Le salon des illusions perdues, photo-poème (L’Oiseau-Lyre)

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Le salon des illusions perdues

Écoutez l’odeur du feu qui claque en ses
Doigts
Les incandescentes cymbales de
Lumière,
Il danse en dispersant sous sa joie
Guerrière
Les bruyères et les écorces des
Sous-bois.

Dans l’âtre du salon les illusions
S’envolent,
Gronde l’obscur piano sous le poids des
Phalanges
Comme une réponse un peu mystique et
Folle
Un hymne aux lettres, aux arts et à leurs
Vendanges.

Là, les amers matins s’exilent et
S’effritent
Consumés par la cheminée marbrée
D’aurore.
Les ouïes écrasées de visions trop
Sonores
Reflètent les cantatrices
Hermaphrodites.

Le soir suspend les sourdes âmes
Engourdies
Son hiver aussi neuf qu’un vieux
Mélodrame
Et ses rideaux cachent aux publics
Endormis
Les communes coulisses des temporels
Drames.

Ici l’on vous sert pour obsédante
Liqueur
L’écume du thé des souvenirs et des
Arts
Qui s’échappe d’un curieux et fol
Samovar
Comme une fontaine fumante de
Couleurs.

Je sais le fade parfum des graves
Grisailles,
La funèbre chute des consoles
Antiques,
Le craquèlement des dorures qui
S’écaillent
Et la brèche qui fend le bois pieux des
Reliques.

Écoutez Paris soupirant, passant
Dehors
Veillant ses rues d’un œil à demi
Somnolent
Comme la marquise qui tout en
S’éventant
Dans le coin d’une méridienne
S’endort.

Je sais des lieux sans orgueil que tu ne sais
Point :
L’escalier rouillé pavé de feuilles
D’automne,
La fugue du colibri délié
Soudain.

Je sais que tu te tais, et moi
Seul
Je m’étonne.