{"id":132,"date":"2013-05-14T14:58:10","date_gmt":"2013-05-14T14:58:10","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/2013\/05\/14\/lire-et-relire-chronique-n13-leveil-de-kate-chopin-1899\/"},"modified":"2026-02-09T00:47:52","modified_gmt":"2026-02-09T00:47:52","slug":"lire-et-relire-chronique-n13-leveil-de-kate-chopin-1899","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=132","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE L\u2019\u00c9veil de Kate Chopin (1899)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3889 alignleft\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/599483_550226491695204_651690933_a1-1.jpg?resize=170%2C283\" alt=\"599483_550226491695204_651690933_a1\" width=\"170\" height=\"283\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/599483_550226491695204_651690933_a1-1.jpg?w=170 170w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/599483_550226491695204_651690933_a1-1.jpg?resize=160%2C266 160w\" sizes=\"(max-width: 170px) 100vw, 170px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab\u00a0Mais le commencement des choses, celui d\u2019un monde surtout, est forc\u00e9ment vague, embrouill\u00e9, chaotique, extr\u00eamement troublant. Combien peu d\u2019entre nous parviennent \u00e0 \u00e9merger d\u2019une telle gen\u00e8se\u00a0! Combien d\u2019\u00e2mes p\u00e9rissent dans ce tumulte\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00c9crivain n\u00e9e en 1850, Kate Chopin a \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverte par le f\u00e9minisme am\u00e9ricain du XXe si\u00e8cle, et mise au rang des Edith Wharton, Sylvia Plath ou Harriet Beecher Stowe, en raison de son \u00e9criture talentueuse (romans, nouvelles, po\u00e9sie) mise au service d\u2019une r\u00e9flexion sur le r\u00f4le de la femme dans une soci\u00e9t\u00e9 essentiellement patriarcale. Son \u00e9criture se caract\u00e9rise par une simplicit\u00e9 intelligente, des descriptions courtes et un rythme \u00e9gal o\u00f9 l\u2019ironie et la critique sont temp\u00e9r\u00e9es par une sensibilit\u00e9 d\u00e9licate et pudique. Kate Chopin, m\u00e8re de cinq fils et une fille, met beaucoup d\u2019elle-m\u00eame dans<i>\u00a0L\u2019Eveil<\/i>\u00a0(<i>The Awakening,<\/i>\u00a0sous-titr\u00e9 \u00ab\u00a0Une \u00e2me solitaire\u00a0\u00bb). Ce roman d\u2019introspection condamn\u00e9 par la critique am\u00e9ricaine,d\u00e9crit la perte des illusions de la languissante Edna Pontellier dans la soci\u00e9t\u00e9 cr\u00e9ole de la Louisiane de la fin du XIXe si\u00e8cle. Le comportement immoral de l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u00e9rangea l\u2019Am\u00e9rique puritaine.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><strong><i>L\u2019\u00e9veil de la conscience<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019intrigue se noue dans la pension de Madame Lebrun \u00e0 Grand-Isle lors des vacances estivales de bord de mer de la bonne soci\u00e9t\u00e9 de la Nouvelle Orl\u00e9ans. Le riche courtier Monsieur Pontellier, sa femme la belle Edna et leurs deux jeunes fils passent plusieurs semaines, comme chaque ann\u00e9e, en compagnie de plusieurs familles respectables de notables. Kate Chopin d\u00e9crit les sentiments qui agitent Edna dans ce microcosme o\u00f9 la vie l\u2019a plac\u00e9e depuis son mariage avec un homme attentif qu\u2019elle se met \u00e0 m\u00e9priser car il la transform\u00e9e en\u00a0<i>\u00ab\u00a0\u00e9pouse d\u00e9vou\u00e9e\u00a0\u00bb<\/i>, en femme qui subit la vie au lieu de la choisir. Soumise, ob\u00e9issante et passive,la jeune femme aux cheveux bruns-dor\u00e9s va litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9veiller\u00a0\u00bb(comme le rappelle le titre du livre) en d\u00e9couvrant qu\u2019elle ne supporte plus son existence de femme rang\u00e9e et de m\u00e8re. Cet \u00e9veil est une souffrance qu\u2019elle doit assumer dans la solitude int\u00e9rieure\u00a0 (\u00ab<i>\u00a0Enfin, Madame Pontellier commen\u00e7ait \u00e0 comprendre sa position dans l\u2019univers, et \u00e0 \u00e9prouver ses relations d\u2019individu avec le monde qui l\u2019entourait et celui qu\u2019elle portait en elle. Cela peut para\u00eetre un fardeau bien lourd, cette sagesse descendue sur l\u2019\u00e2me d\u2019une jeune femme de vingt-huit ans \u2013 peut-\u00eatre plus de sagesse que le Saint-Esprit ne se pla\u00eet d\u2019habitude \u00e0 en accorder aux femmes, quelles qu\u2019elles soient.