{"id":2391,"date":"2014-04-16T15:07:25","date_gmt":"2014-04-16T15:07:25","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=1612"},"modified":"2016-01-15T22:55:21","modified_gmt":"2016-01-15T22:55:21","slug":"lire-et-relire-chronique-n-26-lutopie-par-thomas-more","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=2391","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE L&rsquo;Utopie par Thomas More"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_2400\" style=\"width: 227px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/saint-thomas-more-00.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2400\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-2400\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/saint-thomas-more-00.jpg?resize=217%2C300\" alt=\"Portrait de Thomas More, Hans Holbein, 1527, Frick Collection, New York\" width=\"217\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/saint-thomas-more-00.jpg?resize=217%2C300 217w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/saint-thomas-more-00.jpg?resize=260%2C358 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/saint-thomas-more-00.jpg?resize=160%2C220 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/saint-thomas-more-00.jpg?w=290 290w\" sizes=\"(max-width: 217px) 100vw, 217px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2400\" class=\"wp-caption-text\">Portrait de Thomas More, Hans Holbein, 1527, Frick Collection, New York<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&nbsp;&raquo; Mais, dites-moi, cher Morus, pr\u00eacher une pareille morale \u00e0 des hommes qui, par int\u00e9r\u00eat et par syst\u00e8me, inclinent \u00e0 des principes diam\u00e9tralement oppos\u00e9s, n\u2019est-ce pas conter une histoire \u00e0 des sourds ? &laquo;&nbsp;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui n\u2019a jamais r\u00eav\u00e9 d\u2019utopie ? Cette &laquo;&nbsp;\u00eele de nulle part&nbsp;&raquo; bienheureuse, gouvern\u00e9 par un syst\u00e8me politique id\u00e9al o\u00f9 r\u00e9gneraient l\u2019abondance, la libert\u00e9, la justice et l\u2019\u00e9galit\u00e9 sous l\u2019\u00e9gide d\u2019un bon gouvernement ? Thomas More (1478-1535) s&rsquo;efforce dans\u00a0<em>L\u2019Utopie<\/em> (1516) de pr\u00e9senter un territoire, qui, s&rsquo;il n&rsquo;est pas r\u00e9alisable, incite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les r\u00e9formes n\u00e9cessaires au gouvernement de son \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Thomas More\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9 \u00e0 Londres en 1478 dans une famille bourgeoise anoblie, Thomas More est page dans la maison de Morton, futur chancelier d&rsquo;Henry VII en 1487. Il \u00e9tudie \u00e0 Oxford en 1492, o\u00f9 il se passionne pour l&rsquo;humanisme, la musique, la culture grecque et latine, le fran\u00e7ais et les P\u00e8res de l&rsquo;Eglise. Il y rencontre Colet, Grocyn, Linacre et Erasme avec lequel il noue une profonde amiti\u00e9. Ce dernier lui d\u00e9die<em> L&rsquo;Eloge de la folie<\/em> (1509). Ensuite, Thomas se dirige dans une carri\u00e8re de juriste et devient avocat \u00e0 21 ans. Jeune homme brillant, il monte les \u00e9chelons de la soci\u00e9t\u00e9 anglaise puisqu&rsquo;en 1504 il est d\u00e9j\u00e0 membre du Parlement. Il se marie en 1505 avec Jeanne Colt (1). En 1509 c&rsquo;est l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;Henry VIII. Le\u00a0roi appr\u00e9cie More pour ses grandes qualit\u00e9s diplomatiques et le nomme dans son Conseil. C&rsquo;est malgr\u00e9 lui que Thomas More accepte peu \u00e0 peu les charges honorifiques qui lui sont offertes car il tient avant tout \u00e0 sa libert\u00e9 et \u00e0 son ind\u00e9pendance,\u00a0comme l&rsquo;\u00e9crit Erasme :<em> &nbsp;&raquo; (\u2026) \u00a0personne n&rsquo;a jamais d\u00e9ploy\u00e9 autant d&rsquo;efforts pour entrer \u00e0 la cour que More en a fait pour s&rsquo;en tenir \u00e9loign\u00e9&nbsp;&raquo;<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parall\u00e8lement \u00e0 ses charges, Thomas More a une vie familiale heureuse dans sa maison de Chelsea, entour\u00e9 de sa femme, son fils, ses filles, leurs maris et ses onze petits-enfants. En 1527 \u00e9clate la triste affaire du divorce d&rsquo;Henry VIII. Thomas More est nomm\u00e9 Chancelier en 1529 \u00e0 la place de Wolsey. Ayant assist\u00e9 \u00e0 la disgr\u00e2ce du cardinal, et gardant certainement en m\u00e9moire l&rsquo;histoire tragique de Thomas Beckett, il redoute fortement cette fonction : &laquo;&nbsp;<em>Quand je regarde ce si\u00e8ge et que je consid\u00e8re quels grands personnages s&rsquo;y sont assis avant moi, quand surtout je me rappelle l&rsquo;homme qui l&rsquo;a occup\u00e9 le dernier, son \u00e9tonnante sagacit\u00e9, son exp\u00e9rience consomm\u00e9e, quelle fut sa haute fortune pendant quelques ann\u00e9es et comment il finit par une chute si triste, mourant sans honneur et sans gloire, j&rsquo;ai quelque raison de regarder les dignit\u00e9s humaines comme choses de peu de dur\u00e9e et la place de chancelier comme beaucoup moins d\u00e9sirable que ne le pensent ceux qui m&rsquo;en voient honor\u00e9. C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;y vais monter comme \u00e0 un poste plein de trouble et de dangers, d\u00e9pourvu de tout honneur v\u00e9ritable et solide, et d&rsquo;o\u00f9 il faut d&rsquo;autant plus craindre de tomber qu&rsquo;on tombe de plus haut.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>(2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Henry Plantagen\u00eat, Henry VIII n&rsquo;aime pas qu&rsquo;on lui r\u00e9siste ; comme Thomas Beckett, Thomas More jure\u00a0<em>&laquo;&nbsp;de penser d&rsquo;abord \u00e0 Dieu et apr\u00e8s Dieu au roi et qu&rsquo;il se tiendrait toujours \u00e0 ce serment.