Balade des pèlerins de mauvaise volonté (L’Oiseau-Lyre)

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Balade des pèlerins de mauvaise volonté (Oxford-Littlemore)

Nous marchons pieds nus, les talons râpés d’aiguilles incrédules, priant sous le ciel oppressé de douleurs et gémissant nos balades terreuses. Nos chevilles souffrent de lourdes pensées, poudreuses et tordues. Leurs dermes crevés de misères s’effritent comme limés de péchés. Nous maugréons des malédictions. Nous trébuchons sur des racines flétries qu’empoisonnent des souvenirs trahis. Nos genoux déformés cornent les lisières brodées de buissons d’aubépines. Nous chantons les rauques psalmodies répétées par des siècles de pèlerins avant nous, sur le tapis cassé des chemins sans autre infini que celui des ornières. Nos cœurs hantés par les damnations sont rongés du désir de salvation.

Portant nos chapelets de fautes, nos dizeniers d’erreurs et nos rosaires de larmes, nous marchons le long des nations, tels les spectres en haillons d’un temps clos à tout jamais. Nous ne buvons plus que l’eau des tenanciers charitables et de la flaque des routes graisseuses. Nous ne mangeons plus que la moelle des roseaux, et l’amère baie des ronciers noueux. Chaque avancée semble un recul. Plus nous espérons et moins nous avons la foi. Nous devenons de plus en plus faibles mais en nos âmes s’affirme parfois un élan que nous ne connaissions pas. Perdus nous partageons le détour du paysan, le bavardage des filles endimanchées, la soupe du bohémien et l’oisiveté du jeune garçon, ou le pain émietté de l’oiseau fatigué. Nous entendons rire et gronder les cloches des hameaux comme de lourdes bouches de bronze frémissantes en leurs clochers, minarets de l’angélus et des élévations.

Et là-bas Dieu parfois se cache dans un coin de chapelle.

 

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