{"id":3044,"date":"2015-04-28T14:19:31","date_gmt":"2015-04-28T14:19:31","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=3044"},"modified":"2026-02-08T23:29:54","modified_gmt":"2026-02-08T23:29:54","slug":"lire-et-relire-chronique-n30-frankenstein-1818-de-mary-shelley","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=3044","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE Frankenstein de Mary Shelley (1817)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Frankenstein.1831.inside-cover-683x1024.jpg?resize=683%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16763\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Frankenstein.1831.inside-cover.jpg?resize=683%2C1024 683w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Frankenstein.1831.inside-cover.jpg?resize=200%2C300 200w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Frankenstein.1831.inside-cover.jpg?resize=768%2C1152 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Frankenstein.1831.inside-cover.jpg?resize=560%2C840 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Frankenstein.1831.inside-cover.jpg?resize=160%2C240 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Frankenstein.1831.inside-cover.jpg?w=960 960w\" sizes=\"(max-width: 683px) 100vw, 683px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>Theodor von Holst (1810-1844), Frontispice de <em>Frankenstein<\/em><\/strong> <br>publi\u00e9 par Colburn &amp; Bentley, Londres,1831<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em><strong>&laquo;&nbsp;J\u2019avais chass\u00e9 tout sentiment, \u00e9touff\u00e9 toute torture, pour me rassasier de l\u2019exc\u00e8s m\u00eame de mon d\u00e9sespoir.&nbsp;Le Mal d\u00e9sormais devint mon Bien.&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il faut toujours revenir aux sources litt\u00e9raires des grands mythes que le cin\u00e9ma et la publicit\u00e9 ont d\u00e9figur\u00e9s, les rev\u00eatant de leurs oripeaux parois trop mercantiles au service du sensationnel. <em>Frankenstein <\/em>en est un parfait exemple.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">LE PROM\u00c9TH\u00c9E MODERNE <\/span><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Comment le roman noir de <em>Frankenstein <\/em>est n\u00e9 dans l\u2019esprit de Mary Shelley&nbsp;(1797-1851)&nbsp;alors \u00e2g\u00e9e de 18 ans&nbsp;? Question \u00e0 laquelle la compagne du po\u00e8te Percy Bysshe Shelley r\u00e9pond dans sa pr\u00e9face \u00e0 l\u2019\u00e9dition de 1831. En 1816, elle entame un voyage en Europe avec sa demi-s\u0153ur Claire Clairmont enceinte du po\u00e8te Byron et Percy B. Shelley qui deviendra son \u00e9poux le 30 d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e. En Suisse, une \u00e9tape est pr\u00e9vue \u00e0 la maison Chapuis \u00e0 Montal\u00e8gre, non loin de la villa Diodati, o\u00f9 s\u00e9journe alors Byron avec le docteur John-William Polidori.<strong> R\u00e9unis chez Byron en juin, nos \u00e9crivains d\u00e9cident un soir de se raconter des histoires de fant\u00f4mes<\/strong>. Tout ceci germe dans l\u2019imagination de la jeune Mary Shelley, qui se met \u00e0 r\u00e9diger <em>Frankenstein<\/em>, roman gothique \u00e0 la veine romantique dans le sens le plus noble du terme. De retour en Angleterre le r\u00e9cit est achev\u00e9 en avril 1817, pr\u00e9fac\u00e9 par Shelley. Le roman est publi\u00e9 en mars 1818, sans nom d\u2019auteur, en trois volumes. Il est d\u00e9di\u00e9 au p\u00e8re de Mary, l\u2019\u00e9crivain William Godwin. Une premi\u00e8re traduction fran\u00e7aise voit le jour \u00e0 Paris en 1821. Shelley se noie en 1822. Mary Shelley continue sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain tout en se d\u00e9vouant \u00e0 l\u2019\u00e9dition posthume des po\u00e8mes de son \u00e9poux. Une nouvelle version corrig\u00e9e de <em>Frankenstein<\/em> est publi\u00e9e en 1831 (version lue pour cet article). Le roman est adapt\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre la m\u00eame ann\u00e9e sous le titre <em>Presumption or the Fate of Frankenstein<\/em>. Elle meurt \u00e0 Londres le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1851. <strong>C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une longue fortune pour le roman adapt\u00e9 \u00e0 tous types de m\u00e9dias, formats et supports&nbsp;: cin\u00e9ma, th\u00e9\u00e2tre, bandes-dessin\u00e9es, dessins anim\u00e9s, livres radiophoniques, s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es.<\/strong> <em>Frankenstein <\/em>est le sujet choisi par Edison pour l\u2019un des premiers films am\u00e9ricains produit en 1910.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"729\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/MaryShelley-729x1024.jpg?resize=729%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16756\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/MaryShelley.jpg?resize=729%2C1024 729w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/MaryShelley.jpg?resize=214%2C300 214w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/MaryShelley.jpg?resize=768%2C1078 768w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/MaryShelley.jpg?resize=560%2C786 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/MaryShelley.jpg?resize=160%2C225 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/MaryShelley.jpg?w=782 782w\" sizes=\"(max-width: 729px) 100vw, 729px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>Richard Rothwell (1800-1868) <em>Portrait de Mary Wollstoncraft Shelley<\/em> (1797-1851)<\/strong>, <br>vers 1840,  huile sur toile \u00a9Londres, National Portrait Gallery<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Avant toute chose, il est indispensable d\u2019\u00e9liminer une bonne fois pour toute l\u2019id\u00e9e fausse qui consiste \u00e0 croire que Frankenstein est le pr\u00e9nom du monstre. Nous tenons \u00e0 rappeler que Frankenstein est le nom du cr\u00e9ateur du monstre et non du monstre lui-m\u00eame.<\/strong> Ce dernier n\u2019en porte jamais dans l\u2019ouvrage entier. Innommable (ne pouvant justement \u00eatre nomm\u00e9 !), il ne re\u00e7oit aucun pr\u00e9nom, aucune appellation autre que le &laquo;&nbsp;monstre&nbsp;&raquo;, la &laquo;&nbsp;cr\u00e9ature&nbsp;&raquo;, l\u2019&nbsp;&raquo;\u00eatre vil et abject&nbsp;&raquo;.