{"id":2360,"date":"2014-03-21T00:24:44","date_gmt":"2014-03-21T00:24:44","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=2360"},"modified":"2014-10-18T18:19:07","modified_gmt":"2014-10-18T18:19:07","slug":"la-chevauchee-sacree-de-jeanne-darc","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=2360","title":{"rendered":"La chevauch\u00e9e sacr\u00e9e de Jeanne d&rsquo;Arc (Vaucouleurs, 23 f\u00e9vrier 1429 &#8211; 25 d\u00e9cembre 1430, Rouen)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-2361\" alt=\"Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?resize=263%2C300\" width=\"263\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?resize=263%2C300 263w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?resize=898%2C1024 898w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?resize=560%2C638 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?resize=260%2C296 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?resize=160%2C182 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?resize=900%2C1026 900w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?w=1228 1228w\" sizes=\"(max-width: 263px) 100vw, 263px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Roland Engerand, article de\u00a0<i>L\u2019Illustration<\/i>, le 23 f\u00e9vrier 1929, n\u00b04486<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jamais on ne se lassera d\u2019entendre cette histoire. C\u2019est qu\u2019elle r\u00e9sume, d\u2019incomparable fa\u00e7on, ce que notre \u00e2me parvient \u00e0 obtenir, et jusqu\u2019\u00e0 quel point l\u2019on peut sacrifier en soi le p\u00e9rissable \u00e0 l\u2019\u00e9ternel.\u00a0 Le corps est la monnaie dont l\u2019\u00e2me paie d\u2019ordinaire l\u2019accomplissement de ses vertiges. C\u2019est une dure loi, mais une loi supr\u00eame- surtout aux heures o\u00f9 s\u2019ensanglante l\u2019Histoire-\u00a0 des d\u00e9gradations de la chair. L\u2019\u00e2me commande le festin\u00a0; et le corps acquitte la note.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et voil\u00e0 peut-\u00eatre pourquoi le corps et l\u2019\u00e2me sont de si rudes adversaires. Ceux qui, pendant la guerre derni\u00e8re, furent en p\u00e9ril de mort, connurent bien ce tragique d\u00e9bat. Il y a l\u2019\u00e2me, affam\u00e9e d\u2019h\u00e9ro\u00efsme, qui veut s\u2019\u00e9lever jusqu\u2019aux supr\u00eames cimes par les indispensables voies du sacrifice. Pourquoi craindrait-elle l\u2019inaccessible, puisqu\u2019elle est immortelle\u00a0?&#8230;Mais il y a, pr\u00e8s d\u2019elle, le pauvre corps qui, lui, est mortel, et qui s\u2019effare devant les buts altiers que se propose l\u2019\u00e2me. Il sait bien qu\u2019il en p\u00e2tira, qu\u2019il en p\u00e9rira peut-\u00eatre. Et, au moment des p\u00e9rilleuses tentatives, tandis qu\u2019une voix immat\u00e9rielle, exalt\u00e9e et radieuse, approuvait la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tu fais bien d\u2019oser cela\u00a0\u00bb<\/em>, le malheureux corps g\u00e9missait\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Qu\u2019ai-je donc fait de mal pour que tu me condamnes ainsi\u00a0?&#8230;A vingt ans\u2026Je sens en moi tant de jeunesse et tant de vie. Je ne veux pas mourir encore.\u00a0\u00bb<\/em> Duel magnifique et saisissant, que connut Jeanne d\u2019Arc\u00a0! L\u2019implacable beaut\u00e9 de son \u00e2me, nul ne l\u2019ignore. Mais ce qu\u2019on a gu\u00e8re dit, c\u2019est le martyre de son corps, la prodigieuse r\u00e9sistance des muscles et des nerfs de cette enfant de moins de vingt ans, et comment cette chair fut sacrifi\u00e9e pour l\u2019accomplissement de sa divine mission. Partout l\u2019on a glorifi\u00e9 fort justement l\u2019\u00e2me immortelle de la sainte de la patrie. Je veux c\u00e9l\u00e9brer ici, en \u00e9voquant sa prodigieuse chevauch\u00e9e, la grande piti\u00e9 du corps de Jeanne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0C\u2019est une jeune fille vigoureuse et saine, dans toute la fleur de sa radieuse jeunesse, qui, le 23 f\u00e9vrier 1429, part de Vaucouleurs par la porte de France\u2026Deux ans plus tard, c\u2019est une pauvre cr\u00e9ature ext\u00e9nu\u00e9e, us\u00e9e jusqu\u2019aux moelles, qui, le 30 mai 1431, monte sur le b\u00fbcher de la place du Vieux-March\u00e9. Quelques mois seulement ont pu ravager \u00e0 ce point la solide vigueur d\u2019une\u00a0 jeune paysanne de dix-huit ans\u00a0! C\u2019est que, pendant ces deux ann\u00e9es, ce beau corps a accompli la plus prodigieuse chevauch\u00e9e, endur\u00e9 le plus \u00e9puisant calvaire. Cette grande fille a \u00ab\u00a0totalis\u00e9\u00a0\u00bb, -dirions-nous aujourd\u2019hui, -rien qu\u2019en cent soixante-jours de marches militaires, plus de 5000 kilom\u00e8tres. Douze cent cinquante lieues\u00a0! On croit r\u00eaver. Une enfant de dix-huit ans a fait cela\u2026a parcouru \u00e0 cheval, en un si bref d\u00e9lai, une distance \u00e9gale \u00e0 celle qui s\u00e9pare Paris du c\u0153ur de l\u2019Hindoustan, une distance o\u00f9 se multiplie par six ce trajet de Paris \u00e0 Cannes, qu\u2019une fois l\u2019an tentent nos amazones les plus endurcies. Et n\u2019oublions pas que cette chevauch\u00e9e fut orchestr\u00e9e du bruit de vingt batailles, ensanglant\u00e9e par trois blessures, et que la prison, puis la mort-et quelle torturante mort\u00a0! \u00e9taient au bout de la derni\u00e8re \u00e9tape\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A Domr\u00e9my, entre ses trois fr\u00e8res, Jeannette avait grandi. Elle prenait soin du m\u00e9nage, menait au p\u00e2turage le troupeau communal, conduisait les lourds chevaux qui trient la charrue, arrachait du champ les f\u00e2cheuses herbes. Elle aimait les cloches de l\u2019\u00e9glise, ces voix qui parlent \u00e0 Dieu. Elle soignait les malades et recueillait les pauvres, leur laissant sa couche et dormant au coin du foyer. Le soir, durant les longues veill\u00e9es d\u2019hiver, elle \u00e9coutait les lamentations des voisins sur les malheurs des arm\u00e9es de la France, les tristes souvenirs des vieillards qui, tant de fois d\u00e9j\u00e0, avaient d\u00fb, \u00e0 l\u2019approche d\u2019un brutal ennemi, fuir le village en poussant devant eux les troupeaux inconscients. En elle s\u2019\u00e9taient amass\u00e9es de farouches ardeurs. Et puis, au Bois-Chenu, son destin lui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Les Dames lui ont dit\u00a0: <em>\u00abJeanne, vois la grande piti\u00e9 qui est au royaume de France. Va et d\u00e9livre le pays.