{"id":1005,"date":"2013-11-27T17:00:34","date_gmt":"2013-11-27T17:00:34","guid":{"rendered":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.wordpress.com\/?p=1005"},"modified":"2026-02-09T00:20:29","modified_gmt":"2026-02-09T00:20:29","slug":"lire-et-relire-chronique-n19-les-poneys-sauvages-de-michel-deon","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1005","title":{"rendered":"LIRE ET RELIRE Les poneys sauvages de Michel D\u00e9on (1970)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"340\" height=\"340\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Les-poneys-sauvages.jpg?resize=340%2C340&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-17122\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Les-poneys-sauvages.jpg?w=340 340w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Les-poneys-sauvages.jpg?resize=300%2C300 300w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Les-poneys-sauvages.jpg?resize=150%2C150 150w, https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Les-poneys-sauvages.jpg?resize=160%2C160 160w\" sizes=\"(max-width: 340px) 100vw, 340px\" data-recalc-dims=\"1\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><i>\u00ab\u00a0Joan, ce sont les premiers poneys sauvages que je vois et peut-\u00eatre les derniers. Nous allons vers un monde o\u00f9 il y aura de moins en moins de poneys sauvages\u00a0\u00bb<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise en 1978, Michel D\u00e9on se distingue par une vaste litt\u00e9rature parmi laquelle on remarque\u00a0 notamment <i>Les poneys sauvages<\/i> ayant re\u00e7u le prix Interalli\u00e9 en 1970. L\u2019\u00e9crivain a repris son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage en 2010 en apportant quelques corrections sans en modifier l\u2019aspect g\u00e9n\u00e9ral.<strong> Comme il le dit lui-m\u00eame, <i>\u00ab\u00a0l\u2019essentiel est le fil t\u00e9nu qui relie les unes aux autres ces diff\u00e9rentes vies\u00a0\u00bb,<\/i> car ce roman parle de l\u2019amiti\u00e9 qui relie un groupe de jeunes hommes qui se sont rencontr\u00e9s \u00e0 Cambridge, \u00e0 l\u2019automne 1937.<\/strong> Trois britanniques Horace McKay, Cyril Courtney et Barry Roots et deux fran\u00e7ais Georges Saval et le narrateur qui d\u00e9crit comment les chemins de chacun se sont crois\u00e9s, \u00e9loign\u00e9s et recrois\u00e9s au fil du temps. La correspondance entre ces \u00eatres va aussi tenir lieu de fragments d\u2019\u00e9pisodes narratifs au gr\u00e9 des pages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Michel D\u00e9on r\u00e9alise un tour de force et un chef d\u2019\u0153uvre en parvenant \u00e0 hisser au rang de symboles ses personnages mi-r\u00e9els, mi-fictifs en se faisant le t\u00e9moin oculaire et scriptural d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration marqu\u00e9e par tant de conflits\u00a0: <strong><i>\u00ab\u00a0La r\u00e9alit\u00e9 qui fut celle des personnages de cette histoire est encore la n\u00f4tre, et le traumatisme de la derni\u00e8re guerre mondiale n\u2019est pas effac\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0Le temps de l&rsquo;insouciance<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les poneys sauvages\u00a0\u00bb, un titre nostalgique qui qualifie bien la libert\u00e9 mais surtout l\u2019insouciance de la jeunesse \u00e9voqu\u00e9e dans la franche camaraderie de nos cinq \u00e9tudiants de Cambridge qui d\u00e9couvrent la litt\u00e9rature avec leur bon directeur d\u2019\u00e9tude Dermot Dewagh, l\u2019histoire, la boxe, les pubs et bars anglais, le football, la myst\u00e9rieuse Sarah et leurs premi\u00e8res histoires d\u2019amour \u00e0 la veille de la seconde guerre mondiale.\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Parce que nous \u00e9tions les enfants des vainqueurs de 1918, nous partions dans la vie comme des gosses de riches, endormis par les musiques des r\u00e9giments occupant la Ruhr, r\u00e9vuls\u00e9s par les r\u00e9cits de guerre de nos p\u00e8res qui juraient que leurs enfants ne conna\u00eetraient pas \u00e7a. Cette mentalit\u00e9 d\u00e9faitiste s\u2019\u00e9panouissait dans un climat flatteur.