{"id":126,"date":"2012-06-22T14:32:55","date_gmt":"2012-06-22T14:32:55","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/2013\/05\/14\/lire-et-relire-chronique-n11-narcisse-et-goldmund-dherman-hesse-1930\/"},"modified":"2016-10-18T21:54:26","modified_gmt":"2016-10-18T21:54:26","slug":"lire-et-relire-chronique-n11-narcisse-et-goldmund-dherman-hesse-1930","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=126","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE Narcisse et Goldmund d&rsquo;Herman Hesse (1930)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3879 alignleft\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/538153_407343879316800_828903522_a-1.jpg?resize=163%2C274\" alt=\"538153_407343879316800_828903522_a\" width=\"163\" height=\"274\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/538153_407343879316800_828903522_a-1.jpg?w=163 163w, https:\/\/i1.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/538153_407343879316800_828903522_a-1.jpg?resize=160%2C269 160w\" sizes=\"(max-width: 163px) 100vw, 163px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><br \/>\n<strong><em style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\">&laquo;&nbsp;J&rsquo;ai soif d&rsquo;une gorg\u00e9e de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<em>Narcisse et Goldmund<\/em> : merveilleux livre qui m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 conseill\u00e9 par un violoniste de Salzbourg il y a longtemps, que je n&rsquo;avais jamais lu et sur lequel je suis retomb\u00e9e r\u00e9cemment en me rappelant son conseil bien avis\u00e9. Je me suis plong\u00e9e sans regret dans ce roman initiatique paru en 1930, \u00e9crit avec une grande sensibilit\u00e9 par l&rsquo;allemand Hermann Hesse (1877-1962) prix Nobel de la litt\u00e9rature (1946).\u00a0<strong>Ce roman initiatique, qui va de la vie \u00e0 la mort, aborde les grands th\u00e8mes de l&rsquo;amour, de la spiritualit\u00e9, du crime, de la religion, du\u00a0plaisir, de la\u00a0souffrance\u00a0et de l&rsquo;art, trait\u00e9s avec inspiration et sans ennui, dans un style simple et une \u00e9criture innocente, d&rsquo;une na\u00efvet\u00e9 savante, qui se souvient de la puret\u00e9 de l&rsquo;enfance et ne s&#8217;embarrasse pas du verbiage adulte.<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<strong><em>L&rsquo;Art de savoir<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong>Tout commence par l&rsquo;enfance de Goldmund au couvent de Mariabronn, dans un monast\u00e8re imaginaire de l&rsquo;Allemagne m\u00e9di\u00e9vale. Plac\u00e9 ici \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de sept ans par son p\u00e8re veuf, il y rencontre le brillant th\u00e9ologien Narcisse qui va l&rsquo;\u00e9duquer \u00e0 l&rsquo;amour de la v\u00e9rit\u00e9 et de la libert\u00e9 en lui apprenant \u00e0 \u00eatre lui m\u00eame. Goldmund (ce qui signifie &laquo;&nbsp;Bouche d&rsquo;Or&nbsp;&raquo;), n&rsquo;est pas fait pour le couvent bien qu&rsquo;il croit en avoir la vocation. Narcisse l&rsquo;incite \u00e0 partir conna\u00eetre le vaste monde en lui faisant prendre conscience de sa propre personnalit\u00e9:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Il le savait, il venait aujourd&rsquo;hui de s&rsquo;engager sur un terrain o\u00f9 il trouverait seul son chemin et o\u00f9 aucun Narcisse ne pourrait le conduire.