{"id":1669,"date":"2014-03-01T00:10:38","date_gmt":"2014-03-01T00:10:38","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=1471"},"modified":"2016-01-15T22:56:52","modified_gmt":"2016-01-15T22:56:52","slug":"lire-et-relire-chronique-n-25-vita-nova-par-dante-alighieri","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1669","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE la Vita Nova par Dante Alighieri"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1520\" style=\"width: 798px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n03532_10.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1520\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1520\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n03532_10.jpg?resize=788%2C745\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti (1828\u20111882) Dantis Amor, Tate Gallery, 1860, huile sur bois \" width=\"788\" height=\"745\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1520\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti (1828\u20111882) Dantis Amor, Tate Gallery, 1860, huile sur bois<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&laquo;&nbsp;Et lorsqu&rsquo;ils me demandaient : &laquo;&nbsp;Pour qui t&rsquo;a ainsi consum\u00e9 cet amour ? &nbsp;&raquo; je les regardais en souriant et ne disais rien.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Vita Nova<\/em> ou <em>Vie Nouvelle<\/em> de Dante fait partie des mythes de l&rsquo;Occident, en ayant \u00e9t\u00e9 plus sp\u00e9cialement red\u00e9couverte au XIXe si\u00e8cle, alors que <em>La Divine Com\u00e9die<\/em> \u00e9tait c\u00e9l\u00e9br\u00e9e depuis longtemps dans toute l&rsquo;Europe. L&rsquo;un comme l&rsquo;autre sont des livres indispensables \u00e0 toute biblioth\u00e8que digne de ce nom. L&rsquo;Oiseau-Lyre a choisi la traduction de Louis-Paul Guigues\u00a0(\u00e9ditions Po\u00e9sie\/Gallimard, 1974) mais celle d&rsquo;Andr\u00e9 P\u00e9zard (Pl\u00e9iade, 1965) demeure la plus \u00e9rudite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sur Dante Alighieri<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De Dante Alighieri, <em>&laquo;&nbsp;le sage po\u00e8te de Florence, le haut Dante&nbsp;&raquo;<\/em> comme l&rsquo;appelait Chaucer, nous rappellerons les grandes lignes de vie, afin de restituer le contexte dans lequel naquit la <em>Vita Nova<\/em>. On ne conna\u00eet pas le jour exact o\u00f9 l&rsquo;illustre \u00e9crivain vit le jour dans une famille de petite noblesse, mais il naquit\u00a0entre le 14 mai et le 13 juin 1265 \u00e0 Florence. Comme cette \u00a0ville, la vie de Dante est marqu\u00e9e par l&rsquo;affrontement entre les Guelfes qui soutiennent les int\u00e9r\u00eats du pape et les Gibelins qui soutiennent les empereurs germaniques. Les conflits politiques n&#8217;emp\u00eachent pas cette Cit\u00e9-Etat d&rsquo;accro\u00eetre son luxe en m\u00eame temps que son go\u00fbt des plaisirs. On sait peu de choses sur l&rsquo;enfance de Dante, sinon qu&rsquo;il rencontre en mai 1274, la fameuse B\u00e9atrice, une sc\u00e8ne qu&rsquo;il d\u00e9crit dans le commencement de la <em>Vita Nova<\/em>, en affirmant que tous les deux sont alors \u00e2g\u00e9s de neuf ans. Si B\u00e9atrice a r\u00e9ellement exist\u00e9, son identit\u00e9 demeure probl\u00e9matique. On ne conna\u00eet d&rsquo;elle\u00a0aucun portrait v\u00e9ritable. Les hypoth\u00e8ses les plus s\u00e9rieuses penchent en faveur de B\u00e9atrice Portinari, fille de Folco Portinari, qui \u00e9pousa Simone de&rsquo;Bardi en 1288. En 1283, l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 B\u00e9atrice lui apparait pour la seconde fois, Dante \u00a0devient l&rsquo;ami du po\u00e8te Guido Cavalcanti. Il \u00e9crit ses premiers sonnets \u00e0 cette p\u00e9riode et se marie avec Gemma Donnati dont il a quatre enfants mais il ne parle jamais d&rsquo;elle dans son oeuvre. \u00a0B\u00e9atrice meurt probablement en 1290, ce qui vaut \u00e0 Dante un douloureux chagrin et l&rsquo;\u00e9criture de la <em>Vita Nova<\/em> en 1292-93.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De 1295 \u00e0 1302, Dante occupe plusieurs fonctions politiques dans une Florence divis\u00e9e entre guelfes noirs et guelfes blancs. Il \u00e9crit le<em> Banquet<\/em>\u00a0(<em>Convivio) <\/em>entre\u00a01297-1314. En 1300, il se trouve \u00e0 Rome pour P\u00e2ques, puis il est nomm\u00e9 ambassadeur de Florence aupr\u00e8s de la cit\u00e9 de San Gimignano. Il est ensuite appel\u00e9 en tant que Prieur de Florence pour trois mois. Apr\u00e8s plusieurs divisions politiques dans la ville, Dante est condamn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exil par ses ennemis le 27 janvier 1302, la m\u00eame ann\u00e9e que la mort de Guido Cavalcanti. Il reste en exil pendant dix-neuf ann\u00e9es, durant lesquelles il tente de revenir \u00e0 Florence tout en poursuivant son oeuvre litt\u00e9raire. Il continue l&rsquo;\u00e9criture du <em>Convivio<\/em>, trace l&rsquo;\u00e9bauche d&rsquo;un trait\u00e9 de rh\u00e9torique italienne,\u00a0<em>De l&rsquo;\u00e9loquence en langue vulgaire<\/em>. En 1312-1313, il compose un pamphlet th\u00e9ologico-politique le<em>\u00a0De Monarchia. <\/em>\u00a0Il s\u00e9journe \u00e0 Bologne, \u00e0 Lucques et chez plusieurs seigneurs gibelins et va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 Paris, vivant quelques temps sur la Montagne Sainte-Genevi\u00e8ve. C&rsquo;est pendant toute cette p\u00e9riode qu&rsquo;il \u00e9labore <em>La<\/em> <em>Divine Com\u00e9die<\/em> :\u00a0l<em>&lsquo;Enfer<\/em> en 1304 ;\u00a0le\u00a0<em>Purgatoire<\/em>\u00a0entre 1308 et 1313 ; le\u00a0<em>Paradis <\/em>en 1316. Il \u00e9crit et prononce en 1320\u00a0<em>La<\/em><em>\u00a0<\/em><em>Querelle de l&rsquo;eau et de la terre<\/em>, une dissertation de philosophie naturelle, publi\u00e9e de mani\u00e8re posthume.\u00a0Il est re\u00e7u \u00e0 Ravenne chez le seigneur de la ville, Guido Novello da Polenta o\u00f9 il meurt dans la nuit du 13 au 14 septembre 1321. Enterr\u00e9 \u00e0 Ravenne, cette cit\u00e9 ne voulut jamais rendre \u00e0 l&rsquo;ingrate Florence les restes de son po\u00e8te illustre.<\/p>\n<div id=\"attachment_1528\" style=\"width: 798px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/gmiii_mcag_1885_16_large.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1528\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1528\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/gmiii_mcag_1885_16_large.jpg?resize=788%2C386\" alt=\"William Blake (1757-1827), Dante Alighieri, vers 1800, Manchester City Galleries, tempera\" width=\"788\" height=\"386\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1528\" class=\"wp-caption-text\">William Blake (1757-1827), Dante Alighieri, vers 1800, Manchester City Galleries, tempera<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>\u00a0Pr\u00e9ambule \u00e0 la Vita Nova<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Vita Nov<\/em>a (1292-93), ou &laquo;&nbsp;Vie nouvelle&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;Vie illumin\u00e9e&nbsp;&raquo;, s&rsquo;\u00e9labore autour de quarante-deux chapitres courts alternant prose et vers, dont l&rsquo;argument est fort simple : \u00a0deux enfants, Dante et B\u00e9atrice se rencontrent \u00e0 Florence \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de neuf ans et se retrouvent \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-huit ans. Dante tombe follement amoureux d&rsquo;elle mais il ne la voit que de mani\u00e8re \u00e9pisodique. Elle demeure inaccessible, se marie et meurt \u00e0 24 ans. \u00a0Ceux qui chercheraient un roman d&rsquo;amour palpitant dans la <em>Vita Nova<\/em> seraient bien d\u00e9\u00e7us car il s&rsquo;agit d&rsquo;un r\u00e9cit po\u00e9tico-mystique d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Amour sublim\u00e9. \u00a0Ame sans id\u00e9al s&rsquo;abstenir ! Dante fait une\u00a0<em>opus metaphysicum<\/em> dans l&rsquo;esprit m\u00e9di\u00e9val de l&rsquo;amour courtois chant\u00e9 par le\u00a0<em>Dolce stil nuovo <\/em>o\u00f9 tout d\u00e9sir charnel est consacr\u00e9, soumis et serviteur d&rsquo;une liaison\u00a0spirituelle. La beaut\u00e9 du corps est donc ins\u00e9parable de celle de l&rsquo;esprit.\u00a0On y retrouve un m\u00e9lange de scolastique m\u00e9di\u00e9vale infus\u00e9 par le n\u00e9o-platonisme de la Renaissance italienne naissante. Le g\u00e9nie de Dante s&rsquo;y exprime pleinement, produisant une oeuvre majeure en ma\u00eetrisant la technique litt\u00e9raire d&rsquo;une \u00e9poque qui se cherche une langue et une \u00e9criture. \u00a0La<em>\u00a0Vita Nova<\/em>\u00a0aurait pu \u00eatre un simple exercice d&rsquo;amour courtois tr\u00e8s froid si Dante n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 anim\u00e9 par la chaleur splendide d&rsquo;un amour sinc\u00e8re,\u00a0en faisant preuve d&rsquo;une sensibilit\u00e9 artistique immense, capable de donner \u00e0 sa\u00a0fiction une port\u00e9e universelle.\u00a0Une fois encore se v\u00e9rifie le fait suivant, \u00e0 savoir que la force d&rsquo;Amour est capable d&rsquo;animer la philosophie la plus herm\u00e9tique, puissante \u00e0 f\u00e9conder les r\u00e9cits les plus obscurs et magnifiant les cr\u00e9ations de l&rsquo;esprit en rendant contagieuse leur vertu, comme le remarqua George Steiner :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Comme l&rsquo;enseigne Dante, les mots peuvent, avec une force substantielle, \u00e9chauffer l&rsquo;\u00e2me et la rendre r\u00e9ceptive \u00e0 l&rsquo;amour&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>(1). \u00a0Autant que B\u00e9atrice, la<em>\u00a0Vita Nova<\/em>\u00a0est un livre-miracle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>I\/ Incipit\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&laquo;&nbsp;En cette partie du livre de ma m\u00e9moire, avant laquelle peu de chose se pourrait lire, se trouve une rubrique, laquelle dit : <\/em>INCIPIT VITA NOVA<em>. Et sous cette rubrique je trouve \u00e9crites les paroles que j&rsquo;entends reproduire dans ce petit livre. Sinon toutes, du moins leur sens.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;incipit, Dante \u00e9crit bien &laquo;&nbsp;<em>Vita Nova<\/em>&nbsp;&raquo; et non pas &laquo;&nbsp;<em>Vita Nuova&nbsp;&raquo;<\/em> comme de nombreuses \u00e9ditions l&rsquo;ont fait, on ne sait gu\u00e8re pourquoi. C&rsquo;est l&rsquo;orthographe que nous conserverons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>II\/ Premi\u00e8re rencontre de Dante et B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1522\" style=\"width: 798px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n03409_10.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1522\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1522\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n03409_10.jpg?resize=788%2C670\" alt=\" Simeon Solomon (1840\u20111905) La premi\u00e8re rencontre de Dante et de B\u00e9atrice, 1859-63, Tate Gallery, encre, aquarelle et gouache \" width=\"788\" height=\"670\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1522\" class=\"wp-caption-text\"><br \/>Simeon Solomon (1840\u20111905) La premi\u00e8re rencontre de Dante et de B\u00e9atrice, 1859-63, Tate Gallery, encre, aquarelle et gouache<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En \u00e9tablissant son r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne, Dante \u00e9tablit une proximit\u00e9 intime avec le lecteur gr\u00e2ce \u00e0 ce processus litt\u00e9raire.\u00a0Nous sommes en mai 1274 quand il rencontre B\u00e9atrice, la <em>&laquo;&nbsp;glorieuse dame de ma pens\u00e9e&nbsp;&raquo;<\/em> qui lui appara\u00eet au d\u00e9but de sa neuvi\u00e8me ann\u00e9e alors que le po\u00e8te en est \u00e0 la fin de sa neuvi\u00e8me. Remarquons d&#8217;embl\u00e9e la v\u00e9n\u00e9ration du &laquo;&nbsp;9&nbsp;&raquo; qui revient dans le texte de mani\u00e8re quasi-obsessionnelle,\u00a0en tant que chiffre symbolique de B\u00e9atrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit d&rsquo;un coup de foudre. L&rsquo;amour de Dante ne cessera de vivre de cette premi\u00e8re image de la bien-aim\u00e9e, comme une paramn\u00e9sie\u00a0qu&rsquo;il convoquera r\u00e9guli\u00e8rement pour densifier l&rsquo;aspect mythique (et mystique) de sa relation. C&rsquo;est pourquoi le premier chapitre qui met en exergue leur pr\u00e9destination explique tous les autres. \u00a0La petite B\u00e9atrice est \u00a0v\u00eatue d&rsquo;une robe de noble couleur rouge, anticipant le couleur blanche et la couleur verte dont elle sera par\u00e9e plus tard, comme assimilation aux vertus th\u00e9ologales (foi, esp\u00e9rance et charit\u00e9). Quoiqu&rsquo;enfant, elle se distingue d\u00e9j\u00e0 par ses nobles gr\u00e2ces et ses mani\u00e8res de telle sorte que son image demeure grav\u00e9e dans le coeur du po\u00e8te d\u00e8s le commencement du chemin d&rsquo;amour.\u00a0La premi\u00e8re rencontre pr\u00e9figure la b\u00e9atitude \u00e9ternelle.\u00a0Coeur, corps, \u00e2me, esprit s&rsquo;agitent, sous une force inconnue\u00a0: <strong><em>&laquo;&nbsp;(\u2026) l&rsquo;esprit de la vie, lequel demeure en la plus secr\u00e8te chambre du coeur, commen\u00e7a \u00e0 trembler si fort qu&rsquo;il se manifestait terriblement dans les moindres veines.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante explique \u00e0 quels esprits (vital, animal, sensitif) il fait pr\u00e9cis\u00e9ment r\u00e9f\u00e9rence, en s&rsquo;inspirant pour sa conception n\u00e9o-platonicienne de la philosophie d&rsquo;Aristote, de la\u00a0th\u00e9ologie de St Thomas et d&rsquo;Albert le Grand. Les trois sentences latines sont li\u00e9es par le sens comme coeur, cerveau et foie font partie d&rsquo;un m\u00eame corps\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"line-height: 1.5em;\">&#8211; <strong>L&rsquo;esprit \u00a0vital<\/strong>\u00a0qui parle au coeur : <\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Ecce deus fortior me, qui veniens dominabitur michi <\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">(<strong><em>&laquo;&nbsp;Voici un Dieu plus fort que moi qui vient pour \u00eatre mon ma\u00eetre &laquo;&nbsp;<\/em><\/strong>)<\/span><br \/>\n&#8211; <strong>L&rsquo;esprit animal\/sensitif<\/strong>\u00a0qui parle au cerveau et \u00e0 l&rsquo;oeil :\u00a0<em>Apparuit jam beatitudo vestra <\/em>(<em><strong>&laquo;&nbsp;Maintenant est apparue votre b\u00e9atitude&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em>)<br \/>\n&#8211; <strong>L&rsquo;esprit naturel<\/strong>\u00a0qui parle au foie, l\u00e0 o\u00f9 se forment le sang et les humeurs.