&nbsp;Autre point important, il ne faut gu\u00e8re oublier le sous-titre de l\u2019\u0153uvre, <em>Le Prom\u00e9th\u00e9e moderne<\/em>. Quand il d\u00e9robe l\u2019\u00e9tincelle de feu de la vie, sa conscience est \u00e0 jamais d\u00e9vor\u00e9e par l\u2019aigle du remord, \u00e0 l\u2019image du mythe antique de Prom\u00e9th\u00e9e. La citation en exergue du <em>Paradise Lost<\/em> de Milton n\u2019est pas anodine&nbsp;: <em>&laquo;&nbsp;Do I request thee, Maker, from my clay to mould me man&nbsp;?\/ Did I solicit thee from darkness to promote me&nbsp;?&nbsp;&raquo; <\/em>(<em>T&rsquo;ai-je demand\u00e9, Cr\u00e9ateur, de fa\u00e7onner mon argile en homme \/ T&rsquo;ai-je sollicit\u00e9 de m&rsquo;arracher aux t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;?<\/em>) Mary Shelley s\u2019interroge sur le rapport du cr\u00e9ateur et de sa cr\u00e9ature. Qui veut faire Dieu fait le Diable&nbsp;! Elle d\u00e9crit comment l\u2019homme-d\u00e9miurge devient la victime de ses op\u00e9rations d\u2019apprenti-sorcier.<strong> Mais son adresse ne r\u00e9side pas seulement \u00e0 d\u00e9crire les affres de l\u2019homme d\u00e9chu qui tente d\u2019\u00e9galer son cr\u00e9ateur et qui rate son \u0153uvre, elle entre aussi dans la conscience du monstre dou\u00e9 de c\u0153ur et raison, et qui, tout ignoble qu\u2019il soit est anim\u00e9 du don sacr\u00e9 de la vie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Donc,<em> Frankenstein<\/em> est plus qu\u2019un roman d\u2019\u00e9pouvante. Certes, les descriptions enflamment l\u2019imaginaire et les ficelles des situations angoissantes sont man\u0153uvr\u00e9es au bon moment. Tout y est&nbsp;: le cort\u00e8ge des nuits noires, les meurtres sanglants, les sc\u00e8nes de cimeti\u00e8re, les for\u00eats obscures, les laboratoires macabres et les prisons sordides. Toutefois, Mary Shelley d\u00e9passe le simple genre du r\u00e9cit gothique pour se hisser \u00e0 un questionnement m\u00e9taphysique. <em>Frankenstein&nbsp;<\/em>&nbsp;est un roman gothique moral.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">QUAND LES SCIENCES NATURELLES M\u00c8NENT AUX SCIENCES SURNATURELLES<\/span><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><em>&laquo;&nbsp;Seuls ceux qui les ont \u00e9prouv\u00e9es peuvent concevoir les s\u00e9ductions de la science. Dans d\u2019autres champs d\u2019\u00e9tude, vous allez jusqu\u2019o\u00f9 d\u2019autres sont parvenus avant vous, et o\u00f9 il ne reste rien \u00e0 apprendre&nbsp;; mais dans les recherches scientifiques il existe des chances continuelles de d\u00e9couvertes et d\u2019\u00e9merveillement.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, <strong><em>Frankenstein<\/em> est constitu\u00e9 d\u2019un embo\u00eetement d\u2019histoires qui s\u2019entrem\u00ealent savamment gr\u00e2ce au style \u00e9pistolaire<\/strong>. Les trois premiers chapitres sont des lettres \u00e9crites en 17\u2026, par le jeune aventurier Robert Walton \u00e0 sa s\u0153ur Mrs Saville. Grand id\u00e9aliste, il lui d\u00e9crit avec exaltation son d\u00e9sir d\u2019entreprendre un long voyage depuis la Russie vers le p\u00f4le nord pour d\u00e9couvrir le monde. <strong>La situation est vraisemblable. Mary Shelley pr\u00e9pare le terrain naturel qui sera envahi peu \u00e0 peu par le surnaturel au service d\u2019une brillante tension dramatique.<\/strong> Walton \u00e9crit fougueusement: &laquo;&nbsp;<em>J\u2019ai souvent attribu\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat, l\u2019enthousiasme passionn\u00e9 que suscitent en moi les dangereux myst\u00e8res de l\u2019oc\u00e9an, \u00e0 cette \u0153uvre du plus grand visionnaire parmi les po\u00e8tes modernes. Une force que je ne comprends pas agit en mon \u00e2me. Je suis, dans la vie courante, actif, laborieux, un ouvrier qui aboutit par la pers\u00e9v\u00e9rance et la peine&nbsp;; mais il existe aussi en moi un amour du merveilleux, une croyance du merveilleux, qui s\u2019insinue en la trame de tous mes projets, qui me pousse soudain hors des voies ordinaires des hommes, jusque dans les mers sauvages et les r\u00e9gions inconnues que je vais bient\u00f4t explorer.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un incident survient sur le bateau qui l\u2019emm\u00e8ne dans les mers de glace. L\u2019\u00e9quipage recueille un \u00e9tranger ext\u00e9nu\u00e9, \u00e9gar\u00e9 dans l\u2019immensit\u00e9 glaciale qui cherche &laquo;&nbsp;<em>quelqu\u2019un qui le fuyait&nbsp;&raquo;.<\/em> Intrigu\u00e9 par cette situation peu ordinaire, Walton fait peu \u00e0 peu connaissance avec cet \u00e9trange personnage qui para\u00eet accabl\u00e9 par un chagrin myst\u00e9rieux. Son affection pour lui augmente. Au cours de sa convalescence, Walton re\u00e7oit les confidences de Victor Frankenstein \u2013 c\u2019est ainsi que se nomme l\u2019\u00e9tranger \u2013 qui constituent les vingt-quatre chapitres du roman. La plong\u00e9e dans le surnaturel commence: &laquo;&nbsp;<em>Si les spectacles offerts \u00e0 nos regards \u00e9taient moins sauvages, je pourrais craindre votre incr\u00e9dulit\u00e9, peut-\u00eatre le ridicule. Mais bien des choses para\u00eetront possibles, dans ces r\u00e9gions d\u00e9sertes et myst\u00e9rieuses, qui provoqueraient le rire de ceux \u00e0 qui est inconnue la diversit\u00e9 des puissances de la nature. Je ne doute pas d\u2019ailleurs que mon histoire ne porte en sa coordination m\u00eame la preuve intime de l\u2019exactitude des \u00e9v\u00e8nements qui la composent.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">L&rsquo;\u00c9TINCELLE D&rsquo;ORGUEIL<\/span><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><strong>&nbsp;&laquo;&nbsp;<em>Pour rechercher les causes de la vie, il est indispensable d\u2019avoir recours \u00e0 la mort.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Frankenstein fait le r\u00e9cit de sa vie. N\u00e9 dans une famille honorable de Gen\u00e8ve, cet enfant unique a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 avec une jeune enfant recueillie peu apr\u00e8s, Elizabeth Lavenza: &laquo;&nbsp;<em>Elle \u00e9tait plus que ma s\u0153ur, puisqu\u2019elle ne devait \u00eatre, jusqu\u2019\u00e0 sa mort, autre que mienne.