{"id":1311,"date":"2014-01-24T11:33:55","date_gmt":"2014-01-24T11:33:55","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=1311"},"modified":"2026-02-08T23:56:34","modified_gmt":"2026-02-08T23:56:34","slug":"lire-et-relire-chronique-n22-lettres-de-chopin-et-de-george-sand-1836-1839","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1311","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE les Lettres de Chopin et de George Sand (1836-1839)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"165\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/capture-d_c3a9cran-2014-01-23-c3a0-00-42-37-2.png?resize=300%2C165\" alt=\"capture-d_c3a9cran-2014-01-23-c3a0-00-42-37\" class=\"wp-image-3862\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/capture-d_c3a9cran-2014-01-23-c3a0-00-42-37-2.png?resize=300%2C165 300w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/capture-d_c3a9cran-2014-01-23-c3a0-00-42-37-2.png?resize=260%2C143 260w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/capture-d_c3a9cran-2014-01-23-c3a0-00-42-37-2.png?resize=160%2C88 160w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/capture-d_c3a9cran-2014-01-23-c3a0-00-42-37-2.png?w=426 426w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ce Chopin est un ange, sa bont\u00e9, sa tendresse et sa patience m\u2019inqui\u00e8tent quelquefois&nbsp;; je m\u2019imagine que c\u2019est une organisation trop fine, trop exquise et trop parfaite pour vivre longtemps de notre grosse et lourde vie terrestre. Il a fait \u00e0 Majorque, \u00e9tant malade \u00e0 mourir, de la musique qui sentait le paradis \u00e0 plein nez, mais je suis tellement habitu\u00e9e \u00e0 le voir dans le ciel qu\u2019il ne me semble pas que sa vie ou sa mort prouve quelque chose pour lui. Il ne sait pas bien lui-m\u00eame dans quelle plan\u00e8te il existe, il ne se rend aucun compte de la vie comme nous la concevons et comme nous la sentons.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>(George Sand, le 28 avril 1839, lettre \u00e0 la Comtesse Marliani)<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9ditions Palma de Mallorca ont \u00e9dit\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es les <em>Lettres de Chopin et de George Sand<\/em> \u00e9crites entre 1836 et 1838. Ce petit recueil \u00e9tabli, traduit et annot\u00e9 par Bronislas Edouard Sydow, Denise Colfs-Chainaye et Suzanne Chainaye relate \u00e0 travers une succession de correspondances l\u2019histoire de ce couple c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 partir de leur rencontre en 1836 jusqu&rsquo;\u00e0 leur s\u00e9jour \u00e0 Majorque en 1838-1839. La s\u00e9rie de lettres rend compte de l&rsquo;\u00e9change des deux amants&nbsp;avec leur entourage proche, amis et conseillers comme la Comtesse Marliani, \u00e9pouse du Consul d&rsquo;Espagne \u00e0 Paris et confidente de George Sand. On trouve des \u00e9crits de Franz Liszt, Delacroix, Berlioz, Marie Dorval ou Marie d\u2019Agoult (montr\u00e9e sous un jour d\u00e9favorable car sa jalousie porta ombrage \u00e0 la relation d\u2019Aurore et de Chopin).&nbsp; Parmi les amis de Chopin on trouve le Comte Albert Grzymala, exil\u00e9 de Pologne, le Docteur Jean Matuseynski et le pianiste Julien Fontana. Au-del\u00e0 du t\u00e9moignage sentimental, l&rsquo;ensemble est surtout pr\u00e9cieux pour sa valeur historique, artistique et litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-3860\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"234\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/chopin-wodzinska.jpg?resize=300%2C234\" alt=\"Portrait de Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin\" class=\"wp-image-3860\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/chopin-wodzinska.jpg?resize=300%2C234 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/chopin-wodzinska.jpg?resize=260%2C203 260w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/chopin-wodzinska.jpg?resize=160%2C125 160w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/chopin-wodzinska.jpg?w=475 475w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Portrait de Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><b><i>Naissance&nbsp;d&rsquo;amour&nbsp;<\/i><\/b><\/p>\n\n\n\n<p>Quand George Sand (1804-1876) et Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin se rencontrent \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1836, tous les deux ont d\u00e9j\u00e0 acquis une renomm\u00e9e dans le monde des lettres et dans le monde de la musique. Chopin a 26 ans, elle en a 32. On retrouve dans ces lettres les caract\u00e8res de ces deux artistes si diff\u00e9rents et si proches \u00e0 la fois. Le grand pianiste polonais install\u00e9 en France est sensible, bon, aimant et appr\u00e9ci\u00e9 de tous. Il a sa place dans les salons les plus fameux.&nbsp; Aurore Dudevant (alias George Sand) a publi\u00e9 un certains nombre de romans et nouvelles,&nbsp;<i>Indiana <\/i>et <i>Melchior <\/i>en 1832, <i>L\u00e9lia <\/i>en 1833, <i>Mauprat <\/i>en 1837, entre autres, et des feuilletons dans la &nbsp;<i>Revue des Deux Mondes<\/i>. Mari\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix-huit ans avec Casimir Dudevant, elle en aura deux enfants, Maurice et Solange, r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9voqu\u00e9s dans les lettres de Majorque. Mais le mariage ne l\u2019int\u00e9resse plus.