\u00a0\u00bb<\/i>) Kate Chopin analyse la lumi\u00e8re qui p\u00e9n\u00e8tre la conscience d\u2019Edna en prenant la m\u00e9taphore de la mer\u00a0dont les vagues surgissent r\u00e9guli\u00e8rement entre les lignes du roman, comme le symbole des \u00e9tats d\u2019\u00e2mes de la jeune femme (<i>\u00ab\u00a0La voix de la mer est s\u00e9ductrice\u00a0; sans jamais se lasse, elle chuchote, gronde,murmure, invite l\u2019\u00e2me \u00e0 errer pour un temps dans des ab\u00eemes de solitude\u00a0;\u00e0 se perdre dans des d\u00e9dales de contemplation int\u00e9rieure. La voix de la mer parle \u00e0 notre \u00e2me. La caresse de la mer est sensuelle, elle enveloppe le corps de sa douce \u00e9treinte\u00a0\u00bb<\/i>).La passion qu\u2019ellese met \u00e0 \u00e9prouver pour le jeune Robert Lebrun, ch\u00e9rubin et chevalier-servant des dames du lieu la conduit \u00e0 fuir les habitus de sa vie (\u00ab\u00a0<i>Un sentiment indescriptible d\u2019oppression,venu sans doute d\u2019un coin obscur de sa conscience, emplissait tout son \u00eatre d\u2019une vague angoisse. C\u2019\u00e9tait une ombre, une brume traversant la claire journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 de son \u00e2me. C\u2019\u00e9tait \u00e9trange et nouveau\u00a0; c\u2019\u00e9tait une humeur\u00a0<\/i>\u00bb) L\u2019amour, le d\u00e9sir et la passion silencieuse l\u2019\u00e9treignent. Le roman se fait presque silencieux comme si l\u2019on entendait plus que le battement de deux c\u0153urs d\u2019un couple interdit\u00a0:\u00a0<i>\u00abUne multitude de mots n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 plus lourds de sens que ces moments de silence, ni plus riches des premiers fr\u00e9missements du d\u00e9sir.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Edna est passionn\u00e9e de musique. Celle-ci a le don de susciter en elle des images tr\u00e8s particuli\u00e8res. Elle aime souvent discuter avec Mademoiselle Reisz, vieille fille rev\u00eache et pianiste \u00e0 laquelle seule Edna semble sensible. Le piano de la pension fait \u00e9cho \u00e0 ses tourments et ses angoisses comme le\u00a0<i>leitmotiv<\/i>\u00a0de sa solitude. L\u2019\u00e9veil d\u2019Edna est plus sp\u00e9cifiquement d\u00e9crit dans la sc\u00e8ne o\u00f9 elle apprend \u00e0 nager, qui devient la m\u00e9taphore de sa lib\u00e9ration et le pr\u00e9lude de sa destin\u00e9e. Elle jouit int\u00e9rieurement de s\u2019aventurer tr\u00e8s loin dans la mer en s\u2019\u00e9loignant du rivage protecteur :\u00a0<i>\u00ab\u00a0Un sentiment d\u2019exaltation s\u2019empara d\u2019elle comme si elle avait brusquement \u00e9t\u00e9 investie d\u2019un pouvoir consid\u00e9rable sur son corps et sur son \u00e2me. Elle devint audacieuse,t\u00e9m\u00e9raire et surestima ses forces. Elle voulait nager tr\u00e8s loin, l\u00e0 o\u00f9 aucune femme ne s\u2019\u00e9tait jamais aventur\u00e9e\u00a0\u00bb<\/i>. La r\u00e9bellion p\u00e9n\u00e8tre davantage dans son \u00e2me. Elle refuse son r\u00f4le d\u2019automate conjugal avec une\u00a0<i>\u00ab\u00a0volont\u00e9 dress\u00e9e\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0contre les ordres de son mari qui ne comprend pas son attitude. L\u2019escapade vers l\u2019\u00e9glise devient le signe d\u2019une foi morte et perdue quand elle est prise d\u2019un vertige \u00e0 la messe et que Robert la fait sortir pour qu\u2019elle s\u2019a\u00e8re. Elle n\u2019y reviendra plus. En quelques jour elle a chang\u00e9\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0<\/i><i>Elle laissa son esprit vagabonder et revivre son s\u00e9jour \u00e0 Grand-Isle\u00a0; et elle tenta de d\u00e9couvrir en quoi cet \u00e9t\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent de tous les \u00e9t\u00e9s qu\u2019elle avait v\u00e9cus. Elle ne percevait encorequ\u2019une chose\u00a0: son \u00eatre \u2013son \u00eatre actuel- \u00e9tait d\u2019une certaine mani\u00e8re diff\u00e9rent de son \u00eatre d\u2019autrefois. Elle ne se doutait pas encore qu\u2019elle voyait avec d\u2019autres yeux, rencontrait en elle de nouvelles dispositions qui \u00e9clairaient tout ce qui l\u2019entourait d\u2019un jour inconnu.