&nbsp;&raquo; <\/em>En 1532, il refuse l&rsquo;annulation du mariage du roi mais aussi l&rsquo;implicite emprise de la loi d&rsquo;Etat sur la loi d&rsquo;Eglise. Le chancelier \u00a0abandonne sa charge et d\u00e9missionne. En 1533, l&rsquo;Acte de Supr\u00e9matie nomme Henry VIII le chef de l&rsquo;Eglise d&rsquo;Angleterre. C&rsquo;est le triomphe d&rsquo;Anne Boleyn et de sa fille Elizabeth. Le roi exige que son entourage lui pr\u00eate un serment d&rsquo;all\u00e9geance \u00a0afin de reconna\u00eetre sa supr\u00e9matie spirituelle. Thomas More le refuse, aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Fisher. Il est arr\u00eat\u00e9 et enferm\u00e9 dans la Tour de Londres pendant un an et r\u00e9siste \u00e0 toutes les injonctions royales, amicales et familiales l&rsquo;invitant \u00e0 se r\u00e9tracter. En juin 1535 il est d\u00e9capit\u00e9 apr\u00e8s avoir dit \u00e0 son bourreau, non sans humour : &laquo;&nbsp;<em>Rassemble ton courage, camarade, et ne crains pas d&rsquo;accomplir ton office. Mon cou est tr\u00e8s court, prends garde de ne pas frapper de travers.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>(3)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>L&rsquo;Utopie<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot &laquo;&nbsp;utopie&nbsp;&raquo; est entr\u00e9 dans le langage courant pour d\u00e9crire une oeuvre fortement souhaitable mais difficilement r\u00e9alisable, voire impossible. A la fois ouvrage de r\u00e9flexion politique et sociale, mais aussi d&rsquo;imagination, <em>L&rsquo;Utopie<\/em> traite implicitement des effets n\u00e9fastes du mouvement des enclosures qui touche l&rsquo;Angleterre de la fin du Moyen-\u00e2ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>L&rsquo;Utopie<\/em>, Thomas More raconte sa rencontre avec le personnage principal de l&rsquo;oeuvre, un certain Rapha\u00ebl Hythloday, nomm\u00e9 dans le sous-titre du livre: &laquo;&nbsp;<em>discours du tr\u00e8s excellent homme Rapha\u00ebl Hythloday sur la meilleure constitution d&rsquo;une r\u00e9publique par l&rsquo;illustre Thomas More vicomte et citoyen de Londres noble ville d&rsquo;Angleterre&nbsp;&raquo;<\/em>. L&rsquo;ouvrage est partag\u00e9 en deux livres : <strong>Livre premier<\/strong> (expliquant le contexte de cr\u00e9ation de l&rsquo;oeuvre et abordant certaines th\u00e9matiques de la bonne et mauvaise gestion des gouvernements) et <strong>Livre second<\/strong> (description de l&rsquo;Ile d&rsquo;Utopie). Il a un succ\u00e8s consid\u00e9rable en Europe lors de sa parution en 1516 (en latin chez Thierry Martens \u00e0 Louvain), puis \u00e0 Paris, Londres, B\u00e2le, Florence, Venise, Vienne.<\/p>\n<p><strong>Livre premier\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas More est envoy\u00e9 par Henry VIII dans les Flandres, pour arranger un d\u00e9m\u00eal\u00e9 avec Charles de Castille, le futur Charles Quint. Il est accompagn\u00e9 par le ma\u00eetre des Archives royales Cuthbert Tunstal (1474-1559). A Bruges, tous deux trouvent les envoy\u00e9s du prince Charles mais un d\u00e9lai s&rsquo;\u00e9coule avant que les ambassadeurs ne trouvent un accord. Thomas More profite donc de ce temps pour aller \u00e0 Anvers. Il y rencontre Pierre Gilles, secr\u00e9taire de la ville, avec qui il lie une amiti\u00e9 d&rsquo;honn\u00eate homme : &laquo;&nbsp;<em>\u00a0(\u2026) mais aucune liaison ne me fut plus agr\u00e9able que celle de Pierre Gilles, Anversois d\u2019une grande probit\u00e9. Ce jeune homme, qui jouit d\u2019une position honorable parmi ses concitoyens, en m\u00e9rite une des plus \u00e9lev\u00e9es, par ses connaissances et sa moralit\u00e9, car son \u00e9rudition \u00e9gale la bont\u00e9 de son caract\u00e8re. Son \u00e2me est ouverte \u00e0 tous ; mais il a pour ses amis tant de bienveillance, d\u2019amour, de fid\u00e9lit\u00e9 et de d\u00e9vouement, qu\u2019on pourrait le nommer, \u00e0 juste titre, le parfait mod\u00e8le de l\u2019amiti\u00e9. Modeste et sans fard, simple et prudent, il sait parler avec esprit, et sa plaisanterie n\u2019est jamais blessante.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Gilles pr\u00e9sente alors \u00e0 More un myst\u00e9rieux \u00e9tranger d\u2019un certain \u00e2ge, au teint basan\u00e9, portant une longue barbe comme le \u00a0patron d&rsquo;un navire, en lui confiant : &laquo;&nbsp;<em>Il n\u2019y a pas sur terre un seul vivant qui puisse vous donner des d\u00e9tails aussi complets et aussi int\u00e9ressants sur les hommes et sur les pays inconnus.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0L&rsquo;\u00e9tranger se nomme Rapha\u00ebl Hythloday (note : sans doute du grec<em> bavardage<\/em> et <em>adroit<\/em>). Erudit, philosophe, il conna\u00eet le latin et le grec \u00e0 la perfection. Originaire du Portugal, il a quitt\u00e9 sa terre natale pour suivre le c\u00e9l\u00e8bre Am\u00e9ric Vespuce (1451-1519) et a ensuite parcouru de nombreux pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Intrigu\u00e9 et \u00e9merveill\u00e9 par les connaissances de l&rsquo;inconnu, Thomas More l&rsquo;invite chez lui. Ils s\u2019assoient sur le gazon du jardin o\u00f9 ils prolongent leur conversation dans laquelle Rapha\u00ebl fait le r\u00e9cit de ses voyages. Ce qui int\u00e9resse plus particuli\u00e8rement More c\u2019est la fa\u00e7on de vivre des hommes, leurs institutions, leur mani\u00e8re de s\u2019organiser en soci\u00e9t\u00e9s et leurs m\u0153urs. Rapha\u00ebl d\u00e9crit et analyse plusieurs types de r\u00e9gimes en leur donnant des\u00a0noms de fantaisie. Il \u00e9voque par exemple les <em>Polyl\u00e9rites<\/em> (r\u00e9flexion sur les p\u00e9nalit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard du vol), les <em>Achoriens<\/em> (impossibilit\u00e9 de gouverner deux royaumes), les <em>Macariens<\/em> (gouvernement par un roi qui s\u2019engage \u00e0 ne pas avoir plus de mille livres d\u2019or), avant d&rsquo;aborder les <em>Utopiens<\/em>, objet d&rsquo;\u00e9tude principal de cet ouvrage. More fait part des le\u00e7ons tir\u00e9es de sa propre exp\u00e9rience en citant de vrais pays et de vrais personnages (France, Portugal, Italie, Angleterre, le Chancelier Jean Morton, Platon, Denys le Tyran, etc.) au sein de cette fiction. Dans une \u00e9poque marqu\u00e9e par les guerres d\u2019Italie, le partage des pouvoirs entre la France, l&rsquo;Espagne et l&rsquo;Angleterre, il aborde en politicien humaniste les sujets touchant \u00e0 la bonne mani\u00e8re de gouverner les hommes : \u00a0libert\u00e9, royaut\u00e9, bien-commun, guerre, paix, lois divines et lois humaines, r\u00f4le de l\u2019Etat, justice et injustice, syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire, argent.