\u00a0\u00bb<\/em> Et la pauvrette de r\u00e9pondre\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Mais je ne suis qu\u2019une pauvre fille qui ne sait ni se tenir \u00e0 cheval, ni conduire les hommes d\u2019armes.\u00a0\u00bb<\/em> Or, les Dames ont insist\u00e9. Elles avaient probablement leurs raisons. Alors, \u00e0 la chapelle de Bermont, elle a jur\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 ses voix, d\u2019accepter le d\u00e9part. Elle en sait les difficult\u00e9s. Et les premi\u00e8res ne tardent gu\u00e8re. Son p\u00e8re, apprenant, par quelques paroles imprudentes, que sa fille veut s\u2019en aller courir les grands chemins, se met dans une belle col\u00e8re, disant \u00e0 ses autres enfants\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Si je savais que votre s\u0153ur part\u00eet, je vous dirais de la noyer et, si vous ne le faisiez, je le ferais moi-m\u00eame\u2026\u00a0\u00bb.<\/em> Pour briser son mystique dessein, il\u00a0 la veut marier \u00e0 seize ans. Jeanne se d\u00e9bat vigoureusement dans les rets dont on veut l\u2019emp\u00eatrer. Devant le tribunal de Toul, elle obtient raison. Et puis, un jour, vers Baudricourt elle s\u2019envole, laissant derri\u00e8re elle des parents tr\u00e8s aim\u00e9s, une vie fort ais\u00e9e; elle va vers les rebuffades, les d\u00e9ceptions, les fatigues, les dangers\u00a0; elle va vers le b\u00fbcher\u2026Les Dames lui ont dit\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0D\u00e9livre le pays de France.\u00a0\u00bb<\/em> Il faut bien ob\u00e9ir aux voix des Dames\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une jeune fille dans la fleur de sa radieuse sant\u00e9 qui part de Vaucouleurs par la porte de France, le 23 f\u00e9vrier 1429. Une vierge forte, une Vosgienne trapue et robuste, -comme elles savent l\u2019\u00eatre, -une solide paysanne dont le corps rayonne de force, de jeunesse et de vigueur, dont le cou large et <em>\u00ab\u00a0fortement camp\u00e9 sur ses \u00e9paules\u00a0\u00bb<\/em>, -ajoute Christine de Pisan, -s\u00e9pare un beau visage, coiff\u00e9 d\u2019un noir chaperon, d\u2019une poitrine sainement \u00e9panouie sous son pourpoint de gros drap sombre. Ce corps, dont tous les contemporains nous relatent la splendeur, admirons-le une derni\u00e8re fois avant la grande chevauch\u00e9e qui le ravagera. \u00a0Celle qui part en ce matin d\u2019hiver a vaincu les derni\u00e8res difficult\u00e9s. Sa douce obstination a eu raison des lenteurs impos\u00e9es \u00e0 son g\u00e9n\u00e9reux \u00e9lan par le repr\u00e9sentant de l\u2019Administration\u00a0: Robert de Baudricourt. Et ce lourd soldat, qui l\u2019a raill\u00e9e d\u2019abord\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Qu\u2019on la ram\u00e8ne \u00e0 Domremy, pour que son p\u00e8re lui donne des taloches\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019est laiss\u00e9 enfin \u00e0 demi convaincre par sa foi. Aujourd\u2019hui, il lui donne une \u00e9p\u00e9e et lui dit\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Va, et advienne que pourra.\u00a0\u00bb<\/em> Elle a ralli\u00e9 \u00e0 son enthousiasme plusieurs hommes d\u2019armes de la suite du gouverneur. N\u2019est-elle pas admirablement \u00e9loquente, cette volont\u00e9 qui s\u2019exprime en phrases d\u2019un tel ton\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0 J\u2019irai jusqu\u2019\u00e0 Chinon, duss\u00e9-je, pour y aller, user mes jambes jusqu\u2019aux genoux.\u00a0\u00bb<\/em> Un jour, l\u2019un de ces gentilshommes lui a demand\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Quand voulez-vous partir\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> La r\u00e9ponse a jailli comme une fl\u00e8che\u00a0: <em>\u00ab\u00a0A l\u2019instant plut\u00f4t que demain\u00a0; demain plut\u00f4t qu\u2019apr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/em> Ah\u00a0! non, ce n\u2019est pas chose facile que de partir d\u00e9livrer son pays. Il faut attendre le retour du messager envoy\u00e9 au roi. Et Jeanne s\u2019impatiente\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le temps me dure comme \u00e0 une femme qui va \u00eatre m\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em> Il faut, avant Chinon, aller \u00e0 Nancy saluer son vieux duc, curieux de voir cette inspir\u00e9e. Il faut se faire coudre des habits d\u2019homme pour \u00e9viter, sur les routes, les entreprises des paillards. Il faut subir les exorcismes du bon cur\u00e9 de Vaucouleurs et lui prouver que le d\u00e9mon ne vous poss\u00e8de pas. Il faut acqu\u00e9rir une monture. Heureusement, Jeanne a un oncle g\u00e9n\u00e9reux qui consent \u00e0 lui acheter un cheval de labour. Il l\u2019a pay\u00e9 seize francs (d\u2019or, il est vrai, ce qui correspond \u00e0 environ six cent francs de notre monnaie actuelle). Et ce cheval de seize francs va la conduire jusqu\u2019\u00e0 Chinon, o\u00f9 elle sera onze jours plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n\u2019est pas un des moindres prodiges de cette admirable chevauch\u00e9e que cette randonn\u00e9e