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><strong><i>L\u2019\u00e9veil du c\u0153ur<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0C\u2019est dans l\u2019absence soudaine que la passion souvent se manifeste.\u00a0Le d\u00e9part brutal de Robert pour le Mexique est une r\u00e9v\u00e9lation amoureuse mais ni l\u2019un ni l\u2019autre ne se d\u00e9clarent cet amour impossible (<i>\u00ab\u00a0Qui peut dire quels m\u00e9taux les dieux utilisent pour forger cet attachement que nous appelons la sympathie, que nous pourrions aussi bien appeler l\u2019amour \u00bb<\/i>). Edna cherche peu \u00e0 peu \u00e0 secouer les cha\u00eenes qui la lient \u00e0 sa cage dor\u00e9e sans jamais parvenir \u00e0 vraiment les briser. Contrairement \u00e0 son amie Ad\u00e8le Ratignolle,la blonde femme-madone du pharmacien qui se coule avec bonheur dans le moule de l\u2019\u00e9pouse et de la m\u00e8re aimante, elle aspire \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et veut affirmer sa libert\u00e9. Tout en choyant ses enfants elle ne parvient pas \u00e0 se consacrer pleinement \u00e0 eux et les oublie presque, ce qui lui donne de nombreux scrupules\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Bref, Madame Pontellier n\u2019\u00e9tait pas une m\u00e8re avant tout. Elles \u00e9taient nombreuses, les m\u00e8res avant tout, cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 \u00e0 Grand-Isle. On les reconnaissait facilement, voletant de-ci de l\u00e0, d\u00e9ployant des ailes protectrices quand des dangers r\u00e9els ou imaginaires mena\u00e7aient leur pr\u00e9cieuse nich\u00e9e. Ces femmes idol\u00e2traient leurs enfants, v\u00e9n\u00e9raient leurs maris et tenaient pour privil\u00e8ge sacr\u00e9 de nier leur individualit\u00e9 et de se laisser pousser des ailes d\u2019ange gardien\u00a0\u00bb<\/i>.Malgr\u00e9 leur amiti\u00e9, leurs conceptions de la vie les opposent. Madame Ratignolle c\u2019est le symbole de la libert\u00e9 de la m\u00e8re avant celle de la femme\u00a0; Madame Pontellier c\u2019est le symbole de la libert\u00e9 de la femme avant celle de la m\u00e8re\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0<\/i><i style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\">Je c\u00e9derais tout ce qui n\u2019est pas essentiel\u00a0; je donnerais mon argent, je donnerais ma vie pour mes enfants\u00a0; mais je ne me donnerais pas moi-m\u00eame. Je ne peux pas l\u2019exprimer plus clairement\u00a0; c\u2019est seulement une chose que je commence \u00e0 comprendre, qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 moi peu \u00e0 peu.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p><strong><i>L\u2019\u00e9veil de la mort<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 la routine de la vie reprend en m\u00eame temps qu\u2019Edna devient plus hostile au monde qui l\u2019entoure. Tout l\u2019ennuie sauf la pens\u00e9e de Robert auquel elle songe tout en s\u2019effor\u00e7ant de l\u2019oublier. De retour \u00e0 la Nouvelle-Orl\u00e9ans, elle se met \u00e0 refuser les invitations mondaines, \u00e0 sortir seule dans les rues et \u00e0 d\u00e9velopper ses talents de peintre en voulant devenir artiste.\u00a0Toujours v\u00eatue de blanc au d\u00e9but du livre, elle se pare de tenues de couleurs comme si Kate Chopin voulait traduire les changements psychologiques de son h\u00e9ro\u00efne. Plus vell\u00e9itaire que volontaire, elle peine \u00e0 sortir de \u00a0cette prison sociale. Ceci se traduit par une errance morale et physique qui la laisse insatisfaite\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0L\u2019oiseau qui veut s\u2019\u00e9lever au-dessus du simple niveau des traditions et des pr\u00e9jug\u00e9s doit avoir les ailes solides. C\u2019est un triste spectacle de voir la pauvre hirondelle meurtrie, \u00e9puis\u00e9e, revenir \u00e0 terre en battant faiblement des ailes\u00a0\u00bb<\/i>. La m\u00e9diocrit\u00e9 de son mari l\u2019agace de plus en plus. Les reproches qu\u2019il lui fait pour un potage br\u00fbl\u00e9 engendre la c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne de l&rsquo;alliance durant laquelle Edna rentr\u00e9e dans la solitude de sa chambre jette son anneau de mariage et l\u2019\u00e9crase avec sa bottine. Mais quand la bonne revient dans la pi\u00e8ce, vaincue, elle la remet \u00e0 son doigt.