(\u2026)\u00a0\u00bb. <\/i>\u00a0Les\u00a0 juv\u00e9niles vacances \u00e0 Florence qui les rassemblent une derni\u00e8re fois marquent la fin d\u2019une \u00e9poque heureuse dans la Bentley rouge de Cyril Courtney\u00a0: <strong><i>\u00ab\u00a0Cyril, au volant, ses cheveux blonds fouettant son visage d\u2019ange pervers, tirait villes ou villages de leur sieste\u00a0: il n\u2019avait pas d\u2019heures et croyait, en br\u00fblant les signaux de prudence, br\u00fbler la chienne de vie sur laquelle s\u2019amassaient les premi\u00e8res ombres de la guerre.\u00a0\u00bb<\/i> <\/strong>Les quinze jours florentins se passent en rires, voitures, fac\u00e9ties dont le vol d\u2019un portrait de jeune fille par Bronzino d\u00e9rob\u00e9 au Palais des Offices dans un d\u00e9fi qui repr\u00e9sente l\u2019audace irrationnelle et la fantaisie de la jeunesse \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les \u00ab\u00a0poneys sauvages\u00a0\u00bb galopent sans entraves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le temps des \u00e9preuves<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car les entraves de la vie rattrapent peu \u00e0 peu chaque personnage, surtout lorsque la guerre \u00e9clate. Georges Saval est sauv\u00e9 de justesse par Barry et part \u00e0 Londres s\u2019engager dans la R\u00e9sistance o\u00f9 il retrouve Horace McKay tandis que Cyril meurt sur une plage bombard\u00e9e en 1940. Georges exp\u00e9rimente le deuil d\u2019une jeune fille qu\u2019il aime mais il retrouve Sarah, femme libre avec laquelle il vit une liaison amoureuse entrecoup\u00e9e d\u2019absences prolong\u00e9es d\u2019un commun accord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La victoire du 8 mai 1945 laisse l\u2019\u00e2me de ces jeunes hommes exsangues. D\u00e9on exprime dans un paragraphe m\u00e9morable les sentiments\u00a0amers qui animent leurs c\u0153urs en filigrane d\u2019une victoire bien ch\u00e8rement pay\u00e9e, \u00e0 travers la sombre m\u00e9lancolie de son narrateur: <i>\u00ab\u00a0Ce soir-l\u00e0, apr\u00e8s une longue promenade dans Paris, je revins chez moi, pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la foule mon balcon des quais d\u2019o\u00f9 l\u2019on apercevait le grand V dilu\u00e9 dans le ciel sillonn\u00e9 d\u2019avions. Les lourdes odeurs de la nuit montaient jusqu\u2019\u00e0 moi. J\u2019aurais aim\u00e9 participer \u00e0 la joie g\u00e9n\u00e9rale, si basse f\u00fbt-elle, mais quelque chose me retenait, une tristesse affreuse \u00e0 la pens\u00e9e de ces millions de morts sur qui la victoire \u00e9tait b\u00e2tie et dont nous aurions d\u00fb, en ce jour, nous souvenir en silence\u00a0? Oui, d\u00e9cid\u00e9ment, cette aube de paix se levait sur trop de sacrifices et de cadavres, et la guerre- l\u2019Europe l\u2019oubliait- continuait dans le Pacifique. Planaient des ombres sur le tableau idyllique de la paix. Ombres du pass\u00e9\u00a0: morts pourrissant dans les plaines de Russie, sur les plages de Normandie, dans les Ardennes. Ombres du pr\u00e9sent\u00a0: les prisons pleines et les fusill\u00e9s du petit matin \u00e0 Vincennes et \u00e0 Montrouge qui mouraient en criant\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Vive la France\u00a0!\u00a0\u00bb, cri que leurs bourreaux essayaient en vain d\u2019\u00e9touffer. Ombres de l\u2019avenir\u00a0: cette paix \u00e9tait \u00e0 peine un sursis. <strong>Nous entrions dans une nouvelle \u00e8re de violence et d\u2019oppression. Il fallait \u00eatre imb\u00e9cile ou fou pour ne pas le pressentir, pour ne pas en avoir le c\u0153ur serr\u00e9 d\u2019angoisse\u00a0?<\/strong> Nous devions dire adieu \u00e0 notre avant-guerre. Commen\u00e7ait une r\u00e9volution qui pourrait bien \u00eatre fatale au go\u00fbt que ma g\u00e9n\u00e9ration avait eu pour le bonheur. A vingt-six ans, nous n\u2019\u00e9tions plus la jeunesse. On nous avait vol\u00e9 notre temps de joie, tu\u00e9 nos amis, ruin\u00e9 nos enthousiasmes. <strong>Nous ne pourrions plus jamais croire \u00e0 la Justice, \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, \u00e0 l\u2019Honneur.