<\/p>\n<p>La conversation se termine avec le Livre premier. Ils vont d\u00eener puis reviennent \u00e9couter le r\u00e9cit de Rapha\u00ebl.<\/p>\n<div id=\"attachment_2396\" style=\"width: 258px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/496px-Holbein-erasmus2.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-2396\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-2396 size-medium\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/496px-Holbein-erasmus2-248x300.jpg?resize=248%2C300\" alt=\"\" width=\"248\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/496px-Holbein-erasmus2.jpg?resize=248%2C300 248w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/496px-Holbein-erasmus2.jpg?resize=260%2C313 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/496px-Holbein-erasmus2.jpg?resize=160%2C193 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/496px-Holbein-erasmus2.jpg?w=496 496w\" sizes=\"(max-width: 248px) 100vw, 248px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2396\" class=\"wp-caption-text\">Portrait d&rsquo;Erasme par Hans Holbein<\/p><\/div>\n<p><strong>Livre second<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Livre second est consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eele d&rsquo;Utopie. Il commence avec un descriptif g\u00e9ographique du lieu en forme de croissant, ayant un large bassin qui sert de port. Au milieu s\u2019\u00e9l\u00e8ve un rocher avec un fort prot\u00e9g\u00e9 par un garnison. Le littoral est flanqu\u00e9 de phares et de rochers cach\u00e9s sous l\u2019eau pour duper les ennemis. D&rsquo;autres forts d\u00e9fendent\u00a0la partie oppos\u00e9e du territoire. L&rsquo;\u00eele d&rsquo;Utopie est <em>a priori<\/em> inaccessible et pr\u00eate \u00e0 faire face aux dangers externes. On apprend qu&rsquo;autrefois elle \u00e9tait un continent qui s\u2019appelait Abraxa, qui est aussi le nom de la ville des fous dans <em>L\u2019Eloge de la Folie<\/em> d\u2019Erasme. C&rsquo;est apr\u00e8s sa victoire sur la population sauvage, que le\u00a0conqu\u00e9rant Utopus lui donna son nom et la transforma en \u00eele en faisant couper l\u2019isthme qui rejoignait le continent, se donnant pour mission de civiliser cette terre. Les\u00a0<em>Annales<\/em>\u00a0de la ville remontent \u00e0 1760 ann\u00e9es.\u00a0Selon Rapha\u00ebl, l&rsquo;Utopie contient cinquante-quatre grandes villes magnifiques b\u00e2ties sur le m\u00eame plan. Le langage, les m\u0153urs, les institutions et les lois y sont identiques. La capitale Amaurote a une position centrale. Tous les ans, trois d\u00e9put\u00e9s sont nomm\u00e9s par les villes et envoy\u00e9s \u00a0dans la capitale pour traiter des affaires principales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un terrain est assign\u00e9 \u00e0\u00a0chaque ville pour la culture. Au milieu des champs se trouvent des maisons avec des instruments d\u2019agriculture pour les travailleurs que la ville envoie p\u00e9riodiquement \u00e0 la campagne. Ici les habitants sont des fermiers et non des\u00a0propri\u00e9taires puisque le sol n&rsquo;appartient \u00e0 personne. Chacun travaille pour le bien-commun gr\u00e2ce au syst\u00e8me de &laquo;&nbsp;famille agricole&nbsp;&raquo;. Une famille agricole se compose au moins de quarante individus, hommes, femmes et esclaves, sous la direction d\u2019un p\u00e8re et d\u2019une m\u00e8re de famille. Trente familles sont dirig\u00e9es par un philarque. La vie agricole est primordiale pour le peuple utopien qui forme \u00a0tous ses habitants d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge afin d&rsquo;en faire des hommes et des femmes de la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Des villes d&rsquo;Utopie et particuli\u00e8rement de la ville d&rsquo;Amaurote<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hythloday parle ensuite plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la capitale d\u2019Amaurote, si\u00e8ge du gouvernement et du s\u00e9nat o\u00f9 il a v\u00e9cu cinq ans : &laquo;&nbsp;<em>Qui conna\u00eet cette ville les conna\u00eet toutes, car toutes sont exactement semblables, autant que la nature du lieu le permet&nbsp;&raquo;<\/em>. \u00a0Plac\u00e9e \u00e0 flanc de colline, la cit\u00e9 a une forme carr\u00e9e. Elle est parcourue par le fleuve Anydre (nom comique car il signifie \u00ab sans eau \u00bb en grec !) La mar\u00e9e qui monte et descend influence la densit\u00e9 du fleuve qui s&rsquo;adoucit en offrant une eau potable, purifi\u00e9e par une source fortifi\u00e9e. \u00a0Les Amaurotains sont aussi ravitaill\u00e9s en eau gr\u00e2ce \u00e0 des citernes et des tuyaux de briques. Des murailles, des tours et des forts prot\u00e8gent la ville compos\u00e9e d&rsquo;\u00e9difices \u00e9l\u00e9gants et propres. Les rues,\u00a0larges de vingt pieds tr\u00e8s exactement, doivent \u00eatre &laquo;&nbsp;<em>commodes&nbsp;&raquo;<\/em>. \u00a0Comme il n&rsquo;y a gu\u00e8re de\u00a0possession commune ni de propri\u00e9t\u00e9 individuelle, les Utopiens changent de maison tous les dix ans par tirage au sort. Chaque maison poss\u00e8de\u00a0des fen\u00eatres vitr\u00e9es (grande modernit\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9poque !),\u00a0donne sur la rue et poss\u00e8de un jardin \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Les <em>Utopiens<\/em> accordent un grand int\u00e9r\u00eat aux jardins, comme le souligne le narrateur\u00a0:<em>\u00a0&laquo;&nbsp;Les habitants de la ville soignent leurs jardins avec passion ; ils y cultivent la vigne, les fruits, les fleurs et toutes sortes de plantes. Ils mettent \u00e0 cette culture tant de science et de go\u00fbt, que jamais je n\u2019ai vu ailleurs plus de fertilit\u00e9 et d\u2019abondance r\u00e9unies \u00e0 un coup d\u2019\u0153il plus gracieux. Le plaisir n\u2019est pas le seul mobile qui les excite au jardinage ; il y a \u00e9mulation entre les diff\u00e9rents quartiers de la ville, qui luttent \u00e0 l\u2019envi \u00e0 qui aura le jardin le mieux cultiv\u00e9. Vraiment l\u2019on ne peut rien concevoir de plus agr\u00e9able ni de plus utile aux citoyens que cette occupation. Le fondateur de l\u2019empire l\u2019avait bien compris, car il appliqua tous ses efforts \u00e0 tourner les esprits vers cette direction.