\u00a0: <em>Heu, miser, quia fr\u00e9quenter impeditus ego deinceps<\/em> (<strong><em>&laquo;&nbsp;Las, malheureux que je suis ! car souvent, d\u00e9sormais, je serai \u00a0emp\u00each\u00e9.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 Dante la soumission et la docilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amour devenu son ma\u00eetre et seigneur :\u00a0<strong><em>&laquo;&nbsp;D\u00e8s lors, je dis qu&rsquo;Amour domina mon \u00e2me, laquelle tout aussit\u00f4t lui fut mari\u00e9e, et commen\u00e7a \u00e0 prendre sur moi si grande assurance et telle\u00a0seigneurie\u00a0 gr\u00e2ce \u00e0 la force que lui donnait mon imagination, qu&rsquo;il me fallait accepter d&rsquo;accomplir ses moindres volont\u00e9s&nbsp;&raquo;.\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>III\/ Deuxi\u00e8me rencontre de Dante et B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1530\" style=\"width: 634px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1530\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1530\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg?resize=624%2C448\" alt=\"Henry Holiday (1839-1927), La rencontre de Dante et B\u00e9atrice, 1883, National Museums Liverpool, huile sur toile\" width=\"624\" height=\"448\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg?w=624 624w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg?resize=300%2C215 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg?resize=195%2C140 195w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg?resize=560%2C402 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg?resize=260%2C186 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/nml_warg_wag_3125_624x544.jpg?resize=160%2C114 160w\" sizes=\"(max-width: 624px) 100vw, 624px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1530\" class=\"wp-caption-text\">Henry Holiday (1839-1927), La rencontre de Dante et B\u00e9atrice, 1883, National Museums Liverpool, huile sur toile<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne populaire de la salutation de Dante et B\u00e9atrice a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e en art d&rsquo;innombrables fois.\u00a0Neuf ann\u00e9es apr\u00e8s, \u00e0 la 9\u00e8me heure du jour, voici la deuxi\u00e8me apparition \u00e0 Dante de la &laquo;&nbsp;<em>Tr\u00e8s-Gentille<\/em>&nbsp;&raquo; \u00a0B\u00e9atrice (\u00e0 comprendre au sens du terme\u00a0<em>gentilissima<\/em>, &laquo;&nbsp;bien n\u00e9e&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;noble&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;gracieuse, courtoise, digne de parfait amour&nbsp;&raquo;). V\u00eatue de couleur blanche cette fois, elle est au milieu de deux nobles dames plus \u00e2g\u00e9es et adresse un salut \u00e0 Dante, la fameuse salutation : <strong><em>&laquo;&nbsp;(\u2026) il advint, le dernier de ces jours, que cette admirable dame m&rsquo;apparut v\u00eatue de couleur tr\u00e8s blanche, au milieu de deux nobles dames plus \u00e2g\u00e9es ; et, passant par une rue, elle tourna les yeux du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 je me tenais tout craintif ; et avec cet ineffable courtoisie qui est aujourd&rsquo;hui r\u00e9compens\u00e9e dans le si\u00e8cle sans fin, elle m&rsquo;adressa un salut \u00e0 si grand effet que je crus voir les derni\u00e8res bornes de la b\u00e9atitude.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cause de b\u00e9atitude, de douceur et d&rsquo;enivrement, la salutation de B\u00e9atrice oblige Dante \u00e0 s&rsquo;\u00e9loigner pour s&rsquo;enfermer chez lui. Il accorde \u00e0 cet \u00e9v\u00e8nement banal en apparence une profonde signification. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un simple bonjour entre deux jeune gens de dix-huit ans, ni d&rsquo;une politesse mondaine mais d&rsquo;un instant suspendu durant lequel il a retrouv\u00e9 palpable et pr\u00e9sent le souvenir de son salut. Et comme dans le <em>Cantique des Cantiques<\/em>, Dante saisit son amour : <em>&laquo;&nbsp;Je l&rsquo;ai\u00a0saisi\u00a0et je ne l&rsquo;ai point l\u00e2ch\u00e9&nbsp;&raquo; <\/em>(Cant.3-4). \u00a0Comme la fleur donne un fruit, il \u00e9tait logique que la premi\u00e8re salutation engendre la deuxi\u00e8me salutation, pour faire grandir Amour en pl\u00e9nitude. La premi\u00e8re salutation contente la simple vue, la deuxi\u00e8me salutation contente l&rsquo;ou\u00efe. Le mutisme de B\u00e9atrice se brise et Dante, boulevers\u00e9, entend sa voix. Il per\u00e7oit l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante s&rsquo;\u00e9loigne et s&rsquo;endort. La psychanalyse s&rsquo;est-elle pench\u00e9e sur les r\u00eaves de Dante ? Oui sans doute, mais il est \u00e9minemment int\u00e9ressant de constater que chaque bouleversement amoureux est suivi d&rsquo;un sommeil durant lequel Dante fait des songes qu&rsquo;il d\u00e9crit tr\u00e8s s\u00e9rieusement, comme si le r\u00e9el avait n\u00e9cessairement besoin d&rsquo;\u00eatre reli\u00e9 au surnaturel par l&rsquo;entremise du r\u00eave. Ici, le songe de Dante ressemble aux extraordinaires enluminures alchimiques du <em>Splendor Solis <\/em>de Salomon Trismosin\u00a0(2)<em>,\u00a0<\/em>recueil plus tardif du XVI\u00e8me si\u00e8cle mais dont\u00a0l&rsquo;imaginaire (ou la &laquo;&nbsp;fantastication&nbsp;&raquo;) nous semble paradoxalement proche du po\u00e8te florentin.\u00a0<span style=\"line-height: 1.5em;\">Dans un vision merveilleuse qui a lieu pendant la premi\u00e8re des neuf derni\u00e8res heures de la nuit, un seigneur d&rsquo;aspect redoutable mais\u00a0rempli d&rsquo;all\u00e9gresse\u00a0lui appara\u00eet environn\u00e9 d&rsquo;un nuage couleur de feu. Le seigneur parle mais Dante ne comprend pas ses paroles except\u00e9es deux phrases. Ne serait-ce pas le signe que l&rsquo;esprit humain saisit difficilement les nuances infinies de l&rsquo;Amour divin, et que le manque de foi emp\u00eache d&rsquo;\u00eatre r\u00e9ceptif \u00e0 l&rsquo;intelligence subtile de l&rsquo;Amour, comme le rappelle la parabole \u00e9vang\u00e9lique des perles aux pourceaux \u00a0? \u00a0Le seigneur tient dans ses bras la <em>&laquo;&nbsp;dame de salut&nbsp;&raquo;<\/em>, nue et envelopp\u00e9e d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re \u00e9toffe rouge sang,\u00a0et de l&rsquo;autre il tient <em>&laquo;&nbsp;une chose laquelle br\u00fblait toute&nbsp;&raquo;<\/em>, c&rsquo;est \u00e0 dire le coeur de Dante. \u00a0Il prononce ensuite ces paroles :<strong> &laquo;&nbsp;<\/strong><\/span><strong><em style=\"line-height: 1.5em;\">Ego Dominus tuus<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">&laquo;&nbsp;\/ &laquo;&nbsp;<\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Vide cor tuum<\/em><\/strong><span style=\"line-height: 1.5em;\"><strong>&nbsp;&raquo; \u00a0<em>(&laquo;&nbsp;<\/em><\/strong><\/span><strong><em style=\"line-height: 1.5em;\">C&rsquo;est moi qui\u00a0suis ton ma\u00eetre \/ Vois ton coeur&nbsp;&raquo;)<\/em><\/strong><span style=\"line-height: 1.5em;\"><strong><em>.<\/em><\/strong> Puis, survient une sc\u00e8ne \u00e9trange (mais nous sommes dans un r\u00eave !) o\u00f9 le seigneur fait manger le coeur \u00e0 la dame, qui n&rsquo;est autre qu&rsquo;une sc\u00e8ne de manducation, symbole que\u00a0<\/span>l&rsquo;amour<span style=\"line-height: 1.5em;\">\u00a0s&rsquo;assimile \u00e0 l&rsquo;\u00eatre tout entier comme la communion impr\u00e8gne l&rsquo;\u00eatre humain. Le coeur de\u00a0<\/span>l&rsquo;amant<span style=\"line-height: 1.5em;\">\u00a0nourrit l&rsquo;amante et\u00a0<\/span>r\u00e9ciproquement<span style=\"line-height: 1.5em;\">.\u00a0<\/span>Puis<span style=\"line-height: 1.5em;\">\u00a0<\/span>l&rsquo;all\u00e9gresse<span style=\"line-height: 1.5em;\">\u00a0du seigneur se transforme en peine et en pleurs, il serre la dame et dispara\u00eet vers le ciel, comme un annonce de la mort de B\u00e9atrice qui aura lieu six ans plus tard. \u00a0Ne\u00a0<\/span>pourrait-on<span style=\"line-height: 1.5em;\">\u00a0pas y voir aussi la joie de Dieu de donner son Amour au\u00a0<\/span>hommes<span style=\"line-height: 1.5em;\">\u00a0mais aussi sa tristesse face \u00e0 leur ingratitude ? B\u00e9atrice semble craintive, comme l&rsquo;\u00e2me en proie au pressentiment de l&rsquo;amour. \u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"line-height: 1.5em;\">A son r\u00e9veil, Dante \u00e9crit le sonnet &laquo;&nbsp;<\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">A toute \u00e2me \u00e9prise<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">&nbsp;&raquo; en le faisant entendre \u00e0 des trouv\u00e8res afin de les laisser juger de la vision bouleversante:\u00a0<\/span><span style=\"line-height: 1.5em;\">&laquo;&nbsp;<\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Quand, soudainement, m&rsquo;apparut Amour de qui la souvenance me fait encore fr\u00e9mir.<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">&nbsp;&raquo; Il \u00e9voque alors sa rencontre avec le po\u00e8te florentin Guido Cavalcanti (1250?-1300), qui deviendra son ami. \u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong>IV\/ Maladie d&rsquo;amour\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maladie d&rsquo;amour produit en Dante un d\u00e9s\u00e9quilibre des forces vitales et spirituelles. Il perd la sensation de faim et l&rsquo;app\u00e9tit, son esprit naturel \u00e9tant emp\u00each\u00e9 puisque son \u00e2me est pr\u00e9occup\u00e9e par B\u00e9atrice : <strong><em>&laquo;&nbsp;Depuis cette vision, mon esprit naturel commen\u00e7a d&rsquo;\u00eatre emp\u00each\u00e9 dans son op\u00e9ration, parce que l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;adonnait toute \u00e0 ne penser qu&rsquo;\u00e0 cette Tr\u00e8s-Gentille. Aussi tombai-je en peu de temps en si fragile et faible condition que nombre de mes amis s&rsquo;inqui\u00e9taient de me voir ainsi.&nbsp;&raquo; <\/em><\/strong>Face \u00e0 la curiosit\u00e9 naturelle de ses amis, il garde son secret : <strong>&laquo;&nbsp;<em>Et lorsqu&rsquo;ils me demandaient : &laquo;&nbsp;Pour qui t&rsquo;a ainsi consum\u00e9 cet amour ? &nbsp;&raquo; je les regardais en souriant et ne disait rien.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>\u00a0 Le th\u00e8me du secret fait r\u00e9f\u00e9rence aux codes de l&rsquo;amour courtois, le secret permettant de sauvegarder l&rsquo;amour. On sait que les troubadours \u00a0dissimulaient le nom de leurs dames sous un terme symbolique, le\u00a0<em>senhal<\/em>\u00a0(signal). \u00a0Louis-Paul Guigues \u00a0s&rsquo;interroge \u00e0 ce sujet en enracinant le th\u00e8me du secret de Dante dans celui de l&rsquo;asc\u00e8se mystique, au moyen d&rsquo;une interpr\u00e9tation tr\u00e8s logique :\u00a0<em>&laquo;&nbsp;souvenons-nous du commandement le plus imp\u00e9rieux de l&rsquo;amour courtois, celui du secret que l&rsquo;on doit garder \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de sa dame : ne renvoie-t-il pas au secret plus profond de l&rsquo;aventure spirituelle, secret que l&rsquo;on doit pr\u00e9server \u00e0 tout prix au fond de soi-m\u00eame parce qu&rsquo;il est le coeur d&rsquo;une asc\u00e8se et de l&rsquo;Union ?&nbsp;&raquo; <\/em>(3) L&rsquo;Histoire t\u00e9moigne de l&rsquo;importance du secret dans l&rsquo;\u00e9laboration\u00a0des grands desseins qui commencent souvent en m\u00fbrissant dans l&rsquo;ombre. On pense aux trente ann\u00e9es de la vie cach\u00e9e du Christ, entre autres.<\/p>\n<p><strong>V\/ La Dame-Bouclier\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de dissimuler son amour pour B\u00e9atrice, Dante adopte un subterfuge en laissant croire qu&rsquo;il en aime une autre dans la sc\u00e8ne de l&rsquo;\u00e9glise, o\u00f9 les gentilshommes et les dames de Florence viennent chanter en honneur de la Vierge<i>.\u00a0<\/i>Dante aper\u00e7oit sa <em>&laquo;&nbsp;b\u00e9atitude&nbsp;&raquo;, <\/em>s\u00e9par\u00e9e de lui par une\u00a0dame. On croit que la fixit\u00e9 de son regard se porte sur cette derni\u00e8re :\u00a0<em><strong>&laquo;&nbsp;Alors je fus rassur\u00e9, certain que mes regards, ce jour-l\u00e0, n&rsquo;avaient livr\u00e9 mon secret \u00e0 personne. Et aussit\u00f4t, je pensai faire de cette gentille dame un bouclier contre la v\u00e9rit\u00e9. Et j&rsquo;en fis telle montre en peu de temps, que la plupart des personnes qui parlaient de moi croyaient conna\u00eetre mon secret.&nbsp;&raquo;<\/strong>\u00a0<\/em>Une fois de plus, il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;un code de l&rsquo;amour courtois qui pr\u00e9conisait souvent le recours \u00e0 l&rsquo;image chevaleresque d&rsquo;une &laquo;&nbsp;Dame-Bouclier&nbsp;&raquo;, notamment dans les cours d&rsquo;Amour proven\u00e7ales, de m\u00eame que Dante affirme qu&rsquo;il porte comme comme un f\u00e9al le blason de son suzerain Amour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong style=\"line-height: 1.5em;\">VI\/ Les soixante beaut\u00e9s de la ville de Florence<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1540\" style=\"width: 764px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1971-10.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1540\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1540\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1971-10.jpg?resize=754%2C997\" alt=\"Marie Spartali Stillman (1844-1927), B\u00e9atrice, Delaware Art Museum, gouache \" width=\"754\" height=\"997\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1971-10.jpg?w=754 754w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1971-10.jpg?resize=226%2C300 226w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1971-10.jpg?resize=560%2C740 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1971-10.jpg?resize=260%2C343 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1971-10.jpg?resize=160%2C211 160w\" sizes=\"(max-width: 754px) 100vw, 754px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1540\" class=\"wp-caption-text\">Marie Spartali Stillman (1844-1927), B\u00e9atrice, Delaware Art Museum, gouache<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce passage est charmant puisque Dante raconte qu&rsquo;il \u00e9crit une \u00e9pitre avec le nom des soixante beaut\u00e9s de la ville, en inscrivant le nom de sa dame \u00e0 la neuvi\u00e8me place pour mieux la dissimuler. Il est \u00a0dommage qu&rsquo;il ne soit pas restitu\u00e9 :\u00a0<strong><em>&laquo;&nbsp;Je dis que dans le temps que cette dame servait de bouclier \u00e0 un si grand amour, du moins en ce qui me concernait, le d\u00e9sir me vint de rappeler le nom de la Tr\u00e8s-Gentille et de l&rsquo;accompagner de plusieurs autres noms de dames et, en particulier, de celui de cette noble dame ; \u00a0je pris les noms de soixante beaut\u00e9s de la ville o\u00f9 ma dame avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e par le Tr\u00e8s Haut Sire, et commen\u00e7ai une \u00e9p\u00eetre sous forme de serventois <\/em><\/strong>(Note : le\u00a0serventois est un po\u00e8me proven\u00e7al ou italien g\u00e9n\u00e9ralement en hommage \u00e0 la Vierge, accompagn\u00e9 de musique. Ici la mystique mariale n&rsquo;est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la mystique de B\u00e9atrice, fille et d\u00e9vote de Marie)<em>\u00a0<strong>que je ne rapporterai pas ici. Je n&rsquo;en aurais m\u00eame pas fait mention si ce n&rsquo;\u00e9tait pour dire la merveilleuse chose qui advint en le composant : \u00e0 savoir que le nom de ma dame ne souffrit pas d&rsquo;\u00eatre inscrit ailleurs qu&rsquo;\u00e0 la neuvi\u00e8me place parmi les autres noms.