\u00a0<\/strong>\u00bb<\/i> \u00a0Ils sont loin d\u00e9sormais les jeunes \u00e9tudiants fougueux de Cambridge. L\u2019audace de la jeunesse a fait place aux d\u00e9sillusions pr\u00e9coces. Les deuils se sont invit\u00e9s trop t\u00f4t dans leurs souvenirs. George (devenu directeur de journal) et Sarah ont eu un fils, mais la nouvelle de la mort de Cyril apprise le soir de la victoire pour le narrateur laisse sur lui une chape de plomb alors que les amis retrouv\u00e9s traversent un Paris en liesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0Figures de femmes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9on poursuit son r\u00e9cit en tranches de vie. Chacun essaie de trouver sa place dans un monde nouveau o\u00f9 flotte encore le parfum brutal de la guerre.<\/strong> Hommes et femmes ont chang\u00e9 de mentalit\u00e9s\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Nous vivions dans le brouillard opaque de ces ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s guerre, incapables de nous forger un nouvel id\u00e9al apr\u00e8s les ann\u00e9es h\u00e9ro\u00efques. Les femmes \u00e9taient \u00e0 notre image, mais leur d\u00e9r\u00e8glement se r\u00e9v\u00e9lait plus ext\u00e9rieur qu\u2019int\u00e9rieur.\u00a0\u00bb <\/i>Le personnage de Sarah qui encha\u00eene les liaisons devient une m\u00e9taphore de la condition f\u00e9minine alors en pleine r\u00e9volution\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Sarah vivait l\u2019existence d\u2019un satellite, passait en pleine lumi\u00e8re, \u00e9blouissante, resplendissant de mille feux, puis s\u2019\u00e9vanouissait dans un monde inconnu, plein de myst\u00e8res \u00bb. <\/i><strong>Elle entre dans le r\u00e9cit en apparitions fulgurantes. C\u2019est l\u2019image de la femme \u00e9ternellement stable et changeante, soudain plus accessible par les sens mais toujours aussi inaccessible dans son myst\u00e8re et toujours menac\u00e9e par le d\u00e9sir des hommes quand ils sont jaloux.<\/strong> La sc\u00e8ne de l\u2019italien Mario tirant une balle sur elle symboliserait alors la vell\u00e9it\u00e9 d\u2019un m\u00e9diocre, c\u2019est-\u00e0-dire celui qui croit pouvoir tuer un \u00eatre qu\u2019il n\u2019a que le pouvoir de blesser. La belle Delia\u00a0 (s\u0153ur de Cyril) transfigure aussi le r\u00e9cit par ses apparitions a\u00e9riennes sur son navire appel\u00e9 l<i>\u2019Ariel\u00a0<\/i>: <i>\u00ab\u00a0Delia, d\u00e8s les premiers jours de sa visite \u00e0 Spetsai, me parut terriblement anachronique et son anachronisme effa\u00e7ait le monde, c\u2019est-\u00e0-dire un cort\u00e8ge de trivialit\u00e9s, de bassesses, de mis\u00e8res que nous tra\u00eenions sans parvenir \u00e0 nous en d\u00e9barrasser. Qu\u2019elle appar\u00fbt et f\u00fbt seule avec Daniel et moi, et aussit\u00f4t nous oubliions tout ce qui n\u2019\u00e9tait pas elle, tout ce qui maintient \u00e0 ras de terre dans le d\u00e9go\u00fbt et l\u2019ennui. Delia nous insufflait le snobisme de la beaut\u00e9, snobisme terrible qui faisait le vide autour de nous, snobisme d\u2019\u00e9go\u00efste ou d\u2019id\u00e9aliste si l\u2019on veut. Elle niait tout ce qui n\u2019\u00e9tait pas elle-m\u00eame et sa vie ail\u00e9e gonfl\u00e9e des vents de la mer Eg\u00e9e \u00e0 bord de l\u2019Ariel\u00a0\u00bb.<\/i> <strong>Symbole de la gr\u00e2ce, elle transfigure le pessimisme du monde en insufflant sa vitalit\u00e9 ang\u00e9lique, mais en poursuivant la vengeance de la mort de son fr\u00e8re, elle devient peu \u00e0 peu la ma\u00eetresse d\u2019un bateau-fant\u00f4me, elle-m\u00eame spectre.