L’ancre de l’Espérance, « sûre autant que solide »

Bartolomeo Schedoni (attrib.) Allégorie de l’Espérance chrétienne, huile sur toile ©Montauban, Musée Ingres

Afin d’aider les croyants à méditer sur les mystères de la foi, les artistes représentent souvent les vertus chrétiennes sous des formes humaines que l’on appelle « allégories », chacune symbolisée par des objets ou des couleurs bien précises. Parmi les trois vertus dites « théologales », l’Espérance se distingue de la Foi et de la Charité, par l’image concrète et frappante de l’ancre.

Dans l’une de ses lettres adressée aux Hébreux, saint Paul incitait ses frères chrétiens à « saisir fortement l’espérance qui nous est offerte. En elle, nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par-delà le voile, là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus, devenu pour l’éternité grand-prêtre selon l’ordre de Melchisédech. » (6, 18-20).

En comparant l’Espérance à une ancre, de façon originale et réaliste, l’Apôtre Paul a contribué à inspirer de nombreux artistes comme Bartolomeo Schedoni (1578-1615) dans son tableau intitulé Allégorie de l’Espérance chrétienne. L’œuvre, remarquable, a été attribuée au XIXe siècle à ce peintre italien né à Modène et formé à Bologne dans l’atelier du célèbre Annibale Carracci, par Armand Cambon, l’exécuteur testamentaire du peintre Jean-Auguste Dominique Ingres. On y reconnaît l’Espérance, femme pensive vêtue d’une robe rouge et blanche et d’une draperie bleue, assise dans un paysage sombre et caverneux au premier plan. Elle ne regarde pas le spectateur mais elle lui désigne, par le simple mouvement de son regard, les rayons d’un soleil éclatant qui percent un groupe de nuages gris obscurcissant le ciel au-dessus de la mer. Sa main droite étreint une immense ancre renversée qu’elle serre contre elle avec force.

L’ancre permet à un bateau de rester stable et de ne pas partir à la dérive. Tant que l’ancre n’a pas touché le fond de la mer, il oscille et se balance, incertain et tremblant. Il en est ainsi de notre âme, mer souvent agitée sur laquelle les tempêtes de la vie menacent de faire chavirer le bateau de notre foi. L’ancre d’espérance nous fait demeurer en sécurité et en paix, car elle traverse la houle, pénétrant par-delà le voile, et touche le fond de notre âme pour reposer sur le roc inébranlable du Christ. Dès lors, elle stimule la Charité (dont l’un des attributs est le cœur enflammé) en faisant palpiter le cœur avec audace et confiance, comme le montre la main gauche de l’allégorie qui repose sur sa poitrine. S’agit-il d’un phare que l’on aperçoit dans le lointain ? Cette architecture au bord de l’eau rappelle que la foi illumine la surface de tous les océans intérieurs, afin de nous guider dans la conquête de ce Dieu qui ne cesse de nous séduire, pourvu que nous acceptions de laisser descendre aussi l’ancre de notre « Moi » jusqu’aux profondeurs de son « Toi » en nous encordant aux vertus théologales.

 ©GLSG, article publié dans la rubrique Art et Foi, in Chemin d’Éternité, Revue du Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, num.289, Octobre/Novembre 2018, pp.26-27.