&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>VII\/ Absence de la &laquo;&nbsp;Dame-Bouclier&nbsp;&raquo;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante voit \u00e0 regret s&rsquo;\u00e9loigner la Dame-Bouclier dans une autre ville. Il est oblig\u00e9 de se lamenter avec feinte et dissimulation pour une femme qui ne lui importe gu\u00e8re. Pour cela il ruse en substituant \u00a0l&rsquo;image de B\u00e9atrice en filigrane du po\u00e8me, le Sonnet II (<em>O vous qui par la voie d&rsquo;amour<\/em>), comme il en fait l&rsquo;explication. Il s&rsquo;est inspir\u00e9 des paroles du proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie : <em>O vos omnes, qui transitais per viam, attendit et videte si est dolor sicut dolor meu<\/em>s (I, 12,&nbsp;&raquo; O vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s&rsquo;il y a une douleur pareille \u00e0 la douleur qui p\u00e8se sur moi.&nbsp;&raquo;).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet II (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>O vous qui par la voie d&rsquo;amour passez,<\/em><br \/>\n<em> arr\u00eates-vous et regardez<\/em><br \/>\n<em> s&rsquo;il peut \u00eatre douleur plus lourde que la mienne. (\u2026)<\/em><br \/>\n<em> Maintenant j&rsquo;ai perdu cette all\u00e8gre assurance<\/em><br \/>\n<em> que me donnait mon amoureux tr\u00e9sor<\/em><br \/>\n<em> et je demeure si mis\u00e9rable<\/em><br \/>\n<em> que je redoute de rimer.<\/em><br \/>\n<em> Aussi, pour faire comme ceux<\/em><br \/>\n<em> qui, par honte, cachent leur mis\u00e8re,<\/em><br \/>\n<em> au-dehors je feins all\u00e9gresse<\/em><br \/>\n<em> mais au fond de mon coeur je suis rong\u00e9 de pleurs.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>VIII\/ Mort d&rsquo;une compagne de B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Survient la mort d&rsquo;une dame, que Dante avait vue compagnie de la <em>&laquo;&nbsp;Tr\u00e8s-Gentille&nbsp;&raquo;<\/em>. Il \u00e9crit le Sonnet III (<em>Pleurez amants, puisque Amour pleure<\/em>)\u00a0et le\u00a0Sonnet IV (<em>Vilaine Mort, de piti\u00e9 ennemie, \u00e9ternelle m\u00e8re de douleur<\/em>)\u00a0en s&rsquo;inspirant des chants de lamentations sur les d\u00e9funts et en se plaignant de ce que la mort <em>&laquo;&nbsp;d\u00e9truit toute gr\u00e2ce amoureuse&nbsp;&raquo;<\/em>. \u00a0Le f<span style=\"line-height: 1.5em;\">inal du po\u00e8me est li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;une B\u00e9atrice salvatrice. La dame est au Paradis car B\u00e9atrice y sera aussi :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet IV (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(\u2026) Je n&rsquo;ai dit quelle dame elle fut<\/em><br \/>\n<em> qu&rsquo;en rappelant ses dons les plus notoires :<\/em><br \/>\n<em> qui ne m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre sauv\u00e9<\/em><br \/>\n<em> jamais n&rsquo;esp\u00e8re sa compagnie.<\/em><\/p>\n<p>I<strong>X\/ L&rsquo;Amour Serf<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contraint par un devoir de s&rsquo;\u00e9loigner de Florence pour se rendre dans la ville de la Dame-Bouclier, Dante exprime sur la route sa souffrance d&rsquo;\u00eatre s\u00e9par\u00e9 d&rsquo;avec B\u00e9atrice : <em>\u00a0<strong>&laquo;&nbsp;(\u2026) la route me d\u00e9plaisait si fort que mes soupirs pouvaient \u00e0 peine me lib\u00e9rer de l&rsquo;angoisse que mon coeur ressentait puisque je m&rsquo;\u00e9loignais de ma b\u00e9atitude.&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em><strong>\u00a0<\/strong> Alors qu&rsquo;il\u00a0baisse les yeux vers la terre, le long du chemin qui borde un fleuve, une nouvelle vision quelque peu \u00e9nigmatique lui appara\u00eet, celle du seigneur sous les traits d&rsquo;un\u00a0p\u00e8lerin v\u00eatu grossi\u00e8rement. C&rsquo;est le\u00a0Sonnet V (<em>Chevauchant l&rsquo;autre jour)<\/em>.\u00a0Le seigneur Amour l&rsquo;appelle par son nom en lui montrant son coeur simulant son amour pour la dame bouclier. Il lui ordonne de simuler un nouvel amour pour une autre dame. L&rsquo;amour se fait serf, serviteur en sacrifiant son orgueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>X\/ Le salut refus\u00e9 de B\u00e9atrice\u00a0<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1536\" style=\"width: 370px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante-denial.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1536\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1536\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante-denial.jpg?resize=360%2C292\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), B\u00e9atrice refusant de saluer Dante, 1855, Ashmolean Museum, Oxford, aquarelle \" width=\"360\" height=\"292\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante-denial.jpg?w=360 360w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante-denial.jpg?resize=300%2C243 300w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante-denial.jpg?resize=260%2C210 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante-denial.jpg?resize=160%2C129 160w\" sizes=\"(max-width: 360px) 100vw, 360px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1536\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), B\u00e9atrice refusant de saluer Dante, 1855, Ashmolean Museum, Oxford, aquarelle<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette autre sc\u00e8ne connue appara\u00eet comme une \u00e9tape majeure dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;amour du po\u00e8te.\u00a0Ob\u00e9issant \u00e0 l&rsquo;amour, il retrouve la nouvelle Dame-Bouclier et s&rsquo;attache \u00e0 elle malgr\u00e9 lui \u00a0:\u00a0<strong><em>&laquo;&nbsp;(\u2026) je dirai qu&rsquo;en peu de temps j&rsquo;en fis si bien mon bouclier que trop de gens en parl\u00e8rent au-del\u00e0 des bornes de la courtoisie, ce qui souvent me pesa lourdement.<\/em>\u00a0<\/strong><em><strong>Et pour cette raison, \u00e0 savoir les propos exag\u00e9r\u00e9s qui semblaient m&rsquo;accuser de vice en la Tr\u00e8s-Gentille qui fut destructrice de tout vice et reine des vertus, passant par un certain lieu me refusa le tr\u00e8s doux salut dans lequel r\u00e9sidait toute sa b\u00e9atitude. Avec quelle force son salut r\u00e9sidait en moi&nbsp;&raquo;<\/strong>.\u00a0<\/em>Le refus du Salut de B\u00e9atrice est symbolique de l&rsquo;amour pur et inconditionnel, sans compromis. Le\u00a0Vice ne peut frayer avec la Vertu.\u00a0Il s&rsquo;agit de la chose la pire qui puisse arriver au po\u00e8te, comme une \u00a0sorte de mort, puisque celle qui lui donnait la joie et l&rsquo;esp\u00e9rance par sa reconnaissance et son accueil, lui d\u00e9nie son estime sans qu&rsquo;il le m\u00e9rite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XI\/ L&rsquo;amour salutaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le refus du salut de B\u00e9atrice ne fait qu&rsquo;augmenter l&rsquo;amour d&rsquo;un Dante \u00e9mu par la force d&rsquo;humilit\u00e9 qui caract\u00e9rise B\u00e9atrice : <strong><em>&laquo;&nbsp;Je dis que lorsqu&rsquo;elle apparaissait en quelque lieu pendant que j&rsquo;esp\u00e9rais son merveilleux salut, je ne me connaissais plus aucun ennemi et j&rsquo;\u00e9tais m\u00eame touch\u00e9 par une flamme de charit\u00e9 qui m&rsquo;aurait fait pardonner \u00e0 quiconque m&rsquo;aurait offens\u00e9 ; et \u00e0 celui qui, alors, m&rsquo;aurait pos\u00e9 quelque question je n&rsquo;aurais su r\u00e9pondre que : &laquo;&nbsp;Amour&nbsp;&raquo;, le visage empreint d&rsquo;humilit\u00e9.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong> La loi de l&rsquo;amour v\u00e9ritable est de grandir, d&rsquo;o\u00f9 le jeu de mots Salut\/salut (salutation). B\u00e9atrice est la &laquo;&nbsp;Dame du salut&nbsp;&raquo; et la &laquo;&nbsp;Dame de Salut&nbsp;&raquo;. Sa simple pr\u00e9sence rend vertueux : <strong><em>&nbsp;&raquo;\u00a0(\u2026) Et quand cette tr\u00e8s gentille dame du salut saluait, Amour, loin d&rsquo;\u00eatre un obstacle capable d&rsquo;obnubiler pour moi l&rsquo;insoutenable b\u00e9atitude, devenait tel que, par un surcro\u00eet de douceur, mon corps, tout entier sous son empire, ne se mouvait souvent que comme une pesante chose inanim\u00e9e. Si bien que, manifestement, il appara\u00eet qu&rsquo;en ses saluts r\u00e9sidait ma b\u00e9atitude laquelle, maintes fois, d\u00e9passait et d\u00e9bordait mes forces.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XII\/ Tristesse de Dante\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est difficile pour Dante de d\u00e9crire la tristesse qui l&rsquo;habite d\u00e8s l&rsquo;instant ou B\u00e9atrice lui refuse sa salutation. Il se retire chez lui et s&rsquo;endort, bient\u00f4t habit\u00e9 par une nouvelle vision\u00a0en la\u00a09\u00e8me heure du jour, celle d&rsquo;un jeune homme v\u00eatu de v\u00eatements tr\u00e8s blancs qui lui dit en soupirant et en pleurant : <em>Fili mi, tempus est ut praetermittantur simulacre nostra<\/em>. (<em><strong>&laquo;&nbsp;Mon fils, il est temps d&rsquo;abandonner nos fictions&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em>). S&rsquo;ensuit un dialogue avec Dante qui lui demande : <strong><em>&laquo;&nbsp;Seigneur de la noblesse, et pourquoi donc pleures-tu, toi?&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>. Ce \u00e0 quoi le jeune homme lui r\u00e9pond en latin :<em> Ego tamquam centrum circule, sui simili modo se havent circumferentiae partes ; tu autem non sic<\/em>. (<em><strong>&laquo;&nbsp;Moi, je suis comme le centre du cercle, auquel se rapportent semblablement tous les points de la circonf\u00e9rence ; mais toi tu n&rsquo;es pas ainsi.&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em>). Dante demande \u00e0 l&rsquo;Amour ce que cela signifie : <em><strong>&laquo;&nbsp;Que veux-tu dire seigneur, sous tant d&rsquo;obscurit\u00e9 ?&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em>. Alors le seigneur r\u00e9pond en langue vulgaire : &laquo;&nbsp;<strong><em>N&rsquo;en demande pas plus qu&rsquo;il ne t&rsquo;est utile&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>. Seul le temps explique avec patience les signes d&rsquo;Amour. Dante veut savoir \u00a0la raison du refus du salut de B\u00e9atrice. Le seigneur le lui explique en lui commandant d&rsquo;\u00e9crire une ballade o\u00f9 il devra d\u00e9crire son\u00a0amour afin que B\u00e9atrice connaisse ses v\u00e9ritables sentiments. B\u00e9atrice a entendu parler des ennuis de la Dame-Bouclier louang\u00e9e par Dante. Elle craint que cela ne lui cause des troubles aussi. Dante se r\u00e9veille et s&rsquo;att\u00e8le \u00e0 l&rsquo;\u00e9<span style=\"line-height: 1.5em;\">criture d&rsquo;une ballade en trois parties (<em>Ballade je veux<\/em>)\u00a0o\u00f9 il explique \u00e0 B\u00e9atrice la v\u00e9rit\u00e9 de son amour\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ballade (<em>Vita Nova)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Ballade, je veux que tu trouves Amour,<br \/>\nqu&rsquo;avec lui tu ailles devant ma dame<br \/>\npour que de mon excuse que tu chantes<br \/>\nmon seigneur puisse lui parler.<br \/>\nDis-lui : &laquo;&nbsp;Ma dame, son coeur a toujours \u00e9t\u00e9<br \/>\nsi constant en sa fid\u00e9lit\u00e9<br \/>\nque de vous servir il n&rsquo;a d&rsquo;autre pens\u00e9e :<br \/>\nil fut v\u00f4tre tr\u00e8s t\u00f4t, jamais il n&rsquo;a failli.&nbsp;&raquo;<br \/>\nSi elle ne te croit pas,<br \/>\ndis qu&rsquo;elle demande \u00e0 l&rsquo;Amour si c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9<br \/>\net, pour finir, prie-la bien humblement.<br \/>\nSi pardonner lui pesait trop,<br \/>\nque par message elle m&rsquo;ordonne de mourir<br \/>\net l&rsquo;on verra aussit\u00f4t son vassale ob\u00e9ir. (\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XIII\/ Les Quatre Pensers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s cette vision, l&rsquo;esprit de Dante est occup\u00e9 \u00e0 quatre pens\u00e9es principales, ce qui trouble son repos. Diverses possibilit\u00e9s s&rsquo;offrent \u00e0 lui. Ne sachant quel chemin prendre, il est h\u00e9sitant :<br \/>\n<strong>&#8211; L&rsquo;amour est bon car il ennoblit l&rsquo;\u00e2me<\/strong> (<em>&laquo;&nbsp;Bonne est la seigneurie d&rsquo;Amour puisqu&rsquo;elle retire l&rsquo;esprit de son fid\u00e8le de toute chose vile&nbsp;&raquo;<\/em>)<br \/>\n<strong>&#8211; L&rsquo;amour n&rsquo;est pas bon car il est jalonn\u00e9 d&rsquo;\u00e9preuves<\/strong> (<em>&laquo;&nbsp;Elle n&rsquo;est pas bonne, la seigneurie d&rsquo;Amour, puisque plus son fid\u00e8le lui accorde sa foi, plus accablantes et douloureuses sont les \u00e9preuves par lesquelles il doit passer&nbsp;&raquo;<\/em>).<br \/>\n<strong>&#8211; Les effets de l&rsquo;Amour sont b\u00e9n\u00e9fiques par nature<\/strong> (&laquo;&nbsp;<em>Le nom d&rsquo;Amour est si doux \u00e0 entendre qu&rsquo;il me semble impossible que son effet sur la plupart des choses ne soit doux puisque les noms suivent les choses nomm\u00e9es, ainsi qu&rsquo;il est \u00e9crit : <\/em>nomina sunt consequentia rerum,\u00a0<em>Les noms sont cons\u00e9quences des choses&nbsp;&raquo;<\/em>)<br \/>\n<strong>&#8211; Les vertus de B\u00e9atrice la rendent digne d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9e<\/strong> (<em>La dame pour laquelle Amour t&rsquo;\u00e9treint ainsi n&rsquo;est pas comme les autres dames pour que facilement elle change ses sentiments.<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9crit donc le <em>Sonnet VI<\/em> qui fait \u00e9tat de son ind\u00e9cision et de ses questionnements.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet VI\u00a0(<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Tous mes pensers parlent d&rsquo;Amour<\/em><br \/>\n<em> mais ont entre eux diversit\u00e9 si grande<\/em><br \/>\n<em> que l&rsquo;un me fait vouloir sa seigneurie<\/em><br \/>\n<em> tandis que l&rsquo;autre la tient pour folie,<\/em><br \/>\n<em> qu&rsquo;un autre, avec l&rsquo;espoir m&rsquo;apporte la douceur<\/em><br \/>\n<em> et qu&rsquo;un autre, souvent, me fait verses des pleurs.