de Vaucouleurs \u00e0 Chinon qui en constitue les premiers galops. Six cents kilom\u00e8tres sont ainsi parcourus en onze jours, sur un mauvais bidet de labour, par une jeune fille qui, jusqu\u2019alors, n\u2019avait \u00e0 peu pr\u00e8s jamais enfourch\u00e9 un cheval. Certes, cette paysanne avait pu s\u2019essayer parfois, en revenant des champs, \u00e0 se tenir sur la croupe d\u2019une jument locale. Certes, son voyage \u00e0 Sermaize, chez son oncle le cur\u00e9, peu avant son d\u00e9part de Domremy, et son d\u00e9placement \u00e0 Nancy, \u00e0 la cour de Charles II, l\u2019avaient quelque peu entra\u00een\u00e9e, avaient \u00e9t\u00e9 pour elle <em>\u00ab\u00a0bonne \u00e9cole de guerre\u00a0\u00bb<\/em>. Mais qu\u2019\u00e9taient ces cinquante lieues en regard de ces six cent kilom\u00e8tres qu\u2019elle va parcourir en onze \u00e9tapes successives, souvent de nuit, par des sentiers plus ou moins impraticables\u00a0! Elle a accompli l\u00e0 un tour de force presque inexplicable, que les plus experts cavaliers avouent ne pouvoir r\u00e9\u00e9diter aussi brillamment. L\u2019un d\u2019eux, brillant officier au 5<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de chasseurs \u00e0 cheval, le capitaine Louis Champion, qui a \u00e9crit jadis sur<em> \u00ab\u00a0Jeanne d\u2019Arc \u00e9cuy\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em> un volume fort int\u00e9ressant, a d\u00e9clar\u00e9\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, on dirait\u00a0: C\u2019est une belle performance, &#8211; et ma foi, en tenant compte des circonstances, des marches de nuit, du nombre des cavaliers, de la qualit\u00e9 des chevaux, l\u2019\u00e9pith\u00e8te toute moderne de <\/em>\u00ab\u00a0record\u00a0\u00bb<em> devrait trouver ici son application. Jeanne d\u2019Arc et ses compagnons d\u00e9tiennent le record de Vaucouleurs \u00e0 Chinon, en moins de onze jours, montant les m\u00eames chevaux, suivant des chemins de traverse, \u00e9vitant d\u2019\u00eatre vus, soutenus seulement par le sentiment du devoir et par la fermet\u00e9 de leur patriotisme. Qu\u2019avec la m\u00eame vitesse on essaie de suivre le m\u00eame chemin, notre exp\u00e9rience de cavalerie nous permet d\u2019affirmer qu\u2019il est impossible que les 7 ou 9 chevaux rassembl\u00e9s puissent arriver \u00e0 bon port, sans que le chef ait \u00e0 intervenir comme m\u00e9decin, hippiatre, mar\u00e9chal ou tailleur, pour soigner ou faire soigner, r\u00e9parer ou faire r\u00e9parer, pour aviser en un mot \u00e0 d\u2019in\u00e9vitables situations. Or aucun accident n\u2019a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 se rapportant \u00e0 ce miraculeux voyage de Vaucouleurs \u00e0 Chinon.\u00a0\u00bb<\/em> C\u2019\u00e9tait aussi une grande audace que de tenter une telle aventure en une r\u00e9gion toute d\u00e9vou\u00e9e aux Bourguignons et infest\u00e9e par les pillards des arm\u00e9es royales. De tous c\u00f4t\u00e9s, l\u2019on avait dit \u00e0 Jeanne\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Comment pourrez-vous faire un tel voyage quand il y a, de tous c\u00f4t\u00e9s, des gens de guerre\u00a0?\u00a0<\/em>\u00bb Et Jeanne avait r\u00e9pondu, dans la paix souriante de son c\u0153ur\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Je ne crains point les gens de guerre. J\u2019ai mon chemin tout aplani.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il faut cependant composer avec le p\u00e9ril. Ce n\u2019\u00e9taient pas les six jeunes hommes qui s\u2019\u00e9taient joints \u00e0 Jeanne- si vaillants fussent-ils- qui lui pouvaient \u00eatre d\u2019un grand secours en cas de rencontre avec l\u2019ennemi. Il faut marier la prudence humaine \u00e0 la protection divine. La petite troupe s\u2019\u00e9tait d\u00e9guis\u00e9e. <em>\u00ab\u00a0Dans les derniers jours de f\u00e9vrier 1429, nous rapporte un document historique fort peu connu, on vit passer \u00e0 Auxerre une petite bande de gens de Lorraine qui disaient voyager pour affaires de commerce. Ils \u00e9taient cinq ou six, dont deux jeunes paysans. L\u2019un pouvait bien avoir seize ou dix-sept ans.\u00a0\u00bb<\/em> Ce paysan de dix-sept ans, eh\u00a0! voil\u00e0 bien notre Jeanne\u00a0! Mais cela ne pouvait suffire encore. Il fallut \u00e9viter les voies fr\u00e9quent\u00e9es, se garder de passer par les villages o\u00f9 se trouvaient des hommes d\u2019armes du parti adverse, cheminer aux heures ensommeill\u00e9es, envelopper parfois de linge les sabots des chevaux pour amortir le bruit des pas sur le sol. Heureusement, ce chevalier Jean de Metz, qui dirigeait les audacieux, \u00e9tait un soldat fort au courant des ruses de guerre et de tout ce qu\u2019il faut r\u00e9aliser pour voir et ne pas \u00eatre vu, pour progresser sans \u00eatre rattrap\u00e9. Et, toujours \u00e9vitant les dangereuses rencontres, Jeanne accomplit sans incident ses onze \u00e9tapes de Vaucouleurs jusqu\u2019\u00e0 Chinon. Mais de quelles mis\u00e8res s\u2019accompagna pour elle semblable randonn\u00e9e\u00a0! Que de martyres devaient pr\u00e9c\u00e9der son martyre de Rouen, au long de ces \u00e9tapes o\u00f9, les pieds glac\u00e9s par leur immobilit\u00e9 dans les \u00e9triers, le poignet raidi de crampes sur la bride, elle cheminait sous un ciel incl\u00e9ment d\u2019hiver, sur son cheval de labour dont le lourd rythme avivait sur sa chair d\u2019intol\u00e9rables \u00e9corchures\u00a0! Pendant des heures, il lui fallait traverser ou suivre des prairies inond\u00e9es, des sentiers noy\u00e9s par les crues famili\u00e8res, en cette \u00e9poque, \u00e0 ces vall\u00e9es de Meuse et de Marne, d\u2019Aube et d\u2019Yonne, tandis que sa monture, inqui\u00e8te du sol mouvant, l\u2019\u00e9claboussait \u00e0 chaque pas d\u2019une eau glaciale. Et puis il y avait les rivi\u00e8res