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;Enfance et jeunesse sont marqu\u00e9e par une douce harmonie, son amiti\u00e9 avec Henri Clerval, la naissance de son petit fr\u00e8re, son amour pour Elizabeth et par l\u2019\u00e9tude des sciences. Frankenstein est habit\u00e9 par une vive curiosit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la nature: &laquo;&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait les secrets de la terre et du ciel que je d\u00e9sirais conna\u00eetre&nbsp;; et que je fusse pr\u00e9occup\u00e9 de la substance ext\u00e9rieure des choses, ou de l\u2019esprit de la nature et de l\u2019\u00e2me myst\u00e9rieuse de l\u2019homme, mes recherches avaient toujours pour objets ses secrets m\u00e9taphysiques ou physiques, au sens le plus \u00e9lev\u00e9 du terme, de l\u2019univers.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"860\" height=\"616\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/CDN_WELL_V_17640-001-1024x733.jpg?resize=860%2C616&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16757\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/CDN_WELL_V_17640-001.jpg?resize=1024%2C733 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/CDN_WELL_V_17640-001.jpg?resize=300%2C215 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/CDN_WELL_V_17640-001.jpg?resize=768%2C550 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/CDN_WELL_V_17640-001.jpg?resize=560%2C401 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/CDN_WELL_V_17640-001.jpg?resize=160%2C115 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/CDN_WELL_V_17640-001.jpg?w=1200 1200w\" sizes=\"(max-width: 860px) 100vw, 860px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption> <strong>James Nasmyth (1808-1890) <\/strong><br><strong><em>Alchimiste dans son laboratoire<\/em><\/strong> \u00a9Londres, Wellcome Collection <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Le th\u00e8me est \u00e9minemment moderne : Frankenstein se plonge dans un amour ardent des sciences naturelles mais il ne cherche pas la pierre philosophale. Non, il souhaite comprendre l\u2019\u00e9tincelle de la vie et la ma\u00eetriser, telle est son obsession:<\/strong> &laquo;&nbsp;<em>La richesse \u00e9tait un but inf\u00e9rieur \u00e0 atteindre&nbsp;; mais quelle gloire ne r\u00e9sulterait pas de ma d\u00e9couverte, si je pouvais bannir du corps humain la maladie, et, hors les causes de mort violente, rendre l\u2019homme invuln\u00e9rable ?&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>On suit son apprentissage. Beaucoup de lecture l\u2019exaltent de Corn\u00e9lius Agrippa \u00e0 Albert Le Grand en passant par Paracelse. \u00c0 dix-sept ans, il doit affronter la disparition de sa m\u00e8re. L\u2019absence de cet \u00eatre cher est d\u00e9crite dans un paragraphe tr\u00e8s beau sur la mort par Mary Shelley (1). Il part \u00e9tudier \u00e0 Ingolstadt o\u00f9 il apprend physique et chimie moderne aupr\u00e8s d\u2019\u00e9minents professeurs dont M. Waldmann. La main du Destin&nbsp;se pose alors sur lui: &laquo;&nbsp;<em>Tandis qu\u2019il parlait, j\u2019avais l\u2019impression que mon \u00e2me \u00e9tait aux prises avec un ennemi palpable&nbsp;; une par une, il frappa sur les diverses touches qui formaient le m\u00e9canisme de mon \u00eatre&nbsp;; chaque corde r\u00e9sonnait \u00e0 son tour, et bient\u00f4t mon esprit fut rempli d\u2019une seule pens\u00e9e, d\u2019une seule conception, d\u2019un seul but.&nbsp;Voil\u00e0 ce qu\u2019on a fait, s\u2019\u00e9cria l\u2019\u00e2me de Frankenstein&nbsp;; mais j\u2019accomplirai plus, bien plus encore&nbsp;: marchant sur les pas d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9s, je d\u00e9blaierai une route nouvelle, j\u2019explorerai des puissances inconnues, et je d\u00e9ploierai devant l\u2019univers les myst\u00e8res les plus cach\u00e9s de la cr\u00e9ation.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Frankenstein se met d\u00e8s lors \u00e0 \u00e9tudier toutes les branches des sciences de la nature. Il s&rsquo;instruit, visite des laboratoires, d\u00e9couvre la chimie et les sciences physiques qui deviennent sa passion. Il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec M. Waldmann et progresse rapidement en perfectionnant ses connaissances de la structure du corps humain, de l\u2019anatomie et de la physiologie durant deux ann\u00e9es&nbsp;: <strong>&laquo;&nbsp;<em>Un des ph\u00e9nom\u00e8nes qui avaient particuli\u00e8rement attir\u00e9 mon attention \u00e9tait la structure du corps humain, et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, de tous les animaux dou\u00e9s de vie.&nbsp;Quelle \u00e9tait donc, me demandais-je souvent, l\u2019origine du principe de la vie&nbsp;?&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>&nbsp;Sa conclusion est r\u00e9sum\u00e9e par une phrase-clef&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>Pour rechercher les causes de la vie, il est indispensable d\u2019avoir recours \u00e0 la mort.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>Il se met \u00e0 observer la corruption et la d\u00e9gradation du corps, jusqu\u2019au jour o\u00f9 l\u2019\u00e9tincelle prom\u00e9th\u00e9enne jaillit&nbsp;comme l\u2019Eur\u00eaka d\u2019Archim\u00e8de :<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;(\u2026) du milieu de ces t\u00e9n\u00e8bres, surgit soudain devant moi la lumi\u00e8re\u2026une lumi\u00e8re si \u00e9clatante et si merveilleuse, et pourtant si simple, qu\u2019\u00e9bloui par l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019horizon qu\u2019elle illuminait, je m\u2019\u00e9tonnai que, parmi tant d\u2019hommes de g\u00e9nie, dont les efforts avaient \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s \u00e0 la m\u00eame science, il m\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 moi seul de d\u00e9couvrir un secret aussi \u00e9mouvant.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9las, cette lumi\u00e8re illusoire va le plonger ensuite dans la plus grande obscurit\u00e9. Frankenstein confie au jeune Walton son amertume: &laquo;&nbsp;<em>Apprenez de moi, sinon par mes pr\u00e9ceptes, du moins par mon exemple, combien il est dangereux d\u2019acqu\u00e9rir la science, et combien plus heureux est l\u2019homme qui prend sa ville natale pour l\u2019univers, que celui qui aspire \u00e0 une grandeur sup\u00e9rieure \u00e0 ce que lui permet sa nature.