{"id":294,"date":"2013-05-25T23:36:04","date_gmt":"2013-05-25T23:36:04","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=294"},"modified":"2026-02-09T00:44:05","modified_gmt":"2026-02-09T00:44:05","slug":"lire-et-relire-n14-quand-hurlent-les-loups-daquilino-ribeiro-1958","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=294","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE Quand hurlent les loups d&rsquo;Aquilino Ribeiro (1958)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3887 aligncenter\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/9782226190635m2-1.jpg?resize=200%2C293\" alt=\"9782226190635m2\" width=\"200\" height=\"293\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/9782226190635m2-1.jpg?w=200 200w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/9782226190635m2-1.jpg?resize=160%2C234 160w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/p>\n<p><strong style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\"><em>Retour au pays natal<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout commence\u2026par un retour ! Dans les ann\u00e9es 1930, Manuel Louvadeus revient dans son village du Portugal apr\u00e8s dix ann\u00e9es d&rsquo;absence. Le roman alterne entre le r\u00e9cit de ses aventures et ses circonvolutions entre le Portugal et le Br\u00e9sil o\u00f9 il a tent\u00e9 sa chance, comme tant d\u2019autres, pour se faire chercheur d&rsquo;or et de pierres pr\u00e9cieuses. Mais dix ans apr\u00e8s, son pactole demeure \u00e9nigmatique autant que la personnalit\u00e9 de ce h\u00e9ros libre. D&#8217;embl\u00e9e la langue rauque et chatoyante d&rsquo;Aquilino Ribeiro (1883-1963) inspire confiance au lecteur qui p\u00e9n\u00e8tre dans son foyer avec le h\u00e9ros en lui faisant ressentir ses \u00e9motions : retrouvailles avec sa femme, ses enfants alors que les sensations de l&rsquo;enfance reviennent en bouff\u00e9es de nostalgie rassurante (<em>\u00ab Il y eut une petite pause, chacun plong\u00e9 \u00e0 nouveau dans l\u2019oc\u00e9an des choses qu\u2019il portait dans son c\u0153ur ; Le chat vint, la queue dress\u00e9e, effleurer les jambes de Louvadeus comme si lui aussi le reconnaissait comme son seigneur et ma\u00eetre et voulait faire la paix, ou lui assurer qu\u2019il n\u2019avait pas eu peur (\u2026) \u00bb)<\/em>. Voil\u00e0 la vie avec ses joies et ses peines r\u00e9sum\u00e9es en cette sc\u00e8ne magistrale qui ouvre le livre o\u00f9 abonde un langage riche et des images franches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la situation initiale est rapidement boulevers\u00e9e. Bient\u00f4t le village accourt \u00e0 la nouvelle et notre h\u00e9ros est plong\u00e9 dans ses intrigues. Ou plut\u00f4t \u00ab l\u2019intrigue \u00bb car le gouvernement menace de boiser la fameuse <em>serra<\/em>, terre ancestrale et sauvage des paysans locaux (<em>\u00ab la serra est berceau, paladium, autel m\u00eame. \u00bb<\/em>). De fil en aiguille le roman nous fait vivre l&rsquo;inqui\u00e9tude des villageois face au danger qui les guette, symbole aussi de la mutation d&rsquo;un monde o\u00f9 l&rsquo;homme de la ville prend le dessus sur l&rsquo;homme de la terre (<em>\u00ab Le progr\u00e8s, Monsieur l\u2019ing\u00e9nieur, est une op\u00e9ration, ce n\u2019est pas une morale, j\u2019en conviens. Boisez la serra et soyez certain que vous allez perturber dangereusement l\u2019ethos du montagnard. A vous, messieurs, instruits de la rerum natura, peu vous chaut, je le sais bien. (\u2026) L\u2019\u00e2me de l\u2019habitant s\u2019est form\u00e9e avec ces collines p\u00e9trifi\u00e9es et ces torrents aux multiples rebonds. \u00bb<\/em>).<\/p>\n<p><strong><em>Un style brillant<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ribeiro campe ses personnages avec une familiarit\u00e9 savoureuse m\u00e2tin\u00e9e de termes et d\u2019expressions locales au moyen d\u2019un langage pittoresque rempli de jeux de mots qui donnent envie d&rsquo;\u00eatre portugais pour mieux les comprendre. Il exprime avec un raffinement brut l\u2019esprit de ses personnages lusitaniens en posant un regard teint\u00e9 d&rsquo;une ironie affectueuse sur les paysans aux <em>\u00ab mains ressemblant \u00e0 des pelles \u00bb<\/em> au contraire des notables du village qu\u2019il brosse de mani\u00e8re plus caustique comme le Dr Labao <em>\u00ab qui \u00e9tait un parfait opportuniste tournant \u00e0 tous les vents \u00bb<\/em>. On sent une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 litt\u00e9raire qui ne s&#8217;embarrasse pas de vocabulaire st\u00e9rile. Ribeiro d\u00e9ploie une vraie corne d&rsquo;abondance d&rsquo;adjectifs, de comparaisons et de verbes truculents et go\u00fbteux comme un Ribera de la plume. Chaque chapitre pr\u00e9sente une sc\u00e8ne digne d&rsquo;un tableau de genre : les mimiques, les caract\u00e8res, l&rsquo;aspect des v\u00eatements, la couleur de l&rsquo;atmosph\u00e8re et l&rsquo;odeur du soleil : chaque d\u00e9tail est peint vigoureusement (jusqu&rsquo;\u00e0 la mouche qui tourmente les visages !) avec son stylo-pinceau savoureux qui r\u00e9sulte davantage du poil de loup que du poil de martre. Il y a de l\u2019humour picaresque en faveur de la d\u00e9fense de la terre mais surtout une satire politique et sociale contre les petits fonctionnaires et l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019un pouvoir judiciaire b\u00eatisier confi\u00e9 \u00e0 des incapables.