qu\u2019elle devait traverser \u00e0 gu\u00e9, souvent <em>\u00ab en des passages renomm\u00e9s p\u00e9rilleux\u00a0\u00bb<\/em>, puisque les ponts leur \u00e9taient interdits. Interminables fuites dans la nuit, \u00e0 travers les grands bois o\u00f9 les branches inaper\u00e7ues cravachent sans cesse le visage, o\u00f9 le craquement d\u2019une branche morte \u00e9veille des terreurs infinies, haltes o\u00f9 le cavalier devait songer au repos de son cheval plus qu\u2019\u00e0 son propre repos, trots suppliciants sur les routes truff\u00e9es d\u2019orni\u00e8res- car les corv\u00e9ables, cantonniers d\u2019alors, ne se d\u00e9cidaient \u00e0 rempierrer quelque peu les chemins que lorsque leurs lourds b\u0153ufs n\u2019y pouvaient avancer, -g\u00eetes nocturnes o\u00f9, transie de froid, de pluie et de fatigue, tortur\u00e9e par ses meurtrissures, la pauvre enfant tombait an\u00e9antie sans vouloir c\u00e9der enti\u00e8rement au sommeil entre ces rudes compagnons dont se d\u00e9ifiait sa pudeur de vierge. Tout cela, elle le supporta avec une invraisemblable \u00e9nergie. Mais aussi quel cri de victoire, en arrivant au but, aux portes de Chinon\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Gentil Dauphin, j\u2019ai fait cent cinquante lieues pour vous venir en aide\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Quelle fiert\u00e9 dans la proclamation de son magnifique effort\u00a0! Et, pour se reposer enfin avant de franchir quelques heures plus tard, les derniers kilom\u00e8tres, elle entend coup sur coup trois messes dans l\u2019\u00e9glise de Fierbois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Maintenant, en Jeanne d\u2019Arc, le chef de guerre a succ\u00e9d\u00e9 au p\u00e8lerin. A Chinon, re\u00e7ue apr\u00e8s deux jours d\u2019impatiente attente, elle a pr\u00e9cis\u00e9 sa mission devant Charles VII. <em>\u00ab\u00a0Le Roi des Cieux vous mande par moi que vous serez sacr\u00e9 \u00e0 Reims.\u00a0\u00bb<\/em> Elle a eu grand mal \u00e0 vaincre les r\u00e9sistances royales. Mais que ne vaincrait-elle pas\u00a0? Et les victoires se succ\u00e8dent. Victoire contre ses ennemis de la petite Cour qu\u2019elle convainc de sa bonne foi et de ses bonnes m\u0153urs pendant les jours o\u00f9, log\u00e9e dans une tour du ch\u00e2teau, on la vient observer comme une b\u00eate curieuse. Victoire contre son corps, qui demande gr\u00e2ce et qu\u2019elle oblige \u00e0 supporter de nouvelles fatigues, pr\u00e9f\u00e9rant au repos le plus m\u00e9rit\u00e9 les exercices de lance\u00a0<em>\u00ab\u00a0pour ne pas perdre sa pleine condition de cheval\u00a0\u00bb<\/em>, ou les 64 kilom\u00e8tres d\u2019un p\u00e8lerinage avec son <em>\u00ab\u00a0beau duc\u00a0\u00bb<\/em> \u00e0 l\u2019abbaye de Saint-Florentin-les-Saumur. Victoire contre les docteurs de Poitiers, qu\u2019elle moque si hardiment pendant les longues semaines o\u00f9 ils la harc\u00e8lent de leurs interrogatoires pour s\u2019assurer qu\u2019elle n\u2019est point une de ces sorci\u00e8res que l\u2019on voit, par les nuits sans lune, enfourcher un balai pour se rendre au sabbat, et pour conclure que l\u2019Eglise donne son contentement \u00e0 l\u2019aventure que r\u00e9clame cette vierge de dix-huit ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et la chevauch\u00e9e reprend. Apr\u00e8s avoir joyeusement regagn\u00e9 la Touraine, Jeanne en repart un beau matin \u00e0 la t\u00eate de l\u2019arm\u00e9e de secours r\u00e9unie pour d\u00e9livrer Orl\u00e9ans. Ce n\u2019est plus la petite villageoise qui partit de Vaucouleurs, mal d\u00e9guis\u00e9e en paysan. C\u2019est un chef de guerre pr\u00e9c\u00e9dant une arm\u00e9e de dix milliers d\u2019hommes, mont\u00e9 sur un destrier blanc fi\u00e8rement capara\u00e7onn\u00e9, choisi par elle dans les \u00e9curies royales. Car elle s\u2019est s\u00e9par\u00e9e, d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Chinon, du bon bidet de seize francs qui l\u2019amena depuis la Lorraine. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la peine. Il ne sera pas, lui, \u00e0 l\u2019honneur. Une \u00e9tincelante armure, confectionn\u00e9e \u00e0 Tours, ville renomm\u00e9e par ses armuriers, recouvre son corps. L\u2019\u00e9p\u00e9e de sainte Catherine de Fierbois pend \u00e0 son c\u00f4t\u00e9. Derri\u00e8re elle, un nombreux \u00e9tat-major\u00a0: deux gracieux pages de quatorze ans, ses deux fr\u00e8res qui l\u2019ont rejointe, deux \u00e9cuyers, le moine Pasquerel\u00a0: son aum\u00f4nier, d\u2019autres encore, en tout onze personnes ayant rang de ma\u00eetres et douze seconds tenant cinq chevaux de main. All\u00e9grement elle se dirige vers Blois, portant son \u00e9tendard de toile blanche bord\u00e9 de franges d\u2019or. <em>\u00ab\u00a0Elle portoit, nous dit la<\/em> Chronique de la Pucelle<em>, aussi gentiment son harnois en chevauchant que si elle n\u2019e\u00fbt fait autre chose tout le temps de sa vie, dont plusieurs s\u2019\u00e9merveill\u00e8rent\u2026\u00a0\u00bb<\/em> Et dont, toujours, nous nous \u00e9merveillerons. Comme elle devait \u00eatre lourde \u00e0 de si douces \u00e9paules, cette pesante carapace de fer battu qui emprisonnait de toutes parts ce corps gracieux, tout endolori par ces \u00e9pauli\u00e8res, ces coudi\u00e8res, ces gantelets, ces cuissots, ces gr\u00e8ves et ces solerets\u00a0! Et voici, pour ce pauvre corps, de nouvelles mis\u00e8res\u00a0: la meurtrissure des angles contre lesquels sa tendre chair d\u2019adolescente n\u2019\u00e9tait point encore endurcie, l\u2019oppression du m\u00e9tal comprimant ses articulations et les in\u00e9vitables c\u00e9phalalgies que le heaume ne pouvait manquer de d\u00e9cha\u00eener. Or, malgr\u00e9 tout cela, &#8211; son intendant l\u2019affirmera au proc\u00e8s, &#8211; la vaillante enfant, poussant la