&nbsp;(\u2026) Si l\u2019\u00e9tude \u00e0 laquelle vous donnez vos efforts tend \u00e0 affaiblir vos affections, et \u00e0 faire dispara\u00eetre en vous le go\u00fbt des plaisirs simples auxquels ne peut se m\u00ealer nul alliage, cette \u00e9tude est \u00e0 coup s\u00fbr r\u00e9prouvable, c\u2019est-\u00e0-dire mal propre \u00e0 l\u2019esprit humain&nbsp;&raquo;.<\/em>&nbsp;<strong>Le voil\u00e0 qui \u00e9labore dans la solitude du laboratoire son grand-\u0153uvre, un \u00eatre humain prodigieux qui va se r\u00e9v\u00e9ler aussi surhumain qu&rsquo;inhumain<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">CR\u00c9ATEUR ET CR\u00c9ATURE D\u00c9CHUS <\/span><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>&laquo;&nbsp;<em>Ce fut par une lugubre nuit&nbsp;de novembre que je contemplai mon \u0153uvre termin\u00e9e&nbsp;&raquo;.<\/em> L\u2019\u0153il jaune et vitreux de la cr\u00e9ature s\u2019ouvre et toute sa laideur appara\u00eet \u00e0 un Frankenstein horrifi\u00e9. L\u2019accomplissement de son projet est l\u2019avortement de son illusion: &laquo;&nbsp;<em>Mon d\u00e9sir avait \u00e9t\u00e9 d\u2019une ardeur immod\u00e9r\u00e9e, et maintenant qu\u2019il se trouvait r\u00e9alis\u00e9, la beaut\u00e9 du r\u00eave s\u2019\u00e9vanouissait, une horreur et un d\u00e9go\u00fbt sans bornes m\u2019emplissaient l\u2019\u00e2me.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;Il s\u2019enfuit et rencontre son ami Clerval avant de tomber dans une crise de fi\u00e8vre et de d\u00e9lire pendant plusieurs mois. Son p\u00e8re et Elisabeth s\u2019inqui\u00e8tent mais il finit par gu\u00e9rir. Il apprend alors &nbsp;l\u2019assassinat de son jeune fr\u00e8re William par une lettre de son p\u00e8re. Pris de d\u00e9sespoir car il pressent que c\u2019est le monstre qui a caus\u00e9 le meurtre, il retourne \u00e0 Gen\u00e8ve o\u00f9 il assiste impuissant \u00e0 l\u2019accusation de Justine Moritz, fid\u00e8le servante de la famille injustement condamn\u00e9e \u00e0 mort. Comment d\u00e9crire le remord de Frankenstein qui commence \u00e0 \u00eatre rong\u00e9 par la culpabilit\u00e9: <strong>&laquo;&nbsp;<em>Quant \u00e0 moi, le meurtrier v\u00e9ritable, je sentais dans mon c\u0153ur le ver \u00e9ternel qui rend impossible toute esp\u00e9rance et toute consolation.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;<\/strong>William et Justine sont indirectement les premi\u00e8res victimes de ses &laquo;&nbsp;<em>arts sacril\u00e8ges&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"499\" height=\"700\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/blake_pml63139_plate12.jpg?resize=499%2C700&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16758\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/blake_pml63139_plate12.jpg?w=499 499w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/blake_pml63139_plate12.jpg?resize=214%2C300 214w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/blake_pml63139_plate12.jpg?resize=160%2C224 160w\" sizes=\"(max-width: 499px) 100vw, 499px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>William Blake (1757-1827),<\/strong> <strong><em>The First Book of Urizen<\/em><\/strong>, <br>planche 12 \u00a9New York, Morgan Library &amp; Museum <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>En voulant ma\u00eetriser la vie le jeune d\u00e9miurge r\u00e9alise qu\u2019il r\u00e9colte les fruits infects de l\u2019orgueil:<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;J\u2019\u00e9tais entr\u00e9 dans la vie avec des intentions bienveillantes, et j\u2019aspirais \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 je pourrais les traduire en actes, et me rendre utile \u00e0 mes semblables. Pour l\u2019instant, tout \u00e9tait ruine&nbsp;; au lieu de cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de conscience qui m\u2019e\u00fbt permis de contempler le pass\u00e9 avec satisfaction, et de tirer de ce spectacle la promesse de nouveaux espoirs, j\u2019\u00e9tais la proie du remords et de la sensation du crime, qui me pr\u00e9cipitaient dans un enfer de tortures intenses, tel que nul langue ne peut le d\u00e9crire. Cet \u00e9tat d\u2019\u00e2me rongeait ma sant\u00e9.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>Frankenstein se r\u00e9fugie dans la solitude. Son p\u00e8re cherche \u00e0 le consoler en vain. Il est tent\u00e9 par le suicide mais il est retenu par l\u2019amour d\u2019Elizabeth. Il ressent une immense haine int\u00e9rieure contre la cr\u00e9ature atroce. Mary Shelley d\u00e9crit magnifiquement les douleurs de la conscience fautive: &laquo;&nbsp;<em>C\u2019est ainsi que ni la tendresse de l\u2019amiti\u00e9, ni la beaut\u00e9 de la terre, ni celle des cieux, ne pouvaient arracher mon \u00e2me \u00e0 ses tourments&nbsp;; les accents m\u00eames de l\u2019amour n\u2019y suffisaient point. J\u2019\u00e9tais entour\u00e9 d\u2019un nuage que nulle bienfaisante influence ne pouvait p\u00e9n\u00e9trer. Le cerf bless\u00e9 qui tra\u00eene ses membres d\u00e9faillants vers quelque foug\u00e8re cach\u00e9e pour y contempler la fl\u00e8che qui l\u2019a transperc\u00e9 et pour mourir, e\u00fbt pu me servir de symbole.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">L&rsquo;\u00c9DUCATION D&rsquo;UN MONSTRE <\/span><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La longue d\u00e9pression de Frankenstein ne fait que commencer. Il erre dans la solitude de la nature et grimpe sur le sommet d\u00e9sol\u00e9 de Montanvert, non loin du Mont Blanc. \u00c0 cet instant surgit le monstre qui implore sa piti\u00e9 en lui racontant la tristesse de son existence.