&nbsp;Elle est surtout connue pour ses nombreuses liaisons parmi lesquelles on compte Alfred de Musset, le m\u00e9decin Pagello, Prosper M\u00e9rim\u00e9e, et plus encore qui se succ\u00e8dent avec scandale.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1836, Chopin est promis \u00e0 la polonaise Marie Wodzinska, mais durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1837, la famille de la jeune fille rompt les fian\u00e7ailles. C\u2019est durant cette p\u00e9riode qu\u2019il compose le<i> Scherzo en si b\u00e9mol mineur. <\/i>Par l\u2019interm\u00e9diaire de Liszt et de Marie d\u2019Agoult, Chopin est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 George Sand. Si la belle Aurore tombe imm\u00e9diatement amoureuse de lui, bien qu\u2019elle ait une liaison avec le jeune auteur dramatique F\u00e9licien Mallefille, il est retenu par un amour plus distant, encore bless\u00e9 par son chagrin. Dans la premi\u00e8re lettre qu\u2019il \u00e9crit \u00e0 sa famille concernant George Sand en 1836, ses impressions sont plut\u00f4t d\u00e9sagr\u00e9ables.&nbsp; On lit : <i>\u00ab&nbsp; (&#8230;) J&rsquo;ai fait la connaissance d&rsquo;une grande c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 : Madame Dudevant, connue sous le nom de George Sand ; mais son visage ne m&rsquo;est pas sympathique et ne m&rsquo;a pas plu du tout. Il y a m\u00eame en elle quelque chose qui m&rsquo;\u00e9loigne.(&#8230;)&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>George Sand tr\u00e9pigne. Le 23 mai 1838, elle \u00e9crit \u00e0 la Comtesse Marliani qu\u2019elle souffre de l\u2019incertitude du musicien, non sans un certain humour&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Ch\u00e8re belle, j\u2019ai re\u00e7u vos bonnes lettres et je tarde \u00e0 vous r\u00e9pondre \u00e0 fond parce que vous savez que le temps est <\/i>variable dans la saison des amours <i>(style Dorat). On dit beaucoup de oui, de non, de si, de mais dans une semaine, et souvent on dit le matin&nbsp;: <\/i>d\u00e9cid\u00e9ment ceci est intol\u00e9rable<i>, pour dire le soir&nbsp;: en v\u00e9rit\u00e9 <\/i>c\u2019est le bonheur supr\u00eame<i>. J\u2019attends donc pour vous \u00e9crire tout de bon que mon barom\u00e8tre marque quelque chose de stable du moins de certain pour un temps quelconque. (\u2026)&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p><i> <\/i>Le barom\u00e8tre monte et descend&nbsp;donc ! En effet,&nbsp;Chopin h\u00e9sitait \u00e0 se lier \u00e0 l\u2019\u00e9crivain \u00e0 la r\u00e9putation sulfureuse. La lettre de George Sand dat\u00e9e de la fin du mois de mai 1838 \u00e0 Albert Grzymala, le confident du couple naissant, est une lettre-phare de cette correspondance. Durant des pages et des pages \u00e9crites \u00e0 Nohant, elle fait part de ses scrupules, en interrogeant sa passion \u00e0 travers une s\u00e9rie de questions, comme une math\u00e9maticienne de l\u2019amour. George Sand n\u2019aime pas qu\u2019on lui r\u00e9siste mais c\u2019est une honn\u00eate femme&nbsp;qui croit \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;(\u2026) \u00c9coutez-moi bien et r\u00e9pondez clairement, cat\u00e9goriquement, nettement. Cette personne <\/i>(note&nbsp;: il s\u2019agit de<i> <\/i>Marie Wodzinsk<i>a) qu\u2019il veut, ou croit, devoir aimer, est-elle propre \u00e0 faire son bonheur, ou bien doit-elle augmenter ses souffrances et ses tristesses&nbsp;? Je ne demande pas s\u2019il l\u2019aime, s\u2019il en est aim\u00e9, si c\u2019est plus ou moins que moi. Je sais \u00e0 peu pr\u00e8s, par ce qui se passe en moi, ce qui doit se passer en lui. Je demande \u00e0 savoir laquelle de <\/i>nous deux <i>il faut qu\u2019il oublie ou abandonne pour son repos, pour son bonheur, pour sa vie enfin, qui me para\u00eet trop chancelante et trop fr\u00eale pour r\u00e9sister \u00e0 de grandes douleurs.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n\n\n\n<p><i> <\/i>Elle est d\u00e9j\u00e0 maternelle dans son jugement sur le jeune musicien dont elle a compris la psychologie ultra-sensible et la sant\u00e9 fragile. Tout en \u00e9tant tout \u00e0 fait rationnelle, George Sand a besoin d\u2019aimer et de sentir la passion, m\u00eame si elle s\u2019en d\u00e9fend&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;(\u2026) Nous ne nous sommes point tromp\u00e9s l\u2019un l\u2019autre, nous nous sommes livr\u00e9s au vent qui passait et qui nous a emport\u00e9s tous deux dans une autre r\u00e9gion pour quelques instants. Mais il n\u2019en faut pas moins que nous redescendions ici-bas, apr\u00e8s cet embrassement c\u00e9leste et ce voyage \u00e0 travers l\u2019Empyr\u00e9e. Pauvres oiseaux, nous avons des ailes, mais notre nid est sur la terre et quand le chant des anges nous appelle en haut, le cri de notre famille nous ram\u00e8ne en bas. Moi, je ne veux point m\u2019abandonner \u00e0 la passion, bien qu\u2019il y ait au fond de mon c\u0153ur un foyer encore bien mena\u00e7ant parfois.