r\u00e9sistance physique \u00e0 ses supr\u00eames limites, ne quittera jamais son <em>\u00ab\u00a0blanc harnois\u00a0\u00bb<\/em> pendant ses nuits guerri\u00e8res \u00e0 la belle \u00e9toile\u00a0; et, cependant qu\u2019autour d\u2019elle ses robustes compagnons se d\u00e9barrasseront, d\u00e8s leur arriv\u00e9e au campement ou au g\u00eete, de leur carcan de fer, elle gardera toujours son accablante armure, d\u00e9daignant ses meurtrissures et sa souffrance, qu\u2019elle ne cherchera d\u2019ailleurs pas \u00e0 dissimuler. C\u2019est qu\u2019elle veut \u00eatre pr\u00eate sans cesse \u00e0 parer \u00e0 toute surprise, \u00e0 toute embuscade. Elle n\u2019a pas le droit de se laisser prendre avant d\u2019avoir men\u00e9 son roi \u00e0 Reims. Et puis, elle veut, dans l\u2019ardeur de sa foi surhumaine, meurtrir sans tr\u00eave sa chair pour la mieux pr\u00e9parer au rude calvaire qui l\u2019attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tant d\u2019abn\u00e9gation sera r\u00e9compens\u00e9e. Orl\u00e9ans par elle sera d\u00e9livr\u00e9 apr\u00e8s 209 jours de si\u00e8ge. Mais \u00e0 quel prix\u00a0! Au dernier jour de la bataille que livre la Pucelle aux assi\u00e9geants, tandis qu\u2019elle arrive au plus haut \u00e9chelon de l\u2019\u00e9chelle dress\u00e9e par elle contre une bastille, une fl\u00e8che lui traverse la poitrine entre le sein droit et l\u2019\u00e9paule. Un demi-pied de bois p\u00e9n\u00e8tre dans sa chair. Elle s\u2019abat sur le sol. Une autre en e\u00fbt tr\u00e9pass\u00e9. Elle se contente de d\u00e9faillir un instant et de permettre \u00e0 la douleur de lui arracher quelques larmes. Puis, munie d\u2019un douteux pansement d\u2019huile et de lard, elle remet son armure et revient au combat. Aussi quelles acclamations l\u2019assaillent, le lendemain, lorsqu\u2019elle fait dans la ville lib\u00e9r\u00e9e sa triomphale promenade sur un cheval immacul\u00e9, afin de mieux marier sa monture \u00e0 son armure. Car elle est coquette, cette sainte. Elle sait la n\u00e9cessit\u00e9 du prestige et de l\u2019aspect ext\u00e9rieur pour un chef. Elle aime recouvrir sa cuirasse ou sa cotte de mailles d\u2019une huque de brocart d\u2019or ou de soie garnie de fourrures ou de velours vert. Elle a orn\u00e9 son heaume d\u2019un panache. Elle est femme, ne l\u2019oublions pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, toujours chevauchant sur les routes de France, elle revient \u00e0 Tours, puis, par Loches, regagne Orl\u00e9ans. La voici maintenant qui reprend lestement aux Anglais de Falstaff tous les ch\u00e2teaux occup\u00e9s par eux le long de la Loire\u00a0: Jargeau, Meung, Beaugency. Il faut bien se presser. Jeanne a le pressentiment de sa br\u00e8ve destin\u00e9e. Maintes fois elle aiguillonne doucement le roi\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Je durerai un an, gu\u00e8re plus. Qu\u2019on pense \u00e0 bien besoigner cette ann\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Je durerai un an, gu\u00e8re plus.\u00a0\u00bb <\/em>Il n\u2019est en effet d\u2019organisme humain pour r\u00e9sister \u00e0 une telle vie. Mais qu\u2019importe la vie pourvu que sa mission soit accomplie\u00a0! Et la victoire ne manque pas de s\u2019attacher \u00e0 de tels pas. Partout les<em> \u00ab\u00a0cou\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> fuient \u00e9pouvant\u00e9s devant cette inspir\u00e9e.<em> \u00ab\u00a0Auparavant qu\u2019elle arrive, <\/em>lisons-nous dans la Chronique de la Pucelle<em>, 200 Anglais chassaient aux escarmouches 500 Fran\u00e7ais et, depuis sa venue, 200 Fran\u00e7ais chassent 500 Anglais.\u00a0\u00bb<\/em> Partout les paysans l\u2019acclament et, de toutes parts, des hommes d\u2019armes, seigneurs ou manants, se joignent \u00e0 elle. Cette gloire ne lui donne point le vertige. Elle reste ce qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 Domremy, simple et claire, pitoyable et bonne. A Orl\u00e9ans, le soir du jour o\u00f9 les Anglais l\u2019avaient si durement bless\u00e9e, elle a sanglot\u00e9 en voyant les soldats de Glassidas crouler dans le fleuve avec le pont incendi\u00e9. Au soir de cette grande victoire de Patay, o\u00f9 elle rencontre et an\u00e9antit l\u2019arm\u00e9e d\u2019Angleterre, la guerri\u00e8re, transform\u00e9e en fille de charit\u00e9, soutient dans ses bras la t\u00eate expirante d\u2019un soldat ennemi et adoucit son agonie tandis que les Fran\u00e7ais poursuivent jusqu\u2019\u00e0 Janville, o\u00f9 elle les rejoindra, les <em>\u00ab\u00a0cou\u00e9s\u00a0\u00bb <\/em>\u00e9pouvant\u00e9s. En v\u00e9rit\u00e9, comment la victoire ne s\u2019attacherait-elle pas \u00e0 de tels pas\u00a0! Comment r\u00e9sisterait-elle \u00e0 l\u2019appel de cette vierge qui la veut si farouchement encha\u00eener \u00e0 son \u00e9tendard\u00a0?<em> \u00ab\u00a0Quand bien m\u00eame les Goddons seraient attach\u00e9s aux nues, nous les aurons\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Infatigable, Jeanne convie maintenant le roi \u00e0 la marche du sacre. Et Charles, stup\u00e9fait de l\u2019endurance de cette fille qui, mangeant et buvant peu, se soutient on ne sait comment, dont l\u2019ardeur \u00e0 la peine et la r\u00e9sistance aux fatigues de guerre sont telles qu\u2019on la verra, dit Perceval de Boulainvilliers,<em> \u00ab\u00a0rester une semaine tout enti\u00e8re, nuit et jour, dans son harnois de fer\u00a0\u00bb<\/em>, Charles VII la\u00a0 presse de se reposer\u00a0: <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai piti\u00e9 de vous et de la peine que vous endurez.