<\/strong> Il y aussi Anna Ivanovna, la belle G\u00e9orgienne, \u00a0celle dont la rencontre est <i>\u00ab\u00a0la justification\u00a0\u00bb<\/i> de la vie d\u2019Horace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0Histoires<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Georges Saval part retrouver Barry en Angleterre. Celui-ci est devenu communiste. Il \u00e9voque la controverse du massacre des 18 000 officiers polonais \u00e0 Katyn en 1940 dont la parent\u00e9 \u00e9tait alors attribu\u00e9e aux Allemands. On le sait D\u00e9on d\u00e9non\u00e7ait ici implicitement le \u00ab\u00a0bourrage de cr\u00e2ne\u00a0\u00bb des journaux occidentaux\u00a0 qui refus\u00e8rent de publier les preuves de l\u2019attribution du massacre aux communiste, ce en quoi il fut violemment attaqu\u00e9. <strong>D\u00e9on explique parfaitement bien l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019apr\u00e8s-guerre o\u00f9 tant de mod\u00e8les et d\u2019id\u00e9aux\u00a0 politiques et humains se sont fray\u00e9s un chemin dans l\u2019esprit des hommes avides de trouver des \u00ab\u00a0lendemains qui chantent\u00a0\u00bb\u00a0en louvoyant dans la Guerre Froide<\/strong>: communisme, marxisme, fascisme, capitalisme, mat\u00e9rialisme. Ainsi, la tentation du communisme \u00e9tait logique\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Le communisme dont on ignorait encore tous les \u00e9pouvantables crimes et les g\u00e9nocides \u00e9tait, en cette ann\u00e9e 1951, une tentation logique et raisonnable depuis la fin de la guerre dont le Parti se proclamait grand vainqueur, aur\u00e9ol\u00e9 d\u2019un prestige immense vol\u00e9 en majeure partie aux obscurs h\u00e9ros de la lutte arm\u00e9e. (\u2026)\u00a0\u00bb.<\/i> Or, le lib\u00e9ralisme capitaliste et le marxisme sont in\u00e9vitablement appel\u00e9s \u00e0 se rencontrer comme le pr\u00e9dit Georges\u00a0: <i><strong>\u00ab\u00a0Dans son \u00e9valuation du sens de l\u2019Histoire, Marx a n\u00e9glig\u00e9 un chapitre fatal\u00a0: \u00ab\u00a0De la corruption\u00a0\u00bb.<\/strong> Une lente osmose est donc \u00e0 pr\u00e9voir entre les deux genres de vie qui se rejoindront un jour en une seule soci\u00e9t\u00e9. Elle ne plaira ni \u00e0 vous ni \u00e0 moi. Mais si l\u2019on veut que cette osmose se fasse, il importe de ne pas rompre cet \u00e9quilibre et de faire basculer l\u2019avenir vers un seul de ces empires alors que notre paix tient \u00e0 la peur qu\u2019ils ont l\u2019un de l\u2019autre.\u00a0\u00bb <\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La g\u00e9n\u00e9ration suivante incarn\u00e9e par Daniel devient l\u2019image d\u2019enfants indirectement traumatis\u00e9s par la fatalit\u00e9 et l\u2019impuissance qui marqu\u00e8rent leurs parents<\/strong> (<i>\u00ab\u00a0Jamais, je n\u2019avais \u00e9prouv\u00e9 avec autant de force qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0 le sentiment \u00e9crasant de la disproportion de nos d\u00e9sirs et de nos volont\u00e9s avec la grandeur du monde dont nous croyons nous \u00eatre rendus ma\u00eetres. Oui, c\u2019\u00e9tait presque de la panique, l\u2019impression d\u2019une insuffisance totale devant les puissances qui nous broieraient.\u00a0\u00bb<\/i>).<i>\u00a0<\/i>Georges \u00e9crit au narrateur\u00a0en parlant de son fils\u00a0:<i>\u00a0\u00ab\u00a0Nous vivons comme l\u2019eau nous porte, au fil du courant. Je suis pourtant bien loin d\u2019avoir acquis la philosophie de mon fils. Nous avons tout \u00e0 apprendre de cette g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 laquelle nous avons inocul\u00e9, sans le savoir, un immense d\u00e9go\u00fbt de l\u2019humanit\u00e9, du bien, du mal, de l\u2019ordre comme du d\u00e9sordre.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un r\u00e9cit-voyage<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie continue aux quatre coins du monde entre un Barry qui fuit de pays en pays, inscrit sur la liste rouge du Parti pour avoir divulgu\u00e9 des infos importantes \u00e0 des journalistes, Horace qui travaille dans le renseignement \u00e0 Londres,\u00a0 Georges qui dirige son journal, et Sarah qui va et vient de bras en bras. Les lettres de Dermot Dewagh ponctuent le r\u00e9cit en invitant le lecteur \u00e0 des pauses narratives qui permettent d\u2019a\u00e9rer le r\u00e9cit. Entre l\u2019Arkansas, Positano, la Gr\u00e8ce, Perpignan, Ouagadougou, Aden au Y\u00e9men, et ailleurs c\u2019est D\u00e9on le voyageur qui parle. <strong>Les h\u00e9ros sont dispers\u00e9s sur la terre enti\u00e8re en rencontrant des personnages picaresques comme la Chryzoula d\u2019Egine ou le nain \u00e0 trois doigts Ravasto de Barcelone<\/strong>. Ils semblent habiter dans