&nbsp;\u00bb <\/i>Elle est m\u00eame tr\u00e8s accommodante&nbsp;: &nbsp;<i>\u00ab&nbsp;(\u2026) Voici une lettre effrayant. Il vous faudra six semaines pour la d\u00e9chiffrer. C\u2019est mon <\/i>ultimatum<i>. S\u2019il est heureux ou doit \u00eatre heureux par <\/i>elle<i>, laissez-le faire. S\u2019il doit \u00eatre malheureux, <\/i>emp\u00eachez-le<i>. S\u2019il peut-\u00eatre heureux par moi sans cesser de l\u2019\u00eatre par <\/i>elle<i>, moi je puis faire de m\u00eame de mon c\u00f4t\u00e9. S\u2019il ne peut \u00eatre heureux par moi sans \u00eatre malheureux avec elle, il faut que <\/i>nous nous \u00e9vitions et qu\u2019il m\u2019oublie<i>. Il n\u2019y a pas \u00e0 sortir de ces quatre points. Je serai forte pour cela, je vous le promets&nbsp;; car il s\u2019agit de <\/i>lui<i>, et si je n\u2019ai pas grande vertu pour moi-m\u00eame, j\u2019ai grand d\u00e9vouement pour ce que j\u2019aime. (\u2026)&nbsp;\u00bb<\/i> Grzymala fait savoir \u00e0 George Sand peu apr\u00e8s que les fian\u00e7ailles de Chopin sont rompues. Elle regagne alors Paris o\u00f9 ils passent l\u2019\u00e9t\u00e9 Tous deux entament une liaison qui durera presque dix ans.<\/p>\n\n\n\n<p><b><i>D\u00e9part \u00e0 Majorque<\/i><\/b><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du mois d\u2019octobre 1838, nos deux oiseaux partent en Espagne sur l\u2019\u00eele de Majorque, sur recommandation de leur ami Mano\u00ebl Marliani, dans le but de fuir les ragots parisiens et pour soigner la sant\u00e9 chancelante de Chopin. En effet, les comm\u00e9rages vont bon train. Marie d\u2019Agoult \u00e9crit \u00e0 la comtesse Marliani&nbsp;une lettre aigre-douce pleine d\u2019ironie mordante : <i>\u00ab (\u2026) Le voyage aux Bal\u00e9ares m\u2019amuse. Je regrette qu\u2019il n\u2019ait pas eu lieu un an plus t\u00f4t. Quand G. se faisait saigner, je lui disais toujours&nbsp;: \u00e0 votre place j\u2019aimerais mieux Chopin&nbsp;; que de coups de lancette \u00e9pargn\u00e9s&nbsp;! (\u2026) L\u2019\u00e9tablissement aux \u00eeles Bal\u00e9ares doit-il \u00eatre de longue dur\u00e9e&nbsp;? \u00c0 la fa\u00e7on dont je connais l\u2019un et l\u2019autre, ils doivent se prendre en grippe apr\u00e8s un mois de cohabitation. Ce sont deux natures antipodiques, mais qu\u2019importe c\u2019est joli au possible. (\u2026)\u00bb&nbsp;<\/i>Elle admire trop Chopin pour ne pas lui reconna\u00eetre des talents qui l\u2019ont s\u00e9duite mais que sa rivale lui a emp\u00each\u00e9 de savourer davantage&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Vous avez bien raison d\u2019aimer le talent de Chopin&nbsp;; c\u2019est la d\u00e9licieuse expression d\u2019une nature exquise. C\u2019est le seul pianiste que je puisse entendre non seulement sans ennui, mais avec un profond recueillement. (\u2026)&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, les tourtereaux s\u2019installent \u00e0 Palma de Majorque, avec Maurice et Solange, dans la grande chartreuse de Valdemosa, un lieu idyllique&nbsp;qui enthousiasme George : <i>\u00ab&nbsp;C\u2019est la po\u00e9sie, c\u2019est la solitude, c\u2019est tout ce qu\u2019il y a de plus artiste, de plus <\/i>chiqu\u00e9<i> sous le ciel&nbsp;; et quel pays&nbsp;! Nous sommes dans le ravissement.&nbsp;\u00bb <\/i>Chopin ne se prive pas d\u2019\u00e9crire \u00e0 son tour les merveilles que lui procure ce s\u00e9jour&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Je suis \u00e0 Palma au milieu des palmiers, des c\u00e8dres, des cactus, des oliviers, des orangers, des citronniers, des alo\u00e8s, des figuiers, des grenadiers\u2026enfin de tous les arbres que poss\u00e8dent les serres du Jardin des plantes. Le ciel est de turquoise, la mer, de lapis-lazuli&nbsp;; les montagnes d\u2019\u00e9meraude et l\u2019air est comme au ciel. Du soleil toute la journ\u00e9e. (\u2026) La nuit, on entend des chants et le son des guitares pendant des heures enti\u00e8res.(\u2026) \u00bb<\/i> Mais il ne manque qu\u2019une chose \u00e0 son bonheur, et c\u2019est l\u2019essentiel&nbsp;: un piano&nbsp;! Pauvre Chopin qui se lamente aupr\u00e8s de son ami pianiste Julien Fontana&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Aime-moi. Fais une petite visite \u00e0 Pleyel car le piano n\u2019est pas encore arriv\u00e9. Par quelle voie me l\u2019a-t-on exp\u00e9di\u00e9&nbsp;?&nbsp;<\/i>\u00bb En attendant, il \u00e9crit ses <i>Pr\u00e9ludes <\/i>qu\u2019il promet d\u2019envoyer bient\u00f4t, tandis qu\u2019Aurore termine <i>Spiridion <\/i>que son \u00e9diteur Buloz r\u00e9clame \u00e0 cor et \u00e0 cri.<i> <\/i>Elle est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 \u00e9crire un roman sur son voyage qui sera publi\u00e9 en en 1841 sous le titre <i>Un hiver \u00e0 Majorque.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p><b><i>Un s\u00e9jour entre pluie et soleil<\/i><\/b><\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement l\u2019installation devient \u00e9pique. La terre promise est superbe mais lorsqu\u2019il s\u2019agit des commodit\u00e9s mat\u00e9rielles, le couple d\u00e9chante, d\u2019autant plus que la sant\u00e9 de Chopin ne s\u2019arrange gu\u00e8re. Les m\u00e9decins locaux appel\u00e9s \u00e0 son chevet ne sont que des escrocs superstitieux et incapables. La maison qu\u2019ils louent non loin de la Chartreuse n\u2019a ni feu ni chemin\u00e9e et la saison des pluies arrive bient\u00f4t. George se lamente&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Je ne peux travailler encore. Nous ne sommes pas install\u00e9s, nous n\u2019avons ni \u00e2ne, ni domestique, ni eau, ni feu, ni moyen s\u00fbr d\u2019envoyer les manuscrits. Moyennant quoi, je fais la cuisine au lieu de faire de la litt\u00e9rature et ne sais pas encore si le dernier paquet que j\u2019ai envoy\u00e9 \u00e0 Buloz est parvenu.