<\/em><br \/>\n<em> Pour implorer Piti\u00e9, seulement ils s&rsquo;accordent<\/em><br \/>\n<em> mais tremblent de la peur qui est dedans mon coeur.<\/em><br \/>\n<em> Aussi je ne sais plus lequel je dois entendre.<\/em><br \/>\n<em> D\u00e9sireux de parler mais ne sachant que dire,<\/em><br \/>\n<em> me voil\u00e0 \u00e9gar\u00e9 en amoureuse errance<\/em><br \/>\n<em> et si je veux faire l&rsquo;accord entre eux<\/em><br \/>\n<em> il le faut appeler mon ennemie,<\/em><br \/>\n<em> dame Piti\u00e9, pour qu&rsquo;elle me d\u00e9fende.<\/em><\/p>\n<p><strong>XIV\/ Nouvelle entrevue avec B\u00e9atrice \u00e0 un mariage<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1535\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s260.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1535\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1535\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s260.jpg?resize=300%2C438\" alt=\"Dante Gabriel Rosseti (1828-1882), La Salutation de B\u00e9atrice, 1880-81,Toledo Museum of Art, huile sur toile\" width=\"300\" height=\"438\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s260.jpg?w=300 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s260.jpg?resize=205%2C300 205w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s260.jpg?resize=260%2C379 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s260.jpg?resize=160%2C233 160w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1535\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rosseti (1828-1882), La Salutation de B\u00e9atrice, 1880-81,Toledo Museum of Art, huile sur toile<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la bataille des contraires, Dante retrouve sa &laquo;&nbsp;<em>Tr\u00e8s-Gentille&nbsp;&raquo;<\/em> en un lieu o\u00f9 sont rassembl\u00e9es de nombreuses dames r\u00e9unies pour tenir compagnie \u00e0 une nouvelle mari\u00e9e selon l&rsquo;usage de la ville. Il ne pensait point la voir, mais elle s&rsquo;y rend elle aussi. Dante r\u00e9sume en quelques lignes les tourments physiques et spirituels de l&rsquo;amour : <strong><em>&laquo;&nbsp;J&rsquo;achevais \u00e0 peine ma proposition lorsque je crus sentir un merveilleux tremblement commencer \u00e0 na\u00eetre dans ma poitrine, du c\u00f4t\u00e9 gauche, et s&rsquo;\u00e9tendre aussit\u00f4t \u00e0 travers tout mon corps. Alors je dis que sans qu&rsquo;on s&rsquo;en aper\u00e7oive, j&rsquo;appuyai toute ma personne contre une peinture qui courait le long des murs de cette salle ; et craignant que quelqu&rsquo;un s&rsquo;aper\u00e7oive de mon tremblement, je levai les yeux et, regardant les dames, je vis parmi elles la tr\u00e8s gentille B\u00e9atrice. Alors mes esprits furent \u00e0 tel point d\u00e9truits par la force qu&rsquo;avait pris Amour en se voyant si pr\u00e8s de la tr\u00e8s gentille dame, que seuls demeur\u00e8rent vivants les esprits de la vue ; et encore, demeur\u00e8rent-ils hors de leurs instruments parce qu&rsquo;Amour voulait demeurer en leur tr\u00e8s nobles lieu pour voir la merveilleuse dame.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la merveilleuse personnification de l&rsquo;Amour qui fait en partie le g\u00e9nie de Dante. \u00a0L&rsquo;Amour op\u00e8re une m\u00e9tamorphose physique, psychologique et morale. Dante ne se reconna\u00eet plus. Il parle lui-m\u00eame de &laquo;&nbsp;<em>transfiguration<\/em>&laquo;&nbsp;.\u00a0Les dames et B\u00e9atrice voient son embarras et se moquent de lui. Son ami l&rsquo;\u00e9carte et demande \u00e0 Dante ce qui le trouble. Le po\u00e8te lui confie le tourment qu&rsquo;il ne peut ma\u00eetriser \u00a0: <strong><em>&laquo;&nbsp;J&rsquo;ai pos\u00e9 les pieds en ce lieu de la vie au-del\u00e0 duquel on ne peut aller plus loin si l&rsquo;on entend revenir&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>. Il revient dans sa chambre et pleure : <strong><em>&laquo;&nbsp;Si cette dame connaissait mon \u00e9tat, je ne crois pas qu&rsquo;elle se moquerait ainsi de ma personne, je crois m\u00eame que grande piti\u00e9 lui en viendrait .&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>\u00a0Suite \u00e0 cette exp\u00e9rience, il \u00e9crit le Sonnet VII (<em>Avec les autres dames vous raillez mon aspect<\/em>) pour implorer piti\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XV\/ Tourments d&rsquo;amour<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi continuer de chercher \u00e0 voir B\u00e9atrice puisqu&rsquo;il perd ses moyens devant elle ? Mais est-ce une raison suffisante pour se priver de la voir? Quoique sa m\u00e9moire, c&rsquo;est-\u00e0-dire la raison, lui rappellent ses \u00e9checs, il d\u00e9sire la revoir, tent\u00e9 par ses sentiments. D\u00e9rout\u00e9, il perd son assurance et \u00e9crit le beau \u00a0Sonnet VIII (<em>Tous mes tourments meurent dans ma m\u00e9moire<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet VIII (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Tous mes tourments meurent dans ma m\u00e9moire<\/em><br \/>\n<em> lorsque je viens vous voir, \u00f4 belle joie :<\/em><br \/>\n<em> et quand pr\u00e8s de vous je me trouve, j&rsquo;entends Amour<\/em><br \/>\n<em> me dire : &laquo;&nbsp;Fuis, si tu ne veux p\u00e9rir.&nbsp;&raquo;<\/em><br \/>\n<em> Le visage t\u00e9moigne de la couleur du coeur<\/em><br \/>\n<em> qui, d\u00e9faillant, cherche partout appui,<\/em><br \/>\n<em> et dans l&rsquo;ivresse du grand tremblement<\/em><br \/>\n<em> les pierres m\u00eames semblent crier : &laquo;&nbsp;Mais qu&rsquo;il meure! Qu&rsquo;il meure!&nbsp;&raquo;<\/em><br \/>\n<em> P\u00e9ch\u00e9 commet alors celui qui, me voyant,<\/em><br \/>\n<em> refuse de consoler mon \u00e2me d\u00e9sempar\u00e9e<\/em><br \/>\n<em> en t\u00e9moignant au moins un peu de compassion<\/em><br \/>\n<em> devant la piti\u00e9 que votre rire tue<\/em><br \/>\n<em> mais qu&rsquo;\u00e9veillent pourtant les regards mourants<\/em><br \/>\n<em>de mes yeux qui de mort ont si grande envie.<\/em><\/p>\n<p><strong>XVI\/ Quatre choses d&rsquo;amour<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante revient \u00e0 un monologue int\u00e9rieur et s&rsquo;abandonnant \u00e0 l&rsquo;introspection. Nous voil\u00e0 devant l&rsquo;auto-analyse de l&rsquo;amoureux qui d\u00e9crit son \u00e9tat, en le r\u00e9sumant \u00e0 <em>&laquo;&nbsp;quatre choses&nbsp;&raquo;<\/em> :<br \/>\n&#8211; <strong>L&rsquo;amour subi est incontr\u00f4lable<\/strong> (<em>&laquo;&nbsp;La premi\u00e8re est que bien des fois je souffrais, quand ma m\u00e9moire me poussait \u00e0 imaginer ce qu&rsquo;Amour faisait de moi&nbsp;&raquo;<\/em>).<br \/>\n&#8211; <strong>L&rsquo;amour, semblable \u00e0 une mort, fait de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 une obsession<\/strong> (<em>&laquo;&nbsp;La seconde est que, souventes fois, Amour m&rsquo;assaillait soudainement, si fort qu&rsquo;il ne restait plus de vie en moi, except\u00e9 une pens\u00e9e qui me parlait de cette dame&nbsp;&raquo;<\/em>).<br \/>\n&#8211; <strong>On croit qu&rsquo;en voyant l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 l&rsquo;amour peut laisser place \u00e0 une courtoise amiti\u00e9\u00a0<\/strong>(<em>&laquo;&nbsp;La troisi\u00e8me choses que lorsqu&rsquo;Amour m&rsquo;assaillait en un tel combat, je m&rsquo;en allais tout p\u00e2le, voir cette dame, pensant que sa vue me d\u00e9fendrait contre de tels assauts, oubliant ce qui m&rsquo;arriverait en approchant si grande courtoisie.&nbsp;&raquo;<\/em>)<br \/>\n&#8211; <strong>C&rsquo;est une illusion de croire que la vue de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 peut nous en \u00e9loigner<\/strong> (<em>&laquo;&nbsp;La quatri\u00e8me est que sa vue non seulement ne me prot\u00e9geait pas mais mettait en d\u00e9route le peu de vie qui me restait.&nbsp;&raquo;<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces pens\u00e9es expliquent le\u00a0<span style=\"line-height: 1.5em;\">Sonnet IX (<\/span><em style=\"line-height: 1.5em;\">Souventes fois me viennent en m\u00e9moire<\/em>)\u00a0d\u00e9limit\u00e9 en quatre parties, o\u00f9<em style=\"line-height: 1.5em;\"> Dante<\/em><span style=\"line-height: 1.5em;\">\u00a0d\u00e9crit son impuissance \u00e0 combattre Amour.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XVII\/ D\u00e9cision du silence<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante d\u00e9cide alors de ne plus s&rsquo;adresser \u00e0 elle directement, de se taire et de ne faire qu&rsquo;\u00e9crire.\u00a0L&rsquo;amour de Dante va d\u00e8s lors se nourrir de son absence en chantant ses louanges. Sa passion va se d\u00e9velopper au service d&rsquo;une d\u00e9votion amoureuse sublim\u00e9e par le sacrifice qu&rsquo;il fait de ne point la poss\u00e9der.<\/p>\n<p><strong>XVIII\/ Moqueries des dames<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1541\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/f82ef4588f2a1.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1541\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1541\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/f82ef4588f2a1.jpg?resize=640%2C420\" alt=\"Marie Spartali Stillman (1844\u20131927) Dante \" width=\"640\" height=\"420\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/f82ef4588f2a1.jpg?w=640 640w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/f82ef4588f2a1.jpg?resize=300%2C196 300w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/f82ef4588f2a1.jpg?resize=560%2C367 560w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/f82ef4588f2a1.jpg?resize=260%2C170 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/f82ef4588f2a1.jpg?resize=160%2C105 160w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1541\" class=\"wp-caption-text\">Marie Spartali Stillman (1844\u20131927) Dante<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certaines dames ont devin\u00e9 le coeur de Dante. L&rsquo;une d&rsquo;elle l&rsquo;appelle aupr\u00e8s d&rsquo;elle. Il redoute d&rsquo;y trouver B\u00e9atrice mais elle ne s&rsquo;y trouve point. Elles rient et le regardent, puis, l&rsquo;une d&rsquo;entre elles le questionne avec une curiosit\u00e9 et une impatience bien f\u00e9minine :<strong><em> &laquo;&nbsp;A quelle fin aimes-tu cette tienne dame puisque tu ne peux soutenir sa pr\u00e9sence ? Dis-le nous car, assur\u00e9ment, la fin d&rsquo;un tel amour doit \u00eatre bien nouvelle !&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0\u00a0<\/strong>Dante r\u00e9pond : <strong><em>&laquo;&nbsp;Mes dames, la fin de mon amour a \u00e9t\u00e9 nagu\u00e8re le salut de cette dame de qui peut-\u00eatre vous voulez parler, et c&rsquo;est en lui que r\u00e9sidait ma b\u00e9atitude laquelle \u00e9tait la fin de tous mes d\u00e9sirs. Mais depuis qu&rsquo;il lui a plu de me le refuser, mon seigneur Amour, gr\u00e2ces lui soient rendues, a plac\u00e9 toute ma b\u00e9atitude en ce qui ne peut m&rsquo;\u00eatre \u00f4t\u00e9.<\/em>&laquo;&nbsp;<\/strong> Elles murmurent entre elles et r\u00e9pondent : <strong><em>&laquo;&nbsp;Nous te prions de nous dire o\u00f9 r\u00e9side cette tienne b\u00e9atitude.&nbsp;&raquo;<\/em> <\/strong>Et lui r\u00e9pond simplement : <strong><em>&laquo;&nbsp;Dans les paroles qui louent ma dame.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>\u00a0Narquoises, elle remettent en question sa bonne foi et son talent : <strong><em>&laquo;&nbsp;Si cela \u00e9tait vrai, les vers en lesquels tu as d\u00e9peint ton \u00e9tat, tu les aurais tourn\u00e9s d&rsquo;une toute autre mani\u00e8re.&nbsp;&raquo;<\/em> <\/strong>Honteux, Dante songe alors :<strong><em>&laquo;&nbsp;Puisqu&rsquo;il y a tant de b\u00e9atitude dans les paroles qui louent ma dame, pourquoi mon parler a-t-il \u00e9t\u00e9 si diff\u00e9rent ?&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les dames s&rsquo;\u00e9tant moqu\u00e9es de sa po\u00e9sie, il a peur de continuer \u00e0 rimer \u00e0 la louange de B\u00e9atrice. Il a le pressentiment d&rsquo;une inspiration qu&rsquo;il ne ma\u00eetrise pas encore parfaitement, ce qui lui cause une grande crainte : <strong><em>&laquo;&nbsp;En pensant beaucoup \u00e0 cela, il me semblait que j&rsquo;avais abord\u00e9 une mati\u00e8re trop haute pour moi. Si bien que je n&rsquo;osai pas commencer, et je demeurai ainsi plusieurs jours, partag\u00e9 entre le d\u00e9sir de rimer et la peur de commencer.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XIX\/ Au bord du ruisseau<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 le manque de confiance en son talent, Dante d\u00e9sire vivement rimer en l&rsquo;honneur de la &laquo;&nbsp;<em>Tr\u00e8s-Gentille&nbsp;&raquo;<\/em>. \u00a0Le voil\u00e0 en pleine r\u00eaverie au bord d&rsquo;un ruisseau clair. Il confie qu&rsquo;il veut s&rsquo;adresser aux dames, mais seulement celles qui ont un gentil coeur, truchement pour c\u00e9l\u00e9brer B\u00e9atrice. Le po\u00e8te exp\u00e9rimente une sorte de miracle malgr\u00e9 lui qui lui procure une grande joie, qui n&rsquo;est autre que le syndrome de l&rsquo;inspiration. Sa langue semble soudain se mouvoir d&rsquo;elle-m\u00eame. Cet instant n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que celui de la c\u00e9l\u00e9bration de la cr\u00e9ation, phase durant laquelle l&rsquo;artiste voit la forme de son oeuvre s&rsquo;\u00e9laborer selon son intuition. On assiste \u00e0 la ma\u00efeutique du c\u00e9l\u00e8bre sonnet :\u00a0<em>Donne che avete intelletto d&rsquo;amor<\/em> (<em>Dames qui d&rsquo;amour avez l&rsquo;intelligence<\/em>). Cette grande chanson serait trop longue \u00e0 analyser. On observe seulement que Dante la divise en trois parts : la premi\u00e8re comme introduction, la seconde comme argument, la troisi\u00e8me comme servante des paroles pr\u00e9c\u00e9dentes. \u00a0Il y fait l&rsquo;\u00e9loge de B\u00e9atrice, ce que le ciel et la terre pensent d&rsquo;elle, d\u00e9crivant la noblesse de son \u00e2me qui accompagne la \u00a0noblesse de son corps. Partant du tout (la personne enti\u00e8re de B\u00e9atrice), il termine avec le particulier (les beaut\u00e9s d\u00e9termin\u00e9es de son \u00eatre) par l&rsquo;entremise du po\u00e8me blason o\u00f9 sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s notamment ses yeux <em>&laquo;&nbsp;principes d&rsquo;amour&nbsp;&raquo;<\/em> et sa bouche <em>&laquo;&nbsp;fin d&rsquo;amour&nbsp;&raquo;<\/em>. Cela n&rsquo;est pas sans rappeler les c\u00e9l\u00e8bres portraits pr\u00e9rapha\u00e9lites de Dante Gabriel Rossetti qui portait une attention parfois d\u00e9mesur\u00e9e aux traits du visage, qui peuvent parfois nous sembler exag\u00e9r\u00e9s. Il ne faut, en fait, pas perdre de vue que c&rsquo;\u00e9tait un parti-pris du peintre qui les consid\u00e9rait comme des &laquo;&nbsp;blasons&nbsp;&raquo; du corps dans une lecture mystique redevable \u00e0 Dante.