\u00a0Le d\u00e9part de son mari pour New York et de ses enfants chez leur grand-m\u00e8re est enfin l\u2019occasion de vivre seule comme elle l\u2019entend. Elle aspire \u00e0 ce qu\u2019elle nomme\u00a0<i>\u00ab\u00a0la fr\u00e9n\u00e9sie de la vie\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0sans pouvoir vraiment d\u00e9crire cet id\u00e9al vague.\u00a0Mademoiselle Reisz et Madame Lebrun lui donnent des nouvelles de Robert par intermittences car ce dernier ne lui \u00e9crit pas. Edna continue de peindre mais elle doute de ses qualit\u00e9s d\u2019artistes apr\u00e8s la r\u00e9flexion lapidaire de Mademoiselle Reisz\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Etre artiste implique beaucoup de choses\u00a0: on doit poss\u00e9der de nombreux dons \u2013des dons absolus, et inn\u00e9s\u00a0; on ne les acquiert pas par des effortspersonnels. En outre, pour r\u00e9ussir, l\u2019artiste doit avoir l\u2019\u00e2me courageuse. (\u2026) L\u2019\u00e2me brave. L\u2019\u00e2me qui ose et d\u00e9fie.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Elle loue le\u00a0<i>\u00ab\u00a0pigeonnier\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>une petite maison ind\u00e9pendante et profite de sa vie avec une libert\u00e9 fr\u00e9missante en tombant dans une certaine superficialit\u00e9. Se prenant au jeu de la s\u00e9duction avec le galant Alc\u00e9e\u00a0Arobin rencontr\u00e9 \u00e0 une course de cheval,elle lui c\u00e8de mais elle regrette cette nuit sans amour. Quelques jours apr\u00e8s elle croise par hasard Robert de retour du Mexique. Tous deux s\u2019avouent leur amour mais Robert la fuit ensuite par respect pour son mari et ses enfants.<\/p>\n<p><strong><i>Eveil ou Mauvais R\u00e9veil\u00a0?<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9cartel\u00e9e entre sa vie de m\u00e8re, sa vie d\u2019\u00e9pouse et sa vie de femme, Edna la \u00ab\u00a0Bovary Cr\u00e9ole\u00a0\u00bb semble incapable de concilier ces trois vocations comme les femmes qui l\u2019entourent. L\u2019\u00e9veil qui semblait lumineux se transforme en chute morbide et fatale. Elle ne d\u00e9sire plus voir personne, le souvenir de Robert se dissipe d\u00e9j\u00e0 et ses enfants\u00a0<i>\u00ab\u00a0lui apparaissaient comme des forces contraires qui l\u2019avaient vaincue\u00a0; ils l\u2019avaient domin\u00e9e et avaient cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire son \u00e2me en esclavage pour le restant de ses jours.\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>R\u00e9veill\u00e9e en ayant perdu ses illusions elle se fracasse sur le roc tranchant de la r\u00e9alit\u00e9 et ne trouve de salut que dans la nage d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e vers un rivage inconnu qu\u2019elle n\u2019atteindra jamais que dans la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0On sent que les pages de\u00a0<i>L\u2019\u00c9veil<\/i>\u00a0ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites dans la touffeur de cette Am\u00e9rique Sudiste, sous les ombrelles de coton et dans le balancement des palmes vertes et des hamacs. Le rythme lancinant du style parvient \u00e0 recr\u00e9er une atmosph\u00e8re de serre presque \u00e9touffante\u00a0: un perroquet soliloque, des \u00e9ventails se d\u00e9ploient, des gouttes de sueur perlent sur les fronts. On froisse des feuilles de g\u00e9ranium. Ici le soleil est morbide et semble refroidir et \u00e9teindre les \u00e2mes au lieu de les r\u00e9chauffer et de les br\u00fbler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Kate Chopin a le m\u00e9rite avant-gardiste de d\u00e9noncer la domination des pr\u00e9jug\u00e9s sur les femmes de son \u00e9poque. Souvent condamn\u00e9es \u00e0 subir une vie impos\u00e9e de m\u00e8re et d\u2019\u00e9pouse, beaucoup souffraient du manque d\u2019\u00e9panouissement personnel et de se sentir dupe de leurs illusions. Ce roman est riche de\u00a0belles intuitions mais