\u00bb<\/i>&nbsp;Comble de malchance, le piano n\u2019est toujours pas \u00e0 Majorque le 21 novembre, comme Chopin le r\u00e9clame avec inqui\u00e9tude \u00e0 Camille Pleyel &nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;(\u2026) Mon piano n\u2019est pas encore arriv\u00e9. Comment l\u2019avez-vous envoy\u00e9&nbsp;? par Marseille, ou par Perpignan&nbsp;\u00bb&nbsp;? Je r\u00eave musique mais je n\u2019en fais pas \u2013 parce que ici on n\u2019a pas de pianos\u2026c\u2019est un pays sauvage sous ce rapport.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9cembre le piano n\u2019est toujours pas l\u00e0 et la poste fonctionne extr\u00eamement mal entre Majorque et la France, car aucun bateau ne bouge quand il pleut. Dans une lettre \u00e0 la Comtesse Marliani George Sand d\u00e9crit avec d\u00e9pit et humour la paresse des Majorquins qui ne s\u2019int\u00e9ressent qu\u2019au <i>\u00ab&nbsp;commerce du cochon&nbsp;\u00bb.<\/i> Pour eux <i>\u00ab&nbsp;le courrier ne compte pas, ni la politique ni les beaux-arts&nbsp;\u00bb. <\/i>Si elle se r\u00e9jouit de la beaut\u00e9 du paysage et de la nature, elle est refroidie par l\u2019accueil des autochtones et par la sant\u00e9 d\u2019un Chopin toussant couvert de cataplasmes, sans parler de l\u2019absence du plus simple confort mat\u00e9riel&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Mon Dieu, que la vie physique est rude, difficile et mis\u00e9rable ici&nbsp;! C\u2019est au-del\u00e0 de ce qu\u2019on peut imaginer. On manque de tout, on ne trouve rien \u00e0 louer, rien \u00e0 acheter. Il faut commander des matelas, acheter des draps, serviettes, casseroles, etc\u2026tout absolument.&nbsp;\u00bb<\/i> Le pauvre Chopin se plaint \u00e0 son cher Fontana&nbsp;:&nbsp;<i>\u00ab&nbsp; Le piano attend depuis huit jours dans le port la d\u00e9cision de la douane qui r\u00e9clame des montagnes d\u2019or pour cette cochonnerie. Ici, la nature est bienfaisante, mais les hommes sont des voleurs. (\u2026)&nbsp;\u00bb<\/i> Le musicien lui envoie le 12 janvier ses <i>Pr\u00e9ludes,<\/i> en lui promettant dans quelques semaines la <i>Ballade en fa majeur, op.36 <\/i>(d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Schumann), des <i>Polonaises<\/i> (la majeur et do mineur, op.40, d\u00e9di\u00e9es \u00e0 Julien Fontana) et un<b> <\/b><i>Scherzo<\/i> (le scherzo en do di\u00e8se mineur, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Adolphe Gutmann).<\/p>\n\n\n\n<p>En janvier, George Sand est d\u00e9finitivement convaincue des d\u00e9savantages de son s\u00e9jour, tout en se f\u00e9licitant du soleil et de la v\u00e9g\u00e9tation luxurieuse propice \u00e0 la bonne sant\u00e9 de ses deux enfants. Le mauvais accueil des habitants lui est particuli\u00e8rement d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Nous sommes install\u00e9s depuis un mois seulement et nous avons eu toutes les peines du monde. Le naturel du pays est le type de la m\u00e9fiance, de l\u2019inhospitalit\u00e9, de la mauvaise gr\u00e2ce et de l\u2019\u00e9go\u00efsme. De plus ils sont menteurs, voleurs, d\u00e9vots comme au moyen-\u00e2ge. (\u2026) Moi, je passe pour vou\u00e9e au diable, parce que je ne vais pas \u00e0 la messe, ni au bal, et que je vis seule au fond de ma campagne, (\u2026)&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le piano arrive aux alentour du 20 janvier 1839. Ou plut\u00f4t le <i>pianino<\/i>, une effroyable machine \u00e0 faire de la musique, sur lequel Chopin composera vaillamment&nbsp;<i>Ballades<\/i>, <i>Polonaises<\/i>, <i>Scherzos<\/i> qu\u2019il envoie \u00e0 ses \u00e9diteurs par l\u2019interm\u00e9diaire du fid\u00e8le Fontana. On imagine ais\u00e9ment la joie de l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019instrument, comme le relate George Sand \u00e0 la comtesse Marliani&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;(\u2026) Au milieu de tout cela, le ramage de Chopin, qui va son joli train et que les murs de la cellule sont bien \u00e9tonn\u00e9s d\u2019entendre. Le seul \u00e9v\u00e9nement remarquable depuis cette derni\u00e8re lettre, c\u2019est l\u2019arriv\u00e9e du piano attendu. Enfin, il a d\u00e9barqu\u00e9 sans accident, et les vo\u00fbtes de la chartreuse s\u2019en r\u00e9jouissent. Et tout cela n\u2019est pas profan\u00e9 par l\u2019admiration des sots&nbsp;: nous ne voyons pas un chat. Notre retraite dans la montagne nous a d\u00e9livr\u00e9s de la politesse des oisifs.&nbsp;\u00bb <\/i><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi pour elle l\u2019occasion de se confier sur le bonheur de la solitude et de la libert\u00e9 cr\u00e9atrice, tout en regrettant la \u00ab&nbsp;civilisation&nbsp;\u00bb qui stimule l\u2019esprit. Notre femme de lettres souffre de l\u2019absence de beaux esprits autour d\u2019elle, \u00e0 part son musicien ch\u00e9ri. Faut-il s\u2019extraire longtemps de la civilisation sous peine de devenir sauvage&nbsp;? Faut-il rester dans la nature sous peine de devenir contamin\u00e9 par la civilisation&nbsp;?