&nbsp;Le dialogue entre le cr\u00e9ateur et sa cr\u00e9ature conduit \u00e0 un nouveau r\u00e9cit dans le r\u00e9cit. Mary Shelley d\u00e9crit comment le malheureux \u00eatre a d\u00e9couvert la vie. On assiste \u00e0 la naissance invers\u00e9e d\u2019un adulte n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 enfant. Chass\u00e9 par tous les gens qu&rsquo;il rencontre sur son chemin, il vit en paria&nbsp;dans les for\u00eats. Il a d\u00e9couvert avec effroi sa laideur en&nbsp;contemplant dans l&rsquo;eau d&rsquo;une rivi\u00e8re son visage. Le monstre va&nbsp;apprendre en secret \u00e0 parler, \u00e0 observer les saisons, \u00e0 comprendre la nature humaine, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;observation secr\u00e8te de la vie d&rsquo;une famille dans une cabane:&nbsp;<strong><em>&laquo;&nbsp;Combien \u00e9trange est la nature de la connaissance&nbsp;! Elle s\u2019accroche \u00e0 l\u2019esprit, lorsqu\u2019elle s\u2019en est saisie, comme le lichen au rocher.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em><\/strong>Il fait son apprentissage de l&rsquo;existence en autodidacte, \u00e9duqu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9tonnement et le questionnement: &laquo;&nbsp;<em>J\u2019ignorais tout de ma cr\u00e9ation et de mon cr\u00e9ateur&nbsp;(\u2026) Qu\u2019\u00e9tais-je donc&nbsp;?&nbsp;&raquo;<\/em>. Son esprit se d\u00e9veloppe tandis qu&rsquo;il m\u00e9dite sur la nature humaine par la lecture de certains ouvrages, dont les&nbsp;<em>Vies de Plutarque<\/em>,&nbsp;<em>Les Chagrins de Werther, <\/em>et (ce n&rsquo;est gu\u00e8re un hasard !)&nbsp;<em>Le Paradis Perdu <\/em>de&nbsp;Milton (2): &laquo;&nbsp;<em>Ces r\u00e9cits merveilleux m\u2019inspir\u00e8rent des sentiments \u00e9tranges. L\u2019homme \u00e9tait-il donc \u00e0 la fois si puissant, si vertueux et magnifique, et, d\u2019autre part, si vicieux et si bas&nbsp;? Il me semblait n\u2019\u00eatre \u00e0 un moment qu\u2019une branche de l\u2019arbre du Mal, et, \u00e0 d\u2019autres, tout ce que l\u2019on peut concevoir de noble et de divin. <strong>\u00catre un homme grand et vertueux paraissait l\u2019honneur le plus \u00e9lev\u00e9 que puisse recevoir un \u00eatre sensible&nbsp;; \u00eatre bas et vicieux, comme beaucoup de personnages historiques, semblait \u00eatre la d\u00e9gradation la plus compl\u00e8te, une condition plus infime que celle de la taupe aveugle ou du ver inoffensif.<\/strong> Longtemps, je ne pus concevoir qu\u2019un homme p\u00fbt aller tuer son semblable, ni m\u00eame pourquoi il existait des lois et des gouvernements&nbsp;; mais quand j\u2019entendis mentionner des exemples particuliers de vice et de carnage, mon \u00e9tonnement cessa, et je me d\u00e9tournai avec impatience et d\u00e9go\u00fbt.&nbsp;&raquo; <\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">NATURE ET SPLEEN, DES TH\u00c8MES ROMANTIQUES<\/span><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"800\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog-1-800x1024.jpg?resize=800%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16760\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog-1.jpg?resize=800%2C1024 800w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog-1.jpg?resize=234%2C300 234w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog-1.jpg?resize=768%2C983 768w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog-1.jpg?resize=560%2C717 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog-1.jpg?resize=160%2C205 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog-1.jpg?w=960 960w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>Caspar David Friedrich (1774-1840)<em> Le voyageur contemplant une mer de nuages<\/em><\/strong>, <br>1818, huile sur toile \u00a9 Hambourg, Kunsthalle<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le fond du r\u00e9cit de <em>Frankenstein<\/em>&nbsp;est \u00e9maill\u00e9 de souvenirs des paysages montagnards entrevus par Mary Shelley. La nature est tour-\u00e0-tour destructrice, m\u00e9lancolique ou consolatrice. Son pouvoir est immense: &nbsp;&laquo;&nbsp;<em>Si accabl\u00e9 qu\u2019il soit, nul ne sent plus profond\u00e9ment les beaut\u00e9s de la nature. Le ciel \u00e9toil\u00e9, la mer, et tous les paysages de ces r\u00e9gions merveilleuses, semblent pouvoir encore \u00e9lever son \u00e2me au-dessus de la terre.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em><strong>Selon&nbsp;la conception romantique du monde, la nature \u00e9pouse intimement les sentiments des personnages<\/strong>. Mary Shelley use de proc\u00e9d\u00e9s litt\u00e9raires parfois grandiloquents avec l&#8217;emploi de comparaisons et autres nobles m\u00e9taphores pour souligner cette id\u00e9e centrale: <em>&laquo;&nbsp;D\u2019ailleurs, en tra\u00e7ant le tableau de mes premi\u00e8res ann\u00e9es, je rappelle aussi les \u00e9v\u00e8nements qui, par degr\u00e9s insensibles, am\u00e8nent au r\u00e9cit de mes malheurs plus r\u00e9cents: car lorsque j\u2019essaie de m\u2019expliquer la naissance de cette passion qui gouverna par la suite ma destin\u00e9e, je la vois couler, comme une rivi\u00e8re dans la montagne, de sources humbles et presque oubli\u00e9es&nbsp;; mais se gonflant dans son cours, elle est devenue le torrent qui a depuis lors balay\u00e9 toutes mes esp\u00e9rances et toutes mes joies.&nbsp;&raquo; <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Notre h\u00e9ros se r\u00e9fugie dans la nature pour y promener son spleen et tenter d&rsquo;y rem\u00e9dier en faisant de l&rsquo;exercice physique &nbsp;non loin de la montagne de Chamonix. C&rsquo;est l&rsquo;occasion pour l&rsquo;\u00e9crivain d&rsquo;exalter la vertu consolatrice de la nature:<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Le poids qui opprimait mon \u00e2me s\u2019all\u00e9gea sensiblement, tandis que je m\u2019enfon\u00e7ais au plus profond des ravins de l\u2019Arve. Les montagnes et les pr\u00e9cipices immenses qui me surplombaient de tous c\u00f4t\u00e9s, le bruit de la rivi\u00e8re mugissant \u00e0 travers les rocs et les chutes d\u2019eau qui se pr\u00e9cipitaient tout alentour, chantaient une puissance \u00e9gale \u00e0 l\u2019Omnipotence, et je cessai de craindre, ou de me courber devant un \u00eatre quelconque moins redoutable que celui qui avait cr\u00e9\u00e9 et qui gouvernait les \u00e9l\u00e9ments, dont la force se manifestait ici sous sa forme la plus terrifiante. Cependant, \u00e0 mesure que je montais davantage, la vall\u00e9e prenait un aspect plus magnifique et plus \u00e9crasant. Les ch\u00e2teaux en ruine suspendus au bord des pr\u00e9cipices sur les montagnes couvertes de pins&nbsp;; l\u2019Arve imp\u00e9tueuse, et les chalets apparaissant \u00e7\u00e0 et l\u00e0 parmi les arbres, composaient un spectacle d\u2019une beaut\u00e9 singuli\u00e8re. Mais elle \u00e9tait accrue et rendu sublime par les Alpes \u00e9normes, dont les d\u00f4mes et les pyramides d\u2019une blancheur \u00e9clatante dominaient, comme si elles eussent appartenu \u00e0 un autre monde, les habitations d\u2019une autre race d\u2019\u00eatres.