Baigneuse (L’Oiseau-Lyre)

the-bath

Baigneuse

En son bain neuf de beauté la belle se dore
Froissant l’entrelacs des ondes où ses doigts chantent,
Bouclent les shampoings des blondes bulles amantes,
L’eau jeune et narcissique endort son indolent corps.

Source en la mousse, peau de fleur en l’eau des tiédeurs,
J’ai revu la flore éclaboussée de ses appels,
De ses cheveux frais en serpents-éclairs de moiteurs :
La belle nue mordorait ses ongles de perles.

A la fontaine courbée comme japonaise
Elle blottissait sa nuque frangée de corail,
Se baptisant d’une coquille nacrée d’émail
Près d’un savon pâle à la rose niaise.

C’était une montagne enveloppée de mer
Avec ses genoux tels des rocs de mélopée,
C’était une sirène au diadème sévère,
Statue de lumière frissonnante en son nymphée.

L’aquarium l’absorbait en songe de verdeur,
Tandis qu’elle pressait d’un geste alcyonaire
L’éponge amollie se regonflant avec lenteur
Après que son épaule en eut imprégné la sueur.