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Chanson I \u00a0(<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Dames qui d&rsquo;amour avez intelligence,<\/em><br \/>\n<em> je veux, avec vous, ma dame chanter,<\/em><br \/>\n<em> non que je pense \u00e9puiser sa louange<\/em><br \/>\n<em> mais discourir pour soulager mon coeur.(\u2026)<\/em><br \/>\n<em> Amour jette en vilains coeur un gel<\/em><br \/>\n<em> par quoi tous leurs pensers se glacent et p\u00e9rissent ;<\/em><br \/>\n<em> celui d&rsquo;entre eux qui soutiendrait sa vue<\/em><br \/>\n<em> s&rsquo;ennoblirait ou mourrait ;<\/em><br \/>\n<em> mais si quelqu&rsquo;un se trouve digne<\/em><br \/>\n<em> de la regarder, celui-l\u00e0 conna\u00eet l&rsquo;effet de sa vertu<\/em><br \/>\n<em> et ce qu&rsquo;elle lui donne devient pour lui salut<\/em><br \/>\n<em> tant il se fait humble et oublieux des offenses.<\/em><br \/>\n<em> Gr\u00e2ce plus grande encore par Dieu lui fut donn\u00e9e :<\/em><br \/>\n<em> nul ne peut mal finir qui lui a parl\u00e9.(\u2026)<\/em><br \/>\n<em> De ses yeux, comment qu&rsquo;elle les meuve,<\/em><br \/>\n<em> jaillissent d&rsquo;enflamm\u00e9s esprits<\/em><br \/>\n<em> qui blessent les yeux de qui la contemple<\/em><br \/>\n<em> et si fort transpercent qu&rsquo;ils atteignent le coeur.<\/em><br \/>\n<em> Amour est peint en ce sourire<\/em><br \/>\n<em> que nul ne peut trop longtemps regarder. (\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XX\/ D\u00e9finition de l&rsquo;amour<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1539\" style=\"width: 798px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/la_salutation_de_beatrice.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1539\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1539\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/la_salutation_de_beatrice.jpg?resize=788%2C380\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti (1828 - 1882) La Salutation de B\u00e9atrice- 1859, National Gallery of Canada, Ottawa, huile sur 2 panneaux \" width=\"788\" height=\"380\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/la_salutation_de_beatrice.jpg?w=800 800w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/la_salutation_de_beatrice.jpg?resize=300%2C144 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/la_salutation_de_beatrice.jpg?resize=560%2C270 560w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/la_salutation_de_beatrice.jpg?resize=260%2C125 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/la_salutation_de_beatrice.jpg?resize=160%2C77 160w\" sizes=\"(max-width: 788px) 100vw, 788px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1539\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti (1828 &#8211; 1882)<br \/>La Salutation de B\u00e9atrice- 1859, National Gallery of Canada, Ottawa, huile sur 2 panneaux<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un de ses amis lui demande ce qu&rsquo;est Amour. Pour Dante, l&rsquo;amour est ins\u00e9parable de la bont\u00e9 de coeur. Il explique que l&rsquo;Amour permet \u00e0 l&rsquo;\u00e2me de s&rsquo;\u00e9veiller. C&rsquo;est \u00e0 la fois puissance et acte, forme et mati\u00e8re. A travers une belle m\u00e9taphore du &laquo;&nbsp;<em>Ch\u00e2teau de l&rsquo;\u00e2me<\/em>&laquo;&nbsp;, il \u00e9crit le Sonnet X (<em>Amour et coeur gentil<\/em>). On se demande si Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila avait lu Dante quand elle \u00e9crivit <em>Le Ch\u00e2teau int\u00e9rieur ou Les Demeures<\/em> (1577) !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet X (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Amour et coeur gentil sont une seule chose,<br \/>\nainsi que le sage l&rsquo;affirme dans ses vers,<br \/>\nmais l&rsquo;un sans l&rsquo;autre peut \u00eatre aussi<br \/>\ncomme \u00e2me raisonnable en qui n&rsquo;est pas raison.<br \/>\nLa Nature fait, quand elle est amoureuse,<br \/>\nd&rsquo;Amour un seigneur et du coeur un ch\u00e2teau<br \/>\n\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur duquel en dormant il repose<br \/>\ndurant, selon le cas, br\u00e8ve ou longue saison. (\u2026)<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><strong>XXI\/ Comment s&rsquo;\u00e9veille l&rsquo;amour<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce po\u00e8me d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Amour \u00a0l&rsquo;incite \u00e0 en \u00e9crire un autre d\u00e9di\u00e9 \u00e0 B\u00e9atrice afin de montrer <strong><em>&laquo;&nbsp;comment par elle s&rsquo;\u00e9veille cet amour et comment, non seulement il s&rsquo;\u00e9veille l\u00e0 o\u00f9 il dort, mais comment, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;est pas en puissance, elle le suscite gr\u00e2ce \u00e0 son merveilleux pouvoir.<\/em>&laquo;&nbsp;<\/strong> B\u00e9atrice symbolise avant tout la Gr\u00e2ce, cet irr\u00e9sistible attrait qui purifie et rend meilleur. La contemplation du Bien r\u00e9fugi\u00e9 dans la Beaut\u00e9 \u00e9l\u00e8ve l&rsquo;\u00e2me de qui la regarde en engendrant les vertus d&rsquo;humilit\u00e9, de bont\u00e9, de patience et de douceur,\u00a0comme il l&rsquo;explique :<em>\u00a0<strong>&laquo;&nbsp;(\u2026) elle rend noble tout ce qu&rsquo;elle voit, ce qui revient \u00e0 dire qu&rsquo;elle induit Amour en puissance m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;est pas.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/strong><\/em>Dante aborde \u00e0 nouveau le th\u00e8me du regard, et de la bouche qui sont pour lui les deux nobles parties du visage\u00a0(<em><strong>&laquo;&nbsp;son tr\u00e8s doux parler&nbsp;&raquo;<\/strong><\/em>, <strong><em>&laquo;&nbsp;son admirable sourire&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>) \u00a0dans le\u00a0Sonnet XI (<em>Dans ses yeux<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet XI (<em>Vita Nova<\/em>)<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Dans ses yeux, ma dame porte Amour<br \/>\npar quoi s&rsquo;ennoblit tout ce\u00a0qu&rsquo;elle regarde.<br \/>\nO\u00f9\u00a0qu&rsquo;elle passe, tous vers elle se tournent<br \/>\net de\u00a0celui\u00a0qu&rsquo;elle salue le coeur tressaille<br \/>\nsi fort que, baissant les yeux il p\u00e2lit<br \/>\net sur ses fautes soupire.<br \/>\nDevant elle, s&rsquo;enfuient l&rsquo;orgueil et la col\u00e8re :<br \/>\naidez-moi, dames, \u00e0 l&rsquo;honorer.<br \/>\nToute douceur et tout humble penser<br \/>\nnaissent au coeur de qui l&rsquo;entend parler ;<br \/>\nbienheureux celui qui, une fois, l&rsquo;a vue.<br \/>\nCe qu&rsquo;elle semble en son l\u00e9ger sourire<br \/>\nne peut se dire ni garder en m\u00e9moire<br \/>\ntant gentil est ce miracle, et merveilleux.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>XXII\/\u00a0Mort d&rsquo;une amie de B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante annonce ensuite la mort d&rsquo;une compagne de B\u00e9atrice \u00e0 travers cette sublime phrase :\u00a0<strong><em>&laquo;&nbsp;Par le suite, peu de jours apr\u00e8s, ainsi qu&rsquo;il pl\u00fbt au glorieux Seigneur qui ne refusa pas la mort pour lui-m\u00eame, celui qui avait donn\u00e9 le jour \u00e0 la si grande merveille que l&rsquo;on voyait \u00eatre la tr\u00e8s gentille B\u00e9atrice, quitta cette vie et, vraisemblablement, s&rsquo;en alla \u00e0 la gloire \u00e9ternelle.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0<\/strong>C&rsquo;est un chagrin pour tous et l&rsquo;occasion de lamentations rituelles o\u00f9 les dames \u00e9voquant les douces larmes de B\u00e9atrice : <strong><em>&laquo;&nbsp;Elle pleure en telle mani\u00e8re que quiconque la verrait en mourrait certainement de piti\u00e9.(\u2026) Laquelle de nous pourrait d\u00e9sormais \u00eatre joyeuse apr\u00e8s avoir entendu cette dame parler si pitoyablement ?&nbsp;&raquo;<\/em> <\/strong>Savoir que B\u00e9atrice pleure fait pleurer Dante, si sensible \u00e0 sa douleur. Il se cache avec une timidit\u00e9 qui le fait \u00e9crire sur cette sc\u00e8ne le Sonnet XII (<em>Vous qui portez si afflig\u00e9e semblanc<\/em>e)<em>\u00a0<\/em>o\u00f9 elle devient l&rsquo;image de Piti\u00e9, et le Sonnet XIII.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXIII\/\u00a0Maladie de Dante\u00a0<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1538\" style=\"width: 798px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1538\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1538\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?resize=788%2C574\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti (1828\u20111882) Dante r\u00eavant de la mort de B\u00e9atrice, 1856, Tate Gallery, aquarelle \" width=\"788\" height=\"574\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?w=1180 1180w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?resize=300%2C218 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?resize=1024%2C746 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?resize=560%2C408 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?resize=260%2C189 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?resize=160%2C116 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n05229_10.jpg?resize=900%2C655 900w\" sizes=\"(max-width: 788px) 100vw, 788px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1538\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti (1828\u20111882)<br \/>Dante r\u00eavant de la mort de B\u00e9atrice, 1856, Tate Gallery, aquarelle<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante tombe malade et garde le lit neuf jours, en \u00e9tat de grande faiblesse. Il pleure sur sa mis\u00e8re physique et amoureuse, et se met \u00e0 songer \u00e0 la mort de B\u00e9atrice :<strong><em> &laquo;&nbsp;De toute n\u00e9cessit\u00e9 il faut que la tr\u00e8s gentille B\u00e9atrice quelque jour se meure&nbsp;&raquo;<\/em>.<\/strong>\u00a0Il a alors une vision d\u00e9lirante (<em>&laquo;&nbsp;fantastications&nbsp;&raquo;<\/em>) dans laquelle lui apparaissent des visages de femmes horribles, \u00e9chevel\u00e9es et mena\u00e7antes :<strong><em> &laquo;&nbsp;Toi aussi tu mourras.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0<\/strong>\u00a0Alors que le soleil s&rsquo;obscurcit, B\u00e9atrice est \u00e9lev\u00e9e au ciel. Il supplie la Mort de l&rsquo;accompagner \u00e0 travers une nouvelle\u00a0personnification\u00a0: <strong><em>&laquo;&nbsp;Tr\u00e8s douce mort, viens \u00e0 moi et ne me sois point vilaine, puisque le lieu o\u00f9 tu as \u00e9t\u00e9 n&rsquo;a pu que t&rsquo;ennoblir. Or viens \u00e0 moi qui beaucoup te d\u00e9sire, et tu le vois puisque j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 ta couleur.&nbsp;&raquo;<\/em> <\/strong>\u00a0Tandis qu&rsquo;il divague, une dame alert\u00e9e par son \u00e9tat se penche sur le po\u00e8te en larmes. Inqui\u00e8te, elle appelle d&rsquo;autres dames qui cherchent \u00e0 le consoler. Dante se r\u00e9veille et d\u00e9crit ensuite sa vision dans une chanson (<em>Dame compatissante et d&rsquo;\u00e2ge nouvelet<\/em>), pr\u00e9sage de mort et d&rsquo;absence :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Chanson II (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(\u2026) Pendant que je songeais \u00e0 ma fragile vie,<\/em><br \/>\n<em> \u00e0 sa dur\u00e9e si pr\u00e9caire,<\/em><br \/>\n<em> Amour pleura dans mon coeur qui l&rsquo;h\u00e9berge,<\/em><br \/>\n<em> de quoi mon \u00e2me fut si marrie<\/em><br \/>\n<em> que, soupirant, je me mis \u00e0 penser :<\/em><br \/>\n<em> un jour aussi ma dame se mourra.(\u2026)<\/em><br \/>\n<em> La vision trompeuse<\/em><br \/>\n<em> me conduisit \u00e0 voir ma dame morte<\/em><br \/>\n<em> et, dans le m\u00eame temps,<\/em><br \/>\n<em> d&rsquo;un voile, des dames la recouvrir.<\/em><br \/>\n<em> Son visage portait tant de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9<\/em><br \/>\n<em> qu&rsquo;il semblait dire : &laquo;&nbsp;Je suis en paix.&nbsp;&raquo;<\/em><br \/>\n<em> Tout afflig\u00e9 je devenais si humble<\/em><br \/>\n<em> voyant en elle si grande humilit\u00e9,<\/em><br \/>\n<em> que je me disais : &laquo;&nbsp;Mort, comme tu dois \u00eatre douce<\/em><br \/>\n<em> et noble, d\u00e9sormais, puisqu&rsquo;en ma dame tu es pass\u00e9e.<\/em><br \/>\n<em> Sois donc compatissante, ne me d\u00e9daigne pas,<\/em><br \/>\n<em> vois \u00e0 quel point je deviens d\u00e9sireux<\/em><br \/>\n<em> d&rsquo;\u00eatre des tiens puisque d\u00e9j\u00e0 je te ressemble.<\/em><br \/>\n<em> Accours : c&rsquo;est mon coeur qui te le demande.(\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXIV\/ La Primavera<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1558\" style=\"width: 586px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n03054_10.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1558\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1558\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n03054_10.jpg?resize=576%2C672\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti (1828\u20111882) Monna Vanna, 1866, Tate Gallery, huile sur toile \" width=\"576\" height=\"672\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1558\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti (1828\u20111882) Monna Vanna, 1866, Tate Gallery, huile sur toile<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assis pensivement dans un lieu quelques temps apr\u00e8s, Dante sent un tremblement joyeux dans son coeur. Il reconna\u00eet l&rsquo;all\u00e9gresse d&rsquo;Amour qui annonce l&rsquo;instant o\u00f9 va para\u00eetre B\u00e9atrice. Arrive une belle dame appel\u00e9e Jeanne et surnomm\u00e9e <em>Primavera,\u00a0<\/em>\u00a0qui pr\u00e9c\u00e8de B\u00e9atrice. Toutes deux passent tandis que l&rsquo;Amour ex\u00e9g\u00e8te murmure au coeur de Dante le r\u00f4le mystique des deux femmes : <strong><em>&laquo;&nbsp;La premi\u00e8re est appel\u00e9e <\/em>Primavera<em>, seulement \u00e0 cause de cette venue d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ; car c&rsquo;est moi qui ai pouss\u00e9 celui qui lui donna ce nom \u00e0 l&rsquo;appeler <\/em>Primavera<em>, ce qui veut dire\u00a0<\/em>prima verr\u00e0, &laquo;&nbsp;premi\u00e8re elle viendra&nbsp;&raquo;, <em>le jour o\u00f9 B\u00e9atrice se montrera apr\u00e8s la vision de son fid\u00e8le. Et si, de plus, tu veux consid\u00e9rer aussi son premier nom, autant dire que<\/em> premi\u00e8re elle viendra <em>puisque son nom &laquo;&nbsp;Jeanne&nbsp;&raquo; d\u00e9rive de ce Jean qui pr\u00e9c\u00e9da la V\u00e9ritable Lumi\u00e8re en disant : <\/em>Ego vox clamantis in deserto : parate viam Domini<em>&laquo;&nbsp;. Et il me sembla qu&rsquo;il me\u00a0<\/em><i>disait aussi aussi ces paroles : &laquo;&nbsp;Et qui voudrait voir avec plus de p\u00e9n\u00e9tration encore, appellerait cette B\u00e9atrice : Amour, tant est grande sa ressemblance avec moi.