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>Devenu adolescent il part donc vagabonder sur les routes de son pays, pour chercher \u00e0 s&rsquo;accomplir. <strong>Hermann Hesse, fascin\u00e9 par la vie contemplative et la vie active, fait de ses deux personnages des m\u00e9taphores de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 (Narcisse) et de l&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 (Goldmund).<\/strong> La vie stable de Narcisse refl\u00e8te la calme s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du coeur, le soin de l&rsquo;\u00e2me qui prie, tandis que la vie errante de Goldmund devient l&rsquo;image de l&rsquo;\u00e2me qui s&rsquo;\u00e9puise \u00e0 chercher dans l&rsquo;action ce qui r\u00e9side en soi-m\u00eame, dans le couvent du c\u0153ur. Tout en ayant une familiarit\u00e9 d&rsquo;\u00e2me \u00e0 \u00e2me, tous deux cherchent de mani\u00e8re diff\u00e9rente l&rsquo;art de Savoir. L&rsquo;on ne peut oublier qu&rsquo;Herman Hesse, fils de protestants tr\u00e8s pieux, s&rsquo;\u00e9chappa du s\u00e9minaire \u00e9vang\u00e9lique en 1891, avant de partir travailler dans une librairie et de devenir romancier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d&rsquo;exp\u00e9riences, Goldmund, l&rsquo;\u00e9ternel vagant, revient s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 Mariabronn aupr\u00e8s de Narcisse devenu P\u00e8re Abb\u00e9, comme le symbole du retour \u00e0 soi-m\u00eame apr\u00e8s la fuite dans les sensations. <strong>Si Narcisse cherche la V\u00e9rit\u00e9 par la pens\u00e9e et par la pri\u00e8re, \u00a0Goldmund la poursuit par l&rsquo;exp\u00e9rience et par l&rsquo;action<\/strong>.\u00a0<em>Narcisse et Goldmund<\/em>\u00a0\u00e9voque la dualit\u00e9 des caract\u00e8res humains : l&rsquo;homme d&rsquo;esprit et l&rsquo;homme de chair, l&rsquo;homme de foi et l&rsquo;homme de doute, l&rsquo;homme stable et l&rsquo;homme en mouvement, l&rsquo;homme contenu et l&rsquo;homme exalt\u00e9, l&rsquo;homme apollinien et l&rsquo;homme dionysiaque, rappelant que Herman Hesse avait \u00e9t\u00e9 fortement influenc\u00e9 par ses lectures de Nietzsche sans toutefois en adopter tous les postulats. Proches et diff\u00e9rents, ils se rejoignent dans leur d\u00e9sir d&rsquo;Id\u00e9al:\u00a0<em>&nbsp;&raquo; Narcisse \u00e9tait brun et sec; Goldmund avait le teint clair et florissant. Narcisse \u00e9tait un penseur f\u00e9ru d&rsquo;analyse, Goldmund un r\u00eaveur, une \u00e2me enfantine. Mais un trait commun dominait les contraires: tous deux \u00e9taient des \u00eatres d&rsquo;\u00e9lite. Tous deux se distinguaient des autres par des dons et des signes visibles et tous deux avaient re\u00e7u du destin une mission particuli\u00e8re&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n<p>\u00a0<strong><em>L&rsquo;Art d&rsquo;aimer<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s son d\u00e9part du Couvent, Goldmund tombe dans les bras de Lise, une femme qui l&rsquo;initie \u00e0 l&rsquo;amour, pr\u00e9sage de sa vie de s\u00e9ducteur:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Que de r\u00eaves la brune \u00e9trang\u00e8re avait combl\u00e9s en lui ! Que de boutons elle avait fait \u00e9clore, que de curiosit\u00e9s et de d\u00e9sirs elle avait apais\u00e9s et combien elle en avait \u00e9veill\u00e9 de nouveaux !&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0<strong>Il s\u00e9duit facilement et toutes les femmes s&rsquo;offrent \u00e0 lui, lui faisant d\u00e9couvrir toutes les variations de l&rsquo;amour et de la f\u00e9minit\u00e9.