&nbsp;&raquo; <\/em><strong>Sans surprise on tombe sur le th\u00e8me (et le terme !) du Sublime et l&rsquo;image de l&rsquo;homme solitaire face aux \u00e9l\u00e9ments.<\/strong>&nbsp;La Nature, personnifi\u00e9e comme une m\u00e8re, devient l&rsquo;ultime refuge face au d\u00e9sespoir. Aussi changeante qu&rsquo;inexorablement fid\u00e8le, elle accueille dans son sein l&rsquo;\u00e2me bless\u00e9e: &nbsp;&laquo;&nbsp;<em>Une envahissante sensation de plaisir, longtemps oubli\u00e9e, m\u2019assaillit pendant ce voyage. Un tournant de la route, un objet nouveau soudain aper\u00e7u et reconnu, me rappelaient les jours pass\u00e9, et s\u2019associaient \u00e0 la gaiet\u00e9 l\u00e9g\u00e8re de l\u2019enfance. Jusqu\u2019aux vents murmuraient d\u2019une voix consolante \u00e0 mon oreille, et la nature maternelle m\u2019ordonnait de ne plus pleurer.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>Mais le d\u00e9sespoir de Frankenstein est existentiel. <strong>Aucun paysage, si beau soit-il, ne peut apaiser les tourments d&rsquo;une conscience fautive<\/strong>: &laquo;&nbsp;<em>Puis \u00e0 nouveau cette bienfaisante influence cessa d\u2019agir, je me retrouvai enchain\u00e9 \u00e0 mon chagrin, et je me livrai \u00e0 toute la mis\u00e8re de la r\u00e9flexion.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;Il n&rsquo;y a peut-\u00eatre que le sommeil qui puisse \u00eatre capable de verser la liqueur de l&rsquo;oubli le temps de laisser au corps et \u00e0 l&rsquo;esprit un peu de r\u00e9pit:<em>&nbsp;&laquo;&nbsp;Le sommeil m\u2019envahit&nbsp;: je le sentis lorsqu\u2019il arriva, et je b\u00e9nis ce donneur d\u2019oubli.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">UN DESTIN FATAL <\/span><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"450\" height=\"351\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/27694.bro_.jpeg?resize=450%2C351&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16761\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/27694.bro_.jpeg?w=450 450w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/27694.bro_.jpeg?resize=300%2C234 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/27694.bro_.jpeg?resize=160%2C125 160w\" sizes=\"(max-width: 450px) 100vw, 450px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>Sebastian Pether (1790-1844)&nbsp;<em>Ruines gothiques au clair de lune<\/em><\/strong>, 1841, huile sur toile  \u00a9National Trust <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le monstre poursuit son r\u00e9cit. Il souhaiterait vivement rencontrer les habitants de la cabane mais il ne cesse de diff\u00e9rer cette entrevue par crainte de se faire ha\u00efr. Le jour o\u00f9 il d\u00e9cide de faire le premier pas vers eux, il est aussit\u00f4t chass\u00e9 et banni. <strong>Chacune de ses tentatives d&rsquo;approche des autres \u00eatres humains se solde par un \u00e9chec.&nbsp;<\/strong>Le d\u00e9sespoir progressif du monstre se manifeste par des hurlements et des impr\u00e9cations: &laquo;&nbsp;<em>Tous les \u00eatres, sauf moi, go\u00fbtaient le repos ou la joie&nbsp;; et semblable au plus maudit&nbsp;des d\u00e9mons, je portais un enfer en moi-m\u00eame&nbsp;; voyant que nulle cr\u00e9ature ne compatissait \u00e0 mes maux, j\u2019aurai voulu arracher les arbres, r\u00e9pandre autour de moi la ruine et la destruction, pour m\u2019asseoir ensuite et savourer le spectacle du mal accompli. (\u2026) D\u00e8s cet instant, je d\u00e9clarai \u00e0 cette esp\u00e8ce une guerre \u00e9ternelle, et surtout \u00e0 celui qui m\u2019avait form\u00e9 pour me pr\u00e9cipiter dans cette insoutenable souffrance.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;<strong>Qu&rsquo;elles sont terribles les cons\u00e9quences du d\u00e9samour dans l\u2019\u00e2me d\u2019un \u00eatre ! <\/strong>Sa bont\u00e9 naturelle se m\u00e9tamorphose peu \u00e0 peu en m\u00e9chancet\u00e9: &laquo;&nbsp;<em>Pour la premi\u00e8re fois&nbsp;des sentiments de vengeance et de haine emplirent mon c\u0153ur, et je ne fis aucun effort pour les dominer&nbsp;; mais me laissant porter par le courant, j\u2019inclinai mon esprit vers le mal et la mort.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp;Apr\u00e8s avoir incendi\u00e9 la cabane de la famille, il s&rsquo;enfuit \u00e0 la recherche de son cr\u00e9ateur dans une errance mis\u00e9rable. Il sauve une jeune fille de la noyade mais il est aussit\u00f4t bless\u00e9 par le fusil d\u2019un paysan qui le croit fautif. <strong>L&rsquo;ingratitude des \u00eatres humains distille en lui son amertume<\/strong>: &laquo;&nbsp;<em>Les sentiments de bont\u00e9 et de douceur auxquels je m\u2019\u00e9tais abandonn\u00e9 quelques instants auparavant, firent place \u00e0 une fureur d\u00e9moniaque et \u00e0 des grincements de dents.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>&laquo;&nbsp;<em>Les sentiments de bont\u00e9 et de douceur auxquels je m\u2019\u00e9tais abandonn\u00e9 quelques instants auparavant, firent place \u00e0 une fureur d\u00e9moniaque et \u00e0 des grincements de dents.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il finit par d\u00e9couvrir le Journal tenu par Frankenstein durant les \u00e9tapes de la cr\u00e9ation de son monstre et comprend qui il est. Le monstre lui fait part de son d\u00e9go\u00fbt \u00e0 son \u00e9gard: <strong>&laquo;&nbsp;<\/strong><em><strong>Cr\u00e9ateur abhorr\u00e9&nbsp;! Pourquoi donc avez-vous form\u00e9 un monstre assez hideux pour vous faire d\u00e9tourner de lui vous-m\u00eame avec d\u00e9go\u00fbt? Dieu, dans sa mis\u00e9ricorde a fait l\u2019homme beau et attirant, selon sa propre image&nbsp;; mais ma forme n\u2019est qu\u2019un type hideux de la v\u00f4tre, rendu plus horrible encore par sa ressemblance m\u00eame.