&nbsp;&raquo;<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante \u00e9crit un sonnet pour son ami qui aime Jeanne, en le d\u00e9diant \u00e0 Monna Vanna et \u00e0 Monna Bice (surnom de B\u00e9atrice). \u00a0On y apprend qu&rsquo;<i>Amour <\/i>est le<i>\u00a0<em>Senhal,\u00a0<\/em><\/i>signe\u00a0de B\u00e9atrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet XIV (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>J&rsquo;ai senti s&rsquo;\u00e9veiller en mon coeur<\/em><br \/>\n<em> un esprit amoureux qui dormait<\/em><br \/>\n<em> et puis, de loin, j&rsquo;ai vu venir Amour<\/em><br \/>\n<em> si all\u00e8gre qu&rsquo;\u00e0 peine l&rsquo;ai reconnu.<\/em><br \/>\n<em> Il me dit : &laquo;&nbsp;Pense \u00e0 m&rsquo;honorer&nbsp;&raquo;;<\/em><br \/>\n<em> et chacun de ses mots riait.<\/em><br \/>\n<em> Mon seigneur avec moi \u00e9tait l\u00e0 depuis peu<\/em><br \/>\n<em> quand, regardant d&rsquo;o\u00f9 il \u00e9tait venu,<\/em><br \/>\n<em> je vis Monna Vanna et Monna Bice<\/em><br \/>\n<em> s&rsquo;approcher de l&rsquo;endroit o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais :<\/em><br \/>\n<em> une merveille pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;autre.<\/em><br \/>\n<em> Et, comme la m\u00e9moire me le rappelle,<\/em><br \/>\n<em> Amour me dit : &laquo;&nbsp;Celle-ci a nom Primavera,<\/em><br \/>\n<em> mais Amour, tant elle me ressemble, celle-l\u00e0.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXV\/ Le dire d&rsquo;amour<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce chapitre offre une m\u00e9ditation physique et m\u00e9taphysique dans laquelle Dante r\u00e9affirme au lecteur son intention d&rsquo;user du processus de la personnification pour parler de l&rsquo;Amour. Il lui donne volontairement une forme corporelle, tout en sachant bien que l&rsquo;Amour n&rsquo;existe pas en soi comme substance mais comme accident dans la substance. Philosophant, Dante consid\u00e8re l&rsquo;amour comme un attribut de l&rsquo;\u00e2me humaine. S&rsquo;il emploie la personnification, c&rsquo;est dans le dessein de s&rsquo;adonner plus librement \u00e0 la cr\u00e9ation, \u00e0 la <em>poiesis<\/em>. Pour lui, l&rsquo;amour est venu, l&rsquo;amour a ri, l&rsquo;amour a parl\u00e9, ces choses l\u00e0 \u00e9tant propres \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain, il lui donne donc la substance de l&rsquo;homme dans son r\u00e9cit. S&rsquo;ensuit une r\u00e9flexion o\u00f9 Dante s&rsquo;inscrit dans les d\u00e9bats de son temps sur la langue parl\u00e9e ou litt\u00e9raire,\u00a0sur les <em>diseurs d&rsquo;amour<\/em>\u00a0(trouv\u00e8res d&rsquo;amour) en langue vulgaire ou en langue latine, sur le texte en rime ou non. Il r\u00e9affirme que la rime est propre au chant d&rsquo;Amour et que la\u00a0libert\u00e9 du po\u00e8te est plus grande que celle des parleurs et des prosateurs. C&rsquo;est aussi le propre du po\u00e8te de faire parler les choses inanim\u00e9es, en citant Virgile, Lucain,Horace, Hom\u00e8e, Ovide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXVI\/ Vertu de B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1527\" style=\"width: 431px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003217_001_624x544.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1527\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1527\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003217_001_624x544.jpg?resize=421%2C544\" alt=\"William Dyce (1806-1864) B\u00e9atrice, 1859, Aberdeen Art Gallery, huile sur bois \" width=\"421\" height=\"544\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1527\" class=\"wp-caption-text\">William Dyce (1806-1864) B\u00e9atrice, 1859, Aberdeen Art Gallery, huile sur bois<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le charme de B\u00e9atrice, qui d\u00e9coule de sa vertu,\u00a0occupe un paragraphe. En elle, Dante contemple la Gr\u00e2ce, source de joie et d&rsquo;admiration : <strong><em>&laquo;&nbsp;Elle, cependant, couronn\u00e9e et rev\u00eatue de modestie s&rsquo;en allait sans montrer nulle vanit\u00e9 de ce qu&rsquo;elle voyait et entendait.(\u2026) Moi, je dis qu&rsquo;elle se montrait si noble et de tant de plaisantes gr\u00e2ces remplie que ceux qui la regardaient ressentaient en eux-m\u00eames une douceur si pure et si suave qu&rsquo;ils \u00e9taient incapables de l&rsquo;exprimer ; nul ne pouvait la regarder sans \u00eatre aussit\u00f4t contraint de soupirer. Ces choses et de plus admirables encore proc\u00e9daient d&rsquo;elle par l&rsquo;effet de sa vertu.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>\u00a0 La Gr\u00e2ce, personnifi\u00e9e par B\u00e9atrice, infuse sa noblesse aux \u00e2mes, par un effet b\u00e9n\u00e9fique de l&rsquo;amour qui est contagieux par nature. S&rsquo;ensuivent le Sonnet XV et le Sonnet XVI :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet XV<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Si noble et si chaste appara\u00eet<\/em><br \/>\n<em> ma dame lorsqu&rsquo;elle salue<\/em><br \/>\n<em> que toute langue en tremblant devient muette<\/em><br \/>\n<em> et que les yeux n&rsquo;osent la regarder.<\/em><br \/>\n<em> Elle va, s&rsquo;entendant louer,<\/em><br \/>\n<em> b\u00e9nignement d&rsquo;humilit\u00e9 v\u00eatue,<\/em><br \/>\n<em> et on dirait chose venue<\/em><br \/>\n<em> du ciel sur terre pour miracle montrer.<\/em><br \/>\n<em> Tant de plaisantes gr\u00e2ces elle offre \u00e0 qui l&rsquo;admire<\/em><br \/>\n<em> qu&rsquo;elle infuse au coeur, par les yeux, une douceur<\/em><br \/>\n<em> que nul ne peut conna\u00eetre s&rsquo;il ne l&rsquo;a go\u00fbt\u00e9e.<\/em><br \/>\n<em> De son visage semble s&rsquo;envoler<\/em><br \/>\n<em> un esprit suave plein d&rsquo;amour<\/em><br \/>\n<em> qui va disant au coeur : soupire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet XVI<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Il voit parfaitement toute merveille<\/em><br \/>\n<em> celui qui voit ma dame parmi d&rsquo;autres,<\/em><br \/>\n<em> et celles qui l&rsquo;accompagnent sont tenues<\/em><br \/>\n<em> de remercier Dieu d&rsquo;une telle faveur<\/em><br \/>\n<em> Si grande vertu a sa beaut\u00e9<\/em><br \/>\n<em> qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9veille aucune jalousie<\/em><br \/>\n<em> et rev\u00eat m\u00eame celles qui l&rsquo;entourent<\/em><br \/>\n<em> de courtoisie, d&rsquo;amour et de foi.<\/em><br \/>\n<em> A sa vue tout se fait humble<\/em><br \/>\n<em> mais elle n&rsquo;est pas la seule que son aspect embellit :<\/em><br \/>\n<em> par lui chacune acquiert plus de prix.<\/em><br \/>\n<em> Elle est, en ses moindres gestes, si courtoise<\/em><br \/>\n<em> que nul ne peut la rappeler en sa m\u00e9moire<\/em><br \/>\n<em> sans soupirer en douceur d&rsquo;amour.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXVII\/ Effets de la vertu de B\u00e9atrice sur Dante\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de l&rsquo;effet de la vertu de B\u00e9atrice sur son entourage, Dante \u00e9crit sur ce qu&rsquo;elle op\u00e8re en lui dans des<em> Stances<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXVIII\/ Mort de B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1537\" style=\"width: 478px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/468px-dante_gabriel_rossetti_-_beata_beatrix_1864-1870.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1537\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1537\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/468px-dante_gabriel_rossetti_-_beata_beatrix_1864-1870.jpg?resize=468%2C599\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti (1828-1882) Beata Beatrix, 1864-1870, Tate Gallery, huile sur toile\" width=\"468\" height=\"599\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/468px-dante_gabriel_rossetti_-_beata_beatrix_1864-1870.jpg?w=468 468w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/468px-dante_gabriel_rossetti_-_beata_beatrix_1864-1870.jpg?resize=234%2C300 234w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/468px-dante_gabriel_rossetti_-_beata_beatrix_1864-1870.jpg?resize=260%2C332 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/468px-dante_gabriel_rossetti_-_beata_beatrix_1864-1870.jpg?resize=160%2C204 160w\" sizes=\"(max-width: 468px) 100vw, 468px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1537\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti (1828-1882) Beata Beatrix, 1864-1870, Tate Gallery, huile sur toile<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Quomodo sedet sol civitas\u00a0plana\u00a0populi\u00a0! Facta est quasi vida domina gentium<\/em>.<\/strong> <strong>(&laquo;&nbsp;Combien est seule la ville pleine de peuple ! Elle est devenue comme veuve, la reine des nations !&nbsp;&raquo;)\u00a0<\/strong>C&rsquo;est par ces paroles tir\u00e9es des <em>Lamentations<\/em>\u00a0(I,1) du proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie que Dante ouvre le paragraphe qui est consacr\u00e9 \u00e0 la mort de B\u00e9atrice, le 8 juin 1290, juste apr\u00e8s le coucher du soleil. Le drame survient quand <strong><em>&laquo;&nbsp;le Seigneur de la Justice appela la Tr\u00e8s-Gentille \u00e0 participer \u00e0 la gloire sous les enseignes de cette Reine b\u00e9nie, la Vierge Marie dont le nom fut en tr\u00e8s grande v\u00e9n\u00e9ration en les paroles de cette B\u00e9atrice bienheureuse.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>\u00a0 Dante se refuse \u00e0 dire comment B\u00e9atrice meurt, car il s&rsquo;en sent incapable. Il place la mort de la <em>Tr\u00e8s-Gentille<\/em>\u00a0sous le signe de la Vierge Marie, en pr\u00e9cise seulement l&rsquo;importance du chiffre neuf qu&rsquo;il explicite dans le chapitre suivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Etude sur la Beata Beatrix de Dante Gabriel Rossetti<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est impossible de se pencher sur la mort de B\u00e9atrice de Dante sans \u00e9voquer la <i>Beata Beatrix<\/i>\u00a0d&rsquo;un autre Dante, Dante Gabriel Rossetti, qui d\u00e9crit \u00e0 sa mani\u00e8re l&rsquo;assomption de l&rsquo;\u00e2me de la <em>Tr\u00e8s-Gentille<\/em>, \u00a0en se concentrant en parall\u00e8le sur la transfiguration sacr\u00e9e de l&rsquo;\u00e2me de son \u00e9pouse Elizabeth Siddal, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1862. Apr\u00e8s deux fausses couches, sa femme meurt alors qu&rsquo;il est en train d&rsquo;ex\u00e9cuter cette \u0153uvre. Le peintre personnifia le personnage de la<i>\u00a0Vita Nova<\/i>\u00a0en lui donnant les traits de son \u00e9pouse, au profit d&rsquo;un tableau visionnaire qui eut un grand succ\u00e8s et dont plusieurs versions existent. Il dessina le cadre en y inscrivant la date de la mort de B\u00e9atrice, et y fit sculpter dans des m\u00e9daillons un soleil, une lune, des \u00e9toiles, la terre ainsi que la phrase des <i>Lamentations du\u00a0proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie\u00a0<\/i>cit\u00e9e par Dante.\u00a0Une lettre de Rossetti de 1871 \u00e9claire sur les intentions de cette \u0153uvre \u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il faut bien s\u00fbr se rappeler en regardant cette qu\u2019elle ne se veut nullement une repr\u00e9sentation de la Mort\u2026.mais l\u2019\u00e9voquer sous l\u2019aspect d\u2019une transe dans laquelle B\u00e9atrice assise au balcon surplombant la ville est soudain emport\u00e9e de la Terre au Ciel\u2026\u00a0\u00bb<\/em>(4).\u00a0Le terme \u00ab\u00a0transe\u00a0\u00bb ne refl\u00e8te pas tant l&rsquo;\u00e9tat provoqu\u00e9 par la drogue du laudanum\u00a0(dont mourut Elizabeth Siddal, comme le refl\u00e8te la fleur de pavot\u00a0sur le tableau), que l&rsquo;\u00e9tat soudain de transformation spirituelle que provoque son d\u00e9c\u00e8s. Elle est en train de laisser tomber le pavot dont elle \u00e9tait d\u00e9pendante, qu&rsquo;un oiseau rouge au vol courbe ramasse dans son bec pour l&rsquo;en \u00e9loigner, pr\u00eate \u00e0 conna\u00eetre la premi\u00e8re \u00e9tape de la r\u00e9surrection\u00a0de l&rsquo;\u00e2me commenc\u00e9e avec la mort. L&rsquo;espace est trouble comme si le spectateur \u00e9tait dans le m\u00eame \u00e9ther interm\u00e9diaire o\u00f9 le monde terrestre est encore visible mais o\u00f9 ses contours deviennent d\u00e9j\u00e0 flous comme \u00e0 travers un vitrail dor\u00e9. La silhouette de l&rsquo;homme v\u00eatu de rouge et portant un c\u0153ur\u00a0enflamm\u00e9 \u00e0 gauche, se fait l&rsquo;\u00e9cho du <em>&laquo;&nbsp;seigneur redoutable&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0et du\u00a0<em>Vide cor tuum\u00a0<\/em>du Chapitre III de la <em>Vita Nova. <\/em>C&rsquo;est\u00a0\u00a0l&rsquo;Amour portant le coeur de Dante, lui-m\u00eame \u00e0 droite. Ce dernier est plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 terrestre, il se retire pour laisser l&rsquo;\u00e2me de B\u00e9atrice s&rsquo;enflammer dans la lumi\u00e8re c\u00e9leste \u00e0 l&rsquo;image du soleil cr\u00e9pusculaire qui dore sa chevelure\u00a0en formant un halo\u00a0autour de sa t\u00eate. On distingue au loin la ville de Florence, le Ponte Vecchio et l&rsquo;Arno (ou bien des architectures londoniennes selon certaines interpr\u00e9tations), cette ville marqu\u00e9e par la mort de la jeune fille comme le souligne la citation du cadre : <i>Quomodo sedet sola\u00a0civitas.\u00a0<\/i>Le cadran solaire, signe de la bri\u00e8vet\u00e9 de la vie marque le chiffre neuf, car B\u00e9atrice est morte <em>&laquo;&nbsp;en la premi\u00e8re heure du neuvi\u00e8me jour du mois&nbsp;&raquo;<\/em>. Quelques t\u00e2ches lumineuses persistent \u00e0 rappeler les reflets de la terre ou bien\u00a0 sont d\u00e9j\u00e0 annonciatrices des \u00e9clats du paradis. Les yeux ferm\u00e9s de B\u00e9atrice s&rsquo;\u00e9teignent en la laissant inanim\u00e9e, dans l&rsquo;amn\u00e9sie de la mort. Dante Gabriel Rossetti propose ici une magistrale r\u00e9interpr\u00e9tation du th\u00e8me de la dormition\u00a0car il s&rsquo;agit v\u00e9ritablement d&rsquo;une somnolence spirituelle, d&rsquo;une hypnose divine, t\u00e9moignant de la migration de l&rsquo;\u00e2me vers l&rsquo;au-del\u00e0, \u00e0 travers la m\u00e9tamorphose de l&rsquo;\u00eatre corporel, qui semble pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 l&rsquo;image des corps des extatiques.