<\/strong> Deux ann\u00e9es passent. Il vagabonde, alterne les s\u00e9jours dans la solitude des for\u00eats, dans la cohue des villes, ou la tranquillit\u00e9 des villages, et devient expert en femmes:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Peut- \u00eatre \u00e9tait-ce l\u00e0 son destin d&rsquo;exp\u00e9rimenter \u00e0 la perfection, de mille mani\u00e8res et en mille vari\u00e9t\u00e9s, la femme et l&rsquo;amour; tout comme il est des musiciens qui ne savent pas jouer d&rsquo;un instrument seulement, mais de trois, de quatre ou davantage.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>Des aventures rocambolesques lui arrivent, comme son s\u00e9jour chez un chevalier ayant deux filles Lydia et Julie qu&rsquo;il tente de s\u00e9duire en vain, sa rencontre amicale avec Victor le vagabond\u00a0<em>&laquo;&nbsp;d\u00e9racin\u00e9, un sans-foyer, d\u00e9lav\u00e9 sous toutes les averses, un homme qui avait beaucoup vu et fait beaucoup d&rsquo;exp\u00e9riences, qui avait souvent eu faim et souvent gel\u00e9 et qui, dans son \u00e2pre lutte pour une existence mis\u00e9rable et sans cesse menac\u00e9e, \u00e9tait devenu malin et effront\u00e9.&nbsp;&raquo;<strong>\u00a0<\/strong><\/em><strong>Ce dernier se r\u00e9v\u00e8le un mauvais voleur que Goldmund est oblig\u00e9 de tuer pour se d\u00e9fendre, permettant ainsi \u00e0 Herman Hesse de d\u00e9crire les instincts de mort et de vie, d&rsquo;amour et de haine, l&rsquo;Eros et le Thanatos qui se combattent en chaque \u00eatre.<\/strong> Il prend comme comparaison de ce duel le souvenir de l&rsquo;accouchement auquel Goldmund assiste un jour dans un village:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Cela continuait \u00e0 vibrer, en lui, cela restait grav\u00e9 dans son coeur, tout comme les gestes et les expressions de la volupt\u00e9 si semblable \u00e0 ceux des femmes en couches et des mourants.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>Goldmund poursuit son errance de g\u00e9nie amoureux et devient un homme d&rsquo;exp\u00e9rience:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Goldmund avait repris sa course errante \u00e0 travers la diversit\u00e9 des saisons, buvant de ses yeux insatiables les for\u00eats, les montagnes et les nuages, cheminant de ferme en ferme, de village en village, de femme en femme, parfois assis dans la fra\u00eecheur du soir, le coeur serr\u00e9, au pied d&rsquo;une fen\u00eatre derri\u00e8re laquelle brillait une lumi\u00e8re, et dans la lueur rouge\u00e2tre de laquelle rayonnait, charmant, mais hors de son atteinte, tout ce qu&rsquo;il pouvait y avoir de bonheur, de chaude intimit\u00e9, de paix sur la terre.&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0 <strong>Mais la course aux femmes est plus g\u00e9n\u00e9ralement la course \u00e0 LA Femme.<\/strong> Derri\u00e8re chaque conqu\u00eate se cache le d\u00e9sir de l&rsquo;amour absolu et le d\u00e9voilement du myst\u00e8re f\u00e9minin, cet Autre Moi du Masculin. Son vagabondage sensuel lui pla\u00eet et lui d\u00e9pla\u00eet : plus il saisit les femmes sexuellement plus elles lui \u00e9chappent et plus il s&rsquo;en lasse vite jusqu&rsquo;au devenir un \u00eatre en proie au m\u00e9canisme des sens, comme le d\u00e9crit parfaitement l&rsquo;\u00e9pisode hautement symbolique de ses retrouvailles avec la servante d&rsquo;un charcutier. Devant elle, il