<i>&nbsp;\u00ab&nbsp;(\u2026) Le fait est que nous sommes tr\u00e8s contents de la libert\u00e9 que cela nous donne, parce que nous avons \u00e0 travailler&nbsp;; mais nous comprenons tr\u00e8s bien que ces intervalles po\u00e9tiques qu\u2019on met dans sa vie ne sont que des temps de transition, un repos permis \u00e0 l\u2019esprit avant qu\u2019il reprenne l\u2019exercice des \u00e9motions. Je vous dis cela dans le sens purement intellectuel&nbsp;; car, pour la vie du c\u0153ur, elle ne peut cesser un instant et je sens que je vous aime autant ici qu\u2019\u00e0 Paris. Mais l\u2019id\u00e9e de revivre \u00e0 Paris m\u2019\u00e9pouvante, apr\u00e8s ce bon silence et cet imperturbable calme de ma retraite. Et puis, en m\u00eame temps, l\u2019id\u00e9e de vivre toujours ici, sans me retremper au spectacle d\u2019anciens progr\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9 me ferait l\u2019effet de la mort, car vous ne pouvez pas vous figurer ce que c\u2019est qu\u2019un peuple arri\u00e9r\u00e9. De loin, on le croit po\u00e9tique, on imagine l\u2019\u00e2ge d\u2019or, des m\u0153urs patriarcales&nbsp;: &#8211; quelle erreur&nbsp;! La vue de pareils patriarches vous r\u00e9concilie avec le si\u00e8cle, et on voit bien clairement que, si nous valons peu encore, ce n\u2019est pas parce que nous en savons trop, mais que c\u2019est parce que nous en savons trop peu.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<b><i>Fiasco du s\u00e9jour et retour en France<\/i><\/b><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 15 f\u00e9vrier 1839, George Sand est \u00e0 Barcelone. Chopin crache du sang et quiconque tousse en Espagne est d\u00e9clar\u00e9 phtisique, c\u2019est-\u00e0-dire pestif\u00e9r\u00e9. Les habitants les chassent malproprement. Ils s\u2019embarquent sur un bateau charg\u00e9 de cochons : <i>\u00ab&nbsp;Dieu fasse que j\u2019en sorte bient\u00f4t et que je remette jamais le pied en Espagne&nbsp;! C\u2019est un pays qui ne me convient sous aucun rapport (\u2026) Le climat de Majorque devenait de plus en plus n\u00e9faste \u00e0 Chopin. (\u2026) Nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e0 Majorque comme des parias \u00e0 cause de la toux de Chopin et aussi parce que nous n\u2019allions pas \u00e0 la messe. (\u2026)&nbsp;\u00bb. <\/i>Le c\u00f4t\u00e9 maternel de George s\u2019exprime pleinement quand elle parle du malheureux Chopin qu\u2019elle soigne avec un d\u00e9vouement sans borne. Le s\u00e9jour n\u2019a fait que renforcer le lien des deux amants&nbsp;:<i>&nbsp; \u00ab&nbsp;(&#8230;) Mais le pauvre enfant serait mort de spleen \u00e0 Majorque, et \u00e0 tout prix, il a fallu l\u2019en faire sortir. Mon Dieu, si vous le connaissiez comme je le connais maintenant vous l\u2019aimeriez encore davantage, ch\u00e8re amie. C\u2019est un ange de douceur, de patience et de bont\u00e9. Je le soigne comme mon enfant et il m\u2019aime comme sa m\u00e8re.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Le 26 f\u00e9vrier, tous sont en France, \u00e0 Marseille apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 l\u2019Espagne inhospitali\u00e8re, particuli\u00e8rement odieuse avec le pauvre Chopin. Aurore \u00e9crit avec rage tous les griefs qu\u2019elle a \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un pays qui les re\u00e7ut si mal&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;(\u2026) l\u2019aubergiste a voulu lui faire payer le lit o\u00f9 il avait dormi sous pr\u00e9texte qu\u2019il fallait br\u00fbler ce lit comme infect\u00e9 de maladie contagieuse. Ce trait vous peint l\u2019Espagne d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Sp\u00e9culations \u00e9ternelles sur les souffrances d\u2019autrui avec accompagnement d\u2019impudence et d\u2019injures. Oh que je hais l\u2019Espagne&nbsp;! J\u2019en suis sortie comme les anciens \u00e0 reculons, c\u2019est-\u00e0-dire avec toutes les formules de mal\u00e9dictions&nbsp;; j\u2019en ai secou\u00e9 la poussi\u00e8re de mes pieds et j\u2019ai fait serment de ne plus jamais parler \u00e0 un Espagnol de ma vie. (\u2026) Un mois de plus et nous mourrions en Espagne, Chopin et moi&nbsp;; lui, de m\u00e9lancolie et de d\u00e9go\u00fbt, moi de col\u00e8re et d\u2019indignation. Ils m\u2019ont bless\u00e9e dans l\u2019endroit le plus sensible de mon c\u0153ur, ils ont perc\u00e9 \u00e0 coups d\u2019\u00e9pingles un \u00eatre souffrant sous mes yeux, jamais je ne leur pardonnerai et si j\u2019\u00e9cris sur eux, ce sera avec du fiel.&nbsp;(\u2026) \u00bb <\/i>Ses propos seront tr\u00e8s mal re\u00e7us par un grand nombre d\u2019Espagnols et de journalistes. R\u00e9action qui n\u2019\u00e9tonne gu\u00e8re quand on lit cette lettre compr\u00e9hensible mais si pleine d&rsquo;acrimonie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Marseille, Chopin se fait soigner par des m\u00e9decins (enfin) comp\u00e9tents. Ils y demeurent jusqu\u2019en avril, afin de profiter pleinement du climat plus sec qui favorise sa convalescence. L\u2019\u00e9t\u00e9 sera pass\u00e9 \u00e0 Nohant. Chopin continue d\u2019\u00e9crire \u00e0 Fontana afin de lui envoyer ses manuscrits musicaux et de lui donner des d\u00e9tails dans la gestion de ses affaires, en v\u00e9ritable <i>business-man<\/i> romantique. Il est tr\u00e8s amoureux et admiratif de son Aurore, comme il le confie \u00e0 Grzymala&nbsp;: \u00ab<i>&nbsp;(\u2026) J\u2019ai maigri et p\u00e2li terriblement mais maintenant je mange beaucoup. Ajoute \u00e0 ma toux