\u00a0On pense aussi des r\u00e9flexions de Salvador Dali\u00a0sur l\u2019extase \u00e0 travers notamment son photomontage\u00a0<i>Le Ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019extase\u00a0<\/i>\u00a0dans lequel il chercha \u00e0 capturer ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans une intention surr\u00e9aliste avec une trentaine de photos qui d\u00e9composent le mouvement de l\u2019extase, tout en centrant sa composition sur la forme d\u2019un visage f\u00e9minin de type finalement tr\u00e8s langoureusement \u00a0pr\u00e9rapha\u00e9lite (5).\u00a0Les l\u00e8vres tendues comme pour recevoir la communion, B\u00e9atrice-Elizabeth participe d\u00e9j\u00e0 au monde surnaturel.\u00a0A la colombe blanche du Saint-Esprit l&rsquo;artiste substitue une colombe rouge aur\u00e9ol\u00e9e, symbole de paix, de passion et d&rsquo;espoir mais aussi symbole du Christ rachetant l&rsquo;humanit\u00e9 en versant son sang. <i>The Dove<\/i> (\u00ab\u00a0la Colombe \u00bb) \u00e9tait aussi le surnom donn\u00e9 par Rossetti \u00e0 sa femme. Le mot\u00a0<i>beata<\/i>\u00a0renvoie au latin<i> beatus <\/i>qui signifie \u00ab\u00a0heureux, bienheureux \u00bb et qui a donn\u00e9 \u00ab b\u00e9at, chanceux, fortun\u00e9 \u00bb. C&rsquo;est surtout le titre donn\u00e9 aux \u00e2mes justes qui sont dans la contemplation de Dieu. Apr\u00e8s la citation de J\u00e9r\u00e9mie, Dante\u00a0\u00e9voque la mort de B\u00e9atrice\u00a0en la reliant directement avec sa grande d\u00e9votion \u00e0 la Vierge.\u00a0Il y a donc implicitement un ancrage marial dans cette \u0153uvre qui r\u00e9interpr\u00e8te l&rsquo;adoration vou\u00e9e \u00e0 Dante pour une B\u00e9atrice elle-m\u00eame vou\u00e9e \u00e0 la Vierge qu&rsquo;elle s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 contempler au Ciel apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre consacr\u00e9e \u00e0 elle sur terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXIX\/ Symbolique du chiffre 9\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chapitre qui suit celui de la mort de B\u00e9atrice est une analyse symbolique du jour dit. Dante se fait astrologue et math\u00e9maticien de la Mystique en convoquant les cieux, l&rsquo;espace, les \u00e9toiles et les calendriers autour de la science divine du chiffre 9. Il est fait allusion au syst\u00e8me ptol\u00e9ma\u00efque, au calendrier syrien et arabe :<strong>\u00a0<em>&laquo;&nbsp;C&rsquo;est une raison, mais si on y pense plus subtilement et selon l&rsquo;infaillible v\u00e9rit\u00e9, elle fut elle-m\u00eame ce nombre. Je le dis par analogie et l&rsquo;entends ainsi : le nombre trois est la racine de neuf puisque, sans autre nombre et multipli\u00e9 par lui-m\u00eame, il donne neuf, comme nous voyons manifestement que trois fois trois font neuf. Donc si le trois est par lui-m\u00eame facteur du neuf et que le facteur de miracles par lui-m\u00eame est trois, \u00e0 savoir : P\u00e8re, Fils et Saint-Esprit, lesquels sont trois en Un, cette dame fut accompagn\u00e9e du nombre neuf pour donner \u00e0 entendre qu&rsquo;elle \u00e9tait un neuf, un miracle dont la racine (je veux dire la racine du miracle) ne peut \u00eatre que l&rsquo;admirable Trinit\u00e9. (\u2026)&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXX\/ \u00a0La ville de Florence sans B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante revient sur la signification des <em>Lamentations<\/em> de J\u00e9r\u00e9mie et pourquoi il s&rsquo;est inspir\u00e9 du\u00a0<em>Quomodo sedet\u00a0cola\u00a0civitas, <\/em>puisque avec la mort de B\u00e9atrice la ville de Florence a perdu son lys et son fleuron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXI\/ Douleur de Dante<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1542\" style=\"width: 238px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante_by_marie_spartali_stillman_01.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1542\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1542 \" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante_by_marie_spartali_stillman_01.jpg?resize=228%2C299\" alt=\"Marie Spartali Stillman (1844\u20131927) Dante (illustration de la 'Vita Nova') by Marie Spartali Stillman Date19 c.\" width=\"228\" height=\"299\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante_by_marie_spartali_stillman_01.jpg?w=228 228w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dante_by_marie_spartali_stillman_01.jpg?resize=160%2C209 160w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1542\" class=\"wp-caption-text\">Marie Spartali Stillman (1844\u20131927) Dante (illustration de la &lsquo;Vita Nova&rsquo;)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">On imagine la douleur de Dante apr\u00e8s le d\u00e9part de la c\u00e9leste B\u00e9atrice. Inconsolable, il \u00e9panche ses pleurs en les \u00e9crivant, notamment dans la Chanson III (<em>Les yeux dolents de piti\u00e9 pour mon coeur\/<\/em><em>Li occhi\u00a0<\/em><i>dolents per piet\u00e0 del core<\/i>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Chanson III<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>(\u2026) Elle a quitt\u00e9 sa belle personne<\/em><br \/>\n<em>pleine de gr\u00e2ce, l&rsquo;\u00e2me gentille ;<\/em><br \/>\n<em>glorieuse, elle repose en digne lieu.<\/em><br \/>\n<em>Qui ne pleure pas en parlant d&rsquo;elle<\/em><br \/>\n<em>a coeur de pierre si mauvais et vil<\/em><br \/>\n<em>que ne peut y entrer nul esprit de bont\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>Coeur vilain n&rsquo;a aucun pouvoir<\/em><br \/>\n<em>d&rsquo;imaginer quelque chose d&rsquo;elle<\/em><br \/>\n<em>et c&rsquo;est pourquoi il ne sait pleurer ;<\/em><br \/>\n<em>mais grande tristesse et grand d\u00e9sir<\/em><br \/>\n<em>de soupirer, de mourir de larmes,<\/em><br \/>\n<em>de ne jamais s&rsquo;en consoler<\/em><br \/>\n<em>vient \u00e0 celui qui sait voir en pens\u00e9e<\/em><br \/>\n<em>quelle elle fut, pourquoi elle nous a \u00e9t\u00e9 ravie.<\/em><br \/>\n<em>D&rsquo;angoisse profonde m&rsquo;accablent mes soupirs<\/em><br \/>\n<em>lorsque le souvenir en ma triste m\u00e9moire<\/em><br \/>\n<em>fait appara\u00eetre celle par qui mon coeur est bris\u00e9,<\/em><br \/>\n<em>et souventes fois, quand \u00e0 la Mort je pense<\/em><br \/>\n<em>de celle-ci mon coeur si fortement s&rsquo;\u00e9prend<\/em><br \/>\n<em>que sa p\u00e2leur se peint sur mon visage.<\/em><br \/>\n<em>Quand son image plus ne me quitte<\/em><br \/>\n<em>si grand souffrir m&rsquo;assaille de toutes parts<\/em><br \/>\n<em>que sous tant de douleur je tressaille<\/em><br \/>\n<em>et deviens tel<\/em><br \/>\n<em>que je m&rsquo;enfuis de honte.<\/em><br \/>\n<em>Puis, en larmes, seul au milieu de mes plaintes,<\/em><br \/>\n<em>j&rsquo;appelle B\u00e9atrice et dis : &laquo;&nbsp;Est-ce possible ? Tu es morte ? &laquo;&nbsp;<\/em><br \/>\n<em>Crier son nom, alors me r\u00e9conforte.<\/em><br \/>\n<em>Pleurs de douleur, soupirs d&rsquo;angoisse,<\/em><br \/>\n<em>consument mon coeur, partout, quand je suis seul.<\/em><br \/>\n<em>Qui m&rsquo;entendrait souffrirait grande peine.<\/em><br \/>\n<em>Quelle a \u00e9t\u00e9 ma vie depuis<\/em><br \/>\n<em>que ma dame est mont\u00e9e au Si\u00e8cle glorieux<\/em><br \/>\n<em>aucune langue ne saurait le dire ; (\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXII\/ Les Soupirs<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le meilleur ami de Dante\u00a0lui demande de composer quelque chose sur une femme morte. Il s&rsquo;ex\u00e9cute avec le Sonnet XVII (<em>Venez entendre mes soupirs<\/em>)\u00a0impr\u00e9gn\u00e9 du souvenir de la &laquo;&nbsp;<em>Tr\u00e8s-Gentille&nbsp;&raquo;<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXIII\/ Lamentations de Dante<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1532\" style=\"width: 798px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/800px-frederic_leighton_-_dante_in_exile.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1532\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1532\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/800px-frederic_leighton_-_dante_in_exile.jpg?resize=788%2C537\" alt=\"Frederic Leighton (1830-1896), Dante en exil, 1864, huile sur toile\" width=\"788\" height=\"537\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/800px-frederic_leighton_-_dante_in_exile.jpg?w=800 800w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/800px-frederic_leighton_-_dante_in_exile.jpg?resize=300%2C204 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/800px-frederic_leighton_-_dante_in_exile.jpg?resize=560%2C382 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/800px-frederic_leighton_-_dante_in_exile.jpg?resize=260%2C177 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/800px-frederic_leighton_-_dante_in_exile.jpg?resize=160%2C109 160w\" sizes=\"(max-width: 788px) 100vw, 788px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1532\" class=\"wp-caption-text\">Frederic Leighton (1830-1896), Dante en exil, 1864, huile sur toile<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir \u00e9crit le Sonnet XVII, Dante demeure insatisfait. Il d\u00e9cide donc de composer deux stances d&rsquo;une chanson, une pour lui, une pour son ami. De prime abord, il sera d\u00e9di\u00e9 \u00e0 une seule personne mais en r\u00e9alit\u00e9 il s&rsquo;adresse \u00e0 deux femme distinctes : c&rsquo;est la Chanson IV.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXIV\/ L&rsquo;anniversaire de la mort de B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1533\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s58.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1533\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1533\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s58.jpg?resize=300%2C206\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), L'anniversaire de la mort de B\u00e9atrice, 1853, Oxford Ashmolean Museum, aquarelle\" width=\"300\" height=\"206\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s58.jpg?w=300 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s58.jpg?resize=260%2C178 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/s58.jpg?resize=160%2C109 160w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1533\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), L&rsquo;anniversaire de la mort de B\u00e9atrice, 1853, Oxford Ashmolean Museum, aquarelle<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un an apr\u00e8s, Dante pense \u00e0 la mort de B\u00e9atrice en dessine un ange sur une tablette (Leonardo Bruni rapporte que Dante dessinait tr\u00e8s bien). Des gens de la ville viennent l&rsquo;observer. Il \u00e9crit un sonnet en trois parties sur la m\u00e9moire de B\u00e9atrice, si vive et si pr\u00e9sente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXV\/ La Dame \u00e0 la Fen\u00eatre (La Donna della Finestra)<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1534\" style=\"width: 358px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rossetti73.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1534\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1534\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rossetti73.jpg?resize=348%2C500\" alt=\"Dante Gabriel Rossetti, La Donna della Finestra, 1879, Harvard Fogg Art Museum, huile sur toile \" width=\"348\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rossetti73.jpg?w=348 348w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rossetti73.jpg?resize=208%2C300 208w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rossetti73.jpg?resize=260%2C373 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rossetti73.jpg?resize=160%2C229 160w\" sizes=\"(max-width: 348px) 100vw, 348px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1534\" class=\"wp-caption-text\">Dante Gabriel Rossetti, La Donna della Finestra, 1879, Harvard Fogg Art Museum, huile sur toile<strong><br \/><\/strong><\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dante demeure plong\u00e9 dans ses pens\u00e9es douloureuses. Une dame se penchant par sa fen\u00eatre est prise de piti\u00e9 en le voyant (Note : Dans la <em>Vita Nova<\/em>, le terme &laquo;&nbsp;piti\u00e9 &laquo;&nbsp;est \u00e0 comprendre dans le sens de la disposition de l&rsquo;\u00e2me \u00e0 l&rsquo;amour, \u00e0 la mis\u00e9ricorde et aux passions charitables). C&rsquo;est <em>La Donna della Finestra <\/em>dont la\u00a0compassion \u00e9meut Dante :<strong><em>&laquo;&nbsp;comme les afflig\u00e9s, quand ils voient quelqu&rsquo;un s&rsquo;apitoyer sur eux se mettent \u00e0 pleurer comme s&rsquo;ils avaient piti\u00e9 d&rsquo;eux-m\u00eames, je sentis mes yeux sur le point de pleurer&nbsp;&raquo;.<\/em>\u00a0<\/strong>Il\u00a0s&rsquo;\u00e9loigne d&rsquo;elle mais il y pense par la suite en se disant que cette femme ne peut avoir en elle qu&rsquo;un noble amour, lorsqu&rsquo;il compose le Sonnet XIX (<em>Mes yeux ont vu<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet XIX (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Mes yeux ont vu quelle piti\u00e9<\/em><br \/>\n<em> manifestait votre visage<\/em><br \/>\n<em> lorsque vous observiez l&rsquo;attitude et les gestes<\/em><br \/>\n<em> que la douleur m&rsquo;impose si souvent.<\/em><br \/>\n<em> Alors je me suis aper\u00e7u que vous songiez<\/em><br \/>\n<em> \u00e0 ce qui fait ma vie si sombre<\/em><br \/>\n<em> et dans mon coeur la crainte est venue<\/em><br \/>\n<em> de trahir ma faiblesse par mes larmes.<\/em><br \/>\n<em> De vous je me suis \u00e9loign\u00e9, sentant<\/em><br \/>\n<em> que des pleurs montaient de mon coeur<\/em><br \/>\n<em> boulevers\u00e9 par votre vue.<\/em><br \/>\n<em> Puis j&rsquo;ai dit en mon \u00e2me triste :<\/em><br \/>\n<em> &laquo;&nbsp;C&rsquo;est bien le m\u00eame Amour qui habite en cette dame,<\/em><br \/>\n<em> et c&rsquo;est lui qui me fait aller ainsi pleurant.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXVI\/ Suite de la Dame \u00e0 la Fen\u00eatre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Dame \u00e0 la Fen\u00eatre r\u00e9conforte Dante malgr\u00e9 lui. Il s&rsquo;interroge sur le sens de cet amour dans le Sonnet XX (<em>Couleur d&rsquo;amour<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXVII\/ Tentation de Dante<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Serait-ce une trahison ou non d&rsquo;aimer la <em>Donna della Finestra\u00a0<\/em>? Dante est tent\u00e9 par cette dame compatissante mais ne serait-ce pas faire preuve de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et d&rsquo;inconstance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de B\u00e9atrice ?La <em>Donna della Finestra<\/em> c&rsquo;est aussi l&rsquo;all\u00e9gorie de la philosophie qui cherche \u00e0 se substituer comme fin-en-soi \u00e0 la th\u00e9ologie. Attir\u00e9 par elle, subsiste en lui la volont\u00e9 d&rsquo;\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 son amour et \u00e0 son souvenir. Pour d\u00e9crire la trag\u00e9die de son combat int\u00e9rieur, il \u00e9crit un sonnet pour <em>&laquo;&nbsp;enfermer en lui mon horrible condition&nbsp;&raquo;.