\u00a0\u00bb<\/em> Mais elle ne veut rien entendre. Pour arracher l\u2019ordre royal, elle galope de Patay \u00e0 Orl\u00e9ans, d\u2019Orl\u00e9ans \u00e0 Ch\u00e2teauneuf-sur-Loire, revient \u00e0 Orl\u00e9ans d\u2019o\u00f9 elle repart pour Gien. Encore 172 kilom\u00e8tres qui tombent\u00a0! Le roi tergiverse. Jeanne, exc\u00e9d\u00e9, quittant le g\u00eete qui lui a \u00e9t\u00e9 choisi pour la nuit, va coucher au milieu des champs. Enfin le roi c\u00e8de. Et l\u2019on repart pour Reims. Par la suspecte Auxerre, par Saint-Florentin, Saint-Phal, Troyes, Ch\u00e2lons, sous les br\u00fblantes journ\u00e9es caniculaires, le long des champs catalauniques, derri\u00e8re les pr\u00eatres qui pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019arm\u00e9e en chantant des cantiques, Jeanne \u00e9touffe dans son armure. Mais ce corps reste aussi vaillant devant la chaleur qu\u2019il le fut devant le froid. Il s\u2019\u00e9macie, s\u2019use et se brise. Mais elle s\u2019en d\u00e9sint\u00e9resse. Une fois pour toutes, elle l\u2019a condamn\u00e9. Un jour, toutes mis\u00e8res sont oubli\u00e9es. C\u2019est la radieuse c\u00e9r\u00e9monie. Il a tant \u00e9t\u00e9 \u00e0 la peine que c\u2019est vraiment bien grand\u2019raison qu\u2019il soit \u00e0 l\u2019honneur. H\u00e9las\u00a0! que cet honneur est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et que la peine revient vite\u00a0! Cependant, puisque <em>\u00ab\u00a0 le plaisir de Dieu est accompli\u00a0\u00bb<\/em>, comme elle l\u2019a dit au roi en la cath\u00e9drale r\u00e9moise, Jeanne ne va-t-elle pas enfin prendre repos\u00a0? Non, certes. Elle est de celles qui ne reposent que dans la mort. Et l\u2019invraisemblable chevauch\u00e9e continue. Plus de trois mille kilom\u00e8tres vont \u00eatre ainsi parcourus par la lib\u00e9ratrice de la patrie pendant les quelques mois qui lui restent \u00e0 vivre. A ce m\u00e9tier, elle usera terriblement ses montures. Sans cesse il faut renouveler son \u00e9curie, maintenant bien garnie de douze coursiers, demi-coursiers et trottiers, tour \u00e0 tour claqu\u00e9s par son \u00e9reintante vie. La France \u00e9merveill\u00e9e voit chevaucher sur ses routes cette inlassable enfant que l\u2019on voit <em>\u00ab\u00a0rester \u00e0 cheval comme \u00e9trang\u00e8re aux n\u00e9cessit\u00e9s qui l\u2019auraient pu forcer d\u2019en descendre\u00a0\u00bb<\/em>. On la voit, toujours avec l\u2019arm\u00e9e royale et toujours victorieuse, \u00e0 Soissons et \u00e0 Ch\u00e2teau-Thierry, on la voit \u00e0 Provins, \u00e0 la Motte-Nangis et \u00e0 Bray-sur-Seine, on la revoit \u00e0 Coulommiers et \u00e0 Ch\u00e2teau-Thierry. On la voit \u00e0 la Fert\u00e9-Milon et \u00e0 Cr\u00e9py-en-Valois, d\u2019o\u00f9 elle rayonne jusqu\u2019\u00e0 Thieux et \u00e0 Montepilloy. On la voit \u00e0 Senlis, o\u00f9 elle se bat encore\u2026au premier rang, naturellement. On la revoit \u00e0 Compi\u00e8gne d\u2019o\u00f9, un beau matin, laissant l\u2019arm\u00e9e royale \u00e0 ses plaisirs et \u00e0 ses indolences, elle jaillit vers Saint-Denis avec un fort groupe de partisans\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Par mon martin, je veux aller voir Paris plus pr\u00e8s que je ne l\u2019ai vu\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Et, gr\u00e2ce \u00e0 son effort sublime, le roi recouvre une \u00e0 une ses bonnes villes de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais elle commence \u00e0 ne plus pouvoir taire sa lassitude. Son corps se d\u00e9robe \u00e0 l\u2019effarant effort qui lui est depuis si longtemps impos\u00e9. Un jour d\u2019automne, passant en un doux village d\u2019Ile-de-France, elle confie \u00e0 l\u2019archev\u00eaque de Reims, qui chemine \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s\u00a0:<em>\u00a0\u00ab\u00a0Je voudrais\u00a0 bien qu\u2019il pl\u00fbt \u00e0 Dieu que maintenant je me retirasse, laissant l\u00e0 les armes. J\u2019irais servir mon p\u00e8re et ma m\u00e8re en gardant les brebis avec mes fr\u00e8res et ma s\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/em> Ce n\u2019est qu\u2019un \u00e9clair. Chaque fois qu\u2019elle se sent pr\u00eate \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9faillance, elle r\u00e9agit avec violence. Quand le pays est envahi, a-t-on le droit de se laisser aller\u00a0? Or, il est pass\u00e9, le temps des victoires. Sous les murs de Paris, Jeanne conna\u00eet son premier \u00e9chec. Devant la porte Saint-Honor\u00e9, trahie par l\u2019inertie voulue des troupes royales, elle ne r\u00e9ussit qu\u2019\u00e0 se faire traverser la cuisse, vers quatre heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, par un trait d\u2019arbal\u00e8te. Jusqu\u2019\u00e0 minuit, malgr\u00e9 son \u00e9puisement et sa plaie, elle veut rester sur le terrain pour encourager ses soldats.<em> \u00ab\u00a0Montez aux \u00e9chelles. La ville est prise\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> H\u00e9las\u00a0! la ville ne sera pas prise cette fois, et, lorsqu\u2019au milieu de la nuit les combattants se retirent, il faut emporter Jeanne de force. Elle ne veut pas quitter les remparts de Paris. Va-t-elle enfin laisser \u00e0 sa blessure le temps de se cicatriser\u00a0? C\u2019est mal la conna\u00eetre. Le lendemain, puis le surlendemain, elle participe \u00e0 des escarmouches dont le roi arr\u00eate brusquement l\u2019ampleur. Cet \u00e9chec l\u2019a ulc\u00e9r\u00e9e. D\u2019ailleurs, ses nerfs commencent \u00e0 \u00eatre bout. Ces luttes incessantes qu\u2019il lui faut livrer \u00e0 l\u2019inertie royale, ces batailles qu\u2019il lui faut sans tr\u00eave engager avec l\u2019ennemi ont an\u00e9anti ses forces. Un repos absolu lui serait n\u00e9cessaire \u2026Or elle entreprend une nouvelle randonn\u00e9e de 450 kilom\u00e8tres en huit jours, entrain\u00e9e qu\u2019elle est contre son gr\u00e9 dans la retraite de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Lagny, Provins, Montargis, Gien, Selles-sur-Cher, Bourges voient passer son accablement. Huit \u00e9tapes successives de cinquante kilom\u00e8tres chacune, voil\u00e0 la convalescence de cette bless\u00e9e qui a d\u00e9j\u00e0, depuis dix-huit mois, couvert plus de trois mille kilom\u00e8tres. \u00a0A Bourges, enfin, elle s\u2019arr\u00eate quelque peu. C\u2019est que le roi a licenci\u00e9 ses troupes, qu\u2019il ne pourrait plus payer. Pendant trois semaines, elle donne \u00e0 son pauvre corps quelques soins. Elle va aux \u00e9tuves. Mais, tout de m\u00eame, elle n\u2019oublie pas de monter \u00e0 cheval.