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Des magistrats<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trente familles \u00e9lisent tous les ans un magistrat : le<em> philarque<\/em> (ou <em>syphogrante<\/em>). Dix <em>philarques<\/em> ob\u00e9issent \u00e0 un<em> protophilarque<\/em> (ou<em> transbore<\/em>). Enfin les <em>syphograntes<\/em> choisissent au scrutin secret un <em>prince<\/em> \u00a0(au sens premier, il s&rsquo;agit davantage d&rsquo;un maire de la ville) parmi les quatre \u00a0citoyens propos\u00e9s par le peuple car la ville est partag\u00e9e en quatre sections et chaque quartier pr\u00e9sente son \u00e9lu au s\u00e9nat. \u00a0La principaut\u00e9 est \u00e0 vie sauf s&rsquo;il y a des menaces de tyrannie de la part du prince.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Des arts et m\u00e9tiers\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hommes, femmes et enfants apprennent tous l&rsquo;art de l&rsquo;agriculture. C&rsquo;est un devoir impos\u00e9 \u00e0 tous, puis chacun se dirige vers l&rsquo;apprentissage de m\u00e9tiers plus sp\u00e9cialis\u00e9s comme le tissage du lin ou de la laine, la ma\u00e7onnerie ou la poterie, le travail du bois ou du m\u00e9tal. Il existe une classe des lettr\u00e9s parmi lesquels sont choisis les ambassadeurs, les pr\u00eatres, les tranibores et le prince. ll est avant tout important que chacun exerce le m\u00e9tier qui lui convient le mieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">More va jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;occuper de la garde-robe de ses habitants imaginaires ! Chaque famille confectionne ses habits dans cette contr\u00e9e o\u00f9 la\u00a0paresse et l&rsquo;oisivet\u00e9 sont express\u00e9ment d\u00e9fendues. Les v\u00eatements ont une forme invariable, \u00e9l\u00e9gante et commode, qui est la m\u00eame pour tous, \u00e0 part les distinctions suivantes : homme, femme, c\u00e9libataire et mari\u00e9\u2026 Ils se pr\u00eatent aux mouvements du corps, prot\u00e8gent de la chaleur en \u00e9t\u00e9 et du froid d&rsquo;hiver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vient ensuite la division du temps qui s&rsquo;organise en vingt quatre heure (jour et nuit). Thomas More se fait visionnaire et avant-gardiste en accordant autant d&rsquo;importance aux loisirs qu&rsquo;au travail :<em>\u00a0&laquo;&nbsp;Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir \u00a0d&rsquo;abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser \u00e0 chacun le plus de temps possible pour s&rsquo;affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit, d\u00e9velopper ses qualit\u00e9s intellectuelles par l&rsquo;\u00e9tude des sciences et des lettres. C&rsquo;est dans ce d\u00e9veloppement complet qu&rsquo;ils font consister le vrai bonheur.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0Six heures sont employ\u00e9es aux travaux mat\u00e9riels : trois heures de travail le matin, repas, deux heures de repos l&rsquo;apr\u00e8s-midi, trois heures de travail, puis souper. Le soir a lieu\u00a0une heure de divertissements, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dans les jardins et l&rsquo;hiver dans les salles communes. Il s&rsquo;agit de musique et de conversations. Sont interdits les d\u00e9s, les cartes et les jeux de hasard, \u00e0 l&rsquo;exception de deux jeux de soci\u00e9t\u00e9 : <em>La bataille arithm\u00e9tique<\/em>, <em>Le combat des vices et vertus<\/em>. L&rsquo;Utopien se couche \u00e0 neuf heures et dort neuf heures, avant d&rsquo;avoir la possibilit\u00e9 d&rsquo;assister \u00e0 des cours d&rsquo;instruction publique le matin, avant le lever du soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vaste programme\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Des rapports mutuels entre les citoyens<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rapha\u00ebl d\u00e9crit dans ce chapitre les m\u00e9thodes d&rsquo;organisation sociale de l&rsquo;\u00eele :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;La cit\u00e9 se compose de familles, la plupart unies par des liens de parent\u00e9. \u00a0Le plus ancien membre d&rsquo;une famille en est le chef, etc\u2026&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0Divers cas sont envisag\u00e9s comme la cr\u00e9ation de colonie, la maladie, la guerre. La vision demeure originale et traditionnelle. Autour de chaque ville se trouvent quatre h\u00f4pitaux spacieux, modernes et confortables. Curieusement, More conserve des esclaves d\u00e9di\u00e9s aux basse besognes dans ce syst\u00e8me. Les repas apparaissent tr\u00e8s codifi\u00e9s dans le placement de table et leur d\u00e9roulement. Le souper <em>&laquo;&nbsp;ne se passe jamais sans musique et sans un dessert copieux et friand. Les parfums, les essences odorantes, rien n&rsquo;est \u00e9pargn\u00e9 pour le bien-\u00eatre et la jouissance des convives. Peut-\u00eatre en ceci accusera-ton les Utopiens d&rsquo;un penchant excessif au plaisir. Ils ont pour principe que la volupt\u00e9 qui n&rsquo;engendre aucun mal est parfaitement l\u00e9gitime.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Des voyages des Utopiens<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Utopien ne part pas en voyage sans le consentement des syphograntes, des transbordes et de sa famille. Il faut qu&rsquo;il ach\u00e8te et paye sa nourriture en travaillant avant le d\u00eener et le souper autant qu&rsquo;on le fait dans les lieux o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate. L&rsquo;oisivet\u00e9 et la paresse sont impossibles dans ce pays <em>&laquo;&nbsp;o\u00f9 il n&rsquo;y a ni tavernes, ni lieux de prostitution, ni occasions de d\u00e9bauches, ni repaires cach\u00e9s, ni assembl\u00e9es secr\u00e8tes.