<\/em>\u00a0C&rsquo;est le Sonnet XXI (<em>Les pleurs amers<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXVIII\/ Combat int\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc notre Dante h\u00e9sitant, en proie \u00e0 l&rsquo;ultime tentation de la dualit\u00e9 entre le coeur et la raison.\u00a0Il est attir\u00e9 par cette dame qui est sans doute apparue par la volont\u00e9 d&rsquo;amour pour lui apporter un r\u00e9confort. Son coeur est pr\u00eat \u00e0 c\u00e9der mais la raison lui rappelle l&rsquo;amour de B\u00e9atrice, de m\u00eame qu&rsquo;il a la tentation de substituer la philosophie \u00e0 la th\u00e9ologie. Il d\u00e9crit la\u00a0bataille de &laquo;&nbsp;pensers&nbsp;&raquo; et comment le\u00a0Coeur, symbole d&rsquo;app\u00e9tit se dispute avec l&rsquo;\u00e2me, symbole de raison. \u00a0Dans le sonnet XXII en trois parties \u00a0(<em>Gentil penser qui parle de vous<\/em>), il explique comment son d\u00e9sir se tourne vers la dame, puis comment la raison parle au coeur, et comment ce dernier lui r\u00e9pond. \u00a0Le terme &laquo;&nbsp;Gentillesse&nbsp;&raquo; est \u00e0 comprendre ici au sens d&rsquo;une perfection morale et intellectuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sonnet XXII (<em>Vita Nova<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em> Gentil penser qui parle de vous<\/em><br \/>\n<em> s&rsquo;en vient en moi demeurer souvent.<\/em><br \/>\n<em> Il devise d&rsquo;amour si suavement,<\/em><br \/>\n<em> qu&rsquo;il y fait consentir mon coeur.<\/em><br \/>\n<em> A ce coeur l&rsquo;\u00e2me dit : &laquo;&nbsp;Qui est donc celui-ci<\/em><br \/>\n<em> qui vient consoler notre m\u00e9moire?<\/em><br \/>\n<em> Poss\u00e8de-t-il vertu si puissante<\/em><br \/>\n<em> qu&rsquo;il ne laisse point d&rsquo;autre pens\u00e9e en nous ,&nbsp;&raquo;<\/em><br \/>\n<em> Et lui r\u00e9pond : &laquo;&nbsp;O \u00e2me pensive,<\/em><br \/>\n<em> c&rsquo;est un esprit nouvelet d&rsquo;amour<\/em><br \/>\n<em> qui devant moi ses d\u00e9sirs pr\u00e9sente,<\/em><br \/>\n<em> et toute sa vie et tout son pouvoir<\/em><br \/>\n<em> il le scient des yeux de la compatissante<\/em><br \/>\n<em> que nos martyres ont tant troubl\u00e9e.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XXXIX\/ Retour au souvenir de B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1531\" style=\"width: 303px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/stf_wag_op249_624x544.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1531\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1531\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/stf_wag_op249_624x544.jpg?resize=293%2C544\" alt=\"Ary Scheffer (1795-1858), La vision de Dante, 1846, Wolverhampton Arts and Heritage, huile sur toile\" width=\"293\" height=\"544\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/stf_wag_op249_624x544.jpg?w=293 293w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/stf_wag_op249_624x544.jpg?resize=161%2C300 161w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/stf_wag_op249_624x544.jpg?resize=260%2C482 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/stf_wag_op249_624x544.jpg?resize=160%2C297 160w\" sizes=\"(max-width: 293px) 100vw, 293px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1531\" class=\"wp-caption-text\">Ary Scheffer (1795-1858), La vision de Dante, 1846, Wolverhampton Arts and Heritage, huile sur toile<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;heure de none (toujours le chiffre neuf!), Dante a la vision de la glorieuse B\u00e9atrice en v\u00eatements rouges, comme lors de leur premi\u00e8re rencontre. Son souvenir revient avec force. Comment oublier un premier amour si puissant ? <strong><em>&laquo;&nbsp;Alors je commen\u00e7ai \u00e0 penser \u00e0 elle ; et me souvenant d&rsquo;elle selon l&rsquo;ordre du temps pass\u00e9, mon coeur commen\u00e7a \u00e0 se repentir douloureusement du d\u00e9sir par lequel il s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9 si indignement poss\u00e9der pendant quelques jours au m\u00e9pris de la constance et de la raison ; et une fois ce mauvais d\u00e9sir chass\u00e9, tous mes pensers se retourn\u00e8rent vers leur tr\u00e8s gentille B\u00e9atrice. Et je dis qu&rsquo;\u00e0 partir de ce moment, je recommen\u00e7ai \u00e0 penser tellement \u00e0 elle, de tout mon coeur rempli de honte, que mes soupirs se manifest\u00e8rent maintes fois ; car presque tous, en s&rsquo;exhalant, r\u00e9p\u00e9taient ce qui se disait dans mon coeur, \u00e0 savoir le nom de cette Tr\u00e8s-Gentille et comment elle nous avait quitt\u00e9s.&nbsp;&raquo; <\/em><\/strong>Il regrette sa vanit\u00e9 et ses illusions envers la <em>Donna della Finestra<\/em> dans le\u00a0Sonnet XXIII (<em>Las ! par la force<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XL\/ Les\u00a0P\u00e8lerins\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s cette \u00e9preuve, Dante rencontre des \u00a0p\u00e8lerins de passage \u00e0 Florence. Cette sc\u00e8ne lui inspire le Sonnet XXIV (<em>Las ! p\u00e8lerins qui allez soucieux<\/em>)\u00a0qui s&rsquo;adresse \u00e0 ces individus inconnus qui passent dans la ville en m\u00e9connaissant le souvenir de B\u00e9atrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XLI\/ Sonnets aux Dames<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;avant-dernier chapitre est consacr\u00e9 au Sonnet XXV (<em>Outre la sph\u00e8re qui la plus large tourne<\/em>)<em>\u00a0<\/em>\u00e9crit\u00a0pour des dames qui lui demandent des rimes. Dante \u00e9voque la dame unique objet de sa pens\u00e9e en jonglant entre philosophie et m\u00e9taphysique. C&rsquo;est aussi l&rsquo;\u00e9bauche du projet de la <em>Divine Com\u00e9die<\/em> qui se dessine avec l&rsquo;\u00e9vocation de l'&nbsp;&raquo;esprit p\u00e8lerin&nbsp;&raquo;.\u00a0Louis-Paul Guigues voit dans <em>La Vita Nova<\/em> un pr\u00e9ambule \u00e0\u00a0<em>La Divine Com\u00e9die<\/em>, une premi\u00e8re impulsion m\u00e9taphysique qui semble s&rsquo;exprimer \u00e0 cet instant (6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>XLII\/ Fin, &laquo;&nbsp;per omnia saecula benedictus&nbsp;&raquo;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La<em> Vita Nova<\/em> se cl\u00f4t sur une vision merveilleuse que Dante ne veut d\u00e9crire mais on comprend qu&rsquo;elle appelle une inspiration nouvelle. C&rsquo;est en d\u00e9finitive l&rsquo;annonce implicite d&rsquo;une autre oeuvre, la <em>Divine Com\u00e9die <\/em>: <strong><em>&laquo;&nbsp;Et donc, s&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 Celui par qui toutes les choses vivent, que ma vie dure encore quelques ann\u00e9es, j&rsquo;esp\u00e8re dire d&rsquo;elle ce qui jamais ne fut dit d&rsquo;aucune. Et puis qu&rsquo;il plaise \u00e0 Celui qui est Sire de la courtoisie que mon \u00e2me puisse aller voir la gloire de sa dame c&rsquo;est-\u00e0-dire de cette B\u00e9atrice b\u00e9nie laquelle glorieusement contemple la face de Celui <\/em>qui est per omnia saecula benedictus<\/strong><em><strong>.&nbsp;&raquo;<\/strong> \u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Muse reliant terre et ciel, lien entre profane et sacr\u00e9, pont entre r\u00e9el et surnaturel, B\u00e9atrice guide\u00a0encore aujourd&rsquo;hui les po\u00e8tes comme elle guida Dante en l&rsquo;\u00e9levant spirituellement vers l&rsquo;Empyr\u00e9e. Il faudrait que tout amoureux (se) \u00a0lise\u00a0<em>La Vita Nova <\/em>pour\u00a0apprendre \u00e0 d\u00e9passer le sensible en allant vers l&rsquo;intelligible, et faire avec sagesse l&rsquo;apprentissage des degr\u00e9s de l&rsquo;amour et de ses valeurs r\u00e9demptrices.\u00a0Bien s\u00fbr, sans jamais se perdre dans la loi de l&rsquo;\u00e2me au d\u00e9triment de la loi des corps, comme le rappelle si bien Etienne Gilson : <em>&laquo;&nbsp;N&rsquo;en doutons pas, l&rsquo;amour de Dante pour B\u00e9atrice, comme celui de P\u00e9trarque pour Laure ne jaillit avec tant de force pour s&rsquo;\u00e9lever si haut, que parce qu&rsquo;une intense \u00e9motion charnelle en nourrissait la racine. Ce ne sont pas l\u00e0 des amours de t\u00eate, mais de l&rsquo;\u00eatre humain tout entier.<\/em>&nbsp;&raquo; (7)<\/p>\n<div id=\"attachment_1529\" style=\"width: 284px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003202_624x544.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1529\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1529\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003202_624x544.jpg?resize=274%2C544\" alt=\"William Dyce (1806-1864), Dante et B\u00e9atrice, Aberdeen Art Gallery &amp; Museums, huile sur toile\" width=\"274\" height=\"544\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003202_624x544.jpg?w=274 274w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003202_624x544.jpg?resize=151%2C300 151w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003202_624x544.jpg?resize=260%2C516 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/abd_aag_ag003202_624x544.jpg?resize=160%2C317 160w\" sizes=\"(max-width: 274px) 100vw, 274px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1529\" class=\"wp-caption-text\">William Dyce (1806-1864), Dante et B\u00e9atrice, Aberdeen Art Gallery &amp; Museums, huile sur toile<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) George Steiner in\u00a0<em>R\u00e9elles Pr\u00e9sences<\/em>, <em>Les arts du sens<\/em>, Folio, (1994), 2005, p.231.<br \/>\n(2)Salomon Trismosin, <em>Splendor Solis<\/em>, Manuscrit (1582), British Library.\u00a0Disponible sur : http:\/\/www.bl.uk\/catalogues\/illuminatedmanuscripts\/record.asp?MSID=7881&amp;CollID=8&amp;NStart=3469)<br \/>\n(3) Louis-Paul Guigues in\u00a0introduction\u00a0<em>Vita Nova,\u00a0<\/em>Po\u00e9sie\/ Galllimard, NRF, 1974, p.26.<br \/>\n(4) Cit\u00e9 par Simon Wilson in <i>Tate Gallery, An Illustrated Companion,<\/i> (rev. Ed.), 1991, p.86.<br \/>\n(5) Salvador Dali, Publi\u00e9 dans <i>Minotaure,<\/i> n\u00b03-4, d\u00e9cembre 1933. Voir notamment l\u2019\u00e9tude de Michel Poivert, \u00ab\u00a0Le Ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019extase\u00a0ou le portrait du surr\u00e9aliste m\u00eame \u00bb, <i>Etudes Photographiques<\/i>, num.2, Mai 1997. \u00a0Disponible sur:\u00a0http:\/\/etudesphotographiques.revues.org\/index130.html<br \/>\n(6) Louis-Paul Guigues,\u00a0in\u00a0intro.\u00a0<em>Vita Nova,\u00a0<\/em>Po\u00e9sie\/ Galllimard, NRF, 1974, p.22. \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0(<em>&laquo;&nbsp;S&rsquo;il d\u00e9cide de composer la<\/em>\u00a0Vita Nuova<em>, ce n&rsquo;est donc pas pour reproduire des vers qui ne sont pas toujours des meilleurs. ce n&rsquo;est pas non plus pour c\u00e9l\u00e9brer B\u00e9atrice, puisque la Florence litt\u00e9raire connaissait ses louanges et d&rsquo;autres encore. Non, s&rsquo;il \u00e9crit la\u00a0<\/em>Vita Nuova<em>, c&rsquo;est pour pr\u00e9parer son public \u00e0 mieux comprendre le grand oeuvre qu&rsquo;il m\u00e9dite et qu&rsquo;il \u00e9bauche. La\u00a0<\/em>Vita Nuova<em>\u00a0est, en quelque sorte, avant la lettre, la premi\u00e8re glose de <\/em>La Divine Com\u00e9die<em>. Il est de la plus haute importance pour Dante de se prouver que B\u00e9atrice est un miracle sur terre. Il a besoin de se le prouver parce que, pour \u00e9crire un po\u00e8me surhumain, il a besoin d&rsquo;un amour surhumain. Il faut que lorsqu&rsquo;il pense \u00e0 B\u00e9atrice, son esprit se hausse et se meuve d\u00e9j\u00e0 dans une lumi\u00e8re c\u00e9leste. Il a besoin pour cela de tout son enthousiasme po\u00e9tique et, v\u00e9ritablement, on peut dire que sa B\u00e9atrice est sa th\u00e9ologie. En une B\u00e9atrice encore physique, il a voulu et su voir une B\u00e9atrice m\u00e9taphysique.&nbsp;&raquo;<\/em>)<em><br \/>\n<\/em>(7) Etienne Gilson,<em> <em>L&rsquo;Ecole des Muses<\/em>, <\/em>Vrin, 1951, pp.25-26.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Note<\/strong> : voir aussi l&rsquo;\u00e9rudite et passionnante recension des opinions sur Dante allant de P\u00e9traque \u00e0 Paul Claudel, en passant par Lamartine, Th\u00e9ophile Gautier, Christine de Pisan ou Voltaire in <em>Dante ou la passion de l&rsquo;immortalit\u00e9<\/em> par Jacques Madaule, Plon, 1965, pp.165-174.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;&nbsp;Et lorsqu&rsquo;ils me demandaient : &laquo;&nbsp;Pour qui t&rsquo;a ainsi consum\u00e9 cet amour ? &nbsp;&raquo; je les regardais en souriant et ne disais rien.&nbsp;&raquo; La Vita Nova ou Vie Nouvelle de Dante fait partie des mythes de l&rsquo;Occident, en ayant \u00e9t\u00e9&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1669\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1670,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[1168,1169,22,1071,251,1170,1171,1172,1173,1174,1175,1176,1179,1180,1183,1181,1182,1184,1185,1186,1187,1188,1189,1190,1191,1192,438,1193,1194,1195,1196,1197,1198,1199,1200,131,29,426,1201,1202,1203,1204,878,1205,1206,415,1177,1178,1207,1208,1209,1210,1211,1212,488,1213,185,1214,1215,1216,491,1217,1218,186,1219,1220,1221,1222,825,134,1223,1224,1225,1226,1227,1228,1126,1229,1230,1231,163,1232,136,1233,1234,1235,1236,769,1237,65,1238,1239,1240,137,1136,1241,1242,36,358,1243,1244,1245,1246,1247,1248,1250,1251,1252,1249,1253,1254,539,175,1255,1256,1257,1258,1259,1260,777,1261,208,1262,1263,1264,1265,1266,69,164,1267,1268,1269,1270,1271,1156,1272,1273,51,41,429,1274,1275,510,1276],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/n03532_10.jpg?fit=934%2C884","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-qV","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1669"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1669"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1669\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3813,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1669\/revisions\/3813"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1670"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1669"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1669"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1669"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}