les trains et les avions au grand d\u00e9sespoir de Dermot qui se lamente\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Quel \u00e9chec\u00a0! Je n\u2019ai su enseigner \u00e0 aucun de vous l\u2019immobilit\u00e9. Vous m\u2019en voyez triste. (\u2026) Qu\u2019avez-vous besoin de vous promener partout dans le monde pour vous assurer de ce que vous savez d\u00e9j\u00e0 depuis toujours\u00a0: que les hommes sont b\u00eates et m\u00e9chants, et que c\u2019est pour cela que Dieu (que les dieux aient son \u00e2me\u00a0!) n\u2019a pas voulu qu\u2019ils fussent immortels. \u00bb<\/i> Puis se pose la question dramatique de l\u2019Alg\u00e9rie. Les consciences de chacun sont \u00e9pluch\u00e9es par le narrateur qui raconte comment Georges Saval est envoy\u00e9 par son journal faire un rapport sur la situation en 1960. Il s\u2019y rend avec son fils Daniel et revient \u00e0 Paris pour parler d\u2019un sujet qui devient la pomme de discorde d\u2019une France\u00a0<i>\u00ab\u00a0qui se d\u00e9chirait comme au temps de l\u2019affaire de Dreyfus\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Roman fleuve, roman historique, roman \u00e9pistolaire, <i>Les poneys sauvages<\/i> ressemblent \u00e0 ces grands cabinets peupl\u00e9s de tiroirs que l\u2019on ouvre et que l\u2019on ferme en reconnaissant chaque objet tout en en d\u00e9couvrant de nouveaux.<\/strong> Les h\u00e9ros sont solitaires dans leur existence comme des cercles uniques qui parfois se croisent en formant des rosaces et s\u2019\u00e9loignent en retrouvant leur ind\u00e9pendance premi\u00e8re\u00a0 Ni bons, ni mauvais, ils sont attachants dans leurs errances vers un jour meilleur qui ne vient jamais vraiment.<strong> D\u00e9on peint par touches m\u00e9morielles, par bribes, il se penche sur des d\u00e9tails pr\u00e9cis et soudain fait fondre son \u00e9criture dans des brouillards qui font dispara\u00eetre les personnages, bien conscient que le r\u00f4le de l\u2019\u00e9crivain n\u2019est pas de saisir toute la nature humaine dans la complexit\u00e9 de son existence mais de tracer les grandes \u00e9poques de l\u2019\u00e2me et du corps<\/strong>. Il y a tant de fils nou\u00e9s et d\u00e9nou\u00e9s qui les rattachent et les d\u00e9tachent du monde que l\u2019on se prend \u00e0 demander avec le vieux Dermot\u00a0:<i> \u00ab\u00a0O\u00f9 \u00eates-vous tous\u00a0?\u00a0\u00bb(\u2026)\u00a0 Vous voyez\u00a0: je m\u2019y perds, je me perds. J\u2019aurais besoin d\u2019un secr\u00e9taire pour rassembler les fils de tant d\u2019amiti\u00e9s dispers\u00e9es\u00a0.\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a9GLSG, le 27 novembre 2013<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Joan, ce sont les premiers poneys sauvages que je vois et peut-\u00eatre les derniers. Nous allons vers un monde o\u00f9 il y aura de moins en moins de poneys sauvages\u00a0\u00bb \u00c9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise en 1978, Michel D\u00e9on se distingue&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/?p=1005\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":17122,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[4],"tags":[616,708,335,627,3961,628,3306,174,2477,629,634],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i2.wp.com\/laplumedeloiseaulyre.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Les-poneys-sauvages.jpg?fit=340%2C340","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4lzfC-gd","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1005"}],"collection":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1005"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1005\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17123,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1005\/revisions\/17123"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/17122"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1005"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1005"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laplumedeloiseaulyre.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1005"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}