(\u2026) La\u00a0mendicit\u00e9 et la mis\u00e8re y sont des monstres inconnu<\/em>s.&nbsp;&raquo; Le passage sur l&rsquo;or et l&rsquo;argent est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant :<em> &laquo;&nbsp;En Utopie, l&rsquo;on ne se sert jamais d&rsquo;esp\u00e8ces monnay\u00e9es, dans les transactions mutuelles, on les r\u00e9serve pour les \u00e9v\u00e8nements critiques dont la r\u00e9alisation est possible, quoique tr\u00e8s incertaine. L&rsquo;or et l&rsquo;argent n&rsquo;ont pas en ce pays , plus de valeur que celle que la nature leur a donn\u00e9e ; l&rsquo;on y estime ces deux\u00a0<\/em><i>m\u00e9taux bien au-dessous du fer, aussi n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;homme que l&rsquo;eau et le feu. En\u00a0effet, l&rsquo;or et l&rsquo;argent n&rsquo;ont aucune vertu, aucun usage, aucune propri\u00e9t\u00e9 dont la privation soit un\u00a0inconv\u00e9nient naturel et v\u00e9ritable. C&rsquo;est la folie humaine qui a mis tant de\u00a0prix \u00e0 leur raret\u00e9. La nature, cette excellente m\u00e8re, les a enfouis \u00e0 de grandes profondeurs, comme des productions inutiles et vaines, tandis qu&rsquo;elle expose \u00e0 d\u00e9couvert l&rsquo;air, l&rsquo;eau, la terre, et tout ce qu&rsquo;il y a de bon et de r\u00e9ellement utile.&nbsp;&raquo; <\/i>La description des Ambassadeurs d&rsquo;An\u00e9molie qui suit est particuli\u00e8rement savoureuse et amusante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Utopiens font de la philosophie, de l&rsquo;astronomie et des lettres. Ils se questionnent surtout sur le th\u00e8me du bonheur, de la vertu et du plaisir : quelle est la condition unique, ou les conditions diverses du bonheur de l&rsquo;homme ? Pour eux l&rsquo;\u00e2me est immortelle. Dieu est bon et l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9e pour \u00eatre heureuse. <em>&laquo;&nbsp;Le bonheur, disent-ils, n&rsquo;est pas dans toute esp\u00e8ce de volupt\u00e9 ; il est seulement dans les plaisirs bons et honn\u00eates. C&rsquo;est vers ces plaisirs que tout, jusqu&rsquo;\u00e0 la vertu, m\u00eame, entra\u00eene irr\u00e9sistiblement notre nature ; ce sont eux qui constituent la f\u00e9licit\u00e9. Ils d\u00e9finissent la vertu : <\/em>vivre selon la nature<em>. Dieu, en cr\u00e9ant l&rsquo;homme, ne lui donna pas d&rsquo;autres destin\u00e9e. L&rsquo;homme qui suit l&rsquo;impulsion de la nature est celui qui ob\u00e9it \u00e0 la voix de la raison, dans ses haines et dans ses app\u00e9tits. Or la raison inspire d&rsquo;abord \u00e0 tous les mortels l&rsquo;amour et l&rsquo;adoration de la majest\u00e9 divine, \u00e0 laquelle nous devons <\/em>l&rsquo;\u00eatre<em> et le <\/em>bien-\u00eatre<em>. En second lieu, elle nous enseigne et nous excite \u00e0 vivre gaiement et sans chagrin, et \u00e0 procurer\u00a0les m\u00eames\u00a0avantages \u00e0 nos\u00a0semblables, qui sont nos fr\u00e8res.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suit une liste des caract\u00e8res et des plaisirs qui d\u00e9plaisent aux Utopiens : les vaniteux, les nobles paresseux, les amateurs de pierreries, les avares, les jeux de hasard et la chasse (r\u00e9serv\u00e9e aux bouchers). Ils distinguent plusieurs sortes de vrais plaisirs : ceux des volupt\u00e9s de l&rsquo;\u00e2me et ceux des volupt\u00e9s du corps. Le terme volupt\u00e9 a un sens tr\u00e8s pr\u00e9cis pour eux. C&rsquo;est<em> &laquo;&nbsp;tout \u00e9tat ou tout mouvement de l&rsquo;\u00e2me et du corps, dans lesquels l&rsquo;homme \u00e9prouve un d\u00e9lectation <\/em>naturelle<em>. Ce n&rsquo;est pas sans raison qu&rsquo;ils ajoutent le mot \u00a0<\/em>naturelle<em>, car ce n&rsquo;est pas seulement la sensualit\u00e9, c&rsquo;est aussi la raison \u00a0qui nous attire vers les choses naturellement d\u00e9lectables ; et par l\u00e0 il faut entendre les biens que l&rsquo;on peut rechercher sans injustice, les jouissances qui ne privent pas d&rsquo;une jouissance plus vive, et qui ne tra\u00eenent \u00e0 leur suite aucun mal.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques lignes \u00e9voquent le go\u00fbt pour la philosophie et la m\u00e9decine des Utopiens ainsi que leur curiosit\u00e9 naturelle pour les choses de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Des esclaves\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La servitude est d\u00e9di\u00e9e principalement aux condamn\u00e9s \u00e0 mort d&rsquo;autres pays qui fuient la rigueur de leurs gouvernements pour s&#8217;embaucher en Utopie. Les esclaves trait\u00e9s avec le plus de rigueur sont les sc\u00e9l\u00e9rats utopiens qui ont re\u00e7u la vertu en \u00e9ducation mais qui ont lui pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le crime. Les esclaves peuvent aussi \u00eatre des journalisers pauvres des pays voisins qui sont certains de trouver du pain et du travail en Utopie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suivent ensuite des r\u00e9flexions sur le mariage. Les filles ne peuvent se marier avant dix-huit ans ; les gar\u00e7ons avant vingt-deux. La polygamie est interdite. C&rsquo;est dans ce paragraphe que l&rsquo;on trouve la c\u00e9l\u00e8bre et amusante coutume des Utopiens qui consiste \u00e0 pr\u00e9senter le jeune homme et la jeune femme qui sont fianc\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s originale (\u00e0 \u00a0replacer dans le contexte d&rsquo;une \u00e9poque terroris\u00e9e par les maladies v\u00e9n\u00e9riennes) : <em>&laquo;&nbsp;Une dame honn\u00eate et grave fait voir au futur sa fianc\u00e9e, fille ou veuve, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de nudit\u00e9 compl\u00e8te ; et, r\u00e9ciproquement, un homme d&rsquo;une probit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e montre \u00e0 la jeune fille son fianc\u00e9 nu. Cette coutume singuli\u00e8re nous fit beaucoup rire, et m\u00eame nous la trouvions passablement stupide ; mais, \u00e0 toutes nos \u00e9pigrammes, les Utopiens r\u00e9pondaient qu&rsquo;ils ne pouvaient