&nbsp;&raquo;<\/strong> <\/em>Il confesse son crime et disant que c&rsquo;est lui qui a \u00e9trangl\u00e9 son fr\u00e8re parce qu&rsquo;il voulait que son&nbsp;cr\u00e9ateur subisse les m\u00eames tourments que lui: <em>&laquo;&nbsp;Moi aussi, je peux cr\u00e9er le d\u00e9sespoir&nbsp;: mon ennemi n\u2019est pas invuln\u00e9rable&nbsp;; cette mort le d\u00e9sesp\u00e8rera, et mille autre malheurs le tourmenteront et causeront sa propre mort.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em>Puis il g\u00e9mit sur sa solitude et avoue son but &nbsp;qui est que son ma\u00eetre cr\u00e9e un monstre femelle qui soit sa compagne: &laquo;&nbsp;<em>Nulle \u00c8ve n\u2019adoucissait mes chagrins, ne partageait mes pens\u00e9es&nbsp;; j\u2019\u00e9tais seul. Je me rappelais les supplications d\u2019Adam \u00e0 son cr\u00e9ateur.<\/em>&nbsp;(&#8230;)&nbsp;<em>Je suis seul, et je souffre&nbsp;; les hommes repoussent ma soci\u00e9t\u00e9&nbsp;; mais une femme, aussi difforme et horrible que moi, ne se refuserait pas \u00e0 moi. Il faut que ma compagne soit de la m\u00eame esp\u00e8ce, ait les m\u00eames d\u00e9fauts que les miens&nbsp;! Tel est l\u2019\u00eatre qu\u2019il vous faut cr\u00e9er&nbsp;!&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em><strong>Frankenstein refuse sa proposition. Cette inversion de la cr\u00e9ation d\u2019Adam et \u00c8ve lui r\u00e9pugne.<em>&nbsp; <\/em>Le monstre le menace <\/strong>:<em> &nbsp;&raquo; Si je ne peux inspirer l\u2019amour, je s\u00e8merai la peur&nbsp;; et surtout en ce qui vous concerne, vous mon ennemi mortel, je fais un serment de haine in\u00e9puisable. Soyez sur vos gardes: je travaillerai \u00e0 votre destruction, et je ne m\u2019arr\u00eaterai que lorsque j\u2019aurai si bien vers\u00e9 le d\u00e9sespoir en votre c\u0153ur, que vous maudirez l\u2019heure o\u00f9 vous \u00eates n\u00e9.&nbsp;&raquo;<\/em>&nbsp; Frankenstein, pris de compassion et craignant de de nouveaux drames \u00e0 cause de la haine du monstre, finit par c\u00e9der: &laquo;&nbsp;<em>Pour les sauver, je r\u00e9solus de me consacrer \u00e0 ma t\u00e2che la plus abhorr\u00e9e&nbsp;&raquo;. <\/em>Le monstre dispara\u00eet mais il le&nbsp;suit pour surveiller sa besogne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"860\" height=\"637\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255-1024x758.jpg?resize=860%2C637&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16762\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?resize=1024%2C758 1024w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?resize=300%2C222 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?resize=768%2C568 768w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?resize=1536%2C1137 1536w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?resize=560%2C414 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?resize=160%2C118 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?w=1920 1920w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/EPUB002255.jpg?w=1720 1720w\" sizes=\"(max-width: 860px) 100vw, 860px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption><strong>William Blake (1757-1827),&nbsp;<em>Jerusalem<\/em><\/strong> (Vala, Hyle et Skofell)<br>vers.1804-20, planche 51 \u00a9Melbourne, National Gallery of Victoria <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>De retour \u00e0 Gen\u00e8ve Frankenstein, plus sombre que jamais, n\u2019arrive pas \u00e0 se mettre \u00e0 son travail. Il a besoin de temps et d\u2019\u00e9tude. Il part en Angleterre, accompagn\u00e9 de son ami Clerval, &nbsp;consulter des savants et fait la promesse d\u2019\u00e9pouser Elizabeth \u00e0 son retour. Rong\u00e9 par le remords, il se rend en \u00c9cosse et laisse son ami Clerval pour se consacrer \u00e0 sa triste t\u00e2che dans une \u00eele presque abandonn\u00e9e, loin de tous. Agit\u00e9 et nerveux, il se met \u00e0 songer aux cons\u00e9quences de son acte. Quelles terribles r\u00e9percussions si les deux monstres engendraient des enfants&nbsp;? Quel avenir pour le monde ? Alors qu&rsquo;il tergiverse l&rsquo;horrible cr\u00e9ature appara\u00eet \u00e0 la fen\u00eatre de son laboratoire en pleine nuit pour lui rappeler sa promesse. Frankenstein lui fait part de son refus et tandis que le monstre le maudit, il s&rsquo;en va et jette \u00e0 la mer son \u00e9bauche de cr\u00e9ature. De retour \u00e0 terre, il apprend la &nbsp;mort de Clerval. Il est aussit\u00f4t soup\u00e7onn\u00e9 et mis en prison:<strong>&nbsp;<em>&laquo;&nbsp;J\u2019\u00e9tais condamn\u00e9 \u00e0 vivre. (&#8230;)&nbsp;<em>Ah les malheureux peuvent se r\u00e9signer, mais les coupables ne connaissent aucune paix. Les angoisses du remords empoisonnent la volupt\u00e9 que parfois l\u2019on trouve en s\u2019abandonnant \u00e0 l\u2019exc\u00e8s du chagrin.&nbsp;&raquo;<\/em><\/em><\/strong>&nbsp;Son p\u00e8re vient le voir durant son proc\u00e8s. Il est acquitt\u00e9 en fin de compte. Sa souffrance physique est morale devient si insoutenable qu&rsquo;il devient d\u00e9pendant au laudanum. De retour sur le continent, il re\u00e7oit une lettre d&rsquo;Elizabeth qui pense qu\u2019il en aime une autre mais il la rassure et pr\u00e9pare son mariage en cachant son inqui\u00e9tude derri\u00e8re une joie de fa\u00e7ade. Le soir des noces, Elizabeth est assassin\u00e9e. Son p\u00e8re meurt de chagrin. Frankenstein n&rsquo;est plus que &nbsp;l&rsquo;ombre de lui-m\u00eame. <strong>Il tente de confesser \u00e0 un magistrat son erreur mais ce dernier ne le croit pas.<\/strong> Il fait alors le voeu de tuer le monstre et part dans une poursuite errante qui semble ne jamais se finir. Il quitte Gen\u00e8ve, passe par le Rh\u00f4ne, la M\u00e9diterran\u00e9e, les steppes, puis remonte vers le Nord et le froid glacial. Tant\u00f4t le monstre se laisse approcher, tant\u00f4t il s&rsquo;\u00e9loigne comme l&rsquo;image de ces deux destins qui se ha\u00efssent mais qui sont inextricablement li\u00e9s. Frankenstein poursuit son objectif avec une t\u00e9nacit\u00e9 fanatique, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9preuve du froid, de la fatigue et de la faim.