\u00a0 Son h\u00f4tesse, Marguerite de Thouroulde, nous rapporte qu\u2019elle y mania la lance<em> \u00ab\u00a0comme l\u2019e\u00fbt fait le meilleur chevalier\u2026ce dont les hommes d\u2019armes eux-m\u00eames \u00e9taient dans l\u2019admiration\u00a0\u00bb.<\/em> Mais d\u00e9j\u00e0 le duc d\u2019Alen\u00e7on, qui reprend campagne avec quelques troupes, fait demander au roi <em>\u00ab\u00a0qu\u2019il lui pl\u00fbt de lui donner la Pucelle\u00a0\u00bb<\/em>. Et voil\u00e0 Jeanne repartie pour assi\u00e9ger Saint-Pierre-le-Moutier. Plus que jamais, elle y risque la mort. Mais elle emporte la ville. Puis elle revient \u00e0 Bourges et \u00e0 Mehun-sur-Y\u00e8vre, en passant par la Charit\u00e9, o\u00f9 ses compagnons ne peuvent enlever la place. Deuxi\u00e8me \u00e9chec. Jeanne s\u2019\u00e9nerve de plus en plus. Dans sa belle \u00ab\u00a0Vie h\u00e9ro\u00efque de Guynemer\u00a0\u00bb, Henry Bordeaux nous montre l\u2019agitation et la d\u00e9tresse nerveuse qui s\u2019emparent du h\u00e9ros lorsqu\u2019il sent ses forces physiques le trahir avant l\u2019accomplissement total de sa mission. Il nous pr\u00e9sente cet inoubliable Guynemer des derniers jours,\u00a0 <em>\u00ab\u00a0crisp\u00e9, tendu, tourment\u00e9, inqui\u00e9tant, avec ce teint bistr\u00e9 qui pr\u00e9sage ses crises de fatigue\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e0 qui tout \u00e9chappe, que tout contrecarre et qui tente de plus en plus le destin. Ainsi Jeanne d\u2019Arc, irrit\u00e9e de ne pas r\u00e9ussir plus vite \u00e0 bouter l\u2019Anglais hors de France, et comprenant qu\u2019elle est arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019expiration de ses forces, d\u00e9ploie une activit\u00e9 d\u00e9vorante dont la fi\u00e8vre s\u2019accentue sans r\u00e9pit. En m\u00eame temps qu\u2019elle \u00e9crit aux habitants de Riom pour leur demander des munitions, \u00e0 ceux de Reims pour les rassurer, aux h\u00e9r\u00e9tiques de Boh\u00eame pour les conjurer de rentrer dans le sein de l\u2019Eglise catholique, elle recrute une compagnie de cent cavaliers et repart avec eux, apr\u00e8s trois mois d\u2019hiver sillonn\u00e9s d\u2019incessants d\u00e9placements. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e0 Jargeau et est revenue encore \u00e0 Bourges. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e0 Orl\u00e9ans et est revenue encore \u00e0 Bourges. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e0 Chinon, puis est revenue toujours \u00e0 Bourges. Soit pr\u00e8s de 1.000 kilom\u00e8tres nouveaux en deux mois et demi. C\u2019est ce que certains de ses historiens appellent <em>\u00ab\u00a0sa p\u00e9riode d\u2019inaction momentan\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>. Que leur faut-il donc\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le roi cherche, en la comblant de faveurs, \u00e0 calmer sa tragique fi\u00e8vre. Mais rien ne la peut plus arr\u00eater. D\u2019autres se battent. Elle n\u2019y tient plus. Le 23 mars, elle est \u00e0 Sully-sur-Loire avec sa compagnie, et, quittant brusquement Charles VII dont les tergiversations redoublent, elle court \u00e0 Lagny o\u00f9 elle sait <em>\u00ab qu\u2019on faisait bonne guerre aux Anglais\u00a0\u00bb<\/em>. Elle reprend la ville \u00e0 l\u2019ennemi, escarmouche victorieusement en Ile-de-France, va d\u00e9livrer Compi\u00e8gne assi\u00e9g\u00e9e et, apr\u00e8s une chevauch\u00e9e de minuit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, reprend possession de cette forteresse. Mais, encore une fois, elle est \u00e0 bout de nerfs. Sa douceur ang\u00e9lique l\u2019a quelque peu quitt\u00e9e. Elle qui n\u2019avait jamais, dans les plus rudes batailles, d\u2019autre arme que son \u00e9tendard, elle se sert maintenant d\u2019une \u00e9p\u00e9e <em>\u00ab\u00a0propre \u00e0 donner bonnes buffes et bons torchons\u00a0<\/em>\u00bb. Sa nervosit\u00e9 se r\u00e9percute dans son commandement. Elle pousse maintenant l\u2019audace jusqu\u2019\u00e0 la plus dangereuse t\u00e9m\u00e9rit\u00e9. Et les Bourguignons, qui s\u2019en aper\u00e7oivent, lui tendent un traquenard. Leur \u00ab\u00a0emb\u00fbche\u00a0\u00bb r\u00e9ussit. Jeanne, exc\u00e9d\u00e9e par tant d\u2019efforts, se rue trop pr\u00e9cipitamment dans les campements ennemis. Et la vaillante enfant est faite prisonni\u00e8re aux portes de Compi\u00e8gne, apr\u00e8s qu\u2019un archer picard, la d\u00e9sar\u00e7onnant, l\u2019eut jet\u00e9e <em>\u00ab\u00a0toute plate \u00e0 terre\u00a0\u00bb<\/em>. Qu\u2019elles sont donc navrantes les derni\u00e8res \u00e9tapes de l\u2019incomparable chevauch\u00e9e\u00a0! Ligot\u00e9e sur son cheval, Jeanne est tra\u00een\u00e9e par ses ennemis de Beaulieu \u00e0 Beaurevoir, d\u2019Arras au Crotoy. En barque, elle traverse l\u2019embouchure de la Seine. Et, par Eu et Dieppe, elle gagne Rouen. Deux fois elle tente vainement de s\u2019\u00e9chapper. A Beaurevoir, elle se pr\u00e9cipite, pour ce faire, du sommet d\u2019un donjon haut de 70 pieds et s\u2019\u00e9crase sur le sol. On la rel\u00e8ve quelques heures plus tard sans connaissance, toute bris\u00e9e. Mais elle survit. Ce mis\u00e9rable corps n\u2019a pas encore fini de souffrir. Il n\u2019a pas \u00e9puis\u00e9 la gamme des