habituelle, tout le mal que m\u2019ont fait les Espagnols et les multiples agr\u00e9ments \u00e9prouv\u00e9s l\u00e0-bas. Sans cesse, je la voyais inqui\u00e8te de moi. Elle devait me soigner toute seule car Dieu nous pr\u00e9serve des m\u00e9decins du pays&nbsp;! Je la voyais faire mon lit, ranger la chambre, pr\u00e9parer les tisanes, se priver de tout pour moi, ne recevant aucun courrier, veillant sur les enfants qui avaient constamment besoin de son regard aimant (\u2026) dans des conditions de vie inusit\u00e9es. (\u2026&nbsp;)&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>La sant\u00e9 de Chopin s\u2019am\u00e9liore tandis que George \u00e9crit un article critique, ou plut\u00f4t une&nbsp;<i>\u00ab&nbsp;grande tartine&nbsp;\u00bb<\/i>&nbsp;sur Goethe, Byron et Mickiewicz. Tous deux s\u2019enferment poursuivis par des curieux \u00e0 cause de leur popularit\u00e9. La lettre de George Sand \u00e0 Madame Marliani est sp\u00e9cialement comique&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp; Je suis assaillie ici comme \u00e0 Paris. Du matin au soir&nbsp;: oisifs, curieux et mendiants litt\u00e9raires assi\u00e8gent ma porte de leurs lettres et de leurs personnes. Je me tiens sur une d\u00e9fensive inflexible, ne r\u00e9ponds, ni ne re\u00e7ois et me fais passer pour malade. Ne soyez pas effray\u00e9es s\u2019il vous vient de ce pays la nouvelle que je suis mourante&nbsp;; quand ils sauront que je me porte bien je crois qu\u2019ils seront furieux, car moins que partout ailleurs, on comprend ici l\u2019horreur que peut inspirer&nbsp; la<\/i> populacerie<i> litt\u00e9raire et le charlatanisme de la r\u00e9putation. Il y a cohue \u00e0 ma porte, toute la racaille litt\u00e9raire me pers\u00e9cute et toute la racaille musicale est aux trousses de Chopin. Pour le coup, lui je le fais passer pour mort, et si cela continue nous enverrons partout des lettres de faire-part de notre tr\u00e9pas \u00e0 tous les deux, afin qu\u2019on nous pleure et qu\u2019on nous laisse en repos. (\u2026)&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/i><\/p>\n\n\n\n<p><i><\/i>Tous deux apprennent la mort du malheureux t\u00e9nor fran\u00e7ais Nourrit qui s\u2019est suicid\u00e9, apr\u00e8s un mauvais accueil des Napolitains. Chopin joue <i>Les Astres<\/i> de Schubert pour l\u2019enterrement \u00e0 Notre-Dame du Mont \u00e0 Marseille sur des orgues particuli\u00e8rement mauvaises mais que le g\u00e9nie du pianiste parvient \u00e0 faire r\u00e9sonner comme le remarque George&nbsp;:<i style=\"line-height: 1.5em;\">&nbsp;\u00ab On lui a fait ici un tr\u00e8s maigre service fun\u00e8bre, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque rechignant. Je ne sais pas si les chantres l&rsquo;on fait expr\u00e8s mais je n&rsquo;en ai jamais entendu chanter plus faux. Chopin s&rsquo;est d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 jouer de l&rsquo;orgue \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, quel orgue! C&rsquo;\u00e9tait dans la petite \u00e9glise de N.D. du Mont, un instrument faux, criard, n\u2019ayant de souffle que pour d\u00e9tonner. Pourtant notre petit en a tir\u00e9 tout le parti possible. Il a pris les jeux les moins aigres et il a jou\u00e9 les Astres non pas d\u2019un ton exalt\u00e9 et glorieux comme faisait Nourrit, mais d\u2019un ton plaintif et doux comme l\u2019\u00e9cho lointain d\u2019un autre monde. Nous \u00e9tions l\u00e0 deux ou trois au plus qui avons vivement senti cela et dont les yeux se sont remplis de larmes ; le reste de l&rsquo;auditoire qui s&rsquo;\u00e9tait port\u00e9 l\u00e0 en masse et qui avait pouss\u00e9 la curiosit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 payer 50 centimes la chaise (prix inou\u00ef pour Marseille) a \u00e9t\u00e9 fort d\u00e9sappoint\u00e9, car on s&rsquo;attendait \u00e0 ce que Chopin fasse un vacarme \u00e0 tout renverser et qui briserait pour le moins deux ou trois jeux d&rsquo;orgue. On s&rsquo;attendait aussi \u00e0 me voir en grande tenue au beau milieu du choeur, que sais-je? Assise sur le catafalque peut-\u00eatre. On ne m&rsquo;a point vue du tout car nous \u00e9tions cach\u00e9s dans l&rsquo;orgue et nous apercevions par une fente ce pauvre cercueil de Nourrit \u00bb.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p><i style=\"line-height: 1.5em;\"><\/i>Chopin et George s\u2019ennuient rapidement \u00e0 Marseille. Elle \u00e9crit \u00e0 Madame Marliani que seul son artiste ch\u00e9ri lui permet de surmonter le s\u00e9jour dans cette ville : <i>\u00ab\u00c9crivez-moi souvent, ch\u00e8re, vos lettres me donnent un peu de vie. ici, pour peu que je mette le nez \u00e0 la fen\u00eatre sur la rue et sur le port, je me sens devenir pain de sucre, caisse de savon, ou paquet de chandelle. Heureusement Chopin avec son piano conjure l&rsquo;ennui et ram\u00e8ne la po\u00e9sie au logis.