devient soudain lucide sur sa situation de consommateur de chairs de femmes comme il consomme des produits de boucher<em>: &nbsp;&raquo; Quand Catherine parut \u00e0 la fen\u00eatre, et lui sourit de son visage plein de sant\u00e9 (&#8230;), comme il levait d\u00e9j\u00e0 la main pour lui faire le signe convenu, il lui vint soudain \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tenu l\u00e0 \u00e0 attendre bien des fois d\u00e9j\u00e0 ; et en m\u00eame temps il vit \u00e0 l&rsquo;avance, avec nettet\u00e9, toute la s\u00e9rie fastidieuse des gestes qui allaient se succ\u00e9der dans quelques minutes: elle allait comprendre son signe et se retirer, pour ne pas tarder \u00e0 revenir \u00e0 la porte de derri\u00e8re, tenant \u00e0 la main quelque charcuterie qu&rsquo;il allait prendre toute en la caressant un peu (&#8230;) et tout \u00e0 coup il lui parut infiniment b\u00eate et affreux, de d\u00e9clencher\u00a0<\/em><em style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\">tout ce m\u00e9canisme de gestes si souvent accomplis et d&rsquo;y jouer son r\u00f4le. (&#8230;) Soudain il crut d\u00e9couvrir dans la rudesse de son visage l&rsquo;expression de l&rsquo;habitude vid\u00e9e de toute pens\u00e9e, dans son sourire complaisant quelque chose de trop souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9, de m\u00e9canique, quelque chose qui ne gardait plus aucun myst\u00e8re, quelque chose d&rsquo;indigne de lui. (&#8230;) Ce que, hier encore, il e\u00fbt pu faire sans scrupule lui \u00e9tait subitement devenu impossible. (&#8230;) Qu&rsquo;un autre caresse ces seins, qu&rsquo;un autre mange les bonnes saucisses!&nbsp;&raquo;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La perte du myst\u00e8re\u00a0de l&rsquo;amour le conduit \u00e0 revenir \u00e0 la M\u00e8re de la Vie, la femme m\u00e8re, \u00e9pouse et fille, la Femme comme lieu de vie et de mort<\/strong>. Hermann Hesse se souvient de son travail psychanalytique et de ses discussions avec Carl Gustav Jung, sur le r\u00f4le du P\u00e8re, de la M\u00e8re et de l&rsquo;inconscient. Le personnage de la Vierge le fascinait. Comme Dante et Saint-Augustin, il \u00e9tait en admiration devant le myst\u00e8re de cette\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Vierge enceinte, Vierge m\u00e8re, Vierge perp\u00e9tuelle&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0et \u00e9crivit le po\u00e8me\u00a0<em>Madonna<\/em>\u00a0en 1896. D\u00e9sormais, Goldmund s\u00e9duira les femmes, mais cherchera \u00e0 transcender ses exp\u00e9riences au service de son art.<\/p>\n<p>\u00a0<strong><em>L&rsquo;Art de cr\u00e9er<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de ses p\u00e9r\u00e9grinations, Goldmund arrive dans une grande ville o\u00f9 il re\u00e7oit un v\u00e9ritable coup de foudre artistique pour une statue de la Vierge dans une \u00e9glise sur le visage de laquelle\u00a0<em>&laquo;&nbsp;s&rsquo;exprime la supr\u00eame douleur et la supr\u00eame volupt\u00e9&nbsp;&raquo;<\/em>. Il d\u00e9sire apprendre \u00e0 sculpter aupr\u00e8s de l&rsquo;auteur de cette oeuvre sublime, un certain Ma\u00eetre Nicklaus. Il demeure donc aupr\u00e8s de lui (et de sa tr\u00e8s belle fille hautaine Lisbeth) o\u00f9 il apprend \u00e0 travailler. Il d\u00e9veloppe son talent aupr\u00e8s de lui, quoiqu&rsquo;il n&rsquo;aime gu\u00e8re son nouveau ma\u00eetre, qui se r\u00e9v\u00e8le avare et d&rsquo;esprit \u00e9triqu\u00e9 