tortures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chevauch\u00e9e est termin\u00e9e. C\u2019est une pauvre cr\u00e9ature bris\u00e9e, pouvant \u00e0 peine se tenir debout, qui arrive \u00e0 Rouen. Mais quelles \u00e9preuves l\u2019attendent encore\u00a0! Sans l\u2019h\u00e9ro\u00efsme surhumain qu\u2019elle t\u00e9moigna jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re heure, Jeanne n\u2019aurait jamais atteint la fin de ce hideux proc\u00e8s o\u00f9, tortur\u00e9e \u00e0 la fois par d\u2019indignes clercs et des goujats d\u2019arm\u00e9e, elle endura, pendant cinq mois suppliciants, les plus intol\u00e9rables tortures d\u2019esprit et de chair. Enferm\u00e9e pendant cent soixante-dix-huit jours dans une tour aux ouvertures presque enti\u00e8rement aveugl\u00e9es, encha\u00een\u00e9e nuit et jour, les fers aux pieds et la taille enserr\u00e9e dans une cha\u00eene riv\u00e9e au mur, parqu\u00e9e quelque temps dans une cage de fer o\u00f9 elle \u00e9tait attach\u00e9e- si l\u2019on en croit les greffiers eccl\u00e9siastiques- par le cou, les pieds et les mains, insult\u00e9e par les trois soudards anglais qui se relayaient\u00a0 perp\u00e9tuellement autour d\u2019elle, soumise aux plus r\u00e9voltants examens, menac\u00e9e des instruments de torture, empoisonn\u00e9e un jour par le poisson que lui avait fait porter le sinistre Cauchon, secou\u00e9e de fi\u00e8vre, malade \u00e0 en mourir d\u2019une maladie que l\u2019on croyait mortelle, elle souffrit la plus \u00e9puisante Passion. Au matin de sa mort, comprenant l\u2019horreur qui l\u2019attendait, un grand remords la saisit envers ce pauvre corps qui jamais ne fut corrompu, soit aujourd\u2019hui consum\u00e9 et r\u00e9duit en cendre\u00a0! Comme son Sauveur, elle eut la plus crucifiante mort\u2026et comme son Sauveur, elle est ressuscit\u00e9e, non pas tangiblement au milieu de nous, mais immat\u00e9riellement partout en nous, en notre esprit, en notre m\u00e9moire, en notre c\u0153ur\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1901, le capitaine Champion, dans une page de ce livre dont j\u2019ai dit l\u2019int\u00e9r\u00eat, \u00e9crivait\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Pourquoi donc, \u00e0 notre \u00e9poque, o\u00f9 l\u2019on glorifie tant de m\u00e9moires, les cavaliers de France ne rappelleraient-ils pas, par des statues ou de simples plaques, que \u00ab\u00a0Jeanne d\u2019Arc \u00e0 cheval est pass\u00e9e en ce lieu\u2026\u00a0\u00bb<\/em> Ce v\u0153u va \u00eatre exauc\u00e9. Ce ne sont pas seulement les cavaliers de France, mais toute la France qui, par souscription nationale, va jalonner l\u2019itin\u00e9raire sacr\u00e9. Excellente fa\u00e7on de comm\u00e9morer la miraculeuse chevauch\u00e9e, qui d\u00e9buta il y a exactement cinq cent ans aujourd\u2019hui. En ces ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s guerre, v\u00e9cues sous le signe de l\u2019argent et des affaires, il n\u2019est pas mauvais de rappeler \u00e0 tous ceux qui sillonnent et sillonneront d\u00e9sormais les routes de France ce que peut r\u00e9aliser un grand c\u0153ur, ce que put r\u00e9aliser le grand c\u0153ur qu\u2019Anglais jet\u00e8rent en Seine apr\u00e8s l\u2019avoir arrach\u00e9 de ce beau corps de jeune fille, que d\u00e9vast\u00e8rent les \u00e9tapes de la chevauch\u00e9e, qu\u2019ensanglant\u00e8rent les blessures de la bataille, que d\u00e9bilit\u00e8rent les je\u00fbnes et les tortures du cachot, qu\u2019an\u00e9antirent les flammes d\u2019un inexpiable b\u00fbcher\u2026tout cela parce que la France \u00e9tait envahie et que l\u2019orgueil de Jeanne <em>\u00ab\u00a0\u00e9tait de voir son pays d\u00e9livr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019est pas de plus belle histoire. Et c\u2019est parce que, cette histoire-l\u00e0, les Fran\u00e7ais la connaissaient bien, que, de 1914 \u00e0 1918, tant de jeunes hommes de chez nous ont repris \u2013 avec quelle ardeur\u00a0!- la sainte mission de la Pucelle, et, chevauchant ou cheminant sur les routes de France, de la mer du Nord aux Vosges, de Verdun \u00e0 la Somme, de Champagne en Artois, ont, \u00e0 l\u2019exemple de Jeanne d\u2019Arc, arrach\u00e9 \u00e0 l\u2019envahisseur le sol sacr\u00e9 de la patrie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Roland Engerand, in\u00a0<i>L\u2019Illustration<\/i>, le 23 f\u00e9vrier 1929, n\u00b04486)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Roland Engerand, article de\u00a0L\u2019Illustration, le 23 f\u00e9vrier 1929, n\u00b04486 Jamais on ne se lassera d\u2019entendre cette histoire. C\u2019est qu\u2019elle r\u00e9sume, d\u2019incomparable fa\u00e7on, ce que notre \u00e2me parvient \u00e0 obtenir, et jusqu\u2019\u00e0 quel point l\u2019on peut sacrifier en soi le p\u00e9rissable&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=2360\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2361,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[5],"tags":[1707,1705,1702,1704,1703,1708,1706],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/Jeanne_d_Arc_embrassant_l_p_e_de_la_d_livrance_dante_gabriel_rossetti_www.histoire_image.org_.jpg?fit=1228%2C1400","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-C4","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2360"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2360"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2360\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2387,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2360\/revisions\/2387"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2361"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2360"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2360"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2360"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}