<\/p>\n<p><strong><em>Les loups de la serra <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les loups hantent le roman depuis le titre jusqu\u2019\u00e0 la fin au sens propre et au sens figur\u00e9. Alors que les vrais loups habitent la serra, les \u00ab loups humains \u00bb s\u2019en disputent la propri\u00e9t\u00e9. La r\u00e9volte des villageois conduit des coupables et des innocents en prison jusqu&rsquo;au proc\u00e8s de polichinelle qui met en sc\u00e8ne les paysans face aux notables du droit portugais. Commet ne pas rire, sinon sourire, devant l\u2019ironie rabelaisienne avec laquelle Ribeira d\u00e9crit les uns et les autres (<em>\u00ab Un des assesseurs, Aldaberto Fernandes, avait tout d\u2019un boucher, grand, vigoureux, le teint rubicond, et jusque dans le maniement du coutelas quand il s\u2019agissait d\u2019appliquer la loi. Au temps du gibet, il aurait \u00e9t\u00e9 homme, \u00e0 d\u00e9faut de bourreau, \u00e0 passer la corde. (\u2026) L\u2019autre assesseur, Jos\u00e9 Romas Coelho, passait pour \u00eatre un z\u00e9ro absolu. Insaisissable et silencieux comme le congre (\u2026) P\u00e2le, sec, les yeux g\u00e9latineux. Vieux gar\u00e7on et misogyne. (\u2026). \u00bb<\/em>) L&rsquo;inculture, la filouterie, la rusticit\u00e9 mais aussi le bon sens des paysans ne parviennent pas \u00e0 triompher de la magouille des avocats v\u00e9reux et des juges parvenus. On suit le proc\u00e8s fantoche dont la m\u00e9diocrit\u00e9 se d\u00e9ploie \u00e0 travers des arguments ridicules, des faux-t\u00e9moins et des situations grotesques. Indirectement c\u2019est une critique de la soci\u00e9t\u00e9 du progr\u00e8s qui cherche \u00e0 enfermer l&rsquo;homme libre dans sa cage l\u00e9gislative. Le courageux avocat Rigoberto est la conscience de l\u2019histoire qu\u2019il r\u00e9sume parfaitement : <em style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\">\u00ab Voil\u00e0 la fable du loup et de l\u2019agneau, l\u2019\u00e9ternelle histoire du faible et du fort, du juge qui cherche un responsable, et voici qu\u2019\u00e9tant pour le saisir son iniquit\u00e9 est d\u00e9masqu\u00e9e. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, Teotonio le grand-p\u00e8re de Manuel les vengera tous par le sang et l\u2019incendie de la <em>serra<\/em>, avant que la nature ne reprenne peu \u00e0 peu ses droits. La sc\u00e8ne finale est magistrale gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9taphore des loups affam\u00e9s au bord de la puret\u00e9 de la rivi\u00e8re qui r\u00e9v\u00e8le les ossements d\u2019un bougre assassin\u00e9. Bien que tout ne soit que vanit\u00e9, l\u2019homme demeure un loup pour l\u2019homme de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration semble conclure notre ami \u00e9crivain. Il l\u2019exp\u00e9rimenta lui-m\u00eame puisqu\u2019il eut affaire \u00e0 la froide justice apr\u00e8s la publication de ce roman en 1958.<\/p>\n<p>Et surtout merci \u00e0 Manuel-Antoine Cardoso-Canelas pour avoir particip\u00e9 \u00e0 cette brillante traduction fran\u00e7aise et pour m\u2019avoir fait d\u00e9couvrir un auteur que je ne connaissais gu\u00e8re.<\/p>\n<p>GLSG, le 25 mai 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retour au pays natal Tout commence\u2026par un retour ! Dans les ann\u00e9es 1930, Manuel Louvadeus revient dans son village du Portugal apr\u00e8s dix ann\u00e9es d&rsquo;absence. Le roman alterne entre le r\u00e9cit de ses aventures et ses circonvolutions entre le Portugal&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=294\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1857,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[145,146,1508,629],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/9782226190635m2.jpg?fit=200%2C293","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-4K","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/294"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=294"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/294\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17150,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/294\/revisions\/17150"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1857"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=294"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=294"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=294"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}