malgr\u00e9 ses fulgurances artistiques. Il a trouv\u00e9 un but dans la cr\u00e9ation, et r\u00e9alise qu&rsquo;il a chang\u00e9: &laquo;&nbsp;<em><strong>Il d\u00e9couvrait sa propre image dans le miroir de la fontaine<\/strong> et songeait que ce Goldmund qui le regardait du fond de l&rsquo;eau n&rsquo;\u00e9tait plus depuis longtemps le Goldmund du monast\u00e8re ou le Goldmund de Lydia et n&rsquo;\u00e9tait pas davantage rest\u00e9 le Goldmund des for\u00eats. Il se disait que lui-m\u00eame, comme tous les hommes, s&rsquo;\u00e9coulait, se transformait sans cesse pour se dissoudre enfin, tandis que son image cr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;artiste resterait immuablement la m\u00eame et pour toujours.&nbsp;&raquo;\u00a0\u00a0<\/em><strong>L&rsquo;art devient une source de Salut pour lui. Il exp\u00e9rimente les sacrifices qu&rsquo;il exige et la n\u00e9cessit\u00e9 du Myst\u00e8re qui rend une oeuvre unique et \u00e9ternelle<\/strong>:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Il ne parvenait pas \u00e0 s&rsquo;expliquer comment il se pouvait que la plus grande pr\u00e9cision imaginable de formes p\u00fbt agir sur l&rsquo;\u00e2me exactement de la m\u00eame mani\u00e8re que ce qu&rsquo;il y avait de plus insaisissable et de plus impr\u00e9cis. (&#8230;) C&rsquo;\u00e9tait cela que le r\u00eave et le chef d&rsquo;oeuvre supr\u00eame avaient en commun: le myst\u00e8re.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>Il cherche \u00e0 sculpter les visages rencontr\u00e9s au cours de sa vie, dont celui de Narcisse qui hante ses pens\u00e9es et qu&rsquo;il cherche \u00e0 transcrire dans la statue d&rsquo;un Saint-Jean. Il recherche et qu\u00eate l&rsquo;id\u00e9e de la M\u00e8re, image de Vie, cette figure importante qui construit l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain et de l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art en r\u00e9sumant le c\u00f4t\u00e9 m\u00e2le et femelle de la vie:\u00a0<strong><em>&laquo;&nbsp;(&#8230;) toutes les vraies et incontestables oeuvres d&rsquo;art poss\u00e9daient ce double visage inqui\u00e9tant et souriant, ce caract\u00e8re masculin et f\u00e9minin tout ensemble, ce m\u00e9lange d&rsquo;instinct et de pure spiritualit\u00e9. Et plus que toute autre la statue d&rsquo;Eve-M\u00e8re, un jour pr\u00e9senterait ce double-visage, s&rsquo;il r\u00e9ussissait jamais \u00e0 la cr\u00e9er.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois son Saint-Jean achev\u00e9, il veut retrouver sa libert\u00e9, malgr\u00e9 que Nicklaus veuille faire de lui son gendre. Il refuse pour partir retrouver l&rsquo;art de sa propre vie, craignant de devenir un artiste embourgeois\u00e9 dans sa s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle. Les honneurs, l&rsquo;argent, la reconnaissance ne lui importent pas. D\u00e9sormais il veut revenir \u00e0 la Beaut\u00e9 de la Cr\u00e9ation:\u00a0<em><strong>&laquo;&nbsp;Oh! l&rsquo;or dans l&rsquo;oeil d&rsquo;une carpe, le tendre et d\u00e9licieux duvet argent\u00e9 au ord d&rsquo;une aile de papillon \u00e9tait infiniment plus beau, plus vivant, plus pr\u00e9cieux que toute salle pleine de pareilles oeuvres d&rsquo;art.