Une flamboyante Danaé par Jérôme Delaplanche

Danaé par Jérôme Delaplanche, huile sur carton doré, collection GLSG

Danaé par Jérôme Delaplanche, 2002-2003, huile sur carton doré, 17,5cm/diam, n°34, collection GLSG

Peintre, artiste, poète, historien de l’art et nouveau chargé de mission pour l’Histoire de l’art à la Villa Médicis, Jérôme Delaplanche a effectué la flamboyante Danaé (n°34) qui a rejoint la collection de l’Oiseau-Lyre. Que d’émotions condensées dans ce tondo sincère et énigmatique ! Que de courbes et de contrecourbes : courbe de l’or mythologique, courbe de la fécondité de la chair, courbe des reflets du désir, courbe de la pluie du masculin sacré.

On saisit le tableau comme un miroir mythologique et l’on voit dans cette scène une multitude d’histoires résumées en une seule image. On voit le roi Acrisios apprenant que son petit-fils le tuera ; on voit sa fille Danaé alors enfermée dans la terrible tour d’airain ; on voit Jupiter se métamorphosant et pénétrant dans la prison inaccessible ; on le voit féconder la jeune femme sous la forme d’une pluie d’or ; on voit Danaé donner naissance au héros Persée ; on voit Persée tuer Méduse…

De Titien à Klimt en passant par Gentileschi, on comprend aisément que le mythe de Danaé ait inspiré tant de peintres fascinés par cette « aurogénèse », cette fécondation par l’or ! D’autres artistes ont récupéré cette iconographie dans une intention critique ou satirique, pour représenter l’amour vénal, en substituant clairement des pièces d’or sonnantes et trébuchantes à la vaporeuse pluie d’or habituelle, à l’image d’un Girodet peignant Mademoiselle Lange en Danaé (1799).

Que reste-t-il aujourd’hui de l’or iconique de Danaé ? Les gouttes de pluie sacrées parlent encore de passion interdite, de vengeance, de prison, de prophétie. La mythologie devient même biblique malgré nous dans le tondo de Jérôme Delaplanche. On se prend à mêler paganisme et christianisme réunis dans le même symbole de la pluie fécondante de l’Amour. On s’évade de la trivialité d’un Zeus costumé en pluie dorée et l’on se souvient d’Isaïe (55:10). On ne sait pourquoi on songe au rayon fécondateur de l’Esprit-Saint de l’Annonciation. En effet, la Trinité n’enflamme-t-elle pas l’hortus conclusus marial inaccessible, pour en tirer le Christ, nouveau héros qui chassera les vices des méduses qui pétrifient les âmes ? On pense à l’Amour divin obligé de se cacher sous la forme d’une hostie (ronde elle aussi!), pour séduire sa créature.Et comment ne pas mettre en parallèle à l’histoire de Danaé le thème de la Vierge de l’Apocalypse haïe par le dragon et aimée par Dieu ?

Mais revenons sur la terre ferme. On repose le miroir comme un bijou mythique. S’il y a une parenté symbolique entre Danaé et Marie, on ne peut guère comparer la force virile de Jupiter à la puissance du Verbe. La pluie de Zeus s’impose sans attendre le consentement de la femme, tandis que le Logos est suspendu aux lèvres mariales, à l’acquiescement du oui sans lequel aucune liberté amoureuse n’est possible. Chacun a sa façon de manier le Verbe ! Reste la gloire de l’or, à jamais couleur de l’Amour quand il est royal.

Puisse cette oeuvre chatoyante rayonner encore longtemps pour féconder l’inspiration de ceux et celles qui la contempleront !

GLSG, le 3 juillet 2015