souvent s&rsquo;y brisent.<\/strong> Un grand po\u00ebte (sic) de ce temps-ci disait en parlant de ce labeur effrayant: <em>&laquo;&nbsp;Je m&rsquo;y mets avec d\u00e9sespoir et je le quitte avec chagrin.&nbsp;&raquo;<\/em> Que les ignorants le sachent ! Si l&rsquo;artiste ne se pr\u00e9cipite pas dans son oeuvre, comme Curtius dans le gouffre, comme le soldat dans la redoute, sans r\u00e9fl\u00e9chir, et si dans ce crat\u00e8re, il ne travaille pas comme le minier enfoui sous un \u00e9boulement ; <strong>s&rsquo;il contemple enfin les difficult\u00e9s au lieu de les vaincre une \u00e0 une<\/strong>, \u00e0 l&rsquo;exemple de ces amoureux des f\u00e9\u00e9ries, qui, pour obtenir leurs princesses, combattaient des enchantements renaissants, <strong>l&rsquo;oeuvre reste inachev\u00e9e, elle p\u00e9rit au fond de l&rsquo;atelier, o\u00f9 la production devient impossible, et l&rsquo;artiste assiste au suicide de son talent<\/strong>. Rossini, ce g\u00e9nie fr\u00e8re de Rapha\u00ebl, en offre un exemple frappant, dans sa jeunesse indigente superpos\u00e9e \u00e0 son \u00e2ge m\u00fbr opulent. Telle est la raison de la r\u00e9compense pareille, du pareil triomphe, du m\u00eame laurier accord\u00e9 aux grands po\u00ebtes (sic) et aux grands g\u00e9n\u00e9raux. (&#8230;). La solution de ce terrible probl\u00e8me ne se trouve que dans un travail constant, soutenu ; car les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles doivent \u00eatre tellement vaincues, la main doit \u00eatre si ch\u00e2ti\u00e9e, si pr\u00eate et ob\u00e9issante, que le sculpteur puisse lutter \u00e2me \u00e0 \u00e2me avec cette insaisissable nature morale qu&rsquo;il faut transformer en la mat\u00e9rialisant. <strong>Si Paganini, qui faisait raconter son \u00e2me par les cordes de son violon, avait pass\u00e9 trois jours sans \u00e9tudier, il aurait perdu, selon son expression, le &laquo;&nbsp;registre&nbsp;&raquo; de son instrument<\/strong> ; il d\u00e9signait ainsi le mariage existant entre le bois, l&rsquo;archet, les cordes et lui; cet accord dissous, il serait devenu soudain un violoniste ordinaire. Le travail constant est la loi de l&rsquo;art comme celle de la vie ; car l&rsquo;art est la cr\u00e9ation id\u00e9alis\u00e9e. <strong>Aussi les grands artistes, les po\u00ebtes (sic) complets, n&rsquo;attendent-ils ni les commandes, ni les chalands; ils enfantent aujourd&rsquo;hui, demain toujours.<\/strong> Il en r\u00e9sulte cette habitude du labeur, cette perp\u00e9tuelle connaissance des difficult\u00e9s qui les maintient en concubinage avec la muse, avec ses forces cr\u00e9atrices. <strong>Canova vivait dans son atelier, comme Voltaire a v\u00e9cu dans son cabinet. Hom\u00e8re et Phidias ont d\u00fb vivre ainsi.<\/strong> (&#8230;) Le bonheur (&#8230;) avait rendu le po\u00ebte (sic) \u00e0 la paresse, \u00e9tat normal de tous les artistes, car leur paresse, \u00e0 eux, est occup\u00e9e. C&rsquo;est le plaisir des pachas au s\u00e9rail: ils caressent des id\u00e9es, ils s&rsquo;enivrent aux sources de l&rsquo;intelligence: de grands artistes, tels que Steinbock, d\u00e9vor\u00e9s par la r\u00eaverie, ont \u00e9t\u00e9 justement nomm\u00e9s des r\u00eaveurs. Ces mangeurs d&rsquo;opium tombent tous dans la mis\u00e8re; tandis que, maintenus par l&rsquo;inflexibilit\u00e9 des circonstances, ils eussent \u00e9t\u00e9 de grands hommes. Ces demi-artistes sont d&rsquo;ailleurs charmants, les hommes les aiment et les enivrent de louanges, ils paraissent sup\u00e9rieurs aux v\u00e9ritables artistes tax\u00e9s de personnalit\u00e9, de sauvagerie, de r\u00e9bellion aux lois du monde. <strong>Voici pourquoi les grands hommes appartiennent \u00e0 leurs oeuvres. Leur d\u00e9tachement de toutes choses, leur d\u00e9vouement au travail, les constituent \u00e9go\u00efstes aux yeux des niais ;<\/strong> car on les veut v\u00eatus des m\u00eames habits que le dandy, accomplissant les \u00e9volutions sociales appel\u00e9s devoir du monde. On voudrait les lions de l&rsquo;Atlas peign\u00e9s et parfum\u00e9s comme des bichons de marquise. Ces hommes, qui comptent peu de pairs et qui les rencontrent rarement, tombent dans l&rsquo;exclusivit\u00e9 de la solitude ; ils deviennent inexplicables pour la majorit\u00e9, compos\u00e9e, comme on le sait, de sots, d&rsquo;envieux, d&rsquo;ignorants et de gens superficiels.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p><strong>Honor\u00e9 de Balzac, <em>La Cousine Bette<\/em>.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;&nbsp;Le travail moral, la chasse dans les hautes r\u00e9gions de l&rsquo;intelligence, est un des plus grands efforts de l&rsquo;homme. 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