&nbsp;&raquo;<\/strong>\u00a0<\/em>Il traverse des vall\u00e9es d\u00e9sol\u00e9es par la peste et la mort, rencontre Robert un vagabond p\u00e8lerin, la jeune Lene, et tous trois assistent impuissants au spectacle du deuil, de la d\u00e9tresse et de la destruction:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Il voyait d\u00e9j\u00e0 dans les yeux absents de Goldmund cet \u00e9garement, cette obsession de l&rsquo;\u00e2me aimant\u00e9e vers l&rsquo;horrible, cette curiosit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9pouvante&nbsp;&raquo;.<\/em>\u00a0Goldmund qui avait perdu la foi se remet \u00e0 prier, dans un examen de conscience o\u00f9 il r\u00e9sume ce qu&rsquo;il a apport\u00e9 au monde et ce qu&rsquo;il en a pris: &laquo;&nbsp;<em>Mon Dieu ! vois ce que je suis devenu! Me voici de retour d&rsquo;un monde qui a fait de moi un \u00eatre inutile et m\u00e9chant. J&rsquo;ai gaspill\u00e9 mes jeunes ann\u00e9es comme un prodigue et ce qui me reste est peu de chose. J&rsquo;ai tu\u00e9, j&rsquo;ai vol\u00e9, j&rsquo;ai forniqu\u00e9, j&rsquo;ai v\u00e9cu dans l&rsquo;oisivet\u00e9 et mang\u00e9 le pain ravi aux autres. Mon Dieu pourquoi nous as-tu cr\u00e9\u00e9s ainsi et pourquoi nous m\u00e8nes-tu par de telles voies? (&#8230;) Mon Dieu tu me d\u00e9concertes! (&#8230;)&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0\u00c0 l&rsquo;issue de cette confession int\u00e9rieure, il veut revenir chez le sculpteur Nicklaus pour redevenir un artiste, mais la ville est comme morte. Lisbeth sa fille lui appara\u00eet d\u00e9figur\u00e9e par la peste. <strong>Le temps a pass\u00e9. Hermann Hesse d\u00e9crit le drame de Goldmund confront\u00e9 \u00e0 ses souvenirs et au temps irr\u00e9versible, pleurant sa jeunesse perdue ainsi que sa fragilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du monde:<\/strong>\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Il pleurait son innocence perdue en m\u00eame temps que la puret\u00e9 enfantine de son \u00e2me&nbsp;&raquo;.\u00a0<\/em>Il est finalement h\u00e9berg\u00e9 par la jeune servante Marie et ses parents o\u00f9 il dessine pour se lib\u00e9rer de ses visions, tout en rencontrant et s\u00e9duisant Agn\u00e8s, la belle ma\u00eetresse du gouverneur. Surpris, il est condamn\u00e9 \u00e0 mort mais le P\u00e8re Abb\u00e9 Narcisse, providentiellement de passage \u00e0 la ville, vient dans sa cellule pour le lib\u00e9rer. Il se retrouve lui-m\u00eame en retrouvant son ami qui le ram\u00e8ne \u00e0 Mariabronn pour y \u00eatre artiste car\u00a0<em>&laquo;&nbsp;le temps \u00e9tait venu de faire oeuvre qui dure, de cr\u00e9er quelque chose qui reste apr\u00e8s lui et lui survive&nbsp;&raquo;.<\/em>\u00a0\u00a0Narcisse et Golmund, tous deux enrichis par leurs exp\u00e9riences discutent sur la mal et le bien, et la mani\u00e8re dont chacun a envisag\u00e9 son existence. <strong>L&rsquo;intellectuel Narcisse r\u00e9pond \u00e0 la r\u00e9volte de Goldmund l&rsquo;artiste, par une m\u00e9ditation sur la perfection du Cr\u00e9ateur et sur la n\u00e9cessit\u00e9 de la libert\u00e9 humaine qui peut se r\u00e9v\u00e9ler constructrice ou destructrice selon l&rsquo;usage que l&rsquo;homme en fait<\/strong>:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;J&rsquo;ai toujours proclam\u00e9 avec v\u00e9n\u00e9ration la perfection du Cr\u00e9ateur, jamais celle de la cr\u00e9ation. Jamais je n&rsquo;ai ni\u00e9 le mal dans le monde. Jamais encore, mon cher, un vrai penseur n&rsquo;a pr\u00e9tendu que la vie sur terre se d\u00e9roulait dans l&rsquo;harmonie et la justice, ni que l&rsquo;homme \u00e9tait bon. (&#8230;) Ce que tu exprimes l\u00e0, tu prends cela pour des id\u00e9es. Ce sont des sentiments!