se lasser d&rsquo;admirer la folie des gens des autres pays. &laquo;&nbsp;Lorsque vous achetez un bidet, affaire de quelques \u00e9cus, vous prenez des pr\u00e9cautions infinies. L&rsquo;animal est presque nu, cependant vous lui \u00f4tez la selle et le harnais, de peur que ces faibles enveloppes ne cachent quelque ulc\u00e8re. Et quand il s&rsquo;agit de choisir une femme, choix qui influe sur tout le reste de la vie, et qui en fait un d\u00e9lice ou un tourment, vous y mettez la plus profonde incurie ! Comment ! vous vous liez d&rsquo;union indissoluble \u00e0 un corps tout envelopp\u00e9 de v\u00eatements qui le cachent, vous jugez de la femme enti\u00e8re par une portion de sa personne large comme la main, puisque son visage seul est \u00e0 d\u00e9couvert ! Et vous ne craignez pas de rencontrer apr\u00e8s cela quelque difformit\u00e9 secr\u00e8te, qui vous force \u00e0 maudire cette union aventureuse ! (\u2026) Il est certain que la plus brillante parure peu couvrir la plus d\u00e9go\u00fbtante difformit\u00e9 ; alors le coeur et les sens de l&rsquo;infortun\u00e9 mari repousseront bien loin la femme dont il ne pourra plus se s\u00e9parer de corps ; puisque, si la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;appara\u00eet qu&rsquo;apr\u00e8s la consommation du mariage, elle n&rsquo;en d\u00e9truit pas l&rsquo;indissolubilit\u00e9, et qu&rsquo;il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 ronger son frein.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs lois sont \u00e9voqu\u00e9es dans une Utopie o\u00f9 le divorce est rarement permis et o\u00f9 l&rsquo;adult\u00e8re est puni d&rsquo;esclavage. (et la r\u00e9cidive d&rsquo;adult\u00e8re de peine de mort !). Les maries ch\u00e2tient leurs femmes et les parents leurs enfants. Mais surtout et par-dessus tout, Thomas More s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre l&rsquo;accumulation de lois inutiles dans la civilisation occidentale. Chez les Utopiens, au contraire, \u00a0<em>&laquo;&nbsp;Les lois sont en tr\u00e8s petit nombre, et suffisent n\u00e9anmoins aux institutions. Ce que les Utopiens d\u00e9sapprouvent surtout chez les autres peuples, c&rsquo;est la quantit\u00e9 infinie de volumes, de lois et de commentaires, qui ne suffisent pas encore \u00e0 l&rsquo;ordre public. Ils regardent comme une injustice supr\u00eame d&rsquo;encha\u00eener les hommes par des lois trop nombreuses, pour qu&rsquo;ils aient le temps de les lire toutes, ou \u00a0bien trop obscures, pour qu&rsquo;ils puissent les comprendre.&nbsp;&raquo; <\/em>En effet,<em> &laquo;&nbsp;Les lois sont promulgu\u00e9es, disent les Utopiens, \u00e0 seule fin que chacun soit averti de ses droits et de ses devoirs. Or, les subtilit\u00e9s de vos commentaires sont accessibles \u00e0 peu de monde, et n&rsquo;\u00e9clairent qu&rsquo;une\u00a0poign\u00e9e de savants ; tandis qu&rsquo;une loi nettement formul\u00e9e, dont le sens n&rsquo;est pas \u00e9quivoque et se pr\u00e9sente naturellement \u00e0 l&rsquo;esprit, est \u00e0 la port\u00e9e de tous.&nbsp;&raquo; <\/em>\u00a0C&rsquo;est l&rsquo;humaniste ici qui parle :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Les Utopiens ont pour principe qu\u2019il ne faut tenir pour ennemi que celui qui se rend coupable d\u2019injustice et de violence. La communion a la m\u00eame nature leur para\u00eet un lien plus indissoluble que tous les trait\u00e9s. L\u2019homme, disent-ils, est uni \u00e0 l\u2019homme d\u2019une fa\u00e7on plus intime et plus forte par le c\u0153ur et la charit\u00e9 que par des mots et des protocoles.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>De la guerre\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Utopiens ont horreur de la guerre mais homme et femmes s&rsquo;exercent \u00e0 la discipline militaire pour \u00eatre habiles aux combats en cas de conflit. Ce sont des pacifistes qui n&rsquo;entreprennent de batailles que sous de graves motifs : d\u00e9fendre leurs fronti\u00e8res, repousser une invasion ennemie sur les terres de leurs alli\u00e9s, ou d\u00e9livrer de la servitude d&rsquo;un tyran un peuple opprim\u00e9 par le despotisme. Est alors cit\u00e9 l&rsquo;exemple de la guerre qu&rsquo;ils entreprirent contre les <em>Alaopolites,\u00a0<\/em>en faveur des <em>N\u00e9ph\u00e9log\u00e8tes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Utopiens pr\u00e9f\u00e8rent n\u00e9gocier que se battre. La force de l&rsquo;intelligence est sup\u00e9rieure \u00e0 la force physique pour eux. C&rsquo;est pourquoi ils <em>&laquo;&nbsp;pleurent am\u00e8rement sur les lauriers d&rsquo;une victoire sanglante ; ils en sont m\u00eame honteux, estimant absurde d&rsquo;acheter les plus brillants avantages au prix du sang humain. Pour eux, le plus beau titre de gloire, c&rsquo;est d&rsquo;avoir vaincu l&rsquo;ennemi \u00e0 force d&rsquo;habilet\u00e9 et d&rsquo;artifices. C&rsquo;est alors qu&rsquo;ils c\u00e9l\u00e8brent des triomphes publics, et qu&rsquo;ils dressent des troph\u00e9es, comme apr\u00e8s une action h\u00e9ro\u00efque ; c&rsquo;est alors qu&rsquo;ils se vantent d&rsquo;avoir agi en hommes et en h\u00e9ros, toutes les fois qu&rsquo;ils ont vaincu par la seule puissance de la raison, ce que ne peut faire aucun des animaux, except\u00e9 l&rsquo;homme. Les lions, disent-ils, les ours, les sangliers, les loups, les chiens, et les autres b\u00eates f\u00e9roces ne savent employer pour se battre que la force du corps ; la plupart d&rsquo;entre elles nous surpassent en audace et en vigueur, et toutes cependant c\u00e8dent \u00e0 l&#8217;emprise de l&rsquo;intelligence et de la raison.