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit de Frankenstein s&rsquo;ach\u00e8ve sur son lit de mort:&nbsp;<strong><em>&laquo;&nbsp;Il me faut poursuivre et d\u00e9truire l\u2019\u00eatre \u00e0 qui j\u2019ai donn\u00e9 l\u2019existence&nbsp;; alors mon r\u00f4le sur terre sera rempli, et je pourrai mourir.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>&nbsp; Mais il expire \u00e0 minuit et&nbsp;demande \u00e0 Walton de le venger et de tuer le monstre \u00e0 sa place. On revient au r\u00e9cit \u00e9pistolaire de Walton \u00e0 Mrs Saville. Son&nbsp;univers rationnel est envahi par le&nbsp;fantastique quand &nbsp;un monstre \u00e0 la laideur inhumaine entre dans la cabine et se lamente avec d\u00e9sespoir sur la d\u00e9pouille de son cr\u00e9ateur. Il d\u00e9crit \u00e0 sa soeur la sc\u00e8ne horrifiante qui s&rsquo;offre sous ses yeux. Mais le monstre n&rsquo;est que regrets et remords. Il confie sa douleur \u00e0 Walton et dispara\u00eet \u00e0 tout jamais, r\u00e9solu de s\u2019immoler au feu loin de tous, dans le nord : &nbsp;<em>&laquo;&nbsp;J\u2019avais chass\u00e9 tout sentiment, \u00e9touff\u00e9 toute torture, pour me rassasier de l\u2019exc\u00e8s m\u00eame de mon d\u00e9sespoir.&nbsp;Le Mal d\u00e9sormais devint mon Bien.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>On ne peut que saluer le talent de Mary Shelley d&rsquo;avoir su combiner le roman d&rsquo;\u00e9pouvante \u00e0 la m\u00e9ditation m\u00e9taphysique en s&rsquo;attaquant au th\u00e8me difficile de la cr\u00e9ation r\u00e9volt\u00e9e face \u00e0 son cr\u00e9ateur.<\/strong> Il \u00e9tait audacieux de traiter ce sujet p\u00e9rilleux, notre jeune femme a \u00e9t\u00e9 fille vaillante ! &nbsp;Il n&rsquo;y a pas de plus grande astuce que de r\u00e9fl\u00e9chir sur la condition humaine naturelle en la faisant contraster avec une condition monstrueuse surnaturelle. C&rsquo;est la le\u00e7on que l&rsquo;on retiendra de cette fantastique lecture.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">\u00a9GLSG,\u00a027 avril 2015<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em><span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">(1) &nbsp;&laquo;&nbsp;Elle mourut tranquille, et, m\u00eame dans la mort, son visage exprimait l\u2019affection. Je ne vous d\u00e9crirai point les sentiments de ceux dont les liens les plus chers sont bris\u00e9s par ce malheur irr\u00e9parable&nbsp;; le vide ressenti par l\u2019\u00e2me, et le d\u00e9sespoir qui se peint sur le visage. L\u2019esprit est si lent \u00e0 admettre la disparition d\u00e9finitive de celle que nous voyions chaque jour et dont l\u2019existence semblait faire partie de la n\u00f4tre, \u00e0 se rendre compte que s\u2019est \u00e9teint \u00e0 jamais l\u2019\u00e9clat d\u2019un regard aim\u00e9, que le son d\u2019une voix famili\u00e8re, si ch\u00e8re \u00e0 notre oreille, puisse s\u2019\u00e9vanouir et ne plus jamais s\u2019entendre&nbsp;! Telles sont les r\u00e9flexions des premiers jours&nbsp;; mais c\u2019est quand l\u2019\u00e9coulement du temps nous prouve la r\u00e9alit\u00e9 du mal, que commence l\u2019amertume v\u00e9ritable de la douleur. Pourtant, qui donc la main rude de la mort n\u2019a-t-elle pas priv\u00e9 d\u2019une pr\u00e9sence ch\u00e8re&nbsp;? Et pourquoi d\u00e9crirais-je un chagrin que tous ont ressenti ou doivent ressentir&nbsp;? L\u2019heure arrive, enfin, o\u00f9 le chagrin est plut\u00f4t une faiblesse qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;; o\u00f9 le sourire qui erre sur les l\u00e8vres, bien qu\u2019on le consid\u00e8re comme un sacril\u00e8ge n\u2019est plus banni. Ma m\u00e8re \u00e9tait morte, mais nous avions encore des devoirs \u00e0 remplir&nbsp;; il fallait continuer \u00e0 vivre avec les autres, et apprendre \u00e0 nous estimer heureux, tant qu\u2019une seule cr\u00e9ature restait encore, que cette main destructrice n\u2019avait pas saisi.&nbsp;&raquo;<\/span><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>(<span class=\"has-inline-color has-vivid-purple-color\">2) &laquo;&nbsp;Mais le Paradis perdu suscita en moi des \u00e9motions autres et bien plus profondes. Je le lus, &#8211; comme tous les autres volumes tomb\u00e9s entre mes mains -, comme une histoire vraie. Il m\u2019inspira tous les sentiments d\u2019admiration et de crainte qu\u2019\u00e9tait susceptible d\u2019exciter le spectacle d\u2019un Dieu omnipotent en guerre avec ses cr\u00e9atures. Je comparais souvent les diverses situations \u00e0 la mienne, selon les ressemblances qui me frappaient. Comme Adam, je m\u2019apparaissais sans lien quelconque avec un autre \u00eatre au monde&nbsp;; mais, \u00e0 tout autre point de vue, son \u00e9tat diff\u00e9rait beaucoup du mien. Il \u00e9tait sorti des mains de Dieu, cr\u00e9ature parfaite, heureuse et prosp\u00e8re, prot\u00e9g\u00e9e par la sollicitude particuli\u00e8re de son cr\u00e9ateur&nbsp;; il pouvait s\u2019entretenir avec des \u00eatres d\u2019une nature sup\u00e9rieure, et s\u2019instruire aupr\u00e8s d\u2019eux. J\u2019\u00e9tais au contraire mis\u00e9rable, sans secours et seul.&nbsp;&raquo;<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;&nbsp;J\u2019avais chass\u00e9 tout sentiment, \u00e9touff\u00e9 toute torture, pour me rassasier de l\u2019exc\u00e8s m\u00eame de mon d\u00e9sespoir.&nbsp;Le Mal d\u00e9sormais devint mon Bien.&nbsp;&raquo; Il faut toujours revenir aux sources litt\u00e9raires des grands mythes que le cin\u00e9ma et la publicit\u00e9 ont d\u00e9figur\u00e9s, les&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=3044\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3052,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[872,2119,2121,2120,2115,2129,906,2117,2136,379,2128,629,2131,2116,2138,382],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/422px-Frankenstein_engraved.jpg?fit=422%2C599","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-N6","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3044"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3044"}],"version-history":[{"count":23,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3044\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17077,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3044\/revisions\/17077"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3052"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}