&nbsp;&raquo;<\/em>\u00a0et exprime leurs diff\u00e9rences avec sagacit\u00e9:<em> &laquo;&nbsp;Pour toi le monde consistait en images, pour moi en concepts&nbsp;&raquo;.<\/em>\u00a0Goldmund commence alors sa derni\u00e8re oeuvre, r\u00e9sultat de ses exp\u00e9riences et de ses rencontres. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sculpture en bois pour d\u00e9corer une large tribune, \u00e0 laquelle il se consacre pleinement tandis que son \u00e2me m\u00fbrit dans la solitude. Il se confesse aupr\u00e8s de Narcisse et prie souvent car la pri\u00e8re le rajeunit:<em> &laquo;&nbsp;(&#8230;) l&rsquo;heure de la pri\u00e8re le ramenait n\u00e9anmoins \u00e0 l&rsquo;innocence&nbsp;&raquo;<\/em>. Il aiguise sa vertu en acceptant chaque \u00e9preuve comme une gr\u00e2ce:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;chaque r\u00e9sistance \u00e9tait pour lui un enseignement et rendait sa sensibilit\u00e9 plus fine.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em>Hermann Hesse disserte litt\u00e9rairement sur le sens de l&rsquo;Art, sur la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er et sur la Beaut\u00e9. <strong>\u00c0 la diff\u00e9rence de Narcisse dont le Salut se trouve dans la pens\u00e9e et l&rsquo;id\u00e9e, le Salut de Goldmund r\u00e9side dans le sentiment et l&rsquo;intuition et il s&rsquo;accomplit quand il cr\u00e9e<\/strong>:\u00a0<em>&laquo;&nbsp;Notre pens\u00e9e est une constante abstraction, elle se d\u00e9tourne du sensible, elle essaie de constru<\/em><em style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\">ire un monde purement spirituel. Mais toi, tu prends justement \u00e0 coeur ce qui est inconstant et mortel et tu proclames le sens du monde pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce qui est fugitif. Tu ne t&rsquo;en d\u00e9tournes pas, tu t&rsquo;y abandonnes corps et \u00e2me et par ton amour passionn\u00e9, tu lui donnes une valeur supr\u00eame, tu en fais le symbole de l&rsquo;\u00e9ternel. Nous, penseurs, \u00a0nous essayons de nous approcher de Dieu en excluant de lui le monde. Toi, tu te rapproches de lui en aimant sa cr\u00e9ation et en la recr\u00e9ant. Les deux m\u00e9thodes sont humaines, par suite imparfaites; mais il y a plus d&rsquo;innocence dans l&rsquo;art.&nbsp;&raquo;\u00a0<\/em><span style=\"letter-spacing: 0.05em; line-height: 1.6875;\"><strong>L&rsquo;art est une vocation religieuse au m\u00eame titre que la vie clo\u00eetr\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre est fid\u00e8le \u00e0 son id\u00e9al.<\/strong> Goldmund songe \u00e0 Ma\u00eetre Nicklaus, exemple de l&rsquo;artiste qui a du talent mais qui est \u00e9conome et r\u00e9calcitrant \u00e0 accueillir en lui la Gr\u00e2ce, comme un moine rat\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parabole sur la conscience, la pr\u00e9-conscience et l&rsquo;inconscient, l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;Apollon et l&rsquo;\u00e2me de Bacchus,\u00a0<em>Narcisse et Goldmund<\/em>\u00a0na\u00eet dans le contexte des exp\u00e9rimentations psychanalytiques de Freud. Son \u00e9criture est proche\u00a0des romans allemands de Thomas Mann et de Bertolt Brecht, \u00e9crivains qui s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent chez Herman Hesse en 1933 en Suisse.