&nbsp;&raquo; <\/em>En cas de\u00a0guerre ils emploient essentiellement des mercenaires, ils observent les tr\u00eaves conclues avec l&rsquo;ennemi, ils ne ravagent pas les terres, ne br\u00fblent pas les moissons, \u00e9vitent les pillages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Des religions de l&rsquo;Utopie<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les religions, en Utopie, varient d&rsquo;une province \u00e0 l&rsquo;autre. Il y a une diversit\u00e9 de croyances qui sont toutes respect\u00e9es. Ils conviennent n\u00e9anmoins qu&rsquo;il existe un seul Dieu <em>&laquo;&nbsp;\u00e9ternel, immense, inconnu, inexplicable, au-dessus des perceptions de l&rsquo;esprit humain, remplissant le monde entier de sa toute-puissance et non de son \u00e9tendue corporelle. Ce Dieu, ils l&rsquo;appellent P\u00e8re ; c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;ils rapportent les origines, les accroissants, les progr\u00e8s, les r\u00e9volutions, et les fins de toutes choses. C&rsquo;est \u00e0 lui seul qu&rsquo;ils rendent les honneurs divins.&nbsp;&raquo; <\/em>Cet \u00eatre est\u00a0d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de Mythra. Ils ont aussi re\u00e7u la doctrine\u00a0chr\u00e9tienne et lui accordent une grande faveur. L&rsquo;intol\u00e9rance et le fanatisme sont punis d&rsquo;exil ou d&rsquo;esclavage. Les Utopiens m\u00e9prisent les mat\u00e9rialistes. Ils croient en une vie apr\u00e8s la mort. Ils vouent un culte aux morts illustres et vertueux ainsi qu&rsquo;\u00e0 leurs anc\u00eatres \u00e0 qui ils sont unis <em>&laquo;&nbsp;par les liens de l&rsquo;amour et de la charit\u00e9&nbsp;&raquo;<\/em>. Pour eux, les morts se m\u00ealent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 des vivants et sont t\u00e9moins de leurs actions et de leurs discours. Il existe un coll\u00e8ge sacerdotal qui rassemble les pr\u00eatres des villes d&rsquo;Utopie. C&rsquo;est une sorte de magistrature r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite. Il y a des temples magnifiques en Utopie, des jours de f\u00eate d\u00e9di\u00e9s au culte de la divinit\u00e9 et un moment r\u00e9serv\u00e9 au Grand Pardon o\u00f9 les familles se r\u00e9concilient. Ils n&rsquo;immolent pas d&rsquo;animaux dans leurs sacrifices.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Protecteur des arts* et homme cultiv\u00e9, Thomas More accorde une grande importance \u00e0 la musique utopienne : <em>&laquo;&nbsp;Les instruments de la musique utopienne ont en grande partie d&rsquo;autres formes que celles que nous voyons chez nous. La plupart sont plus harmonieux que les n\u00f4tres, et quelques-uns ne peuvent pas m\u00eame leur \u00eatre compar\u00e9s. Mais ce qui donne \u00e0 la musique utopienne, soit instrumentale, soit vocale, une sup\u00e9riorit\u00e9 incontestable, c&rsquo;est qu&rsquo;elle imite et qu&rsquo;elle exprime toutes les affections de la nature avec une rare perfection. Les Utopiens accomodent si bien le son \u00e0 la chose, ils peignent si vivement les supplications de la pri\u00e8re, la joie et la piti\u00e9, le trouble,le deuil et la col\u00e8re ; en un mot, la forme de leur m\u00e9lodie repr\u00e9sente avec une telle v\u00e9rit\u00e9 les sentiments les plus intimes, que l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;auditeur en est merveilleusement \u00e9mue, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, enflamm\u00e9e.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>\u00a0Conclusion<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En conclusion, notre Rapha\u00ebl r\u00e9capitule et r\u00e9sume les bienfait de la r\u00e9publique d&rsquo;Utopie :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;En Utopie, o\u00f9 tout appartient \u00e0 tous, personne ne peut manquer de rien, une fois que les greniers publics sont remplis. Car la fortune de l&rsquo;Etat n&rsquo;est jamais injustement distribu\u00e9e en ce pays ; l&rsquo;on n&rsquo;y voit ni pauvre ni mendiant, et quoique personne n&rsquo;ait rien \u00e0 soi, cependant tout le monde est riche. Est-il, en effet, de plus belle richesse que de vivre joyeux et tranquille, sans inqui\u00e9tude ni souci ? Est-il un sort plus heureux que celui de ne pas trembler pour son existence, de ne pas \u00eatre fatigu\u00e9 des demandes et des plaintes continuelles d&rsquo;une \u00e9pouse, de ne pas craindre la pauvret\u00e9 pour son fils, de ne pas s&rsquo;inqui\u00e9ter de la dot de sa fille ; mais d&rsquo;\u00eatre s\u00fbr et certain de l&rsquo;existence et du bien-\u00eatre pour soi et pour tous les siens, femme, enfants, petits-enfants, arri\u00e8re-petits-enfants, jusqu&rsquo;\u00e0 la plus longue post\u00e9rit\u00e9 dont un noble puisse s&rsquo;enorgueillir ?&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le principal obstacle de l&rsquo;\u00e9tablissement de cette r\u00e9publique id\u00e9ale est pour lui l&rsquo;orgueil : <em>&laquo;&nbsp;Mais l&rsquo;orgueil, passion f\u00e9roce, reine et m\u00e8re de toute plaie sociale, oppose une r\u00e9sistance invincible \u00e0 cette conversion des peuples. L&rsquo;orgueil ne mesure pas le bonheur sur le bien-\u00eatre personnel, mais sur l&rsquo;\u00e9tendue des peines d&rsquo;autrui. L&rsquo;orgueil ne voudrait pas m\u00eame devenir Dieu, s&rsquo;il ne lui restait plus de malheureux \u00e0 insulter et \u00e0 traiter en esclaves, si le luxe de son bonheur ne devait plus \u00eatre relev\u00e9 par les angoisses de la mis\u00e8re, si l&rsquo;\u00e9talage de ses richesses ne devait plus torturer l&rsquo;indigence et allumer son d\u00e9sespoir. L&rsquo;orgueil est un serpent d&rsquo;enfer, qui s&rsquo;est gliss\u00e9 dans le coeur des hommes, qui les aveugle par son venin, et qui les fait reculer loin du sentir d&rsquo;une vie meilleure. Ce reptile s&rsquo;attache de trop pr\u00e8s \u00e0 leurs chairs pour qu&rsquo;on puisse facilement l&rsquo;en arracher.