Fleuve d’oubli (L’Oiseau-Lyre)

Dentelle

Fleuve d’oubli

Au profond fleuve d’oubli coulent les peines
Ruisselantes en fleurs défuntes de pavots,
Jadis la douleur en fermait les vastes eaux
Où flottaient les souvenirs de la verveine.

O Parques, se peut-il qu’en ce lieu vous moquiez
Après l’avoir assoiffé le flâneur morne,
Lui qui désirant boire s’ est empoisonné,
Au profond fleuve sans heures et sans forme ?

Cerbère s’est noyé, Perséphone s’endort.
On ne voit plus Charron tordre le fer des flots
Avec sa barque d’airain qui allait au port
Déposer les âmes arrachées sous la faux.

L’Amour s’est tu, contemplant le fleuve d’oubli :
Il ne sait guérir les blessures de ses dards
Qu’en offrant la mort à ceux qui aimaient la vie,
Qu’en frappant l’onde qui murmure : « Il est trop tard ! »

Gabrielle de Lassus Saint-Geniès