\u00bb<\/i>&nbsp; Ils partent \u00e0 G\u00eanes le 20 mai 1839, ils sont \u00e0 Nohant le 21 mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s tant de p\u00e9r\u00e9grinations, le lecteur est heureux de retrouver le calme de Nohant et une nouvelle stabilit\u00e9 pour les amoureux, entour\u00e9s de leur c\u00e9nacle artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9crivain, l&rsquo;artiste et le po\u00e8te ont en commun d&rsquo;\u00eatre en exil partout et de se cr\u00e9er une terre natale en tout lieu. Finalement il faut lire et relire les r\u00e9cits des voyages de nos chers Romantiques confront\u00e9s aux al\u00e9as du temps, du d\u00e9paysement, de l&rsquo;argent, de la poste et des navires. Tr\u00e8s humains dans leurs d\u00e9sirs et leurs pr\u00e9occupations, ils se distinguent n\u00e9anmoins par leur docilit\u00e9 \u00e0 la facult\u00e9 cr\u00e9atrice qui leur permet d&rsquo;habiter chaque exil en le transfigurant gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;art. Finalement, si l&rsquo;accueil des Majorquins avait \u00e9t\u00e9 meilleur, notre couple infernal et divin n&rsquo;aurait peut-\u00eatre pas autant \u00e9crit par besoin de trouver un r\u00e9confort intellectuel et que de belles pages n&rsquo;auraient pas \u00e9t\u00e9 compos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><i>\u00ab&nbsp;Je ne peux pas vous dire adieu mais au revoir&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/i>signe George le 2 juin 1839 dans la derni\u00e8re lettre \u00e0 Albert Grzymala qui cl\u00f4t cette p\u00e9riode. Nous ne pouvons pas non plus dire &laquo;&nbsp;adieu&nbsp;&raquo; \u00e0 ce grand caract\u00e8re si \u00e9nergique, si virilement f\u00e9minin mais &laquo;&nbsp;au revoir&nbsp;&raquo;. Rendez-vous peut-\u00eatre \u00e0 Venise avec Alfred de Musset.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s<\/strong>, le 23 janvier 2014<\/p>\n\n\n\n<p>NOTE :<\/p>\n\n\n\n<p>On trouve une lettre int\u00e9ressante du peintre Eug\u00e8ne Delacroix \u00e0 Pierret \u00e0 Paris en date du 5 &nbsp;septembre 1838 (\u00e0 Valmont).<\/p>\n\n\n\n<p><em>&laquo;&nbsp;Cher bon (\u2026) Autre commission que je r\u00e9clame de ta bont\u00e9 ; ce serait, en te promenant, d&rsquo;aller au coin de la rue Grange bateli\u00e8re et du boulevard chez Pleyel, facteur de pianos, le prier de faire enlever chez moi, Delacroix rue des Marais St-Germain 17, le piano que M.Chopin y a fait porter il y a deux mois environ.Tu lui diras que je l&rsquo;ai oubli\u00e9 en partant pour la campagne (\u2026)&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Vers 1838, Delacroix s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire un double portrait de George Sand et de Chopin au piano. Chopin avait fait transporter un piano dans son atelier. Ce tableau inachev\u00e9 devient la propri\u00e9t\u00e9 du peintre Constant Dutilleux apr\u00e8s la mort de Delacroix. En 1865, les h\u00e9ritiers de Dutilleux coupent la toile en deux. Le portrait de George Sand atterrit \u00e0 la Glyptoth\u00e8que de Copenhague et celui de Chopin au Louvre apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 du pianiste Marmontel. Une esquisse du projet est au Louvre. Un certain Rob Mac Alear s&rsquo;est amus\u00e9 \u00e0 recr\u00e9er le portrait originel \u00e0 partir des deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le journal de Delacroix cite r\u00e9guli\u00e8rement Chopin et George Sand avait qui il noua des liens d&rsquo;amiti\u00e9 affectueuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il l&rsquo;\u00e9voque lors d&rsquo;un d\u00eener chez la fameuse Madame Marliani: <em>&laquo;&nbsp;Chopin y \u00e9tait: il m&rsquo;a parl\u00e9 de son nouveau traitement par le massage. Cela serait bien heureux.&nbsp;&raquo;<\/em> (28 janvier 1847)<\/p>\n\n\n\n<p>Il le voit avec George Sand:<\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; &laquo;&nbsp;Aujourd&rsquo;hui, ferm\u00e9 ma porte par exc\u00e8s d&rsquo;ennui des visiteurs. Repris les Com\u00e9diens arabes de bonne heure, \u00e0 cause du concert de Franchomme, o\u00f9 je devais aller \u00e0 2 heures. En y allant, trouv\u00e9 Mme Sand, qui m&rsquo;a fait achever la route dans sa voiture. Je l&rsquo;ai revue avec un vrai plaisir : elle \u00e9tait excellente. Musique des anges. Quatuor d&rsquo;Haydn, des derniers qu&rsquo;il ait faits. Chopin me dit que l&rsquo;exp\u00e9rience y a donn\u00e9 cette perfection qu nous y admirons. Mozart, a-t-il ajout\u00e9, n&rsquo;a pas eu besoin de l&rsquo;exp\u00e9rience ; la science s&rsquo;est toujours trouv\u00e9e chez lui au niveau de l&rsquo;inspiration. Quintettes de lui, d\u00e9j\u00e0 entendus chez Boissard. Le trio de Rodolphe de Beethoven : passages communs, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sublimes beaut\u00e9s. R\u00e9sist\u00e9 \u00e0 d\u00eener chez Mme Sand, pour rentrer et me reposer.(\u2026)&nbsp;&raquo; <\/em>(21&nbsp;f\u00e9vrier 1847)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <em>&laquo;&nbsp;Apr\u00e8s mon d\u00eener, chez Mme Sand. Il fait une neige affreuse, et c&rsquo;est en pataugeant que j&rsquo;ai gagn\u00e9 la rue saint-Lazare. Le bon petit Chopin nous a fait un peu de musique. Quel charmant g\u00e9nie !(\u2026)&nbsp;&raquo;<\/em> (12 mars 1847)<\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; &laquo;&nbsp;A onze heures, avec Mme Sand, Chopin et au Luxembourg. nous avons vu ensemble la galerie (c.a.d.le Mus\u00e9e), apr\u00e8s avoir vu la coupole. Ils m&rsquo;ont ramen\u00e9, et je suis rentr\u00e9 chez moi vers trois heures. Revenu d\u00eener avec eux. (\u2026)&nbsp;&raquo;<\/em> (1er avril 1847)<\/p>\n\n\n\n<p>Delacroix est aussi bon ami du comte Grzymala qui acquit plusieurs de ses tableaux. Il lui confie en 1861 (lettre du 7 janvier) combien l&rsquo;absence de Chopin lui p\u00e8se, douze ans encore apr\u00e8s sa mort :<em> &laquo;&nbsp;(\u2026) Avec qui parlerais-je de l&rsquo;incomparable g\u00e9nie que le ciel a envi\u00e9 \u00e0 la terre et dont je r\u00eave souvent, ne pouvant plus le voir dans ce monde ni entendre ses divins accords.