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Thomas More fait ensuite son auto-critique, en ayant bien conscience de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir pareil r\u00e9gime :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;D\u00e8s que Rapha\u00ebl eut achev\u00e9 ce r\u00e9cit, il me revint \u00e0 la pens\u00e9e grand nombre de choses qui me paraissaient absurdes dans les lois et les moeurs des Utopiens, telles que leurs syst\u00e8me de guerre, leur culte, leur religion, et plusieurs autres institutions. Ce qui surtout renversait toutes mes id\u00e9es, c&rsquo;\u00e9tait le fondement sur lequel s&rsquo;est \u00e9difi\u00e9e cette r\u00e9publique \u00e9trange, je veux dire la communaut\u00e9 de vie et de biens, sans commerce d&rsquo;argent. Or, cette communaut\u00e9 d\u00e9truit radicalement toute noblesse et magnificence, et splendeur et majest\u00e9, choses qui, aux yeux de l&rsquo;opinion publique, font l&rsquo;honneur et le v\u00e9ritable ornement d&rsquo;un Etat. N\u00e9anmoins, je n&rsquo;\u00e9levai \u00e0 Rapha\u00ebl aucune difficult\u00e9, parce que je le savais fatigu\u00e9 de sa longue narration. En outre, je n&rsquo;\u00e9tais pas bien s\u00fbr qu&rsquo;il souffr\u00eet patiemment la contradiction. Je me rappelais l&rsquo;avoir entendu censurer vivement certains contradicteurs, en leur reprochant d&rsquo;avoir peur de passer pour imb\u00e9ciles, s&rsquo;ils ne trouvaient quelque chose \u00e0 opposer aux inventions des autres.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je louai donc les institutions utopiennes et son discours. Puis je le pris par la main pour le faire entrer souper, lui disant qu&rsquo;une autre fois nous aurions le loisir de m\u00e9diter plus profond\u00e9ment ces mati\u00e8res, et d&rsquo;en causer ensemble avec plus de d\u00e9tails. Plaise \u00e0 Dieu que cela m&rsquo;arrive un jour ! Car si, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, je ne puis consentir \u00e0 tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit par cet homme, du reste fort savant sans contredit et tr\u00e8s habile en affaires humaines, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, je confesse ais\u00e9ment qu&rsquo;il y a chez les Utopiens une foule de choses que je souhaite voir \u00e9tablies dans nos cit\u00e9s.\u00a0<\/em><em>Je le souhaite plus que je ne l&rsquo;esp\u00e8re.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>&laquo;&nbsp;Je le souhaite plus que je ne l&rsquo;esp\u00e8re&nbsp;&raquo;.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne pouvons que rejoindre notre illustre \u00e9crivain sur ce point. Si beaucoup de principes utopiens semblent d\u00e9sirables, d&rsquo;autres laissent perplexes, \u00e0 commencer par le statut de la femme, certes consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9gale de l&rsquo;homme mais encore passible de ch\u00e2timents corporels. Ce qui nous int\u00e9resse est la critique politique et sociale du capitalisme marchand qui \u00e9merge \u00e0 cette \u00e9poque. Unissant morale chr\u00e9tienne, n\u00e9o-platonisme (on note l&rsquo;influence de\u00a0<em>La R\u00e9publique<\/em> de Platon), humanisme, Thomas More cherche \u00e0 r\u00e9soudre l&rsquo;\u00e9ternel probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique des hommes. Il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 employer le registre de la satire et de l&rsquo;humour, dont est d\u00e9nu\u00e9 un ouvrage politique comme\u00a0<em>Le Prince <\/em>de Machiavel (1532), \u00e0 titre de comparaison. Sa vision d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 imaginaire influence par la suite indirectement nombres de penseurs, d&rsquo;id\u00e9alistes et autres &laquo;&nbsp;utopistes&nbsp;&raquo;. Nous pensons \u00e0 Thomas Hobbes (<em>L\u00e9viathan<\/em>, 1651), F\u00e9nelon (<em>T\u00e9l\u00e9maque<\/em>, 1699), Jonathan Swift (<em>Les voyages de Gulliver<\/em>, 1726), Voltaire (<em>Candide<\/em>, 1758), William Morris (<em>News from Nowhere<\/em>, 1891), Aldous Huxley (<em>Brave New World<\/em>, 1932) ou encore George Orwell (<em>1984<\/em>, 1949).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas More fut un r\u00eaveur sans cesse ancr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9. Penser \u00e0 un monde id\u00e9al ne l&#8217;emp\u00eacha pas de verser son sang pour rester fid\u00e8le \u00e0 sa libert\u00e9 int\u00e9rieure : <em>&laquo;&nbsp;Je fus fid\u00e8le serviteur du Roi, mais je demeure avant tout celui de Dieu&nbsp;&raquo;<\/em> . Il d\u00e9fendit la clause d&rsquo;inviolabilit\u00e9 de la conscience, en prouvant par sa mort que celle-ci n&rsquo;\u00e9tait pas une vaine utopie.<\/p>\n<p>G.L.S.G.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Jane More meurt en 1514. Thomas se remarie avec Alice Middleton.<br \/>\n(2) Cit\u00e9 par Marcelle Bottigelli in introduction de <em>L&rsquo;Utopie<\/em> de Thomas More, traduction de Victor Stouvenel. Messidor, Editions sociales, Paris, 1966, 1982.<br \/>\n(3) Thomas More est canonis\u00e9 en 1935, avec l&rsquo;Ev\u00eaque John Fisher et d&rsquo;autres martyrs anglais.<br \/>\n* C&rsquo;est par l&rsquo;entremise de Thomas More que le peintre Holbein devint peintre de la Couronne d&rsquo;Angleterre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&raquo; Mais, dites-moi, cher Morus, pr\u00eacher une pareille morale \u00e0 des hommes qui, par int\u00e9r\u00eat et par syst\u00e8me, inclinent \u00e0 des principes diam\u00e9tralement oppos\u00e9s, n\u2019est-ce pas conter une histoire \u00e0 des sourds ? &laquo;&nbsp; Qui n\u2019a jamais r\u00eav\u00e9 d\u2019utopie ?&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=2391\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2400,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[1712,1713,1752,1714,1715,1716,1717,1753,1522,1718,139,1720,1721,1749,1722,1723,1724,1748,1725,1726,1719,32,1727,1747,1750,1728,1729,1730,1731,497,357,558,1733,293,1734,1735,1736,1737,1738,1739,1740,1741,1742,1743,95,1744,1745,1156,1746,1751],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/saint-thomas-more-00.jpg?fit=290%2C400","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-Cz","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2391"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2391"}],"version-history":[{"count":9,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2391\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3812,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2391\/revisions\/3812"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2400"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2391"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2391"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2391"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}