l\u2019\u00e9crivain est tributaire de sa vision absurde et pessimiste de la vie, toutefois sauv\u00e9e par l&rsquo;harmonie musicale et l&rsquo;art qu&rsquo;elle d\u00e9ploie pour d\u00e9crire son mal-\u00eatre existentiel. Le reproche principal est d\u2019avoir fait de son h\u00e9ro\u00efne une f\u00e9ministe d\u00e9butante qui ne va pas au bout de sa destin\u00e9e et qui pi\u00e9tine dans sa vie en p\u00eachant par dilettantisme et superficialit\u00e9. Il est plus facile d\u2019accuser la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9duquer les jeunes filles dans l&rsquo;illusion que de devenir adulte en acceptant les responsabilit\u00e9s du monde r\u00e9el. Car c\u2019est le propre de la jeunesse que de vivre d&rsquo;illusion et la maturit\u00e9 est un feu qui br\u00fble tous ceux qui ne n&rsquo;ont \u00a0pas l&rsquo;\u00e2me faite du m\u00e9tal de l\u2019amour et de la volont\u00e9. En proie \u00e0 la dualit\u00e9 de la vie\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0la vie ext\u00e9rieure o\u00f9 l\u2019on s\u2019adapte\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0et\u00a0<i>\u00ab\u00a0la vie int\u00e9rieure o\u00f9 l\u2019on s\u2019interroge\u00a0\u00bb,<\/i>\u00a0Edna devient une schizophr\u00e8ne boudeuse en divisant les deux au lieu de les lier et de les relier. Entre la m\u00e8re de famille qui nie son individualit\u00e9 et la femme d\u00e9complex\u00e9e qui l\u2019affirme en faisant abstraction de ses enfants, il n\u2019y a pas de vrai \u00e9veil que celui de la femme qui se donne \u00e0 tous en restant elle-m\u00eame. Enfant jamais satisfaite, g\u00e2t\u00e9e et nombriliste qui manipule son p\u00e8re, elle se croit victorieuse en affirmant laborieusement\u00a0:<i>\u00ab\u00a0On ne m\u2019imposera pas de contraintes\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0(comme si la vie ne se chargeait pas de donner son lot de contraintes \u00e0 tout \u00eatre vivant !). La comparaison finale de<i>\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019aboiement du vieux chien\u00a0<\/i><i>encha\u00een\u00e9 au sycomore \u00bb\u00a0<\/i>n\u2019est pas sans rappeler le fameux \u00ab<i>\u00a0chien crev\u00e9 au fil de l\u2019eau\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0qui inspire une grande piti\u00e9 mais qui n\u2019est gu\u00e8re exaltant. Il y a des prisons que l\u2019on subit et des prisons que l\u2019on construit soi-m\u00eame. \u00c0 force d\u2019attendre que les autres la comprennent en croyant qu\u2019elle n\u2019existait que par leurs regards, Edna a oubli\u00e9 d&rsquo;\u00eatre elle-m\u00eame. En conclusion, amour sans conscience n\u2019est que ruine de l\u2019\u00e2me et du corps.<\/p>\n<p>\u00a0\u00c0 lire mais \u00e0 ne pas relire tous les jours.<\/p>\n<p><strong>\u00a9GLSG, le 14 Mai 2013<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Mais le commencement des choses, celui d\u2019un monde surtout, est forc\u00e9ment vague, embrouill\u00e9, chaotique, extr\u00eamement troublant. Combien peu d\u2019entre nous parviennent \u00e0 \u00e9merger d\u2019une telle gen\u00e8se\u00a0! Combien d\u2019\u00e2mes p\u00e9rissent dans ce tumulte\u00a0!\u00a0\u00bb \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00c9crivain n\u00e9e en 1850,&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=132\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1861,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[96,97,98,99,2602,2601,2603],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/599483_550226491695204_651690933_a1.jpg?fit=170%2C283","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-28","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/132"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=132"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/132\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17156,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/132\/revisions\/17156"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1861"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=132"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=132"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=132"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}