&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-3865 size-medium\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"300\" height=\"200\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/m503501_d0122665-000_p.jpg?resize=300%2C200\" alt=\"Eug\u00e8ne Delacroix, Homme assis devant un piano, une femme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s (Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin et George Sand?) mus\u00e9e du Louvre, esquisse\" class=\"wp-image-3865\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/m503501_d0122665-000_p.jpg?resize=300%2C200 300w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/m503501_d0122665-000_p.jpg?w=768 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/m503501_d0122665-000_p.jpg?resize=560%2C373 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/m503501_d0122665-000_p.jpg?resize=260%2C173 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/m503501_d0122665-000_p.jpg?resize=160%2C107 160w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Eug\u00e8ne Delacroix, <em>Homme assis devant un piano, une femme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s<\/em> (<em>Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin et George Sand?<\/em>) mus\u00e9e du Louvre, esquisse, \u00a9mus\u00e9e du Louvre<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-3863 size-medium\"><figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" width=\"229\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1793721468.jpg?resize=229%2C300\" alt=\"Eug\u00e8ne Delacroix, Portrait de George Sand (inachev\u00e9), vers 1838, Mus\u00e9e de Copenhague, huile sur toile\" class=\"wp-image-3863\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1793721468.jpg?resize=229%2C300 229w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1793721468.jpg?resize=768%2C1007 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1793721468.jpg?w=781 781w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1793721468.jpg?resize=560%2C734 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1793721468.jpg?resize=260%2C341 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/1793721468.jpg?resize=160%2C210 160w\" sizes=\"(max-width: 229px) 100vw, 229px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Eug\u00e8ne Delacroix, <em>Portrait de George Sand<\/em> (inachev\u00e9), vers 1838, Mus\u00e9e de Copenhague, huile sur toile \u00a9Mus\u00e9e de Copenhague<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-3864 size-medium\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" width=\"246\" height=\"300\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=246%2C300\" alt=\"Eug\u00e8ne Delacroix, Portrait de Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin, vers 1838, Mus\u00e9e du Louvre, huile sur toile\" class=\"wp-image-3864\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=246%2C300 246w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=768%2C938 768w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=839%2C1024 839w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=560%2C684 560w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=260%2C318 260w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=160%2C195 160w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?resize=900%2C1099 900w, https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/dor7_delacroix_001f.jpg?w=1112 1112w\" sizes=\"(max-width: 246px) 100vw, 246px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><figcaption>Eug\u00e8ne Delacroix, <em>Portrait de Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin<\/em>, vers 1838, Mus\u00e9e du Louvre, huile sur toile \u00a9mus\u00e9e du Louvre<\/figcaption><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Ce Chopin est un ange, sa bont\u00e9, sa tendresse et sa patience m\u2019inqui\u00e8tent quelquefois&nbsp;; je m\u2019imagine que c\u2019est une organisation trop fine, trop exquise et trop parfaite pour vivre longtemps de notre grosse et lourde vie terrestre. Il a fait&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1311\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1494,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[399,940,941,942,142,943,944,945,946,947,948,949,177,950,951,952,953,954,955,956,957,958,959,960,961,962,531,963,964,543,965,532,966,967,968],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/capture-d_c3a9cran-2014-01-23-c3a0-00-42-37.png?fit=426%2C234","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-l9","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1311"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1311"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1311\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17104,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1311\/revisions\/17104"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1494"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1311"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1311"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}