\u00a0<strong>Si Narcisse est un fr\u00e8re sage et parfait, Goldmund est un fils prodigue touchant. En tous les cas, tous deux parviennent \u00e0 apprivoiser leur \u00e2me en se situant par rapport au monde qui les entoure, au\u00a0<em>Moi<\/em>, au\u00a0<em>\u00c7a<\/em>\u00a0et au\u00a0<\/strong><em><strong>Surmoi<\/strong>. <\/em>La r\u00e9conciliation avec l&rsquo;id\u00e9e de la M\u00e8re prend une place importante tout au long du r\u00e9cit, et se d\u00e9ploie pleinement dans la derni\u00e8re parole de Goldmund \u00e0 Narcisse: <strong>&laquo;&nbsp;<em>Mais comment veux-tu mourir un jour, Narcisse, puisque tu n\u2019as point de\u00a0m\u00e8re\u00a0? Sans m\u00e8re on ne peut pas aimer, sans m\u00e8re on ne peut pas mourir.&nbsp;&raquo;<\/em><\/strong>\u00a0 Hermann Hesse r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9viter l&rsquo;\u00e9cueil du bavardage de Divan en travaillant la p\u00e2te vierge de ses personnages, d&rsquo;une \u00e9criture exp\u00e9riment\u00e9e mais sculpt\u00e9e avec po\u00e9sie, sans surcharge de mots. Il malaxe les termes et les sertit de pens\u00e9es comme des pierres r\u00e9flectives, pour d\u00e9crire de quelle mani\u00e8re l&rsquo;enfant devient peu \u00e0 peu adulte, \u00e0 quelles tentations son \u00e2me est en proie, et comment il perd ses illusions au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il vieillit (Herman Hesse\u00a0\u00e9tait d\u00e9pressif et suicidaire). Seule la mort semble capable de r\u00e9concilier la pens\u00e9e et la chair, le sentiment et la raison, l&rsquo;id\u00e9al et la r\u00e9alit\u00e9, et l&rsquo;image bris\u00e9e du P\u00e8re et de la M\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0Sans conteste, \u00e0 lire, \u00e0 relire, \u00e0 offrir!<\/p>\n<p><strong>\u00a9Gabrielle de Lassus Saint-Geni\u00e8s, \u00a0le 21 juin 2012<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai soif d&rsquo;une gorg\u00e9e de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;&raquo; \u00a0Narcisse et Goldmund : merveilleux livre qui m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 conseill\u00e9 par un violoniste de Salzbourg il y a longtemps, que je n&rsquo;avais jamais lu et sur lequel je suis retomb\u00e9e r\u00e9cemment en me&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=126\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1867,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[1514,176,22,251,3008,165,973,166,1517,3679,3289,2711,3677,1513,2923,3670,402,3658,184,3681,1500,3682,2962,2715,467,885,3398,3672,1518,488,185,1725,91,1828,3669,3666,2286,708,3673,3674,494,555,3680,3662,3664,1520,2209,3678,163,3306,92,3657,3684,178,1519,3671,1735,3676,3675,478,2278,923,1246,3659,3667,3661,1254,1515,1533,506,3663,3683,1948,3660,3668,1516,634,1156,3665,41],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/538153_407343879316800_828903522_a.jpg?fit=163%2C274","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-22","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/126"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=126"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/126\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4784,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/126\/revisions\/4784"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1867"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=126"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=126"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=126"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}